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📘 Fiche de cours · 2e année📐 MP🧮 Mathématiques

Compléments d'algèbre linéaire

Les quatre outils qui préparent la réduction en MP : sommes directes de plusieurs sous-espaces et bases adaptées, sous-espaces stables et endomorphismes induits, trace et ses invariances, formes linéaires et hyperplans. Avec les 5 démonstrations à savoir refaire, la méthode-type des sommes directes et les pièges signalés par les correcteurs.

Fiche rédigée par les mentors Majorant — alumni Polytechnique, CentraleSupélec et Mines Paris.

7 définitions3 théorèmes5 démos à savoirMis à jour le 2026-07-04

Vue d'ensemble

Avant d'attaquer la réduction, MP consolide l'algèbre linéaire de sup avec quatre outils qui serviront partout : les sommes directes de plusieurs sous-espaces (le langage même de la diagonalisation), les sous-espaces stables (l'objet central de toute la réduction), la trace (l'invariant le plus maniable du programme) et les hyperplans (noyaux des formes linéaires). Chapitre discret mais omniprésent : la moitié des questions d'algèbre des écrits commencent par « montrer que est stable » ou « montrer que la somme est directe ». Cette fiche regroupe les 3 théorèmes incontournables, les 5 démonstrations à savoir refaire et les pièges relevés dans les rapports de jury.

Au programme MP (officiel) — Compléments d'algèbre linéaire : produit et somme de sous-espaces vectoriels, sommes directes de plusieurs sous-espaces, bases adaptées, sous-espaces stables par un endomorphisme et endomorphismes induits, matrices définies par blocs, trace d'une matrice carrée et d'un endomorphisme, formes linéaires et hyperplans.

Prérequis

  • Espaces vectoriels de dimension finie (sup) : bases, dimension, théorème du rang
  • Applications linéaires et matrices (sup) : changement de base, matrices semblables
  • Projecteurs et symétries (sup) : , décomposition
🎯 Accompagnement Majorant

L'algèbre linéaire de sup est restée floue ? La réduction va s'appuyer sur chaque théorème de ce chapitre — c'est maintenant qu'il faut colmater. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines reprennent les fondations avec toi et t'amènent au niveau des écrits en quelques séances ciblées.

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1. Sommes directes de plusieurs sous-espaces

Définition 1.1 — Somme de sous-espaces

Pour des sous-espaces d'un espace vectoriel , la somme est :

C'est le plus petit sous-espace de contenant tous les .

Définition 1.2 — Somme directe

La somme est directe, notée , si tout vecteur de la somme s'écrit de façon unique comme avec . Si de plus , les sont dits supplémentaires dans .

Théorème 1.3 — Caractérisations d'une somme directe ★ À savoir démontrer

Les assertions suivantes sont équivalentes :

  • (i) la somme est directe ;
  • (ii) la seule décomposition du vecteur nul est triviale : avec implique tous les ;
  • (iii) (en dimension finie) .
Démonstration ((i) ⟺ (ii), puis (ii) ⟺ (iii) par les bases)

(i) ⟹ (ii) : la décomposition triviale existe toujours ; l'unicité impose que ce soit la seule.

(ii) ⟹ (i) : si avec , alors avec (sous-espace !). Par (ii), pour tout : la décomposition est unique.

(ii) ⟹ (iii) : concaténons des bases de chaque . La famille obtenue engendre la somme ; montrons qu'elle est libre. Une combinaison linéaire nulle se regroupe en est la part de la combinaison portée par . Par (ii), chaque ; comme est libre, tous les coefficients sont nuls. D'où une base de la somme de cardinal , et l'égalité des dimensions.

(iii) ⟹ (ii) : par contraposée, si une décomposition non triviale de existe, la concaténation des bases est liée, et la dimension de la somme est strictement inférieure à .

