Vue d'ensemble
Un même dérivé halogéné mis en présence d'un même réactif peut donner deux produits radicalement différents : un produit de substitution (l'halogène remplacé) ou un produit d'élimination (un alcène). Tout dépend de conditions fines — classe du substrat, force et encombrement du réactif, solvant, température. Comprendre les quatre mécanismes en compétition (, , , ) et savoir prédire lequel l'emporte, c'est tenir le cœur de la réactivité organique de PC. Cette fiche relie mécanisme, cinétique et stéréochimie, donne les 3 raisonnements à savoir refaire et les pièges des rapports de jury.
Prérequis
- Stéréochimie : configuration R/S, chiralité, énantiomères et racémique
- Polarisation des liaisons, effets inductifs et mésomères, nucléophile/électrophile
- Cinétique : ordre d'une réaction, étape cinétiquement déterminante
SN1, SN2, E1, E2 — tu confonds encore les quatre ? Chacun a une signature (cinétique, stéréochimie, conditions) et une fois la grille en main, la prédiction devient mécanique. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font traiter les mécanismes des sujets CCINP et Mines jusqu'à ne plus hésiter.
Trouver un mentor PC →1. Substitution et élimination : les acteurs
Dans une substitution nucléophile , un nucléophile (riche en électrons) remplace un groupe partant (ou nucléofuge) sur un carbone électrophile : Un bon nucléofuge est une base faible (, , tosylate) : il part volontiers en emportant le doublet.
Dans une β-élimination, une base arrache un proton porté par le carbone en β du nucléofuge ; le départ simultané ou consécutif de crée une double liaison : Substitution et élimination sont concurrentes : le même réactif peut jouer le rôle de nucléophile (il attaque le carbone) ou de base (il arrache un proton).
Un nucléophile attaque un carbone (il apporte un doublet pour former une liaison C–Nu) ; une base arrache un proton. Nucléophilie (aptitude cinétique à attaquer un carbone) et basicité (affinité thermodynamique pour ) ne coïncident pas : est très nucléophile mais peu basique ; l'ion tert-butanolate est très basique mais peu nucléophile (encombré). C'est précisément cette distinction qui arbitre substitution ⟷ élimination.
2. Le mécanisme SN2 : concerté, avec inversion
La est concertée (une seule étape) : le nucléophile attaque le carbone du côté opposé au nucléofuge. Sa vitesse est d'ordre 2, , et elle procède avec inversion de configuration (inversion de Walden).
Démonstration (état de transition concerté, retournement)
Cinétique. Le mécanisme comporte une unique étape élémentaire, où interviennent simultanément le substrat et le nucléophile. La loi de vitesse d'un acte élémentaire suit sa molécularité : bimoléculaire ⟹
Stéréochimie. Le nucléophile approche le long de l'axe de la liaison , à l'opposé du nucléofuge (attaque dorsale, sur le lobe arrière de l'orbitale ). À l'état de transition, le carbone est penta-coordiné (bipyramide trigonale), les trois autres substituants dans un plan « parapluie » qui se retourne au passage : le carbone se retourne comme un parapluie dans le vent. Si le carbone est un stéréocentre, sa configuration est inversée ( le plus souvent — attention, le descripteur peut ne pas changer si les priorités changent).
Facteurs favorables. Substrat peu encombré ( primaire secondaire tertiaire : le tertiaire bloque l'attaque dorsale) ; nucléophile fort ; solvant polaire aprotique (DMSO, acétone : il ne solvate pas le nucléophile, qui reste « nu » et réactif) ; bon nucléofuge.
3. Le mécanisme SN1 : par carbocation, avec racémisation
Un carbocation est un carbone trivalent chargé positivement, d'hybridation : géométrie plane, lacune électronique dans l'orbitale . Sa stabilité croît avec le nombre de groupes donneurs qui l'entourent — tertiaire secondaire primaire méthyle (effet inductif donneur et hyperconjugaison) — et fortement par mésomérie (stabilisation allylique, benzylique). Un carbocation trop instable ne se forme pas : d'où l'absence de voie monomoléculaire sur un substrat primaire.
La se déroule en deux étapes : ionisation lente du substrat en carbocation, puis attaque rapide du nucléophile. Sa vitesse est d'ordre 1, (indépendante du nucléophile), et elle conduit à la racémisation du stéréocentre.
Démonstration (étape déterminante + carbocation plan)
Cinétique. Étape 1 (lente, déterminante) : . Étape 2 (rapide) : . La vitesse globale est celle de l'étape cinétiquement déterminante, qui ne fait intervenir que le substrat :
Stéréochimie. Le carbocation est plan (carbone , hybridation trigonale). Le nucléophile peut donc l'attaquer indifféremment par ses deux faces, avec des probabilités voisines : on obtient un mélange des deux configurations, soit une racémisation (idéalement 50/50 ; en pratique souvent une légère prédominance de l'inversion, le nucléofuge masquant une face juste après son départ).
