Vue d'ensemble
En Sciences de l'Ingénieur, on modélise un système asservi par une équation différentielle linéaire reliant l'entrée et la sortie. La transformée de Laplace transforme cette équation différentielle en une simple équation algébrique, ce qui fait apparaître la fonction de transfert — l'objet central de toute l'automatique. Cette fiche pose le cadre des systèmes linéaires continus invariants (SLCI), les théorèmes de Laplace incontournables, les 2 démonstrations à savoir refaire (dérivation et valeur finale) et les pièges de copie.
Prérequis
- Équations différentielles linéaires à coefficients constants
- Calcul intégral et intégrales généralisées (convergence)
- Fractions rationnelles et décomposition en éléments simples
- Notion de signal d'entrée / signal de sortie d'un système
La transformée de Laplace te paraît magique et opaque ? C'est pourtant un simple dictionnaire qui transforme les dérivées en multiplications par . Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font manipuler Laplace et les fonctions de transfert sur des systèmes réels (moteur, suspension), jusqu'à l'aisance.
Trouver un mentor PCSI →1. Systèmes linéaires continus invariants
Un système reliant une entrée à une sortie est un SLCI s'il est :
- Linéaire : il respecte le principe de superposition (à et , ) ;
- Continu : les grandeurs varient continûment dans le temps (pas d'échantillonnage) ;
- Invariant : son comportement ne dépend pas de l'instant (une entrée retardée donne la même sortie retardée).
Un système est causal si la sortie à l'instant ne dépend que du passé. On se place dans les conditions de Heaviside : le système est au repos avant (entrée, sortie et leurs dérivées nulles). Ces conditions initiales nulles sont indispensables pour définir la fonction de transfert.
Un SLCI est régi par une équation différentielle linéaire à coefficients constants :
L'entier (degré du membre en ) est l'ordre du système.
2. La transformée de Laplace et ses théorèmes
La transformée de Laplace d'une fonction causale (nulle pour ) est la fonction de la variable complexe :
On note . Exemples de base : (échelon), (impulsion), .
- Linéarité : .
- Retard temporel : .
Pour une fonction causale dérivable, à conditions initiales nulles :
C'est LE théorème qui algébrise tout : dériver dans le domaine temporel revient à multiplier par dans le domaine de Laplace.
Démonstration (intégration par parties)
Par définition, . Une intégration par parties avec , donne :
Le terme tout intégré vaut (le terme en s'annule si est assez grand). Avec les conditions initiales nulles () :
La récurrence sur donne (toujours à CI nulles).
Ces deux théorèmes donnent les comportements limites de sans revenir dans le domaine temporel :
le théorème de la valeur finale n'étant valable que si la limite temporelle existe (système stable).
Démonstration (théorème de la valeur finale)
Partons du théorème de la dérivation avec la condition initiale explicite : , c'est-à-dire :
Faisons tendre . À gauche, , donc l'intégrale tend vers . D'où :
soit . Le théorème de la valeur initiale s'obtient symétriquement en faisant .
Il donne la valeur de régime permanent et l'erreur statique sans calculer . En une séance, un mentor Majorant alumni de Centrale te fait l'appliquer sur des asservissements types — c'est le réflexe qui fait gagner de gros points en SII.
Réserver une séance ciblée →3. La fonction de transfert
En appliquant la transformée de Laplace à l'équation différentielle du SLCI, à conditions initiales nulles, la relation entrée-sortie devient algébrique :
est la fonction de transfert : une fraction rationnelle en , caractéristique du système et indépendante de l'entrée.
On met sous forme canonique :
- Gain statique : facteur constant après avoir factorisé les « 1 + … ».
- Classe : nombre d'intégrateurs (pôles en ).
- Ordre : degré du dénominateur.
Les pôles sont les racines du dénominateur de , les zéros les racines du numérateur. Les pôles gouvernent la stabilité et la nature de la réponse (un pôle à partie réelle positive rend le système instable).
Pour un système de classe 0 soumis à un échelon unité (), la valeur finale de la sortie est . Le gain statique est donc la valeur de régime permanent pour un échelon unité — une lecture directe et très utilisée.
- Écrire l'équation différentielle reliant à (lois physiques : mécanique, électrique…).
- Vérifier les conditions initiales nulles (conditions de Heaviside).
- Transformer chaque dérivée : .
- Isoler et mettre sous forme canonique.
- Identifier gain statique, classe, ordre et pôles pour prévoir le comportement.
4. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs reviennent chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale) sur les épreuves de SII. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
5. Pour aller plus loin
La fonction de transfert est le socle de toute l'automatique de prépa :
- Réponses temporelles — l'inversion de (éléments simples) donne : premier ordre, second ordre.
- Réponse fréquentielle — en posant , donne gain et phase (diagrammes de Bode).
- Schéma-blocs et asservissements — les fonctions de transfert se composent (série, retour) pour former FTBO et FTBF.
- Stabilité et performance — pôles, précision (erreur statique via valeur finale), rapidité : tout se lit sur .
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir un SLCI (linéaire, continu, invariant, causal) ?
- Sais-tu ce que sont les conditions de Heaviside (CI nulles) et pourquoi elles sont requises ?
- Connais-tu la définition de la transformée de Laplace et les transformées de l'échelon, l'impulsion, ?
- Sais-tu démontrer le théorème de la dérivation par intégration par parties ?
- Sais-tu que dériver revient à multiplier par — et pourquoi ça algébrise l'équation différentielle ?
- Sais-tu énoncer et démontrer le théorème de la valeur finale (et sa condition de validité) ?
- Sais-tu établir et que est une fraction rationnelle ?
- Sais-tu mettre sous forme canonique et lire gain statique, classe et ordre ?
- Sais-tu que les pôles gouvernent la stabilité (partie réelle négative = stable) ?
- Retiens-tu la forme canonique du premier ordre ?
- Sais-tu relier gain statique et valeur de régime permanent pour un échelon ?
Démonstrations à savoir refaire
- Théorème de la dérivation — intégration par parties + CI nulles →
- Théorème de la valeur finale — dans →