Vue d'ensemble
La continuité est la propriété que l'on résume, en Terminale, par « on trace la courbe sans lever le crayon ». Derrière cette image se cache un outil redoutablement efficace : le théorème des valeurs intermédiaires, seul résultat du programme qui affirme l'existence d'une solution à une équation sans jamais la calculer. C'est aussi le seul chapitre où l'on démontre qu'une équation admet exactement une solution, puis où on l'encadre par un algorithme.
Au Bac, ce chapitre apparaît presque toujours de la même façon : une fonction dont on étudie les variations, puis la question « montrer que l'équation admet une unique solution sur », suivie d'un encadrement à près par dichotomie ou balayage. La fiche traite cet enchaînement de bout en bout.
Prérequis
- Limites de fonctions en un réel et en l'infini (Terminale, chapitre précédent)
- Dérivation : signe de la dérivée et sens de variation (Première)
- Tableau de variations complet, avec limites aux bornes (Première et Terminale)
- Suites définies par récurrence et théorème de la limite monotone (Terminale)
« Montrer que l'équation admet une unique solution » : la question qui revient à chaque session. Elle se traite en trois lignes quand on connaît le format attendu, et se solde par un demi-point quand on oublie une hypothèse. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font produire cette rédaction jusqu'à ce qu'elle sorte sans réfléchir, le jour J.
Trouver un mentor Terminale →1. La continuité, en un point et sur un intervalle
Soit définie sur un intervalle et . La fonction est continue en si :
Deux conditions se cachent dans cette égalité : la limite doit exister, et elle doit valoir la valeur de la fonction en — une fonction peut très bien avoir une limite en sans y être continue, si a été définie autrement.
est continue sur l'intervalle si elle est continue en chaque point de . Graphiquement, sa courbe se trace « sans lever le crayon » sur tout l'intervalle — image commode, mais qui ne remplace pas la définition par les limites.
Les fonctions polynômes, la fonction racine carrée (sur ), la fonction valeur absolue, les fonctions sinus et cosinus, l'exponentielle (sur ) et la fonction logarithme népérien (sur ) sont continues sur leur ensemble de définition. Il en va de même de toute fonction obtenue par somme, produit, quotient (là où le dénominateur ne s'annule pas) ou composition de telles fonctions.
En pratique, une phrase suffit sur la copie : « est continue sur comme quotient de fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule pas ».
Si est dérivable en , alors est continue en . Par conséquent, une fonction dérivable sur un intervalle y est continue.
Démonstration (par le taux d'accroissement — résultat admis au programme, mais démonstration classiquement demandée en exercice)
Supposons dérivable en : le taux d'accroissement tend vers le réel quand .
Pour , on peut alors écrire :
Le premier facteur tend vers (un réel), le second vers . Le produit tend donc vers , d'où : est continue en .
Le point à ne pas rater : il faut multiplier et diviser par , ce qui n'est licite que pour — précise-le. Et surtout, la réciproque est fausse : voir le piège ci-dessous.
Soit définie par si et si . Le seul point à examiner est le raccord en :
à gauche, , et ; à droite, . Les trois valeurs coïncident, donc est continue en , et donc sur .
Le réflexe : pour une fonction définie par morceaux, la continuité ne pose question qu'aux points de raccord. Ailleurs, elle découle du théorème 1.3.
2. Le théorème des valeurs intermédiaires
Soit une fonction continue sur un intervalle . Pour tout réel compris entre et , l'équation admet au moins une solution dans .
Intuitivement : une courbe qui va du niveau au niveau sans lever le crayon doit bien franchir toutes les altitudes intermédiaires.
Si est continue et strictement monotone sur , alors pour tout réel compris entre et , l'équation admet une unique solution dans .
Le théorème s'étend aux intervalles ouverts ou non bornés, en remplaçant et par les limites aux bornes. C'est la version utilisée dans la quasi-totalité des exercices du Bac.
La rédaction attendue tient en quatre vérifications, dans cet ordre :
- Continuité : « est continue sur comme … (somme, quotient, composée) de fonctions continues », ou « est dérivable donc continue sur ».
- Stricte monotonie : justifiée par le signe strict de sur — pas par une simple lecture de courbe.
- Encadrement de : donne les valeurs (ou les limites) aux bornes de , et vérifie que est bien compris entre elles.
- Conclusion : « d'après le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires, l'équation admet une unique solution dans ».
Montrons que admet une unique solution réelle. Posons .
Continuité : est une fonction polynôme, donc continue sur .
Stricte monotonie : pour tout réel (somme d'un carré positif et de ), donc est strictement croissante sur .
Bornes : et , donc est bien compris entre les deux limites.
Conclusion : d'après le corollaire du TVI, l'équation admet une unique solution dans . Comme et , on a de plus .
Le TVI est un point presque garanti — à condition de rédiger les quatre vérifications. Les correcteurs suivent une grille : continuité, stricte monotonie, encadrement, conclusion. Nos mentors Majorant relisent tes rédactions ligne à ligne et te montrent exactement où la grille attribue, ou retire, les points.
