Vue d'ensemble
Après les suites, la Terminale transpose la notion de limite aux fonctions. La différence est de taille : une suite ne peut « partir » que vers , alors qu'une fonction se regarde en , en , et en n'importe quel réel — parfois même à gauche et à droite de séparément. C'est ce qui permet de décrire les asymptotes d'une courbe et d'expliquer, enfin, ce que le tableau de variations laissait deviner.
Le chapitre sert de fondation à tout le reste de l'analyse : sans limites, pas de continuité, pas de dérivée en un point, pas de croissance comparée, pas d'intégrale. Il est aussi la principale source de calculs au Bac — et de formes indéterminées, qui sont l'obstacle technique n°1 de l'année.
Prérequis
- Limites de suites : formes indéterminées, comparaison, gendarmes (Terminale, chapitre précédent)
- Fonctions de référence : carré, cube, inverse, racine carrée, valeur absolue (Seconde et Première)
- Fonctions polynômes du second degré, forme factorisée et signe (Première)
- Lecture d'un tableau de variations et d'une courbe représentative (Seconde)
Le blocage n'est presque jamais la définition : c'est le calcul de limite. Reconnaître la forme indéterminée, choisir entre factoriser, simplifier ou conjuguer, et le faire vite sous la pression de l'épreuve : cela s'entraîne. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font passer d'une technique hésitante à un réflexe, sur des calculs tirés de vrais sujets.
Trouver un mentor Terminale →1. Limites en plus l'infini et en moins l'infini
a pour limite en si tout intervalle ouvert contenant contient toutes les valeurs pour assez grand. On note .
a pour limite en si tout intervalle de la forme contient toutes les valeurs pour assez grand : aussi haute que soit la barre , la courbe finit par passer au-dessus et y rester. Définitions analogues pour en , et pour les limites en .
Si , la droite d'équation est asymptote horizontale à la courbe de en . La courbe s'en approche indéfiniment, mais rien n'interdit qu'elle la coupe — parfois même une infinité de fois.
Pour tout entier :
En , tend vers si est pair, vers si est impair — c'est la seule subtilité à mémoriser. Et n'a pas de limite en : la fonction n'y est pas définie.
Soit . L'écriture brute donne « » : forme indéterminée. On factorise par le terme de plus haut degré :
Quand : et la parenthèse tend vers , donc . Ce calcul illustre un résultat général : en , un polynôme a la même limite que son terme de plus haut degré. Utilise ce raccourci pour vérifier ton résultat, mais rédige la factorisation : c'est elle qui est notée.
2. Limites en un réel et asymptote verticale
a pour limite en si tout intervalle contient toutes les valeurs pour assez proche de . La droite d'équation est alors asymptote verticale à la courbe.
Lorsque le comportement diffère de part et d'autre de , on distingue la limite à gauche (notée , pour ) et la limite à droite (notée , pour ). Exemple de référence :
- Calcule la limite du numérateur en : si elle est non nulle, la limite sera infinie.
- Calcule la limite du dénominateur : elle vaut . Tout se joue alors sur son signe.
- Détermine ce signe à gauche puis à droite de , par un tableau de signes : c'est l'étape que les copies sautent, et c'est la seule qui compte vraiment.
- Applique la règle des signes du quotient et conclus séparément pour chaque côté. Si les deux limites diffèrent, dis-le : n'a pas de limite en , mais la droite est asymptote verticale.
Soit et cherchons la limite en . Le numérateur tend vers . Le dénominateur tend vers , en étant négatif pour et positif pour . Donc :
La droite est asymptote verticale à la courbe, que celle-ci longe vers le bas à gauche et vers le haut à droite.
3. Opérations sur les limites et formes indéterminées
Les règles de la somme, du produit et du quotient sont identiques à celles vues sur les suites, limites infinies comprises. Elles échouent dans exactement quatre situations :
Noter que la forme « », rare sur les suites, devient centrale sur les fonctions : c'est exactement celle du taux d'accroissement, donc de la dérivée.
Soient et deux fonctions, , , désignant des réels ou . Si et , alors .
En pratique, on pose , on annonce « quand , », puis on conclut sur . Cette rédaction en deux temps est ce que le correcteur attend.
- Polynôme ou quotient de polynômes en l'infini : factorise par le terme de plus haut degré, en haut et en bas, puis simplifie. C'est la technique qui couvre l'immense majorité des cas.
- Quotient en un point qui annule les deux termes (forme ) : factorise par au numérateur et au dénominateur, puis simplifie. La valeur interdite disparaît, et la limite se lit par substitution.
- Différence faisant intervenir une racine : multiplie par la quantité conjuguée, ce qui transforme en .
