Vue d'ensemble
Un mécanisme est un assemblage de solides reliés par des liaisons. Chaque liaison autorise certains mouvements (degrés de liberté) et en bloque d'autres — ce que résume son torseur cinématique, dual de son torseur d'action. Le schéma cinématique modélise le mécanisme avec les liaisons normalisées ; l'analyse des chaînes (ouvertes, fermées) donne la mobilité et le degré d'hyperstatisme. Cette fiche pose ces outils, les 3 résultats incontournables, les 2 démonstrations à savoir refaire et les pièges de copie.
Prérequis
- Torseurs (résultante, moment, transport)
- Cinématique du solide : torseur cinématique
- Statique des solides : torseur d'action mécanique
- Repères et bases orthonormées
Tu ne retiens jamais les torseurs des liaisons ? Il n'y a rien à apprendre par cœur : la dualité « mouvement libre ↔ effort nul » les reconstruit tous. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te montrent comment les retrouver en 10 secondes.
Trouver un mentor PSI →1. Liaisons et degrés de liberté
Une liaison entre deux solides est un contact qui restreint leurs mouvements relatifs. Le nombre de mouvements relatifs indépendants encore possibles est le nombre de degrés de liberté (ddl), entre 0 (encastrement) et 6 (liaison libre : 3 translations + 3 rotations).
- Pivot (1 ddl : une rotation) — arbre dans un palier.
- Glissière (1 ddl : une translation) — coulisseau.
- Pivot glissant (2 ddl : rotation + translation même axe).
- Rotule (3 ddl : trois rotations) — sphère dans un logement.
- Appui plan (3 ddl : 2 translations + 1 rotation).
- Encastrement (0 ddl) et liaison ponctuelle (5 ddl).
Le torseur cinématique d'une liaison ne contient que les composantes autorisées par les degrés de liberté. Exemple, pivot d'axe :
Le torseur d'action d'une liaison parfaite ne contient que les composantes bloquées (efforts transmissibles). Pour la pivot d'axe , toutes les composantes sauf le moment selon (, car est libre).
Une liaison réelle présente du jeu (mouvements parasites), du frottement (dissipation) et de l'élasticité. Le modèle de liaison parfaite (géométrie idéale, sans frottement ni jeu) est celui utilisé pour les torseurs : il faut garder à l'esprit qu'il idéalise le comportement réel, notamment pour l'analyse d'hyperstatisme (le jeu « absorbe » parfois une contrainte redondante).
2. Dualité cinématique-statique et schéma cinématique
Pour une liaison parfaite, les composantes non nulles du torseur cinématique et celles du torseur d'action sont complémentaires : là où un mouvement est libre, l'effort dual est nul, et réciproquement. Formellement, la puissance dissipée est nulle :
Démonstration (comoment nul)
Une liaison parfaite ne dissipe pas d'énergie : la puissance des actions de liaison est nulle, c'est-à-dire le comoment du torseur d'action et du torseur cinématique est nul, pour tout mouvement compatible :
Comme cette égalité vaut pour toutes les valeurs des composantes cinématiques autorisées, chaque composante d'effort qui leur est duale doit être nulle. Il reste donc uniquement les efforts selon les directions bloquées : les deux torseurs ont des composantes non nulles complémentaires.
Le schéma cinématique représente un mécanisme par ses solides (traits) et ses liaisons (symboles normalisés), en respectant les positions relatives des axes. Il abstrait la technologie pour ne garder que la structure des mouvements — support de toute l'analyse cinématique et statique.
- Chaîne ouverte : les solides s'enchaînent sans boucler (ex. bras robotisé).
- Chaîne fermée : la chaîne se referme, imposant des équations de fermeture (cinématique ou géométrique) qui relient les paramètres.
- En parallèle (deux liaisons entre les mêmes solides) : la liaison équivalente ne garde que les mouvements communs aux deux — on intersecte les torseurs cinématiques.
- En série (via un solide intermédiaire) : les mouvements s'ajoutent — on somme les torseurs cinématiques.
Exemple : deux pivots parallèles d'axes distincts en parallèle donnent un encastrement (aucun mouvement commun) ; en série, elles donnent un mouvement plan.
