Vue d'ensemble
Les séries de sup se contentaient des cas simples ; la MP les arme pour tout. Ce chapitre consolide les outils de comparaison (équivalents, règle de d'Alembert, comparaison série-intégrale) et introduit deux notions décisives : la convergence absolue (qui autorise à réorganiser et majorer sans scrupule) et les séries semi-convergentes (comme la série harmonique alternée, où l'ordre des termes compte). C'est la boîte à outils qui servira dans TOUTE l'analyse de spé — séries de fonctions, séries entières, intégrales généralisées — et un pourvoyeur d'exos dans tous les concours. Cette fiche regroupe les 5 théorèmes incontournables, les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges relevés dans les rapports de jury.
Prérequis
- Séries numériques de sup : convergence, séries géométrique et harmonique, reste
- Comparaisons locales : équivalents, négligeabilité, développements limités
- Intégration : intégrale d'une fonction continue par morceaux, monotonie
« La série converge-t-elle ? » — la question universelle des écrits. Il existe un arbre de décision qui la règle presque toujours. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font pratiquer le bon réflexe (positive ? équivalent ? alternée ?) jusqu'à la nature d'une série en 30 secondes.
Trouver un mentor MP →1. Convergence absolue
La série (à termes réels ou complexes) est absolument convergente si la série des modules converge. Elle est semi-convergente si elle converge sans être absolument convergente.
La somme partielle d'ordre est ; la série converge si converge, et sa somme est . Pour une série convergente, le reste . Étudier la nature d'une série, c'est déterminer si elle converge ou diverge.
Toute série absolument convergente est convergente, et .
Démonstration (parties positive et négative, ou critère de Cauchy)
Cas réel. Décomposons avec les parties positive et négative . On a et . Comme converge, par comparaison de séries à termes positifs, et convergent. Donc converge (différence de séries convergentes).
Cas complexe : appliquer le résultat réel aux parties réelle et imaginaire (, ). L'inégalité résulte de l'inégalité triangulaire, passée à la limite sur les sommes partielles.
2. Séries à termes positifs : les outils de comparaison
Pour deux séries à termes positifs et :
- Domination : si (à partir d'un rang) et converge, alors converge (et la contraposée) ;
- Équivalents : si , alors et sont de même nature ;
- Négligeabilité : si et converge, alors converge.
Deux familles servent de mètre-étalon :
- Séries géométriques : converge ;
- Séries de Riemann : converge (théorème 3.2). En particulier (harmonique) diverge, converge.
Soit à termes strictement positifs telle que . Alors :
- si : converge ;
- si : diverge (grossièrement, ) ;
- si : on ne peut pas conclure (cas douteux).
Démonstration (comparaison à une géométrique)
Cas . Choisissons avec . Comme , il existe tel que . Par récurrence, pour : . La série majorante converge (), donc converge par domination.
Cas . À partir d'un rang, , donc est croissante à partir de ce rang et ne tend pas vers 0 : la série diverge grossièrement.
Cas : les séries de Riemann ont toutes un rapport , et pourtant convergent () ou divergent () : d'Alembert est muet. C'est la limite de l'outil — passer aux équivalents ou à la comparaison série-intégrale.
- Terme général → 0 ? Si , la série diverge grossièrement — c'est fini. Sinon, continuer.
- Signe constant (ou termes positifs) ? Si oui, appliquer les outils de comparaison : équivalent à une série de référence (Riemann, géométrique), domination, ou règle de d'Alembert si un rapport se simplifie.
- Signe variable ? Tester d'abord la convergence absolue (, série à termes positifs, retour à l'étape 2). Si elle échoue et que la série est alternée avec décroissante : critère de Leibniz.
- Cas douteux (d'Alembert avec , équivalent inefficace) : comparaison série-intégrale, ou développement asymptotique fin du terme général pour isoler la partie qui décide.
3. Comparaison série-intégrale et séries de Riemann
Soit continue par morceaux, positive et décroissante. Alors la série et l'intégrale sont de même nature, et on a l'encadrement des sommes partielles / restes.
Démonstration (encadrement par monotonie sur chaque intervalle)
étant décroissante, pour : . En intégrant sur :
En sommant de à , on encadre l'intégrale par les sommes partielles :
Comme tout est positif, la suite des sommes partielles est bornée si et seulement si les intégrales le sont : la série et l'intégrale convergent ou divergent ensemble. L'encadrement fournit en prime les équivalents des sommes partielles divergentes et des restes convergents — l'usage le plus rentable.
converge si et seulement si , car converge si et seulement si . De même, (séries de Bertrand) se règle par comparaison à : convergence .
