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📘 Fiche de cours · 2e année📐 MP🧮 Mathématiques

Groupes

Tout le chapitre structures algébriques (partie groupes) en MP : sous-groupes et leur caractérisation, morphismes et noyaux, le groupe ℤ/nℤ, groupes monogènes et cycliques, ordre d'un élément et théorème de Lagrange. Avec les 5 démonstrations à savoir refaire, les méthodes-type et les pièges relevés par les correcteurs.

Fiche rédigée par les mentors Majorant — alumni Polytechnique, CentraleSupélec et Mines Paris.

8 définitions6 théorèmes5 démos à savoirMis à jour le 2026-07-03

Vue d'ensemble

Le chapitre « groupes » ouvre l'algèbre de MP : c'est le langage dans lequel s'écrivent ensuite les anneaux, les corps, l'arithmétique modulaire et une bonne partie de la réduction des endomorphismes (ordre d'une matrice, polynômes annulateurs, groupe orthogonal). Aux concours, il fournit chaque année des questions de cours déguisées : montrer qu'une partie est un sous-groupe, déterminer l'ordre d'un élément, reconnaître un groupe cyclique. Cette fiche regroupe les 6 théorèmes incontournables, les 5 démonstrations à savoir refaire et les pièges relevés dans les rapports de jury.

Au programme MP (officiel) — Structures algébriques usuelles, partie groupes : groupes et sous-groupes, morphismes de groupes, noyau et image, sous-groupe engendré par une partie, groupes monogènes et cycliques, le groupe , ordre d'un élément d'un groupe, théorème de Lagrange (l'ordre d'un élément divise le cardinal du groupe — démonstration non exigible).

Prérequis

  • Structure de groupe vue en sup (lois de composition internes, élément neutre, inversibilité)
  • Arithmétique dans : division euclidienne, pgcd, théorème de Bézout
  • Congruences modulo et manipulation des classes
🎯 Accompagnement Majorant

L'algèbre abstraite te semble déconnectée des exos ? C'est le blocage classique en début de MP : on récite les définitions sans savoir les mobiliser. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines t'entraînent sur des sujets d'écrit et d'oral où les groupes apparaissent vraiment, jusqu'à ce que les réflexes soient là.

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1. Groupes et sous-groupes

Définition 1.1 — Groupe

Un groupe est un couple est une loi de composition interne sur telle que :

  • est associative : ;
  • possède un élément neutre : ;
  • tout élément est inversible : .

Si de plus est commutative, le groupe est dit abélien (ou commutatif).

💡 Exemples fondamentaux (à citer sans hésiter). , , , , le groupe des complexes de module 1, le groupe des racines -ièmes de l'unité, (matrices inversibles) et le groupe symétrique . Les deux derniers sont non abéliens : dès , dès — ce sont tes contre-exemples de référence.
📝 Règles de calcul. Dans un groupe : le neutre est unique, l'inverse de chaque élément est unique, , (attention à l'ordre !) et tout élément est régulier : (on peut « simplifier », car on multiplie par ).
Définition 1.2 — Sous-groupe

Une partie d'un groupe est un sous-groupe si contient le neutre , est stable par et stable par passage à l'inverse. Muni de la loi induite, est alors lui-même un groupe.

Proposition 1.3 — Caractérisation express des sous-groupes

est un sous-groupe si et seulement si :

En pratique, la non-vacuité se vérifie toujours en montrant .

📐 Méthode-type — Montrer que est un sous-groupe de .
  1. Inclusion. Vérifier (souvent immédiat, mais à écrire).
  2. Neutre. Montrer (cela règle la non-vacuité).
  3. Stabilité. Prendre quelconques et montrer (ou séparément et ).
  4. Conclure en citant la caractérisation des sous-groupes. Ne jamais re-démontrer l'associativité : elle est héritée de .
⚠ Piège — L'union de deux sous-groupes n'est pas un sous-groupe. n'est pas un sous-groupe de : . En revanche, une intersection (même quelconque) de sous-groupes est toujours un sous-groupe. Résultat d'oral classique : est un sous-groupe si et seulement si ou .
Définition 1.4 — Sous-groupe engendré par une partie

Soit une partie d'un groupe . Le sous-groupe engendré par , noté , est le plus petit sous-groupe de contenant — c'est l'intersection de tous les sous-groupes de contenant . Pour un singleton : (en notation additive : ).

