Vue d'ensemble
Les suites sont le premier objet de Terminale où l'on parle d'infini : que devient quand devient très grand ? Ce chapitre transforme cette question intuitive en outils utilisables — définitions de la limite, opérations, théorèmes de comparaison, convergence monotone — et il irrigue tout le reste de l'année : suites géométriques en probabilités, modélisations d'évolution, algorithmes de seuil.
C'est aussi l'un des deux ou trois chapitres présents à chaque session du Bac, généralement sous la forme d'un exercice long : étude d'une suite définie par , avec encadrement, monotonie, convergence, puis suite auxiliaire géométrique. La fiche couvre les 2 démonstrations exigibles de ce chapitre — celle de l'inégalité de Bernoulli, dont on se sert ici, est traitée dans la fiche sur le raisonnement par récurrence — et la méthode complète de cet exercice-type.
Prérequis
- Suites arithmétiques et géométriques : terme général, sens de variation, somme des termes (Première)
- Raisonnement par récurrence : rédaction en 4 étapes, encadrement d'une suite récurrente (Terminale, chapitre précédent)
- Sens de variation d'une fonction et lecture graphique (Première)
- Résolution d'inéquations, manipulation des puissances et des racines (Seconde et Première)
L'exercice de suites du Bac se joue sur l'enchaînement, pas sur une astuce. Encadrer, puis prouver la monotonie, puis conclure par convergence monotone : les élèves qui perdent des points connaissent les théorèmes, mais pas l'ordre dans lequel les convoquer. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font dérouler cet enchaînement sur des sujets réels jusqu'à ce qu'il devienne automatique.
Trouver un mentor Terminale →1. Limite finie, limite infinie
La suite converge vers le réel si tout intervalle ouvert contenant contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang. On note alors .
Autrement dit : aussi petite que soit la marge que l'on s'autorise autour de , la suite finit par entrer dans cette marge et n'en ressort plus jamais.
tend vers si tout intervalle de la forme contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang : quelle que soit la barre que l'on fixe, la suite finit par la dépasser définitivement. Définition analogue pour avec .
Une suite est divergente lorsqu'elle ne converge vers aucun réel. Deux cas très différents se cachent derrière ce mot : la suite peut tendre vers (comme ), ou n'avoir aucune limite (comme , qui oscille entre et ).
- est majorée s'il existe un réel tel que pour tout ;
- elle est minorée s'il existe un réel tel que pour tout ;
- elle est bornée si elle est à la fois majorée et minorée.
Un majorant n'a rien d'unique : si majore la suite, tout réel plus grand la majore aussi. En pratique, on cherche un majorant commode, pas le meilleur possible.
À connaître sans réfléchir :
2. Opérations sur les limites et formes indéterminées
Si et (limites finies), alors : , , et lorsque .
Les règles s'étendent aux limites infinies avec les conventions habituelles (, si …), sauf dans quatre situations où aucune conclusion générale n'est possible.
Les écritures suivantes ne permettent aucune conclusion sans travail supplémentaire :
« Indéterminée » ne signifie pas « pas de limite » : cela signifie que la limite dépend du cas, et qu'il faut transformer l'expression pour la lever.
- Quotient de polynômes en : factorise le terme de plus haut degré au numérateur et au dénominateur, puis simplifie. Exemple : .
- Différence de termes infinis : factorise par le terme dominant. Exemple : .
- Différence avec une racine : multiplie par la quantité conjuguée. Exemple : .
- Rien ne se simplifie : passe aux théorèmes de comparaison (section 3), c'est le signal qu'il faut encadrer plutôt que calculer.
3. Théorèmes de comparaison et théorème des gendarmes
Soient et telles que à partir d'un certain rang.
- Si , alors : la plus petite pousse la plus grande.
- Si , alors .
Démonstration du premier cas (retour à la définition — démonstration exigible du programme)
Soit un réel quelconque. Il s'agit de montrer que à partir d'un certain rang.
Comme , l'intervalle contient tous les termes de à partir d'un certain rang : pour tout , .
Par hypothèse, il existe aussi un rang à partir duquel . Posons . Alors, pour tout , les deux propriétés sont vraies simultanément :
Ainsi, pour tout réel , l'intervalle contient tous les termes de à partir du rang : c'est exactement la définition de .
Le geste décisif : prendre le maximum des deux rangs. Chaque hypothèse fournit son propre seuil, et il faut se placer au-delà des deux pour pouvoir les utiliser ensemble. Le second cas se traite de la même façon, ou en appliquant le premier aux suites et .
Si à partir d'un certain rang, et si et convergent vers la même limite , alors converge également vers .
Soit pour . Le sinus n'a pas de limite, donc les opérations sur les limites sont inutilisables. En revanche, pour tout :
(division par , qui conserve le sens des inégalités). Les deux gendarmes et tendent vers , donc . Le réflexe à retenir : dès qu'apparaît un , un ou un , on encadre, on ne calcule pas.
4. Suites monotones et convergence
- Toute suite croissante et majorée converge.
- Toute suite décroissante et minorée converge.
Ce théorème est le seul du programme qui garantit l'existence d'une limite sans la donner. C'est précisément ce qui en fait l'outil central de l'exercice-type du Bac : on prouve d'abord que la limite existe, on la calcule ensuite.
Si est croissante et n'est pas majorée, alors .
Démonstration (retour à la définition — démonstration exigible au Bac)
Soit un réel quelconque. Comme n'est pas majorée, n'est pas un majorant de la suite : il existe donc un rang tel que .
Or est croissante, donc pour tout on a , et par transitivité .
Ainsi, pour tout réel , l'intervalle contient tous les termes de la suite à partir du rang . C'est exactement la définition de .
