Vue d'ensemble
Le logarithme népérien est la fonction réciproque de l'exponentielle : là où l'exponentielle transforme les sommes en produits, le logarithme fait exactement l'inverse. C'est ce qui en fait l'outil de référence pour résoudre une équation dont l'inconnue est en exposant — un seuil de population, un temps de demi-vie, un rang à partir duquel une suite géométrique dépasse une valeur.
Le chapitre est court en contenu mais dense en réflexes : quatre propriétés algébriques, une dérivée, deux croissances comparées, et une vigilance permanente sur l'ensemble de définition, qui est la source n°1 des points perdus au Bac. La fiche traite aussi les usages qui en font un outil : recherche de seuil, échelles logarithmiques et temps de demi-vie, que tu retrouveras tels quels en physique-chimie.
Prérequis
- Fonction exponentielle : propriétés algébriques, variations, limites (Première et Terminale)
- Dérivation, y compris la dérivée d'une composée (Terminale, chapitre précédent)
- Continuité, stricte monotonie et théorème des valeurs intermédiaires (Terminale)
- Suites géométriques et recherche de seuil (Première et Terminale)
Ce chapitre se perd rarement sur le raisonnement, presque toujours sur le domaine de définition. Résoudre sans commencer par , c'est accepter une solution qui n'existe pas. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines t'installent ce réflexe pour qu'il précède le calcul, systématiquement.
Trouver un mentor Terminale →1. Définition et premières propriétés
Pour tout réel , il existe un unique réel tel que . Ce réel est appelé logarithme népérien de et noté . Autrement dit, pour et :
La fonction est définie sur : le logarithme d'un nombre négatif ou nul n'existe pas, puisque l'exponentielle ne prend jamais de valeur négative ou nulle.
Une expression n'a de sens que pour les réels tels que . L'ensemble de ces réels est la condition d'existence de l'expression ; c'est lui qui définit le domaine de travail de tout exercice où figure un logarithme.
Quand plusieurs logarithmes apparaissent, les conditions se cumulent : pour , il faut à la fois et , donc . Déterminer ce domaine est toujours la première ligne de la copie, avant tout calcul.
- et ;
- pour tout réel ;
- pour tout .
Ces deux dernières égalités traduisent que et sont réciproques l'une de l'autre. Graphiquement, leurs courbes sont symétriques par rapport à la droite d'équation .
Pour tous réels et :
Démonstration (à partir de la propriété de l'exponentielle — non listée parmi les démonstrations exigibles du BO, mais classiquement demandée en exercice)
Soient et . Les réels et existent, et par définition , . Donc :
en utilisant la propriété de l'exponentielle.
Ainsi s'écrit comme l'exponentielle du réel . Par définition du logarithme (), on en déduit :
Le principe à retenir : toute propriété du logarithme se démontre en la « traduisant » dans le monde de l'exponentielle, où elle devient une propriété connue.
Pour , et entier relatif :
La troisième est celle qui sert le plus : c'est elle qui fait « descendre » l'exposant et permet de résoudre les équations où l'inconnue est en puissance.
2. Dérivée, variations et limites
On admet que la fonction est dérivable sur . Alors, pour tout :
Cette dérivée étant strictement positive, la fonction est strictement croissante sur . Pour une composée : , valable là où .
Démonstration (dérivation de l'identité e puissance ln x égale x — démonstration exigible du programme)
On part de l'identité , valable pour tout , et on dérive les deux membres.
À gauche, il s'agit d'une composée de la forme avec , dont la dérivée est — c'est ici que sert la dérivabilité admise de . À droite, la dérivée de vaut . D'où :
Or , donc . Comme , on peut diviser par :
Les deux gestes attendus : dériver une identité (et non une équation à résoudre), et justifier la division finale par . C'est l'une des deux démonstrations du chapitre explicitement inscrites au programme, avec la limite de en .
Pour une fonction définie sur , la fonction est définie sur l'ensemble des tels que . Sa dérivée y vaut , et comme le dénominateur y est strictement positif, cette dérivée a le signe de : varie exactement comme .
Conséquence pratique très employée au Bac : pour étudier les variations de , il suffit d'étudier celles de — inutile de dériver le logarithme.
L'axe des ordonnées (droite ) est donc asymptote verticale à la courbe. Retiens l'allure : la fonction plonge brutalement près de , puis croît de plus en plus lentement — sans jamais cesser de croître ni atteindre de limite finie.
Comme est strictement croissante et que :
- pour , pour ;
- (pour ) ;
- (pour ).
Cette dernière équivalence est l'outil qui permet de « retirer les » dans une inéquation sans changer le sens — parce que la fonction est croissante.
- Domaine d'abord. Écris les conditions d'existence : chaque expression sous un doit être strictement positive. Résous ce système, et note l'intervalle obtenu — c'est le cadre de tout ce qui suit.
- Regroupe en un seul logarithme de chaque côté, avec les propriétés algébriques (produit, quotient, puissance).
- Supprime les logarithmes par stricte croissance : devient , et devient — le sens est conservé.
- Confronte au domaine. Rejette les solutions qui n'y appartiennent pas. C'est l'étape décisive, et celle qui est notée.
Résolvons .
Domaine : il faut et , soit (la seconde condition est alors automatiquement vérifiée).
Regroupement : , d'où par stricte croissance , soit , c'est-à-dire .
Résolution : le discriminant vaut , les racines sont et .
Confrontation au domaine : ne vérifie pas : on la rejette. L'unique solution est . Sans l'étape 1, on aurait rendu deux solutions dont une n'existe pas — erreur systématiquement sanctionnée.