Retrouver les 10 liaisons par la seule dualité « libre ↔ nul » évite tout par-cœur. En une séance, un mentor Majorant alumni de l'X te fait construire chaque torseur à la volée — la compétence qui débloque tous les problèmes de mécanisme.
Réserver une séance ciblée →3. Mobilité et hyperstatisme
La mobilité d'un mécanisme est le nombre de paramètres de mouvement indépendants (nombre de mouvements d'entrée à imposer pour piloter le mécanisme). Une mobilité signifie qu'un seul actionneur suffit.
Pour un mécanisme, en notant le nombre d'inconnues cinématiques (somme des ddl des liaisons), le nombre d'équations de fermeture cinématique, la mobilité et le degré d'hyperstatisme vérifient :
Démonstration (comptage cinématique)
La fermeture d'une chaîne impose que la somme des torseurs cinématiques le long de la boucle soit nulle : . Cela fournit équations scalaires (6 par boucle indépendante en 3D). Les inconnues sont les composantes cinématiques autorisées par les liaisons, au nombre de .
Le rang du système relie les inconnues aux équations : les inconnues non déterminées sont les mobilités (mouvements libres), les équations surabondantes sont l'hyperstatisme (contraintes redondantes). Le bilan donne . Un mécanisme isostatique mobile (, ) est le cas idéal de conception.
- : mécanisme isostatique — montage sans contrainte, pas d'ajustement fin nécessaire.
- : hyperstatique — plus rigide mais exige des tolérances serrées (risque d'arc-boutement, de contraintes de montage).
Le concepteur choisit selon le compromis rigidité / coût de fabrication. Rendre un mécanisme isostatique () consiste souvent à remplacer une liaison par une équivalente à plus de degrés de liberté (une rotule au lieu d'un pivot, par exemple) pour lever les contraintes redondantes.
- Graphe des liaisons : solides (sommets) et liaisons (arêtes).
- Compter (somme des ddl) et le nombre de boucles indépendantes ().
- Fermeture cinématique : écrire par boucle.
- Mobilité et hyperstatisme : , puis déterminer (mouvements pilotables) et en déduire .
- Conclure sur le pilotage (nombre d'actionneurs) et la conception (iso/hyperstatique).
4. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs reviennent chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale) sur les épreuves de SII. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
5. Pour aller plus loin
L'analyse des liaisons structure toute l'étude des mécanismes :
- Cinématique du solide — les torseurs de liaison alimentent la composition des mouvements.
- Statique des solides — les torseurs d'action de liaison entrent dans le PFS.
- Dynamique — la mobilité fixe le nombre de degrés de liberté à paramétrer.
- Conception — iso/hyperstatisme guide le choix des liaisons et des tolérances.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir une liaison et ses degrés de liberté (0 à 6) ?
- Connais-tu les liaisons usuelles et leurs ddl (pivot, glissière, rotule, appui plan…) ?
- Sais-tu écrire le torseur cinématique d'une liaison (composantes autorisées) ?
- Sais-tu écrire le torseur d'action d'une liaison parfaite (composantes bloquées) ?
- Sais-tu démontrer la dualité par le comoment nul (puissance nulle) ?
- Sais-tu lire et construire un schéma cinématique ?
- Sais-tu distinguer chaîne ouverte et chaîne fermée (équations de fermeture) ?
- Sais-tu définir la mobilité d'un mécanisme ?
- Sais-tu démontrer la relation ?
- Sais-tu distinguer isostatisme et hyperstatisme (et leurs enjeux de conception) ?
- Sais-tu analyser un bielle-manivelle (mobilité 1, isostatique en plan) ?
- Sais-tu associer des liaisons en série (somme) et en parallèle (intersection) ?
- Sais-tu tracer un graphe de structure et compter les boucles indépendantes ?
- Sais-tu que l'hyperstatisme dépend du modèle (plan ou spatial) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Dualité des torseurs de liaison — comoment nul → composantes libres/bloquées complémentaires
- Relation mobilité-hyperstatisme — comptage cinématique