Les deux gestes attendus : traduire « non majorée » par « il existe un rang où la suite dépasse » — c'est la négation de la définition d'un majorant — puis utiliser la croissance pour propager ce dépassement à tous les rangs suivants.
Une suite croissante n'a que deux comportements possibles : soit elle est majorée et converge (théorème 4.1), soit elle ne l'est pas et tend vers (théorème 4.2). Une suite croissante ne peut donc jamais osciller — c'est ce qui rend la monotonie si précieuse dans un exercice.
- Conjecturer : calcule (souvent demandé en question 1) et observe le comportement — croissance ? bornes ?
- Encadrer par récurrence : démontre pour tout (chapitre récurrence, en appliquant à l'encadrement et en citant son sens de variation).
- Prouver la monotonie : soit par récurrence sur « », soit en étudiant le signe de , souvent factorisable grâce à l'encadrement de l'étape 2.
- Conclure à la convergence : croissante et majorée par , donc converge vers un réel — théorème 4.1. Cette phrase doit être écrite telle quelle.
- Calculer la limite : comme aussi et que est continue, vérifie . Résous cette équation, puis élimine les solutions incompatibles avec l'encadrement de l'étape 2.
Cet enchaînement en 5 étapes vaut à lui seul plusieurs points à chaque session. Il se travaille sur sujets réels, pas en relisant le cours : c'est en butant sur l'étape 3 d'un vrai exercice qu'on comprend pourquoi l'encadrement de l'étape 2 était nécessaire. Nos mentors Majorant construisent ta progression sujet par sujet, du Bac blanc à l'épreuve.
Préparer l'épreuve de spécialité →5. Suites géométriques et suites auxiliaires
Si , alors .
Démonstration (Bernoulli puis comparaison — démonstration exigible au Bac)
Puisque , écrivons avec . L'inégalité de Bernoulli, démontrée par récurrence, donne pour tout entier :
La suite de terme général est arithmétique de raison : elle tend vers . Par le théorème de comparaison (théorème 3.1), .
- : ;
- : la suite est constante égale à ;
- : ;
- : la suite n'a pas de limite (elle change de signe indéfiniment).
Cas particulier à ne pas confondre : donne la suite , qui vaut alternativement et — elle est bornée, mais sans limite.
Quand l'énoncé introduit une suite auxiliaire et demande de montrer qu'elle est géométrique, le schéma est toujours le même :
- Calcule en remplaçant par son expression en fonction de .
- Fais apparaître par factorisation : tu obtiens .
- Conclus : est géométrique de raison et de premier terme , donc .
- Reviens à : — c'est la forme explicite. (Si l'énoncé pose une auxiliaire d'une autre forme, par exemple , inverse la relation correspondante : ici .)
- Conclus sur la limite avec la proposition 5.2 : si , alors .
Soit et . Posons . Alors :
est donc géométrique de raison , avec . D'où et . Comme , on a , donc . Le nombre est exactement le point fixe de — le « niveau d'équilibre » du modèle.
Pour déterminer le plus petit rang tel que dépasse une valeur , on écrit une boucle « tant que » :
- Initialiser et .
- Tant que : remplacer par , puis incrémenter de .
- À la sortie de la boucle, est le seuil cherché.
La boucle ne se termine que si la suite dépasse effectivement : le justifier (croissance non majorée, ou limite infinie) fait partie de la réponse attendue.
6. Erreurs classiques au Bac (vues par les correcteurs)
Les rapports de correction de l'épreuve de spécialité mathématiques reviennent chaque année sur les mêmes points de fragilité dans l'exercice de suites. Toutes ces erreurs coûtent des points alors même que l'élève « sait faire » : ce sont des erreurs de rigueur, pas de calcul.
7. Pour aller plus loin
Les suites ne sont pas un chapitre parmi d'autres : c'est le langage dans lequel s'écrit toute la notion de limite, que tu vas retrouver partout.
- Limites de fonctions — les définitions et les théorèmes (opérations, comparaison, gendarmes) sont les mêmes, transposés du discret au continu.
- Fonction exponentielle et logarithme — les croissances comparées se lisent d'abord sur des suites, et , fournissent les exemples de référence.
- Calcul intégral — une intégrale se définit comme limite de sommes d'aires de rectangles : une suite, encore.
- Concentration et loi des grands nombres — la moyenne d'un échantillon de taille est une suite dont on étudie la convergence.
- Après le Bac — en prépa, la définition avec quantificateurs (« pour tout , il existe … ») remplace celle par intervalles, et les théorèmes admis ici sont démontrés.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'un DS ou de l'épreuve de spécialité, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu dire ce que signifie « converge vers » en termes d'intervalles ?
- Sais-tu donner une suite divergente qui ne tend pas vers l'infini ?
- Connais-tu par cœur les limites de , , et de leurs inverses ?
- Sais-tu citer les quatre formes indéterminées et les reconnaître dans un calcul ?
- Sais-tu lever une forme indéterminée par factorisation du terme dominant ?
- Sais-tu démontrer le théorème de comparaison en prenant le maximum des deux rangs ?
- Sais-tu énoncer le théorème des gendarmes avec son hypothèse d'égalité des limites ?
- Sais-tu traiter par encadrement ?
- Sais-tu énoncer le théorème de la limite monotone — et expliquer pourquoi le majorant n'est pas la limite ?
- Sais-tu démontrer que toute suite croissante non majorée tend vers ?
- Sais-tu démontrer que lorsque ?
- Sais-tu dérouler les 5 étapes de l'exercice-type sur , jusqu'à ?
Démonstrations à savoir refaire
- Divergence d'une suite minorée par une suite divergeant vers — deux seuils, puis
- Toute suite croissante non majorée tend vers — nier « majorée », puis propager par croissance
- Limite de pour — poser , appliquer Bernoulli, conclure par comparaison