Vue d'ensemble
Dénombrer, c'est compter sans énumérer. Combien de codes à quatre chiffres ? Combien de mains de cinq cartes ? Combien de façons de placer huit personnes autour d'une table ? La combinatoire fournit les quatre outils qui répondent à ces questions, et surtout la grille de lecture qui dit lequel employer.
C'est un chapitre inhabituel : très peu de formules, mais une exigence de rigueur sur la modélisation. La difficulté n'est presque jamais de calculer, elle est de décider si l'ordre compte et si les répétitions sont permises. Ce chapitre alimente aussi directement la loi binomiale, où le coefficient compte les chemins d'un arbre.
Prérequis
- Vocabulaire des ensembles : appartenance, inclusion, réunion, intersection (Seconde)
- Arbres de dénombrement et arbres pondérés (Seconde et Première)
- Probabilités sur un univers fini équiprobable (Seconde et Première)
- Raisonnement par récurrence, pour les propriétés des coefficients binomiaux (Terminale)
En dénombrement, la faute vient toujours du modèle, jamais du calcul. Confondre un tirage successif et un tirage simultané, c'est se tromper d'un facteur sans jamais s'en rendre compte. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font poser explicitement les deux questions — ordre ? répétition ? — jusqu'à ce que ce soit un automatisme.
Trouver un mentor Terminale →1. Les deux principes fondamentaux
Le cardinal d'un ensemble fini , noté ou , est son nombre d'éléments. Dénombrer un ensemble, c'est déterminer son cardinal — sans nécessairement en dresser la liste, ce qui serait impossible dès que les nombres grandissent.
Si sont des ensembles finis deux à deux disjoints, alors :
C'est le principe du « ou » : on additionne quand on a le choix entre des cas qui s'excluent. L'hypothèse de disjonction est essentielle — sans elle, on compterait plusieurs fois les éléments communs.
Le cardinal d'un produit cartésien est le produit des cardinaux :
C'est le principe du « et » : on multiplie quand une configuration se construit par une succession de choix, chaque choix ayant un nombre d'options qui ne dépend pas de ce qui précède.
Un code d'accès est constitué soit de chiffres, soit de lettres majuscules (alphabet de lettres). Combien de codes possibles ?
Les codes à chiffres se construisent par choix successifs parmi : principe multiplicatif, . Les codes à lettres : .
Les deux familles sont disjointes (un code est de l'un ou l'autre type), donc le principe additif donne codes possibles.
Un -uplet (ou -liste) d'éléments d'un ensemble est une suite ordonnée de éléments de , les répétitions étant autorisées. L'ensemble des -uplets est noté .
Si , le principe multiplicatif donne immédiatement :
C'est le cas du tirage successif avec remise : on note l'ordre, et un élément peut sortir plusieurs fois.
Un ensemble à éléments possède exactement parties (sous-ensembles).
La raison est un codage : choisir une partie, c'est décider pour chacun des éléments s'il est dedans ou dehors — soit choix binaires successifs, donc possibilités. C'est aussi le nombre de mots de longueur sur un alphabet à deux lettres, et le nombre de chemins d'un arbre à niveaux binaires.
2. Factorielle, permutations et éléments distincts
Pour un entier , la factorielle de est le produit des entiers de à :
La convention n'est pas arbitraire : elle rend valables les formules des coefficients binomiaux dans les cas extrêmes, et elle traduit qu'il existe exactement une façon de ne rien ordonner.
Le nombre de façons d'ordonner totalement éléments distincts — on parle de permutations — vaut .
Justification par le principe multiplicatif : choix pour la première place, pour la deuxième (l'élément placé n'est plus disponible), et ainsi de suite jusqu'à seul choix pour la dernière.
Le nombre de -uplets d'éléments deux à deux distincts d'un ensemble à éléments (avec ) vaut :
C'est le tirage successif sans remise : l'ordre compte, mais un élément ne peut pas sortir deux fois. Compte bien les facteurs : il y en a , et le dernier est , pas .
