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📘 Fiche de cours · 2e année📐 MP🧮 Mathématiques

Compléments sur les séries numériques

La boîte à outils des séries en MP : convergence absolue et semi-convergence, comparaison des séries à termes positifs (équivalents, domination, règle de d'Alembert), comparaison série-intégrale et séries de Riemann, critère spécial des séries alternées (Leibniz) et majoration du reste, produit de Cauchy. Avec les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges des rapports de jury.

Fiche rédigée par les mentors Majorant — alumni Polytechnique, CentraleSupélec et Mines Paris.

5 définitions5 théorèmes4 démos à savoirMis à jour le 2026-07-06

Vue d'ensemble

Les séries de sup se contentaient des cas simples ; la MP les arme pour tout. Ce chapitre consolide les outils de comparaison (équivalents, règle de d'Alembert, comparaison série-intégrale) et introduit deux notions décisives : la convergence absolue (qui autorise à réorganiser et majorer sans scrupule) et les séries semi-convergentes (comme la série harmonique alternée, où l'ordre des termes compte). C'est la boîte à outils qui servira dans TOUTE l'analyse de spé — séries de fonctions, séries entières, intégrales généralisées — et un pourvoyeur d'exos dans tous les concours. Cette fiche regroupe les 5 théorèmes incontournables, les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges relevés dans les rapports de jury.

Au programme MP (officiel) — Compléments sur les séries numériques : convergence absolue et convergence, comparaison à une série de référence (Riemann, géométrique), règles de comparaison par équivalents et par domination pour les séries à termes positifs, règle de d'Alembert ; comparaison série-intégrale, séries de Riemann ; séries alternées et critère spécial (règle de Leibniz) ; produit de Cauchy de deux séries absolument convergentes ; sommation par regroupement de termes.

Prérequis

  • Séries numériques de sup : convergence, séries géométrique et harmonique, reste
  • Comparaisons locales : équivalents, négligeabilité, développements limités
  • Intégration : intégrale d'une fonction continue par morceaux, monotonie
🎯 Accompagnement Majorant

« La série converge-t-elle ? » — la question universelle des écrits. Il existe un arbre de décision qui la règle presque toujours. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font pratiquer le bon réflexe (positive ? équivalent ? alternée ?) jusqu'à la nature d'une série en 30 secondes.

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1. Convergence absolue

Définition 1.1 — Convergence absolue

La série (à termes réels ou complexes) est absolument convergente si la série des modules converge. Elle est semi-convergente si elle converge sans être absolument convergente.

Définition 1.2 — Somme partielle, reste, nature

La somme partielle d'ordre est ; la série converge si converge, et sa somme est . Pour une série convergente, le reste . Étudier la nature d'une série, c'est déterminer si elle converge ou diverge.

Théorème 1.3 — Convergence absolue ⟹ convergence ★ À savoir démontrer

Toute série absolument convergente est convergente, et .

Démonstration (parties positive et négative, ou critère de Cauchy)

Cas réel. Décomposons avec les parties positive et négative . On a et . Comme converge, par comparaison de séries à termes positifs, et convergent. Donc converge (différence de séries convergentes).

Cas complexe : appliquer le résultat réel aux parties réelle et imaginaire (, ). L'inégalité résulte de l'inégalité triangulaire, passée à la limite sur les sommes partielles.

⚠ Piège — La réciproque est FAUSSE. La série harmonique alternée converge (critère de Leibniz, section 4), mais diverge : elle est semi-convergente. « Converge » n'entraîne PAS « converge absolument ». C'est justement l'existence de séries semi-convergentes qui rend l'ordre des termes crucial (Riemann : on peut les réordonner pour changer la somme — culture, mais à savoir).
📝 Pourquoi l'absolue convergence est confortable. Une série absolument convergente se manipule « comme une somme finie » : on peut la majorer par , la réorganiser sans changer la somme, faire des produits de Cauchy (section 4). Rien de tout cela n'est permis pour une série seulement semi-convergente. D'où le réflexe : chercher D'ABORD la convergence absolue.