Le domaine de définition avant le calcul : ce seul réflexe vaut plusieurs points par sujet. Il vaut pour les logarithmes, mais aussi pour les racines et les quotients — partout où une expression peut ne pas exister. Nos mentors Majorant traquent cet automatisme dans tes copies jusqu'à ce qu'il devienne le premier geste, pas le dernier.
Préparer l'épreuve de spécialité →3. Croissances comparées
Le logarithme croît vers , mais très lentement : plus lentement que n'importe quelle puissance de . C'est ce que formalisent les croissances comparées, qui permettent de lever des formes indéterminées inaccessibles à l'algèbre.
Démonstration (changement de variable vers l'exponentielle — non listée parmi les démonstrations exigibles du BO, mais classiquement demandée en exercice)
Posons , c'est-à-dire . Quand , on a . Le quotient s'écrit alors :
Or la croissance comparée de l'exponentielle donne .
L'inverse d'une quantité tendant vers tend vers , donc .
La rédaction attendue : annoncer explicitement le changement de variable et le comportement de , puis nommer la croissance comparée de l'exponentielle. Ce sont les deux éléments que le barème cherche.
Démonstration (changement de variable x = 1/X — démonstration exigible du programme)
Posons . Quand , on a . Comme , il vient :
D'après le théorème 3.1, quand . Donc .
Résultat contre-intuitif à retenir : le produit est de la forme « », et c'est le facteur qui l'emporte. Autrement dit, le logarithme part vers trop lentement pour résister.
Pour trouver le plus petit entier tel que :
- Applique aux deux membres. Les deux sont strictement positifs, donc c'est licite, et le sens de l'inégalité est conservé : .
- Fais descendre l'exposant : .
- Divise par , qui est négatif (car ) : l'inégalité change de sens, d'où .
- Calcule : . Le plus petit entier convenable est donc .
4. Le logarithme au travail : échelles et demi-vies
Le logarithme n'est pas qu'un objet d'analyse : c'est l'outil qui rend lisibles les grandeurs qui varient sur plusieurs ordres de grandeur. Tu le retrouveras tel quel en physique-chimie, et les exercices du Bac de maths s'appuient volontiers sur ces contextes.
Le logarithme décimal d'un réel est défini par :
Il vérifie les mêmes propriétés algébriques que , avec en prime , , et plus généralement : il compte les puissances de dix, c'est-à-dire le nombre de chiffres d'un entier, à une unité près.
Une grandeur est mesurée sur une échelle logarithmique lorsque c'est le logarithme de la mesure physique, et non la mesure elle-même, qui est reporté sur l'axe. Ajouter sur l'échelle revient alors à multiplier la grandeur par un facteur constant.
Trois exemples que tu croises en physique-chimie : le (une unité de pH en moins, c'est dix fois plus d'ions), le niveau sonore en décibels, et la magnitude d'un séisme.
Pour une grandeur qui décroît de façon exponentielle, avec , le temps de demi-vie est la durée au bout de laquelle la grandeur a été divisée par deux.
Il se calcule directement par le logarithme : équivaut à , soit , d'où :
Remarque essentielle : ce temps ne dépend pas de . C'est la signature d'une décroissance exponentielle, et c'est presque toujours la question qui suit dans un exercice de modélisation.
Le carbone 14 a une demi-vie d'environ ans. Son coefficient vaut donc par an.
Pour savoir au bout de combien de temps il ne reste que du carbone initial, on résout , soit , donc ans. C'est exactement le principe de la datation au carbone 14.
5. Erreurs classiques au Bac (vues par les correcteurs)
Sur le logarithme, les rapports de correction de l'épreuve de spécialité mathématiques signalent des erreurs peu variées mais très répandues. Elles ont toutes la même origine : manipuler le symbole sans se demander si l'expression existe.
6. Pour aller plus loin
Le logarithme est un outil de résolution autant qu'une fonction : il réapparaît dans presque tous les autres chapitres.
- Suites géométriques — toute recherche de seuil se résout par un logarithme, et confirme le résultat trouvé par balayage algorithmique.
- Primitives — est la primitive de : la seule primitive de que tu connaîtras au lycée.
- Équations différentielles — la résolution de repose sur le couple exponentielle-logarithme.
- Convexité — la concavité du logarithme donne l'inégalité , symétrique de .
- Après le Bac — en prépa, le logarithme est défini comme la primitive de qui s'annule en , et l'exponentielle en devient la réciproque : la construction est retournée.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'un DS ou de l'épreuve de spécialité, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu énoncer l'équivalence , avec ses conditions sur et ?
- Sais-tu expliquer pourquoi est définie seulement sur ?
- Sais-tu justifier l'existence du logarithme par le théorème des valeurs intermédiaires ?
- Sais-tu démontrer la relation ?
- Connais-tu les quatre propriétés algébriques (quotient, inverse, puissance, racine) ?
- Sais-tu que ne se simplifie pas, et sais-tu le vérifier sur un exemple ?
- Sais-tu démontrer que en dérivant l'identité ?
- Sais-tu résoudre une équation logarithmique en commençant par le domaine, puis rejeter explicitement les solutions qui n'y appartiennent pas ?
- Sais-tu retrouver la formule du temps de demi-vie, et dire pourquoi elle ne dépend pas de la valeur initiale ?
- Sais-tu démontrer que par changement de variable ?
- Sais-tu démontrer que en ?
- Sais-tu résoudre un seuil en retournant l'inégalité quand ?
Démonstrations à savoir refaire
- Calcul de la dérivée de — dériver l'identité , puis diviser par
- Relation fonctionnelle — passer par
- Croissance comparée — poser , puis inverse de
- Limite de en — poser , puis se ramener au théorème précédent