Théorème 1.5 — Sous-groupes de ℤ ★ À savoir démontrer

Les sous-groupes de sont exactement les pour .

Démonstration (division euclidienne — un classique absolu)

Chaque est bien un sous-groupe : il contient , et la différence de deux multiples de est un multiple de .

Réciproquement, soit un sous-groupe de . Si , alors . Sinon, contient un élément non nul , et aussi (stabilité par opposé), donc est une partie non vide de : elle admet un plus petit élément .

Montrons . D'abord car est stable par addition et opposé, donc contient tous les . Ensuite, soit : la division euclidienne de par s'écrit avec . Alors (différence de deux éléments de ). Par minimalité de dans , et comme , on a forcément , donc .

Conclusion : . L'entier est unique (c'est le plus petit élément strictement positif de quand ).

📝 Pourquoi ce théorème est structurant. C'est lui qui fonde l'arithmétique du chapitre suivant : l'ensemble est un sous-groupe de , donc de la forme — et ce est précisément (théorème de Bézout). Le schéma de démonstration « plus petit élément strictement positif + division euclidienne » se recycle tel quel pour les idéaux de et le polynôme minimal en réduction.

2. Morphismes de groupes, noyau et image

Définition 2.1 — Morphisme de groupes

Soient et deux groupes. Une application est un morphisme de groupes si :

Un morphisme bijectif est un isomorphisme ; un morphisme de dans lui-même est un endomorphisme ; un isomorphisme de dans lui-même est un automorphisme.

Proposition 2.2 — Propriétés immédiates

Si est un morphisme de groupes, alors :

  • ;
  • ;
  • ;
  • la composée de deux morphismes est un morphisme, et la bijection réciproque d'un isomorphisme est un isomorphisme.
Définition 2.3 — Noyau et image

Pour un morphisme , on définit :

Proposition 2.4 — Noyau et image sont des sous-groupes

est un sous-groupe de et est un sous-groupe de . Plus généralement, l'image directe d'un sous-groupe de et l'image réciproque d'un sous-groupe de sont des sous-groupes.

Théorème 2.5 — Injectivité et noyau ★ À savoir démontrer

Un morphisme de groupes est injectif si et seulement si .

Démonstration (deux implications, 5 lignes chacune)

Sens direct. Supposons injectif. On sait que , donc . Réciproquement, si , alors ; par injectivité, . D'où .

Sens réciproque. Supposons , et soient tels que . Alors, comme est un morphisme :

donc , c'est-à-dire , soit . Ainsi est injectif.

⚠ Piège — Ce critère ne vaut QUE pour les morphismes. Pour une application quelconque, « » n'implique rien du tout sur l'injectivité. Avant d'invoquer , tu dois avoir vérifié et rédigé que est un morphisme de groupes — les correcteurs le signalent chaque année.
💡 Morphismes de référence. est un isomorphisme (de réciproque ). est un morphisme surjectif, de noyau (matrices de déterminant 1). La signature est un morphisme, de noyau le groupe alterné . est un morphisme surjectif de sur , de noyau .

3. Le groupe ℤ/nℤ et les groupes cycliques

Définition 3.1 — Le groupe ℤ/nℤ

Soit . La relation de congruence modulo () partage en classes . L'ensemble quotient , muni de l'addition , est un groupe abélien de cardinal , de neutre .

📝 Le point délicat : la loi est bien définie. L'écriture définit la somme de deux classes via des représentants : il faut vérifier que le résultat ne dépend pas des représentants choisis. Si et , alors : c'est cette compatibilité qui légitime la définition. Savoir formuler cet argument est une question d'oral courante.
Définition 3.2 — Groupe monogène, groupe cyclique

Un groupe est monogène s'il est engendré par un seul élément : . Un groupe monogène fini est dit cyclique. Tout groupe monogène est abélien.

💡 Exemples. est monogène infini. est cyclique de cardinal . est cyclique de cardinal . En revanche n'est pas monogène (aucun rationnel seul n'engendre tout ) et n'est pas cyclique (il n'est pas abélien).
Théorème 3.3 — Générateurs de ℤ/nℤ ★ À savoir démontrer

engendre si et seulement si ( et premiers entre eux).

