Vue d'ensemble
Avant d'attaquer la réduction, MP consolide l'algèbre linéaire de sup avec quatre outils qui serviront partout : les sommes directes de plusieurs sous-espaces (le langage même de la diagonalisation), les sous-espaces stables (l'objet central de toute la réduction), la trace (l'invariant le plus maniable du programme) et les hyperplans (noyaux des formes linéaires). Chapitre discret mais omniprésent : la moitié des questions d'algèbre des écrits commencent par « montrer que est stable » ou « montrer que la somme est directe ». Cette fiche regroupe les 3 théorèmes incontournables, les 5 démonstrations à savoir refaire et les pièges relevés dans les rapports de jury.
Prérequis
- Espaces vectoriels de dimension finie (sup) : bases, dimension, théorème du rang
- Applications linéaires et matrices (sup) : changement de base, matrices semblables
- Projecteurs et symétries (sup) : , décomposition
L'algèbre linéaire de sup est restée floue ? La réduction va s'appuyer sur chaque théorème de ce chapitre — c'est maintenant qu'il faut colmater. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines reprennent les fondations avec toi et t'amènent au niveau des écrits en quelques séances ciblées.
Trouver un mentor MP →1. Sommes directes de plusieurs sous-espaces
Pour des sous-espaces d'un espace vectoriel , la somme est :
C'est le plus petit sous-espace de contenant tous les .
La somme est directe, notée , si tout vecteur de la somme s'écrit de façon unique comme avec . Si de plus , les sont dits supplémentaires dans .
Les assertions suivantes sont équivalentes :
- (i) la somme est directe ;
- (ii) la seule décomposition du vecteur nul est triviale : avec implique tous les ;
- (iii) (en dimension finie) .
Démonstration ((i) ⟺ (ii), puis (ii) ⟺ (iii) par les bases)
(i) ⟹ (ii) : la décomposition triviale existe toujours ; l'unicité impose que ce soit la seule.
(ii) ⟹ (i) : si avec , alors avec (sous-espace !). Par (ii), pour tout : la décomposition est unique.
(ii) ⟹ (iii) : concaténons des bases de chaque . La famille obtenue engendre la somme ; montrons qu'elle est libre. Une combinaison linéaire nulle se regroupe en où est la part de la combinaison portée par . Par (ii), chaque ; comme est libre, tous les coefficients sont nuls. D'où une base de la somme de cardinal , et l'égalité des dimensions.
(iii) ⟹ (ii) : par contraposée, si une décomposition non triviale de existe, la concaténation des bases est liée, et la dimension de la somme est strictement inférieure à .
Si , une base obtenue en concaténant une base de chaque est dite adaptée à la décomposition. Dans une telle base, les objets « respectant » la décomposition ont des matrices diagonales par blocs — c'est tout l'enjeu de la réduction.
- Somme directe : prendre avec et montrer que chaque (souvent en appliquant un projecteur, un polynôme de l'endomorphisme, ou en évaluant en des points).
- Somme égale à : soit par analyse-synthèse (deviner les formules de décomposition), soit par les dimensions : et la somme est directe ⟹ supplémentaires.
- Réflexe dimension finie : somme directe + bonne somme des dimensions = tout est prouvé d'un coup (théorème 1.3 (iii)).
2. Sous-espaces stables et endomorphismes induits
Un sous-espace de est stable par si . L'application , , est alors un endomorphisme de appelé endomorphisme induit par sur .
Soit une base de adaptée à (une base de complétée en base de ). Alors est stable par si et seulement si la matrice de dans est triangulaire par blocs :
où est la matrice de l'endomorphisme induit . Si avec ET stables, la matrice est diagonale par blocs ().
Si , alors et sont stables par .
Démonstration (4 lignes, à connaître par cœur)
Noyau. Soit . Alors , donc : le noyau est stable.
Image. Soit , disons . Alors : l'image est stable.
Application incessante en réduction : commute avec pour tout polynôme , donc et sont stables par — en particulier les sous-espaces propres .
3. La trace : l'invariant le plus utile du programme
La trace de est la somme de ses coefficients diagonaux :
C'est une forme linéaire sur : .
Pour toutes matrices et : .
Démonstration (échange de deux sommes finies)
Par définition du produit matriciel :
L'échange des deux sommes finies est licite sans condition. Attention, le résultat ne se généralise PAS en « la trace est invariante par permutation quelconque » : (permutations circulaires), mais en général.
Deux matrices semblables ont la même trace : . On peut donc définir la trace d'un endomorphisme d'un espace de dimension finie : c'est la trace de sa matrice dans n'importe quelle base.
Si est un projecteur d'un espace de dimension finie, alors : .
Démonstration (base adaptée à Im p ⊕ ker p)
Un projecteur vérifie et (résultat de sup). Sur , agit comme l'identité : si , alors . Sur , est nulle.