Positive ? Alternée ? Équivalent ? Série-intégrale ? Un bon réflexe règle 90 % des questions de nature. Un mentor Majorant te fait construire et appliquer l'arbre de décision sur une banque de séries de concours, jusqu'à la conclusion instantanée.
Réserver une séance ciblée →4. Séries alternées et produit de Cauchy
Une série alternée est une série de la forme avec : ses termes changent de signe à chaque rang. C'est le cadre naturel des séries semi-convergentes — leur convergence tient à la compensation entre termes consécutifs, et non à la petitesse absolue des .
Si est une suite positive, décroissante, de limite nulle, alors la série alternée converge. De plus, le reste est majoré par le premier terme négligé et du signe de ce terme : .
Démonstration (suites adjacentes des sommes partielles)
Notons . Considérons les sous-suites des rangs pairs et impairs .
(décroissance) : est décroissante. De même : est croissante. Enfin . Les deux sous-suites sont adjacentes : elles convergent vers une même limite , donc converge vers .
L'adjacence donne aussi l'encadrement , d'où la majoration du reste , et le signe du reste est celui de (premier terme négligé). C'est la majoration la plus utile en pratique (calcul approché de sommes).
Le produit de Cauchy de deux séries et est la série de terme général :
Théorème : si et sont ABSOLUMENT convergentes, alors l'est aussi et . L'absolue convergence est indispensable : le produit de Cauchy peut diverger pour des séries seulement semi-convergentes.
5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Les séries sont un terrain d'automatismes — et donc d'automatismes mal maîtrisés. Relevé des rapports (X-ENS, Mines-Ponts, Centrale, CCINP) :
6. Pour aller plus loin
Les séries numériques sont la brique de toute l'analyse de spé :
- Familles sommables — la théorie qui généralise l'absolue convergence aux sommes indexées par n'importe quel ensemble (et légitime les interversions de sommes).
- Séries de fonctions et séries entières — convergence normale = absolue convergence uniforme ; le rayon de convergence se calcule par d'Alembert sur les coefficients.
- Intégrales généralisées — la comparaison série-intégrale fait le pont ; l'intégrabilité est l'analogue continu de l'absolue convergence.
- Probabilités — l'espérance d'une variable aléatoire discrète est une série (souvent à termes positifs ou absolument convergente) : les critères de cette fiche y sont omniprésents.
Maîtriser les séries, c'est débloquer toute l'analyse de spé. Nos stages intensifs vacances (1 semaine, 25h) musclent les techniques de séries et d'intégrales avec exos type concours et khôlles blanches — encadrés par des alumni X-ENS, Centrale et Mines.
Voir les stages MP →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir convergence absolue et semi-convergence ?
- Sais-tu démontrer que l'absolue convergence entraîne la convergence (parties ±) ?
- Connais-tu un exemple de série semi-convergente (harmonique alternée) ?
- Sais-tu manier domination, équivalents, négligeabilité (pour des termes POSITIFS) ?
- Connais-tu les séries de référence (géométrique |q| < 1, Riemann α > 1) ?
- Sais-tu démontrer la règle de d'Alembert par comparaison à une géométrique, et son cas douteux ℓ = 1 ?
- Sais-tu pourquoi les équivalents échouent sur les termes de signe variable ?
- Sais-tu démontrer la comparaison série-intégrale et en déduire Riemann ?
- Sais-tu obtenir un équivalent de somme partielle (harmonique ~ ln N) ?
- Sais-tu démontrer le critère de Leibniz (sous-suites adjacentes) et majorer le reste par a_{n+1} ?
- Sais-tu définir le produit de Cauchy et l'hypothèse d'absolue convergence ?
- Sais-tu que u_n → 0 est nécessaire mais pas suffisant pour la convergence ?
Démonstrations à savoir refaire
- Absolue convergence ⟹ convergence — parties positive/négative, comparaison
- Règle de d'Alembert — comparaison à une géométrique de raison q ∈ ]ℓ, 1[
- Comparaison série-intégrale — encadrement par monotonie sur [n, n+1]
- Critère de Leibniz — sous-suites paires/impaires adjacentes, reste ≤ a_{n+1}