Démonstration (Bézout dans un sens, divisibilité dans l'autre)

Si . Par le théorème de Bézout, il existe tels que . En passant aux classes modulo : , c'est-à-dire . Donc ; or engendre tout entier, donc .

Réciproquement, si engendre , alors : il existe tel que , c'est-à-dire . Il existe donc tel que : c'est une relation de Bézout, qui entraîne (tout diviseur commun de et divise ).

Corollaire 3.4 — Nombre de générateurs (l'indicatrice d'Euler est officiellement introduite au chapitre anneaux)

possède exactement générateurs, où est l'indicatrice d'Euler (nombre d'entiers de premiers avec ). De même, admet générateurs : les racines primitives -ièmes de l'unité avec .

Théorème 3.5 — Classification des groupes monogènes ★ À savoir démontrer

Soit un groupe monogène.

  • Si est infini, alors est isomorphe à .
  • Si est fini de cardinal , alors est isomorphe à .
Démonstration (via le morphisme k ↦ x^k)

Considérons l'application , . C'est un morphisme de groupes car , et il est surjectif puisque .

Son noyau est un sous-groupe de , donc (théorème 1.5) de la forme avec .

Cas . , donc est injectif (théorème 2.5), donc bijectif de sur : , et est infini.

Cas . Définissons par . Cette définition est légitime : si , alors , donc et . L'application est un morphisme surjectif (comme ), et elle est injective : si , alors , donc . Ainsi , et en comparant les cardinaux, .

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4. Ordre d'un élément

Définition 4.1 — Ordre d'un élément

Soit un élément d'un groupe . On dit que est d'ordre fini s'il existe tel que . L'ordre de est alors le plus petit entier tel que . Si aucun tel entier n'existe, est dit d'ordre infini.

Proposition 4.2 — Ordre et sous-groupe engendré

Si est d'ordre fini , alors et ces éléments sont deux à deux distincts : l'ordre de est le cardinal de . De plus, est cyclique, isomorphe à .

Théorème 4.3 — Caractérisation de l'ordre ★ À savoir démontrer

Soit d'ordre fini . Alors pour tout :

Démonstration (division euclidienne, encore elle)

Sens réciproque. Si , alors .

Sens direct. Supposons . La division euclidienne de par s'écrit avec . Alors :

Ainsi avec : par minimalité de l'ordre (plus petit entier strictement positif tel que ), on a nécessairement , donc .

Autre formulation : l'ensemble est le noyau du morphisme , c'est un sous-groupe de , donc de la forme — et son générateur positif est exactement l'ordre de .

Théorème 4.4 — Théorème de Lagrange (version « ordre d'un élément »)

Dans un groupe fini , tout élément est d'ordre fini et l'ordre de tout élément divise le cardinal de . En particulier : .

(La démonstration générale — via les classes à gauche — est explicitement non exigible au programme MP ; l'énoncé, lui, doit être connu et cité correctement.)

💡 Exemple complet — Ordres dans ℤ/12ℤ. Dans , l'ordre de vaut . Ainsi sont d'ordre 12 (les générateurs), et d'ordre 6, et d'ordre 4, et d'ordre 3, d'ordre 2, et d'ordre 1. Tous ces ordres divisent bien 12 — illustration directe de Lagrange.
📐 Méthode-type — Déterminer l'ordre d'un élément d'un groupe fini.
  1. Borner. Par Lagrange, l'ordre divise : liste les diviseurs de — ce sont les seuls candidats.
  2. Tester dans l'ordre croissant. Calcule pour chaque diviseur candidat, en t'arrêtant au premier qui donne .
  3. Optimiser. Il suffit en fait de tester les pour chaque facteur premier de : si pour tous ces , alors est d'ordre exactement.
  4. Cas particuliers utiles. Dans , l'ordre de est . Dans , l'ordre de est aussi .
⚠ Piège — « donc est d'ordre » est FAUX. dit seulement que l'ordre de divise . Exemple : dans , mais est d'ordre 4, pas 8 ; et mais est d'ordre 2. Pour conclure « ordre », il faut EN PLUS vérifier que pour tout diviseur strict de .
⚠ Piège — L'ordre d'un produit n'est pas le ppcm des ordres. Dans un groupe abélien, si et sont d'ordres et premiers entre eux, alors est d'ordre — résultat utile et vrai. Mais sans commutativité, tout peut arriver : dans , deux transpositions sont d'ordre 2 et leur produit est un 3-cycle, d'ordre 3 (et dans on peut fabriquer deux éléments d'ordre fini dont le produit est d'ordre infini).

