Vue d'ensemble
Jusqu'ici, on te donnait une fonction et tu calculais sa dérivée. Ce chapitre fait le chemin en sens inverse : on te donne une dérivée, tu retrouves la fonction. C'est l'opération de primitivation, et elle change de statut par rapport à la dérivation — il n'existe pas de « formule qui marche à tous les coups », seulement des lectures à l'envers du tableau des dérivées et un œil entraîné.
Cette même idée résout les équations différentielles , qui modélisent tout ce dont la vitesse d'évolution dépend de l'état : populations, températures, charges électriques, désintégrations. Le chapitre est court, très calculatoire, et tombe presque à chaque session.
Prérequis
- Dérivées des fonctions usuelles et dérivée d'une composée (Première et Terminale)
- Fonction exponentielle et fonction logarithme népérien (Terminale, chapitres précédents)
- Continuité sur un intervalle (Terminale)
- Résolution d'équations du premier degré, manipulation des paramètres (Seconde)
Trouver une primitive, ça ne se déduit pas : ça se reconnaît. Les élèves qui bloquent n'ont pas un problème de raisonnement, ils manquent d'heures de vol sur les formes et . Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font faire ces reconnaissances en série, jusqu'à ce que la bonne forme te saute aux yeux.
Trouver un mentor Terminale →1. La notion de primitive
Soit définie sur un intervalle . Une fonction est une primitive de sur si est dérivable sur et si :
Le vocabulaire dit tout : est « avant » , et dériver redonne . Pour vérifier une primitive, il suffit donc toujours de la dériver — ce contrôle prend cinq secondes et évite toute erreur.
Toute fonction continue sur un intervalle admet des primitives sur .
Ce théorème garantit l'existence, mais ne fournit aucune méthode de calcul : il existe des fonctions continues très simples, comme , dont aucune primitive ne s'exprime avec les fonctions du programme.
Si et sont deux primitives d'une même fonction sur un intervalle , alors il existe une constante réelle telle que pour tout .
Démonstration (par la dérivée de la différence)
Posons . Cette fonction est dérivable sur comme différence de fonctions dérivables, et pour tout :
Or une fonction dont la dérivée est nulle sur un intervalle y est constante. Il existe donc un réel tel que pour tout , c'est-à-dire .
L'hypothèse à ne pas perdre : le résultat exige un intervalle. Prends la fonction , définie sur , qui n'est pas un intervalle : ses primitives sont sur , et sur — attention, n'y existe pas. Rien n'impose : deux primitives peuvent différer d'une constante sur un morceau et d'une autre sur le second. C'est bien l'intervalle qui fait le théorème.
Soit continue sur , et un réel. Il existe une unique primitive de sur vérifiant .
Autrement dit : une infinité de primitives, mais une seule qui passe par un point donné. C'est exactement le rôle de la condition initiale dans les équations différentielles.
2. Calculer une primitive : les formes à reconnaître
Sur un intervalle où chaque expression est définie, et à une constante près :
- , pour avec : — sur un intervalle ne contenant pas dès que
- : , sur
- :
- : , sur — cas particulier de la forme ci-dessous, plutôt qu'une référence du programme
- :
- :
Ce tableau n'est que le tableau des dérivées lu de droite à gauche. Si tu le connais dans un sens, tu le connais dans l'autre — à condition de t'entraîner à le lire dans ce sens-là.
Le programme les regroupe sous une seule capacité : reconnaître les fonctions de la forme . En pratique, cinq cas couvrent la quasi-totalité des sujets. Pour dérivable, et à une constante près :
- , pour avec : primitive — avec ne s'annulant pas si
- là où : primitive
- : primitive
- là où : primitive
La cinquième est le cas de la première : a pour primitive , là où ne s'annule pas.
On appelle ici forme composée une expression du type , où est une fonction dont on connaît une primitive . Sa primitive est alors : c'est la lecture à l'envers de la dérivée d'une composée.
Toute la difficulté du chapitre tient dans cette reconnaissance : identifier le , vérifier que son est bien présent en facteur (quitte à ajuster un coefficient), et lire la primitive dans le tableau ci-dessus.
- Repère le : c'est ce qui est « à l'intérieur » — sous la racine, en exposant de l'exponentielle, au dénominateur, ou élevé à une puissance.
- Calcule au brouillon, et compare-le à ce qui figure devant, ou au numérateur.
- Ajuste le coefficient. Si le facteur présent vaut , sors devant : par exemple, pour , on a , , et il manque un facteur ; on écrit , de primitive .
- Vérifie en dérivant. Ce contrôle est immédiat et détecte toute erreur de coefficient.
: avec , , on est en , donc .
: avec , on est en , donc .
: avec , , on est en , donc .
: avec , , on écrit , donc sur tout intervalle ne contenant pas .
- Détermine toutes les primitives, sous la forme .
- Écris l'égalité imposée, par exemple .
- Résous cette équation du premier degré en .
- Conclus en donnant la primitive cherchée, avec la valeur de remplacée — et non laissée en paramètre.
3. Équations différentielles
Une équation différentielle est une équation dont l'inconnue est une fonction, reliée à sa dérivée. En Terminale, deux formes sont au programme : , où est un réel quelconque, et , où est réel et :
Résoudre, c'est décrire toutes les fonctions , dérivables sur , qui vérifient l'égalité en tout point.
Une solution de l'équation est une fonction qui vérifie l'égalité en tout point de l'intervalle considéré. Une condition initiale est une contrainte de la forme .
