Le sujet
« L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible. »
— Paul Klee, Confession créatrice (Schöpferische Konfession), 1920
Consigne. Dans quelle mesure les œuvres au programme confirment-elles ce propos de Paul Klee ?
Problématique. Si créer, c'est rendre visible, ce pouvoir de faire voir est-il une révélation souveraine, ou demeure-t-il grevé de conditions, d'obstacles et de mystères qui débordent le créateur — au point que l'arcane de la création logerait moins dans ce qui est rendu visible que dans ce qui, en elle, reste indisponible ?
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Analyse du sujet
« L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible. »
— Paul Klee, Confession créatrice (Schöpferische Konfession), 1920.
Consigne. Dans quelle mesure les œuvres au programme confirment-elles ce propos de Paul Klee ?
Expliquer la citation
La formule de Klee, extraite de la Confession créatrice de 1920, condense en une antithèse toute une révolution du regard porté sur l'œuvre d'art. Le peintre y oppose deux verbes qui semblaient jusque-là synonymes : « reproduire » et « rendre visible ». Reproduire, c'est doubler le monde, en fournir une copie fidèle ; c'est supposer que le visible préexiste tout entier à l'artiste et que la tâche de ce dernier se borne à l'enregistrer, comme un miroir promené le long d'un chemin. À cette conception mimétique, Klee substitue un autre geste : « rendre visible » n'est plus copier ce qui est déjà là, mais faire advenir dans la visibilité ce qui échappait au regard commun — les forces, les rythmes, les lois de croissance, la genèse secrète des formes. L'art cesse d'être un redoublement du réel pour devenir une opération productrice, une mise au jour.
Le présupposé de cette thèse est décisif pour qui s'interroge sur la création : il y a un invisible que seule l'œuvre peut manifester. L'artiste n'est ni un copiste ni un simple témoin ; il est celui par qui le monde vient à la visibilité selon un mode inédit. Klee déplace ainsi la valeur de l'art : elle ne se mesure plus à la ressemblance avec un modèle, mais à sa puissance de révélation. L'enjeu est cependant redoutable. Car si l'art « rend visible », d'où tire-t-il ce pouvoir ? Est-il révélation d'une réalité cachée, ou fabrication d'un visible qui n'existait nulle part avant lui ? Et surtout, ce geste souverain suppose-t-il une maîtrise, ou déborde-t-il celui qui le prétend accomplir ?
La création artistique n'est pas imitation du monde donné mais manifestation : loin de copier le visible, l'œuvre fait accéder à la visibilité un invisible que le regard ordinaire ne saurait atteindre.
Si créer, c'est rendre visible, il faut déterminer la nature de ce geste : la création est-elle une révélation souveraine par laquelle l'artiste dévoile l'invisible, ou bien ce pouvoir de faire voir demeure-t-il grevé de conditions, d'obstacles et de mystères qui échappent au créateur — au point que les arcanes de la création logeraient moins dans ce qui est rendu visible que dans ce qui, en elle, reste indisponible ?
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