Facteurs favorables. Carbocation stable (tertiaire secondaire primaire ; stabilisation allylique/benzylique par mésomérie) ; solvant polaire protique (eau, alcools : ils solvatent et stabilisent les ions formés) ; bon nucléofuge. La force du nucléophile importe peu (il n'intervient pas dans l'étape lente).
4. Éliminations E1, E2 et compétition avec la substitution
L'E1 partage l'étape lente de la : formation du carbocation (ordre 1, ), puis perte d'un proton en β. Comme la , elle passe par un carbocation et suit la règle de Zaitsev : l'alcène le plus substitué (donc le plus stable) est majoritaire.
L'E2 est concertée (ordre 2, ) : la base arrache le proton β pendant que le nucléofuge part. Elle exige une géométrie anti-périplanaire (H et X opposés, angle dièdre ) et suit majoritairement la règle de Zaitsev.
Démonstration (concertation, exigence anti-périplanaire, régiosélectivité)
Cinétique. Acte élémentaire unique impliquant substrat et base : , ordre 2.
Géométrie anti-périplanaire. Pour que la double liaison se forme, les orbitales de la liaison qui se rompt et de la liaison qui se rompt doivent être parallèles (recouvrement continu conduisant à la liaison π). La disposition anti (H et X à sur une projection de Newman) réalise ce recouvrement en minimisant la gêne stérique : c'est la géométrie exigée. Conséquence : sur des systèmes rigides (cyclohexanes), l'E2 impose H et X tous deux axiaux (trans-diaxial).
Régiosélectivité (Zaitsev). Quand plusieurs protons β existent, l'alcène le plus substitué, plus stable (hyperconjugaison), se forme préférentiellement via l'état de transition le plus bas. Exception Hofmann : une base très encombrée (tert-butanolate) arrache le proton le plus accessible et donne l'alcène le moins substitué.
- Classe du substrat : primaire ⟹ (ou si base forte encombrée) ; tertiaire ⟹ (ou avec base forte) ; secondaire ⟹ tout dépend des conditions.
- Réactif : nucléophile fort peu basique ⟹ substitution ; base forte (surtout encombrée) ⟹ élimination.
- Solvant : polaire aprotique ⟹ voies 2 () ; polaire protique ⟹ voies 1 ().
- Température : la chaleur favorise l'élimination (gain d'entropie, une molécule en donne deux).
Face à un dérivé halogéné et un réactif, sais-tu trancher entre les quatre voies ? Un mentor Majorant te fait construire la grille de décision et l'appliquer aux mécanismes des sujets Mines et Centrale, avec la rédaction que les correcteurs attendent.
Réserver une séance ciblée →5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Les rapports CCINP et Mines-Ponts pointent des confusions récurrentes sur ces mécanismes.
6. Pour aller plus loin
Substitutions et éliminations sont les briques de la synthèse organique :
- Additions sur le carbonyle et organométalliques — création de liaisons C–C, formation d'alcools, autre grande famille de mécanismes.
- Stéréochimie — inversion de Walden et racémisation sont les traceurs stéréochimiques qui prouvent le mécanisme.
- Spectroscopies IR et RMN — pour identifier substrat et produit (apparition d'une double liaison, d'une fonction alcool ou éther).
- Stratégie de synthèse — choisir les conditions pour orienter vers la substitution ou l'élimination voulue, avec la stéréochimie souhaitée.
Les mécanismes réactionnels sont le nerf de la chimie organique PC. Nos stages intensifs vacances (1 semaine, 25h) couvrent substitutions, éliminations, additions et stratégie de synthèse avec exos type concours et khôlles blanches, encadrés par des alumni X-ENS, Centrale et Mines.
Voir les stages PC →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir nucléophile, nucléofuge et β-élimination ?
- Sais-tu que substitution et élimination sont concurrentes (nucléophile vs base) ?
- Sais-tu démontrer que la SN2 est d'ordre 2 et procède avec inversion de Walden ?
- Sais-tu que l'inversion est géométrique et ne change pas toujours le descripteur R/S ?
- Sais-tu démontrer que la SN1 est d'ordre 1 (étape déterminante) et racémise (carbocation plan) ?
- Connais-tu l'ordre de réactivité des substrats (SN2 : méthyle>1°>2° ; SN1 : 3°>2°) ?
- Sais-tu l'effet du solvant (aprotique → voies 2 ; protique → voies 1) ?
- Sais-tu que la SN2 veut un nucléophile fort, la SN1 s'en moque ?
- Sais-tu démontrer que l'E2 est d'ordre 2 et exige une géométrie anti-périplanaire ?
- Sais-tu énoncer la règle de Zaitsev et l'exception Hofmann (base encombrée) ?
- Sais-tu que sur un cyclohexane l'E2 impose H et X trans-diaxiaux ?
- Sais-tu que la température favorise l'élimination (gain d'entropie) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Mécanisme SN2 — ordre 2 (acte bimoléculaire), attaque dorsale et inversion de Walden
- Mécanisme SN1 — ordre 1 (étape déterminante), carbocation plan et racémisation
- Mécanisme E2 — ordre 2, géométrie anti-périplanaire, régiosélectivité de Zaitsev