Choisissons une base adaptée à cette décomposition ( vecteurs dans , puis dans ). La matrice de y est diagonale par blocs :
La trace ne dépendant pas de la base (corollaire 3.3), le calcul dans cette base commode vaut en général. C'est le schéma « choisir la bonne base pour calculer un invariant » — omniprésent en réduction.
Trace, rang, déterminant : sais-tu lequel dégainer en premier ? Les exercices d'oraux X-ENS et Mines se débloquent souvent par le bon invariant. Un mentor Majorant t'entraîne sur une banque d'exos classés par réflexe, jusqu'à ce que le choix devienne instantané.
Réserver une séance ciblée →4. Formes linéaires et hyperplans
Une forme linéaire sur est une application linéaire . Exemples : l'évaluation sur , la trace sur , l'intégrale sur , les applications coordonnées dans une base.
Un hyperplan de est le noyau d'une forme linéaire non nulle. L'équation est appelée équation de l'hyperplan .
Soit un sous-espace de .
- est un hyperplan si et seulement si admet une droite comme supplémentaire : pour tout .
- En dimension finie : est un hyperplan si et seulement si .
- Deux formes linéaires non nulles ont le même noyau si et seulement si elles sont proportionnelles.
Démonstration (les trois points)
Hyperplan ⟹ droite supplémentaire. Soit , , et (donc ). Pour tout , posons : alors , donc : . Et si , avec , donc : la somme est directe. Réciproque : si , la forme qui à associe est linéaire, non nulle, de noyau .
Dimension finie. Si avec , alors (sous-espace non nul de , de dimension 1) et le théorème du rang donne . Réciproquement, si , on complète une base de par un vecteur et la forme « dernière coordonnée » a pour noyau .
Proportionnalité. Si , prenons et posons . Les formes et coïncident sur (nulles) et en ; or , donc elles coïncident partout : .
5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Chapitre de « petites questions » dans les gros problèmes d'algèbre — les rapports de jury (X-ENS, Mines-Ponts, Centrale, CCINP) reviennent sans cesse sur les mêmes maladresses.
6. Pour aller plus loin
Ce chapitre est l'infrastructure de toute l'algèbre de spé :
- Réduction : éléments propres — un sous-espace propre est un noyau, donc stable par tout ce qui commute avec (proposition 2.3) ; la somme des sous-espaces propres est directe (démonstration type du théorème 1.3).
- Diagonalisation — diagonaliser, c'est exactement trouver une base adaptée à une décomposition en sous-espaces stables ; la trace devient la somme des valeurs propres.
- Espaces euclidiens — le produit scalaire canonique de s'écrit ; les hyperplans y sont les orthogonaux de droites.
- Topologie des evn — en dimension finie, les formes linéaires sont continues et les hyperplans sont fermés ; la trace, forme linéaire continue, servira dans les exercices de densité ( dense, etc.).
La réduction commence ici — pas au chapitre suivant. Nos stages intensifs vacances (1 semaine, 25h) consolident sommes directes, stabilité et trace avant d'attaquer la réduction complète, avec exos type concours et khôlles blanches — encadrés par des alumni X-ENS, Centrale et Mines.
Voir les stages MP →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir la somme directe de p sous-espaces et démontrer les trois caractérisations ?
- Connais-tu le contre-exemple des trois droites du plan (intersections deux à deux nulles, somme non directe) ?
- Sais-tu dérouler la méthode « décomposition du zéro » puis l'argument dimensionnel ?
- Sais-tu décomposer une matrice en partie symétrique + antisymétrique par analyse-synthèse ?
- Sais-tu définir un sous-espace stable et l'endomorphisme induit, et lire la stabilité sur une matrice par blocs ?
- Sais-tu démontrer que ker u et Im u sont stables par tout endomorphisme qui commute avec u ?
- Sais-tu multiplier deux matrices par blocs sans commuter les blocs ?
- Sais-tu démontrer tr(AB) = tr(BA), et pourquoi seule la permutation circulaire est permise ?
- Sais-tu pourquoi la trace d'un endomorphisme est bien définie (invariance par similitude) ?
- Sais-tu démontrer que la trace d'un projecteur vaut son rang (base adaptée) ?
- Sais-tu prouver en une ligne qu'aucune paire de matrices ne vérifie AB − BA = Iₙ ?
- Sais-tu démontrer les trois caractérisations des hyperplans (droite supplémentaire, dimension n − 1, proportionnalité des équations) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Caractérisations d'une somme directe — décomposition du zéro + concaténation de bases
- Stabilité de ker u et Im u sous commutation — deux calculs de 2 lignes
- tr(AB) = tr(BA) — échange de deux sommes finies
- Trace d'un projecteur = rang — base adaptée à Im p ⊕ ker p
- Caractérisations des hyperplans — droite supplémentaire, théorème du rang, proportionnalité