Douze athlètes participent à une course. Combien de podiums possibles (or, argent, bronze) ? L'ordre compte, sans répétition : .
Combien de façons de choisir un jury de trois personnes parmi ces douze ? Cette fois l'ordre ne compte pas : la réponse sera , soit divisé par — chaque jury a été compté fois dans le décompte des podiums.
Ce facteur est l'articulation de tout le chapitre : il sépare le monde où l'ordre compte de celui où il ne compte pas.
Presque tous les énoncés se ramènent à l'un de ces trois modèles, qu'il faut savoir nommer :
- Tirage successif avec remise — on tire un élément, on le remet, on recommence. L'ordre compte, les répétitions sont possibles : ce sont les -uplets.
- Tirage successif sans remise — on tire sans remettre. L'ordre compte, pas de répétition : ce sont les -uplets d'éléments distincts.
- Tirage simultané — on prend éléments d'un coup. Ni ordre ni répétition : ce sont les combinaisons.
Un tirage simultané de éléments et un tirage successif sans remise de éléments décrivent les mêmes poignées, mais le second les compte fois — une fois par ordre possible. C'est toute la différence entre et .
3. Combinaisons et coefficients binomiaux
Une combinaison de éléments d'un ensemble à éléments est une partie à éléments de cet ensemble : l'ordre n'intervient pas, et les répétitions sont impossibles.
Leur nombre est le coefficient binomial , qui se lit « parmi », et vaut :
La première écriture est celle qu'on utilise pour calculer à la main (elle a exactement facteurs au numérateur), la seconde pour démontrer.
Pour tout entier :
parce qu'il existe une seule partie vide ; parce qu'il existe un seul ensemble tout entier. Ces deux cas sont exactement ceux que la convention rend cohérents.
Pour tous entiers :
Démonstration (par le calcul, puis par une méthode combinatoire — non listée au BO, mais immédiate et régulièrement demandée)
Par le calcul. En appliquant la formule factorielle au membre de droite :
puisque le produit ne dépend pas de l'ordre de ses deux facteurs.
Par une méthode combinatoire — c'est la démonstration à comprendre. Choisir les éléments d'une partie, c'est exactement la même chose que choisir les éléments qu'on laisse de côté. À chaque partie à éléments correspond une et une seule partie complémentaire à éléments : les deux collections ont donc le même nombre d'éléments.
L'intérêt pratique : pour calculer , on calcule . Toujours ramener à la plus petite des deux valeurs.
Pour tous entiers :
Démonstration (par une méthode combinatoire, puis par le calcul — démonstration exigible du programme)
Méthode combinatoire. Considérons un ensemble à éléments, et distinguons-y un élément particulier, appelons-le . Les parties à éléments de se répartissent en deux familles disjointes :
- celles qui contiennent : il reste à choisir les autres éléments parmi les restants, soit parties ;
- celles qui ne contiennent pas : il faut choisir les éléments parmi les autres, soit parties.
Par le principe additif, le total vaut , et c'est par définition .
Par le calcul. Réduisons au même dénominateur :
On multiplie la première fraction par et la seconde par , ce qui donne le dénominateur commun :
Laquelle rédiger ? La méthode combinatoire est plus courte et montre le sens ; la méthode calculatoire est plus sûre si tu maîtrises mal les factorielles. Le programme mentionne les deux : sache au moins produire la première.
Pour tout entier naturel :
Démonstration par dénombrement (double comptage — démonstration exigible du programme)
L'idée est de compter deux fois le même ensemble, de deux façons différentes : les deux résultats sont alors nécessairement égaux. L'ensemble en question est celui de toutes les parties d'un ensemble à éléments.
Premier comptage. D'après la proposition 1.5, possède parties — une partie se construit par choix binaires « dedans ou dehors ».
Second comptage. Classons ces parties selon leur nombre d'éléments. Pour chaque allant de à , il y a exactement parties à éléments. Ces familles sont deux à deux disjointes (une partie a un nombre d'éléments et un seul) et leur réunion est l'ensemble de toutes les parties. Le principe additif donne donc un total de .
