Vue d'ensemble
L'exponentielle est la fonction qui est sa propre dérivée. Cette propriété, qui semble anodine, en fait l'objet central de toute la Terminale : c'est elle qui décrit tous les phénomènes dont la vitesse de variation est proportionnelle à l'état — croissance d'une population, décroissance radioactive, charge d'un condensateur, refroidissement d'un corps.
Découverte en Première, elle est reprise ici avec les outils qui manquaient alors : les limites, les croissances comparées, la dérivée de , et surtout les équations différentielles, dont elle est la solution universelle. Cette fiche couvre l'ensemble, avec les démonstrations à savoir refaire.
Prérequis
- Fonction exponentielle en Première : définition, propriétés algébriques, courbe (Première)
- Dérivation d'une composée et convexité (Terminale, chapitre précédent)
- Limites de fonctions et formes indéterminées (Terminale)
- Suites géométriques : lien entre et l'exponentielle (Première et Terminale)
L'exponentielle est le chapitre le plus rentable de l'année. Elle intervient dans l'exercice d'analyse, dans les équations différentielles, dans la modélisation, et souvent dans le QCM. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font consolider ses réflexes en priorité, parce que chaque heure investie s'y rentabilise sur plusieurs exercices.
Trouver un mentor Terminale →1. Définition et propriétés algébriques
La fonction exponentielle est l'unique fonction dérivable sur vérifiant :
On la note ou . Le nombre est appelé constante de Néper.
Pour tout réel , ; plus précisément, et .
Démonstration (fonction auxiliaire constante — non listée parmi les démonstrations exigibles du BO, mais classiquement demandée en exercice)
Posons . Cette fonction est dérivable sur comme produit de fonctions dérivables, et :
(On a utilisé , cas particulier de la dérivée de avec .)
Une fonction de dérivée nulle sur un intervalle y est constante : donc pour tout .
Ainsi . Un produit valant ne peut avoir de facteur nul : pour tout , et .
Le signe s'en déduit : en utilisant la relation (proposition 1.3 ci-dessous, connue depuis la Première), on écrit . C'est un carré, donc positif ; comme il n'est jamais nul, il est strictement positif.
Pour tous réels , et tout entier relatif :
L'exponentielle transforme les sommes en produits : c'est l'opération exactement inverse de celle du logarithme, et c'est ce qui explique que les deux fonctions soient réciproques.
Pour tous réels et :
- ;
- ;
- n'a de solution que si , et alors .
Les deux premières équivalences découlent de la stricte croissance ; la troisième rappelle qu'une équation comme n'a aucune solution.
2. Variations, limites et dérivée de exponentielle de u
Comme , la fonction exponentielle est strictement croissante sur . Ses limites aux bornes sont :
L'axe des abscisses est donc asymptote horizontale en . La fonction est de plus convexe sur , puisque sa dérivée seconde est strictement positive.
Démonstration des deux limites (comparaison, puis passage à l'inverse — démonstration exigible du programme)
En . La convexité de l'exponentielle donne l'inégalité pour tout réel : sa courbe est au-dessus de sa tangente en , d'équation .
Or quand . Par le théorème de comparaison, .
En . Posons : quand , on a . En utilisant :
puisque d'après le premier point, et que l'inverse d'une quantité tendant vers tend vers .
La structure à retenir : une seule limite se démontre vraiment, celle en ; l'autre s'en déduit par le changement de variable et le passage à l'inverse. C'est un schéma qu'on retrouve dans presque toutes les démonstrations de limites de ce programme.
Pour dérivable sur , la fonction est définie et dérivable sur tout entier — l'exponentielle n'impose aucune condition — et :
Comme , cette dérivée a le signe de : varie exactement comme . C'est un raccourci d'étude très employé au Bac.
Soit sur . Sa dérivée s'obtient par la règle du produit, avec :
Comme , le signe de est celui de : la fonction est croissante sur , décroissante sur , avec un maximum .
Le réflexe déterminant : factoriser par l'exponentielle avant d'étudier le signe. Une fois mis en facteur, seul reste un polynôme, dont le signe est immédiat.
- Factorise par l'exponentielle : elle apparaît presque toujours en facteur commun, quitte à écrire .
- Annonce que le facteur exponentiel est strictement positif — cette phrase est notée, et c'est elle qui permet de l'écarter.
- Étudie le signe du facteur restant, qui est un polynôme ou une expression simple.
- Conclus : le signe de l'ensemble est celui de ce facteur.
3. Croissances comparées
L'exponentielle croît plus vite que n'importe quelle puissance de . Ce fait, intuitif sur une calculatrice, devient un outil de calcul dès qu'on le formule proprement : il lève les formes indéterminées que l'algèbre ne sait pas traiter.
Démonstration du premier cas (fonction auxiliaire et minoration — démonstration exigible du programme)
Posons sur . Alors et .
Pour , donc : est croissante sur . Comme , on en déduit pour tout , donc est croissante.
Or , donc pour tout , c'est-à-dire :
Comme , le théorème de comparaison donne .
Le principe : on minore l'exponentielle par un polynôme de degré strictement supérieur à celui du dénominateur, puis on conclut par comparaison. C'est la seule technique disponible, l'algèbre étant impuissante ici.
Démonstration (changement de variable X = −x — non listée parmi les démonstrations exigibles du BO, mais classiquement demandée en exercice)
Posons . Quand , on a . Alors :
D'après le théorème 3.1, quand . Son inverse tend donc vers , et par conséquent .