2. Séries à termes positifs : les outils de comparaison

Théorème 2.1 — Comparaison, équivalents, domination

Pour deux séries à termes positifs et :

  • Domination : si (à partir d'un rang) et converge, alors converge (et la contraposée) ;
  • Équivalents : si , alors et sont de même nature ;
  • Négligeabilité : si et converge, alors converge.
Définition 2.2 — Séries de référence

Deux familles servent de mètre-étalon :

  • Séries géométriques : converge ;
  • Séries de Riemann : converge (théorème 3.2). En particulier (harmonique) diverge, converge.
Théorème 2.3 — Règle de d'Alembert ★ À savoir démontrer

Soit à termes strictement positifs telle que . Alors :

  • si : converge ;
  • si : diverge (grossièrement, ) ;
  • si : on ne peut pas conclure (cas douteux).
Démonstration (comparaison à une géométrique)

Cas . Choisissons avec . Comme , il existe tel que . Par récurrence, pour : . La série majorante converge (), donc converge par domination.

Cas . À partir d'un rang, , donc est croissante à partir de ce rang et ne tend pas vers 0 : la série diverge grossièrement.

Cas : les séries de Riemann ont toutes un rapport , et pourtant convergent () ou divergent () : d'Alembert est muet. C'est la limite de l'outil — passer aux équivalents ou à la comparaison série-intégrale.

📐 Méthode-type — L'arbre de décision de la nature d'une série.
  1. Terme général → 0 ? Si , la série diverge grossièrement — c'est fini. Sinon, continuer.
  2. Signe constant (ou termes positifs) ? Si oui, appliquer les outils de comparaison : équivalent à une série de référence (Riemann, géométrique), domination, ou règle de d'Alembert si un rapport se simplifie.
  3. Signe variable ? Tester d'abord la convergence absolue (, série à termes positifs, retour à l'étape 2). Si elle échoue et que la série est alternée avec décroissante : critère de Leibniz.
  4. Cas douteux (d'Alembert avec , équivalent inefficace) : comparaison série-intégrale, ou développement asymptotique fin du terme général pour isoler la partie qui décide.
⚠ Piège — Les comparaisons exigent des termes POSITIFS. Équivalents, domination, d'Alembert : ces règles ne valent QUE pour des séries à termes positifs (ou de signe constant). Pour une série à termes de signe variable, un équivalent ne préserve PAS la nature (contre-exemple : , or l'une converge et l'autre diverge). Passer par la convergence ABSOLUE ou le critère des séries alternées.

3. Comparaison série-intégrale et séries de Riemann

Théorème 3.1 — Comparaison série-intégrale ★ À savoir démontrer

Soit continue par morceaux, positive et décroissante. Alors la série et l'intégrale sont de même nature, et on a l'encadrement des sommes partielles / restes.

Démonstration (encadrement par monotonie sur chaque intervalle)

étant décroissante, pour : . En intégrant sur :

En sommant de à , on encadre l'intégrale par les sommes partielles :

Comme tout est positif, la suite des sommes partielles est bornée si et seulement si les intégrales le sont : la série et l'intégrale convergent ou divergent ensemble. L'encadrement fournit en prime les équivalents des sommes partielles divergentes et des restes convergents — l'usage le plus rentable.

Corollaire 3.2 — Séries de Riemann

converge si et seulement si , car converge si et seulement si . De même, (séries de Bertrand) se règle par comparaison à : convergence .

💡 Exemple — Équivalent d'une somme partielle divergente. Pour la série harmonique (, divergente), l'encadrement série-intégrale avec donne , d'où . Plus finement, (constante d'Euler). Ce type d'équivalent est LA question de comparaison série-intégrale des concours.
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4. Séries alternées et produit de Cauchy

Définition 4.1 — Série alternée

Une série alternée est une série de la forme avec : ses termes changent de signe à chaque rang. C'est le cadre naturel des séries semi-convergentes — leur convergence tient à la compensation entre termes consécutifs, et non à la petitesse absolue des .

Théorème 4.2 — Critère spécial des séries alternées (Leibniz) ★ À savoir démontrer

Si est une suite positive, décroissante, de limite nulle, alors la série alternée converge. De plus, le reste est majoré par le premier terme négligé et du signe de ce terme : .

Démonstration (suites adjacentes des sommes partielles)

Notons . Considérons les sous-suites des rangs pairs et impairs .

(décroissance) : est décroissante. De même : est croissante. Enfin . Les deux sous-suites sont adjacentes : elles convergent vers une même limite , donc converge vers .

L'adjacence donne aussi l'encadrement , d'où la majoration du reste , et le signe du reste est celui de (premier terme négligé). C'est la majoration la plus utile en pratique (calcul approché de sommes).