Les deux comptages portent sur le même ensemble, d'où l'égalité annoncée.
Vérification sur : la ligne du triangle de Pascal donne .
Le double comptage est le raisonnement le plus élégant du programme — et le moins travaillé. Compter un même ensemble de deux façons pour en déduire une égalité : une fois le mécanisme compris, il éclaire aussi la loi binomiale et les probabilités. Nos mentors Majorant prennent le temps de l'installer, parce qu'il rapporte bien au-delà de ce chapitre.
Préparer l'épreuve de spécialité →4. Choisir le bon modèle
- L'ordre compte-t-il ? Autrement dit : deux tirages contenant les mêmes éléments dans un ordre différent sont-ils considérés comme distincts ?
- Les répétitions sont-elles possibles ? Un même élément peut-il apparaître plusieurs fois ?
-
Croise les deux réponses pour identifier le modèle :
- ordre oui, répétition oui → -uplets, ;
- ordre oui, répétition non → -uplets distincts, ;
- ordre non, répétition non → combinaisons, ;
- ordre non, répétition oui → hors programme de Terminale.
- Écris la phrase justificative sur la copie : « il s'agit d'un tirage simultané, donc l'ordre n'intervient pas ». C'est elle qui est notée, autant que le résultat.
Une urne contient jetons numérotés. On en tire .
- Successivement avec remise (ordre, répétition) : résultats.
- Successivement sans remise (ordre, pas de répétition) : .
- Simultanément (ni ordre ni répétition) : .
Le passage de à est la division par : chaque poignée de trois jetons correspond à ordres de tirage différents.
5. Erreurs classiques au Bac (vues par les correcteurs)
Les rapports de correction de l'épreuve de spécialité mathématiques sont unanimes sur ce chapitre : les erreurs portent sur la modélisation, presque jamais sur le calcul. En voici les cinq formes les plus fréquentes.
6. Pour aller plus loin
La combinatoire est le socle sur lequel repose toute la partie probabilités du programme.
- Loi binomiale — le coefficient y compte les chemins de l'arbre menant à succès : ce chapitre en fournit la justification.
- Probabilités conditionnelles — dans un univers équiprobable, calculer une probabilité revient à dénombrer deux ensembles.
- Sommes de variables aléatoires — les propriétés de symétrie des coefficients binomiaux éclairent celles de la loi binomiale.
- Algorithmique — la génération de la liste des par la relation de Pascal est un exemple d'algorithme mentionné au programme.
- Après le Bac — en prépa, on ajoute la formule du binôme de Newton, les combinaisons avec répétition, les dérangements et le principe d'inclusion-exclusion.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'un DS ou de l'épreuve de spécialité, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu énoncer le principe additif avec son hypothèse de disjonction ?
- Sais-tu énoncer le principe multiplicatif et reconnaître une succession de choix ?
- Sais-tu pourquoi un ensemble à éléments a parties ?
- Connais-tu la définition de et la convention ?
- Sais-tu compter les -uplets d'éléments distincts, et vérifier le nombre de facteurs ?
- Sais-tu écrire sous ses deux formes, et dire laquelle sert à calculer ?
- Connais-tu , , et ?
- Sais-tu démontrer la symétrie par le complémentaire ?
- Sais-tu démontrer la relation de Pascal par une méthode combinatoire ?
- Sais-tu démontrer que par double comptage ?
- Sais-tu poser les deux questions — ordre ? répétition ? — et en déduire le modèle ?
- Sais-tu traiter un « au moins un » par l'événement contraire ?
Démonstrations à savoir refaire
- Symétrie des coefficients binomiaux — passer au complémentaire, ou simplifier la formule factorielle
- Relation de Pascal — séparer les parties selon qu'elles contiennent un élément distingué
- Somme des coefficients binomiaux — compter les parties de deux façons