- Rien ne se simplifie : encadre (section 4). C'est le signal des fonctions avec , ou partie entière.
a) : forme . On factorise par : . La droite est asymptote horizontale.
b) : forme . On factorise : pour , donc la limite vaut .
c) : forme . Avec la quantité conjuguée :
où l'on a factorisé par en haut et en bas à la dernière étape. Résultat contre-intuitif et très classique au Bac : l'écart entre et ne tend ni vers ni vers l'infini, mais vers .
Un calcul de limite raté fait tomber toute la question qui suit. Asymptote, tableau de variations, étude de signe : tout s'enchaîne à partir des limites, et une erreur de signe au départ se propage jusqu'au bout de l'exercice. Nos mentors Majorant t'entraînent à sécuriser cette première étape avant d'attaquer le reste.
Préparer l'épreuve de spécialité →4. Théorèmes de comparaison et d'encadrement
Quand aucune technique algébrique ne fonctionne — typiquement en présence de ou —, on renonce à calculer et on encadre. Les deux théorèmes qui suivent sont admis par le programme, mais leur démonstration tombe régulièrement en exercice : elle se ramène à la définition par intervalles, et il faut savoir la conduire.
Soient et telles que pour assez grand. Si , alors .
Démonstration (retour à la définition — admise au programme, mais demandée en exercice)
Soit un réel quelconque. Il s'agit de montrer que pour assez grand.
Comme , l'intervalle contient toutes les valeurs pour assez grand : il existe donc un réel tel que dès que .
Par hypothèse, il existe aussi un réel à partir duquel . Alors, pour tout , on a .
Ainsi, pour tout réel , contient toutes les valeurs pour assez grand : .
Le geste attendu : prendre le maximum des deux seuils. C'est le même mécanisme que pour les suites, où l'on prend .
Si pour assez grand et si et ont la même limite finie en , alors a pour limite en .
Démonstration (encadrement des deux gendarmes dans le même intervalle)
Soit un intervalle ouvert contenant . Il s'agit de montrer que appartient à pour assez grand.
Comme , il existe tel que dès que . De même, comme , il existe tel que dès que . Notons enfin un réel à partir duquel l'encadrement est valable.
Pour , le réel est compris entre deux éléments de l'intervalle ; comme est un intervalle, il contient tout réel situé entre deux de ses éléments, donc .
Ainsi tout intervalle ouvert contenant contient pour assez grand : .
Le point technique : c'est la convexité de l'intervalle qui fait tout le travail — un intervalle ne « saute » aucune valeur intermédiaire.
Soit pour . Le cosinus n'a pas de limite en , donc les opérations sont inutilisables. Mais pour tout :
et les deux bornes tendent vers . Par le théorème des gendarmes, : l'axe des abscisses est asymptote horizontale, la courbe l'enroulant en oscillant.
5. Erreurs classiques au Bac (vues par les correcteurs)
Sur les limites, les rapports de correction de l'épreuve de spécialité mathématiques signalent des erreurs très stéréotypées. Les connaître, c'est déjà les éviter.
6. Pour aller plus loin
Les limites de fonctions ne sont pas une fin en soi : c'est l'outil qui rend possibles tous les chapitres d'analyse qui suivent.
- Continuité et théorème des valeurs intermédiaires — la continuité en se définit exactement par .
- Dérivation — le nombre dérivé est une limite de taux d'accroissement, c'est-à-dire une forme que l'on lève.
- Exponentielle et logarithme — les croissances comparées sont des limites de quotients où l'algèbre ne suffit plus.
- Calcul intégral — les intégrales sur un intervalle non borné, hors programme au lycée, se définissent comme limites d'intégrales.
- Après le Bac — en prépa, la définition par intervalles est remplacée par la définition avec et , et les théorèmes admis ici sont démontrés.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'un DS ou de l'épreuve de spécialité, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir une limite finie et une limite infinie en ?
- Sais-tu relier une limite finie en l'infini à une asymptote horizontale ?
- Sais-tu relier une limite infinie en un réel à une asymptote verticale ?
- Connais-tu les limites de en selon la parité de ?
- Sais-tu déterminer la limite d'un polynôme en factorisant son terme de plus haut degré ?
- Sais-tu mener l'étude de signe du dénominateur à gauche et à droite d'une valeur interdite ?
- Sais-tu lever une forme par factorisation de ?
- Sais-tu utiliser la quantité conjuguée sur et retrouver ?
- Sais-tu que , et ce que cela change en ?
- Sais-tu rédiger une limite de fonction composée en posant ?
- Sais-tu démontrer le théorème de comparaison en revenant à la définition ?
- Sais-tu traiter par encadrement ?
Démonstrations à savoir refaire
- Théorème de comparaison en — deux seuils, puis
- Théorème des gendarmes — trois seuils, puis convexité de l'intervalle