5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)

Les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) reviennent chaque année sur les mêmes maladresses dans les questions de structures algébriques. Chacune coûte entre 0,5 et 2 points — et surtout, elle signale au correcteur une compréhension fragile.

⚠ Erreur 1 — Oublier le neutre (ou la non-vacuité) dans une preuve de sous-groupe. Montrer la stabilité par ne suffit pas : la caractérisation exige , et le réflexe attendu est d'exhiber . Une preuve de sous-groupe sans cette ligne est considérée comme incomplète par tous les jurys.
⚠ Erreur 2 — Utiliser injective sans avoir établi que est un morphisme. Le critère du noyau est un privilège des morphismes de groupes. Il faut donc rédiger dans cet ordre : (1) est un morphisme (calcul de ), (2) calcul du noyau, (3) conclusion. Sauter l'étape (1) invalide toute la suite.
⚠ Erreur 3 — Diviser dans ℤ/nℤ comme dans ℝ. Écrire « donc » est faux en général : dans , alors que . On ne peut « simplifier par » que si . De même, n'implique pas (penser à dans ... qui vérifie ).
⚠ Erreur 4 — Confondre « ordre d'un élément » et « cardinal du groupe ». L'ordre de est le cardinal de , pas celui de . Les deux ne coïncident que si engendre (groupe cyclique). Écrire « est d'ordre donc » est correct (Lagrange), mais écrire « donc est d'ordre » est une faute.
⚠ Erreur 5 — Parler du « groupe ». n'est PAS un groupe : n'a pas d'inverse, et les classes non premières avec non plus. La structure multiplicative intéressante est celle des inversibles, notée — elle sera étudiée au chapitre anneaux. En attendant, précise toujours la loi : .

6. Pour aller plus loin

Les groupes sont le socle de toute l'algèbre de MP — les chapitres suivants les réinvestissent en permanence :

  • Anneaux, corps et arithmétique — la structure d'anneau superpose deux lois ; les idéaux de reprennent mot pour mot la démonstration des sous-groupes , et donne le théorème d'Euler.
  • Réduction des endomorphismes — l'ensemble pour une matrice est un sous-groupe de ; l'ordre d'une matrice inversible et les polynômes annulateurs prolongent directement la notion d'ordre d'un élément.
  • Endomorphismes des espaces euclidiens — le groupe orthogonal et son sous-groupe (noyau du morphisme déterminant) sont les groupes « géométriques » du programme.
  • Oraux X-ENS et Mines — les exercices de groupes (sous-groupes de , groupes d'ordre premier, automorphismes de ) sont un vivier d'oral inépuisable, précisément parce qu'ils ne demandent que ce chapitre.
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Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir

À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.

  • Sais-tu réciter la définition d'un groupe et donner cinq exemples dont un non abélien ?
  • Sais-tu rédiger en quatre étapes une preuve de sous-groupe (inclusion, neutre, stabilité par , conclusion) ?
  • Sais-tu démontrer que les sous-groupes de sont exactement les ?
  • Sais-tu pourquoi une union de sous-groupes n'est presque jamais un sous-groupe (contre-exemple à l'appui) ?
  • Sais-tu démontrer qu'un morphisme est injectif si et seulement si son noyau est trivial ?
  • Connais-tu les morphismes de référence (, , signature, ) avec leurs noyaux ?
  • Sais-tu expliquer pourquoi l'addition de est bien définie (indépendance des représentants) ?
  • Sais-tu démontrer que engendre si et seulement si ?
  • Sais-tu classifier les groupes monogènes (isomorphes à ou à ) via le morphisme ?
  • Sais-tu démontrer l'équivalence est l'ordre de ?
  • Sais-tu énoncer le théorème de Lagrange et calculer l'ordre de n'importe quel dans ?
  • Connais-tu les deux pièges sur l'ordre ( n'implique pas ordre ; l'ordre d'un produit n'est pas le ppcm en général) ?

Démonstrations à savoir refaire

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