Une équation différentielle possède une infinité de solutions ; assortie d'une condition initiale, elle n'en possède plus qu'une. C'est ce couple qui modélise un phénomène : l'équation dit comment la grandeur évolue, la condition initiale dit d'où elle part.
Une solution constante de est une fonction constante qui vérifie l'équation. Sa dérivée étant nulle, elle correspond à la valeur telle que , soit .
En modélisation, cette valeur porte un nom concret : état d'équilibre du système — la température ambiante d'un refroidissement, la population limite d'un milieu, la tension finale d'un condensateur. C'est vers elle que tend la solution lorsque .
Les solutions sur de sont exactement les fonctions , avec .
Démonstration (fonction auxiliaire, dans le sens qui compte)
Sens facile. Si , alors : chaque fonction de cette forme est bien solution.
Sens réciproque — c'est lui qui demande une idée. Soit une solution quelconque. Posons , fonction dérivable sur comme produit. Alors :
Or est solution, donc , et par conséquent pour tout .
Une fonction de dérivée nulle sur y est constante : il existe tel que , c'est-à-dire, en multipliant par (jamais nul) : .
Le geste caractéristique : multiplier par pour faire apparaître une dérivée nulle. On le retrouve tel quel dans la démonstration que l'exponentielle ne s'annule jamais.
Pour , les solutions sur de sont les fonctions :
La constante est la solution particulière constante : c'est l'unique valeur telle que , donc telle que . Ne l'apprends pas par cœur — retrouve-la en résolvant cette équation du premier degré, tu ne te tromperas jamais de signe.
Ce principe dépasse le cas constant, et le programme le mentionne explicitement. Soit l'équation , où est une fonction donnée. Si l'énoncé fournit une solution particulière , alors les solutions de l'équation sont exactement les fonctions :
Autrement dit : une solution particulière, plus toutes les solutions de l'équation associée. La raison tient en une ligne : si et sont deux solutions, leur différence vérifie , donc est solution de , et vaut d'après le théorème 3.4.
Le cas du théorème 3.5 en est le cas particulier où la solution particulière est la constante .
Pour tout couple de réels , l'équation admet une unique solution vérifiant .
C'est ce qui rend ces équations utiles en modélisation : l'équation décrit la loi d'évolution, la condition initiale fixe l'état de départ, et le couple détermine entièrement l'avenir du système.
L'exercice d'équation différentielle est le plus prévisible du sujet. Identifier et , écrire la solution générale, exploiter la condition initiale, interpréter la limite : quatre gestes, toujours les mêmes. Nos mentors Majorant te font dérouler ce schéma sur les sujets des dernières sessions jusqu'à ce qu'il devienne mécanique.
Préparer l'épreuve de spécialité →- Normalise l'équation : le coefficient de doit valoir . Ainsi devient , donc et .
- Écris la solution générale .
- Exploite la condition initiale pour déterminer .
- Interprète : si , alors et la solution tend vers — c'est l'état d'équilibre du système, presque toujours demandé en dernière question.
Une population (en milliers) vérifie avec . Ici et .
Solution générale : .
Condition initiale : , donc et .
Interprétation : ici , donc et : le modèle prévoit l'extinction de la population. On peut même déterminer quand elle s'éteint, en résolvant , soit , donc . Un modèle n'est valable que tant que ses conclusions ont un sens : au-delà de cette date, il ne décrit plus rien.
4. Erreurs classiques au Bac (vues par les correcteurs)
Sur ce chapitre, les rapports de correction de l'épreuve de spécialité mathématiques signalent surtout des erreurs de coefficient et de rédaction : les élèves reconnaissent la forme, mais l'ajustent mal, ou concluent trop vite.
5. Pour aller plus loin
Ce chapitre est charnière : il ferme le calcul différentiel et ouvre le calcul intégral.
- Calcul intégral — le lien est direct : , où est n'importe quelle primitive de . Sans primitive, pas d'intégrale calculable.
- Fonction exponentielle — les équations différentielles en sont l'application majeure, et réciproquement l'exponentielle en est la solution universelle.
- Physique-chimie — circuit RC, décroissance radioactive, cinétique d'ordre 1, refroidissement : ce sont exactement les équations de cette fiche, avec d'autres lettres.
- Suites récurrentes — la version discrète de est la suite arithmético-géométrique : on y cherche de même le point fixe (ici ), puis on s'y ramène par une suite auxiliaire géométrique.
- Après le Bac — en prépa, on résout à coefficients variables, par variation de la constante, puis les équations du second ordre.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'un DS ou de l'épreuve de spécialité, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir une primitive, et vérifier une primitive en la dérivant ?
- Sais-tu énoncer le théorème d'existence, et dire ce qu'il ne donne pas ?
- Sais-tu démontrer que deux primitives d'une même fonction diffèrent d'une constante ?
- Sais-tu pourquoi ce résultat exige un intervalle ?
- Connais-tu les primitives des six fonctions usuelles du tableau ?
- Sais-tu reconnaître les formes , , et ?
- Sais-tu ajuster le coefficient quand il manque un facteur, comme pour ?
- Sais-tu déterminer la primitive vérifiant une condition initiale ?
- Sais-tu démontrer que les solutions de sont les ?
- Sais-tu retrouver la solution constante de en posant ?
- Sais-tu normaliser une équation avant d'identifier et ?
- Sais-tu interpréter la limite d'une solution selon le signe de ?
Démonstrations à savoir refaire
- Deux primitives diffèrent d'une constante — dériver , conclure par « dérivée nulle sur un intervalle »
- Solutions de — poser , montrer