Résultat contre-intuitif à mémoriser : il s'agit d'une forme « », et c'est l'exponentielle qui l'emporte. Autrement dit, écrase au voisinage de , et le produit tend vers par valeurs négatives.
Les croissances comparées sont attendues nommément dans la copie. Écrire le bon résultat sans dire « par croissance comparée » coûte la moitié des points de la question. Nos mentors Majorant t'entraînent à produire la justification en même temps que le calcul, pour ne plus jamais laisser un demi-point sur la table.
Préparer l'épreuve de spécialité →4. Équations différentielles
Une grandeur suit une évolution exponentielle lorsque sa variation instantanée est proportionnelle à sa valeur : . Elle s'écrit alors — croissance si , décroissance si .
La signature d'une telle évolution est qu'un même intervalle de temps produit toujours le même facteur multiplicatif : doubler, ou diviser par deux, prend toujours la même durée, quel que soit le point de départ.
Une équation différentielle est une équation dont l'inconnue est une fonction, et qui relie cette fonction à ses dérivées. En Terminale, deux formes seulement sont au programme : , où est un réel quelconque, et , où est réel et .
Résoudre une telle équation, c'est déterminer toutes les fonctions qui la vérifient. Il y en a toujours une infinité — d'où l'importance de la condition initiale.
Une solution d'une équation différentielle est une fonction qui la vérifie en tout point de l'intervalle considéré. Une condition initiale est une contrainte de la forme , qui impose la valeur de la solution en un point.
Une équation différentielle admet une infinité de solutions ; ajoutée à une condition initiale, elle n'en admet plus qu'une seule. C'est ce couple « équation plus condition initiale » qui modélise un phénomène concret : l'équation dit comment la grandeur évolue, la condition initiale dit d'où elle part.
Les solutions sur de l'équation sont exactement les fonctions :
Si l'on impose de plus une condition initiale , la solution est unique : la constante est alors entièrement déterminée.
Démonstration (fonction auxiliaire y(x)·e^(−ax) — démonstration exigible du programme)
Sens direct. Si , alors : toute fonction de cette forme est solution.
Réciproque — c'est elle qui porte l'idée. Soit une solution quelconque. Posons , dérivable sur comme produit. Alors :
Or est solution, donc , et par conséquent pour tout .
Une fonction de dérivée nulle sur y est constante : il existe tel que . En multipliant par , qui n'est jamais nul, on obtient .
Le geste caractéristique : multiplier par pour faire apparaître une dérivée nulle. C'est le même que dans la démonstration du théorème 1.2.
Les solutions sur de (avec ) sont les fonctions :
Le terme constant est la solution particulière constante : c'est l'unique valeur telle que , donc . On la retrouve en résolvant cette équation du premier degré, sans rien apprendre par cœur.
- Identifie et en ramenant l'équation à la forme . Attention aux écritures déguisées : se réécrit , donc et .
- Écris la solution générale , en gardant comme paramètre.
- Utilise la condition initiale pour déterminer : remplace par , résous l'équation du premier degré en .
- Écris la solution finale avec la valeur de , et vérifie-la en la dérivant : c'est un contrôle rapide qui évite les erreurs de signe.
La température d'un objet suit , avec (en degrés, en minutes). Développons : , donc et .
Solution générale : .
Condition initiale : , d'où . Donc .
Interprétation : comme , la température tend vers degrés — la température ambiante. Le modèle décrit bien un refroidissement, et la constante est exactement la solution particulière constante du théorème 4.5.
5. Erreurs classiques au Bac (vues par les correcteurs)
Sur l'exponentielle, les rapports de correction de l'épreuve de spécialité mathématiques relèvent moins des incompréhensions que des automatismes manquants. Les cinq suivants reviennent chaque année.
6. Pour aller plus loin
L'exponentielle irrigue tout le programme, en mathématiques comme en physique-chimie.
- Fonction logarithme népérien — sa réciproque : toute équation se résout par un logarithme, et inversement.
- Primitives et calcul intégral — est la primitive de ; c'est l'une des rares primitives que tu retrouveras systématiquement.
- Physique-chimie — décroissance radioactive, charge d'un condensateur dans un circuit RC, cinétique d'ordre 1 : ce sont les mêmes équations différentielles, avec un autre vocabulaire.
- Loi binomiale et probabilités — les modèles de temps d'attente reposent sur des décroissances exponentielles.
- Après le Bac — en prépa, l'exponentielle est prolongée aux nombres complexes () et aux matrices, et devient l'outil central des systèmes différentiels.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'un DS ou de l'épreuve de spécialité, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir l'exponentielle par et ?
- Sais-tu démontrer que ne s'annule jamais, avec la fonction auxiliaire ?
- Sais-tu justifier que , et t'en servir dans une étude de signe ?
- Connais-tu les quatre propriétés algébriques, et sais-tu les distinguer de formules fausses ?
- Sais-tu démontrer les limites de l'exponentielle en puis en ?
- Sais-tu dériver sans oublier , et dire pourquoi varie comme ?
- Sais-tu résoudre en posant ?
- Sais-tu démontrer que en minorant par ?
- Sais-tu démontrer que en ?
- Connais-tu la hiérarchie , et sais-tu qu'il faut la citer ?
- Sais-tu démontrer que les solutions de sont les ?
- Sais-tu déterminer la constante à partir d'une condition initiale ?
Démonstrations à savoir refaire
- Limites de l'exponentielle en — comparaison avec , puis passage à l'inverse
- Solutions de — poser et montrer
- L'exponentielle ne s'annule jamais — dériver , constater , conclure
- Croissance comparée — minorer par , puis comparaison
- Limite de en — poser et se ramener au théorème précédent