Préparer l'épreuve de spécialité →3. Encadrer la solution : balayage et dichotomie
Le TVI prouve qu'une solution existe, mais ne la donne pas. La suite de l'exercice consiste presque toujours à l'encadrer à une précision demandée, par un algorithme que tu dois savoir décrire et faire tourner.
On parcourt l'intervalle par pas réguliers ( puis …) en testant le signe de : dès que le signe change entre deux valeurs consécutives, est encadrée entre elles. On recommence avec un pas dix fois plus petit pour gagner une décimale.
On part d'un intervalle contenant , on calcule le milieu , et l'on garde la moitié dans laquelle change de signe. La longueur de l'intervalle est divisée par à chaque étape : après étapes, elle vaut .
- Vérifie que et sont de signes contraires : c'est ce qui garantit la présence de dans .
- Calcule , puis le signe de .
- Si est du même signe que , remplace par ; sinon, remplace par .
- Répète jusqu'à ce que soit inférieur à la précision demandée.
- Conclus par un encadrement, en respectant la précision : « » pour une précision de .
On sait que avec et .
Étape 1 : , et . Même signe que , donc .
Étape 2 : , et . Signe opposé à , donc .
Deux étapes ont divisé l'incertitude par . En poursuivant, on obtient .
4. Continuité et suites définies par récurrence
Un réel est un point fixe de s'il vérifie : la fonction le laisse inchangé. Graphiquement, les points fixes sont les abscisses des points d'intersection de la courbe de avec la droite d'équation — d'où l'importance de cette droite dans les constructions « en escalier » d'une suite récurrente.
Soit une fonction continue sur un intervalle , et une suite d'éléments de définie par . Si converge vers un réel , alors vérifie .
Démonstration (passage à la limite — résultat admis au programme, mais démonstration classiquement demandée en exercice)
Supposons avec . La suite est la suite décalée d'un rang : elle a donc la même limite .
Par ailleurs, est continue en , donc puisque .
Or pour tout : les deux suites sont égales, donc leurs limites le sont aussi. D'où .
Ce qui est vraiment démontré : la limite, si elle existe, est nécessairement un point fixe. Ce théorème ne prouve jamais la convergence — celle-ci s'obtient à part, par convergence monotone.
- Démontre que converge (encadrement + monotonie, puis convergence monotone).
- Justifie que est continue sur l'intervalle où vivent tous les termes.
- Résous l'équation de point fixe .
- Élimine les solutions incompatibles avec l'encadrement obtenu à l'étape 1 : c'est l'étape que les copies oublient, alors qu'elle porte souvent le point de conclusion.
Avec , on démontre (chapitre récurrence) que pour tout , et que la suite est croissante. Croissante et majorée par , elle converge donc vers un réel .
La fonction est continue sur , donc vérifie . En élevant au carré (les deux membres sont positifs) : , soit , dont les solutions sont et .
Or , ce qui élimine . Donc .
5. Erreurs classiques au Bac (vues par les correcteurs)
Les rapports de correction de l'épreuve de spécialité mathématiques sont, sur ce chapitre, d'une remarquable constance : les points perdus le sont presque toujours sur les hypothèses, jamais sur l'idée.
6. Pour aller plus loin
La continuité est l'hypothèse silencieuse de presque tous les théorèmes d'analyse que tu vas croiser ensuite.
- Fonction logarithme népérien — son existence repose sur le TVI appliqué à l'exponentielle, strictement croissante et continue.
- Primitives et calcul intégral — toute fonction continue sur un intervalle y admet des primitives : c'est le théorème fondamental de l'analyse.
- Équations différentielles — les solutions y sont recherchées parmi les fonctions dérivables, donc continues.
- Suites récurrentes — le passage à la limite via le point fixe est l'aboutissement de tous les exercices longs sur les suites.
- Après le Bac — en prépa, on démontre le TVI à partir de la propriété de la borne supérieure, et on découvre qu'une fonction continue sur un segment y est bornée et atteint ses bornes.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'un DS ou de l'épreuve de spécialité, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir la continuité en un point à l'aide d'une limite ?
- Sais-tu justifier en une phrase la continuité d'une fonction construite par opérations ?
- Sais-tu démontrer que toute fonction dérivable est continue ?
- Connais-tu un contre-exemple à la réciproque, et sais-tu dire pourquoi il fonctionne ?
- Sais-tu étudier la continuité d'une fonction définie par morceaux en son point de raccord ?
- Sais-tu énoncer le théorème des valeurs intermédiaires avec toutes ses hypothèses ?
- Sais-tu ce que la stricte monotonie ajoute au théorème, et pourquoi ?
- Sais-tu rédiger les 4 étapes de « l'équation admet une unique solution » ?
- Sais-tu appliquer le théorème sur un intervalle non borné, avec des limites aux bornes ?
- Sais-tu faire tourner deux étapes de dichotomie et conclure par un encadrement ?
- Sais-tu démontrer que la limite d'une suite récurrente est un point fixe de ?
- Sais-tu pourquoi il faut prouver la convergence avant de résoudre ?
Démonstrations à savoir refaire
- Toute fonction dérivable est continue — écrire comme taux d'accroissement multiplié par
- La limite d'une suite récurrente est un point fixe — a la même limite, puis continuité de