Définition 4.3 — Produit de Cauchy

Le produit de Cauchy de deux séries et est la série de terme général :

Théorème : si et sont ABSOLUMENT convergentes, alors l'est aussi et . L'absolue convergence est indispensable : le produit de Cauchy peut diverger pour des séries seulement semi-convergentes.

💡 Exemple — L'exponentielle par produit de Cauchy. Avec et (absolument convergentes), le terme du produit est (binôme). D'où : la relation fonctionnelle de l'exponentielle, redémontrée proprement. Application-vitrine du produit de Cauchy.
⚠ Piège — Leibniz exige les TROIS hypothèses. Positive, décroissante, limite nulle : les trois sont nécessaires. Oublier la décroissance est l'erreur type — la série , non monotone en valeur absolue, ne relève pas de Leibniz malgré son allure alternée. Vérifier et ÉNONCER la décroissance de avant d'appliquer le critère.

5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)

Les séries sont un terrain d'automatismes — et donc d'automatismes mal maîtrisés. Relevé des rapports (X-ENS, Mines-Ponts, Centrale, CCINP) :

⚠ Erreur 1 — Utiliser un équivalent sur une série à termes non positifs. « donc même nature » n'est valable que pour des termes de signe constant. Pour du signe variable, revenir à la convergence absolue ou au critère des alternées. Le contre-exemple doit servir de garde-fou.
⚠ Erreur 2 — Conclure avec d'Alembert dans le cas ℓ = 1. = cas DOUTEUX : d'Alembert ne dit rien. Les séries de Riemann sont là pour le rappeler. Enchaîner sur les équivalents ou la comparaison série-intégrale.
⚠ Erreur 3 — Oublier une hypothèse de Leibniz. Positive, décroissante, tend vers 0 : les trois. La décroissance est la plus oubliée. Une série « alternée » qui ne décroît pas en valeur absolue peut diverger — vérifier les trois points systématiquement.
⚠ Erreur 4 — Faire un produit de Cauchy de séries semi-convergentes. Le produit de Cauchy exige l'ABSOLUE convergence des deux facteurs. Sans elle, le produit peut diverger. Toujours vérifier l'absolue convergence avant de multiplier deux séries.
⚠ Erreur 5 — Confondre « le terme tend vers 0 » et « la série converge ». est NÉCESSAIRE mais pas suffisant ( : terme , série divergente). Réciproquement, si , la série diverge grossièrement — ça, c'est concluant. Ne jamais conclure « converge » du seul fait que .

6. Pour aller plus loin

Les séries numériques sont la brique de toute l'analyse de spé :

  • Familles sommables — la théorie qui généralise l'absolue convergence aux sommes indexées par n'importe quel ensemble (et légitime les interversions de sommes).
  • Séries de fonctions et séries entières — convergence normale = absolue convergence uniforme ; le rayon de convergence se calcule par d'Alembert sur les coefficients.
  • Intégrales généralisées — la comparaison série-intégrale fait le pont ; l'intégrabilité est l'analogue continu de l'absolue convergence.
  • Probabilités — l'espérance d'une variable aléatoire discrète est une série (souvent à termes positifs ou absolument convergente) : les critères de cette fiche y sont omniprésents.
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Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir

À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.

  • Sais-tu définir convergence absolue et semi-convergence ?
  • Sais-tu démontrer que l'absolue convergence entraîne la convergence (parties ±) ?
  • Connais-tu un exemple de série semi-convergente (harmonique alternée) ?
  • Sais-tu manier domination, équivalents, négligeabilité (pour des termes POSITIFS) ?
  • Connais-tu les séries de référence (géométrique |q| < 1, Riemann α > 1) ?
  • Sais-tu démontrer la règle de d'Alembert par comparaison à une géométrique, et son cas douteux ℓ = 1 ?
  • Sais-tu pourquoi les équivalents échouent sur les termes de signe variable ?
  • Sais-tu démontrer la comparaison série-intégrale et en déduire Riemann ?
  • Sais-tu obtenir un équivalent de somme partielle (harmonique ~ ln N) ?
  • Sais-tu démontrer le critère de Leibniz (sous-suites adjacentes) et majorer le reste par a_{n+1} ?
  • Sais-tu définir le produit de Cauchy et l'hypothèse d'absolue convergence ?
  • Sais-tu que u_n → 0 est nécessaire mais pas suffisant pour la convergence ?

Démonstrations à savoir refaire

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