⚠ Piège n°1 du chapitre — deux à deux ne suffit PAS. Pour , les intersections deux à deux nulles ne garantissent rien : dans , trois droites distinctes s'intersectent deux à deux en , mais leur somme (le plan, de dimension 2) n'est pas directe (). Le critère « » ne vaut que pour DEUX sous-espaces. Pour , utilise la décomposition du zéro ou les dimensions — les jurys traquent cette erreur chaque année.
Définition 1.4 — Base adaptée

Si , une base obtenue en concaténant une base de chaque est dite adaptée à la décomposition. Dans une telle base, les objets « respectant » la décomposition ont des matrices diagonales par blocs — c'est tout l'enjeu de la réduction.

💡 Exemple canonique — Symétriques et antisymétriques. Dans : . Analyse-synthèse express : si , alors , d'où et (unicité), et ces formules fournissent bien une décomposition (existence). Contrôle des dimensions : ✓.
📐 Méthode-type — Montrer que .
  1. Somme directe : prendre avec et montrer que chaque (souvent en appliquant un projecteur, un polynôme de l'endomorphisme, ou en évaluant en des points).
  2. Somme égale à : soit par analyse-synthèse (deviner les formules de décomposition), soit par les dimensions : et la somme est directe ⟹ supplémentaires.
  3. Réflexe dimension finie : somme directe + bonne somme des dimensions = tout est prouvé d'un coup (théorème 1.3 (iii)).

2. Sous-espaces stables et endomorphismes induits

Définition 2.1 — Sous-espace stable

Un sous-espace de est stable par si . L'application , , est alors un endomorphisme de appelé endomorphisme induit par sur .

Proposition 2.2 — Lecture matricielle de la stabilité

Soit une base de adaptée à (une base de complétée en base de ). Alors est stable par si et seulement si la matrice de dans est triangulaire par blocs :

est la matrice de l'endomorphisme induit . Si avec ET stables, la matrice est diagonale par blocs ().

Proposition 2.3 — Stabilité par un endomorphisme qui commute ★ À savoir démontrer

Si , alors et sont stables par .

Démonstration (4 lignes, à connaître par cœur)

Noyau. Soit . Alors , donc : le noyau est stable.

Image. Soit , disons . Alors : l'image est stable.

Application incessante en réduction : commute avec pour tout polynôme , donc et sont stables par — en particulier les sous-espaces propres .

📝 Matrices par blocs : les règles du jeu. Les matrices par blocs s'additionnent et se multiplient « comme si les blocs étaient des scalaires », À CONDITION que les tailles soient compatibles — et sans jamais commuter les blocs : . Conséquence utile : le produit de deux triangulaires par blocs (même découpage) reste triangulaire par blocs, et .
⚠ Piège — L'endomorphisme induit exige la stabilité. Parler de « la restriction comme endomorphisme de » n'a de sens que si a été démontré. Les correcteurs signalent les copies qui invoquent le déterminant ou le polynôme caractéristique de sans avoir justifié la stabilité — la question « montrer que est stable » n'est jamais décorative.

3. La trace : l'invariant le plus utile du programme

Définition 3.1 — Trace d'une matrice carrée

La trace de est la somme de ses coefficients diagonaux :

C'est une forme linéaire sur : .

Théorème 3.2 — Propriété fondamentale : tr(AB) = tr(BA) ★ À savoir démontrer

Pour toutes matrices et : .

Démonstration (échange de deux sommes finies)

Par définition du produit matriciel :

L'échange des deux sommes finies est licite sans condition. Attention, le résultat ne se généralise PAS en « la trace est invariante par permutation quelconque » : (permutations circulaires), mais en général.

Corollaire 3.3 — Trace d'un endomorphisme

Deux matrices semblables ont la même trace : . On peut donc définir la trace d'un endomorphisme d'un espace de dimension finie : c'est la trace de sa matrice dans n'importe quelle base.

Proposition 3.4 — Trace d'un projecteur ★ À savoir démontrer

Si est un projecteur d'un espace de dimension finie, alors : .

Démonstration (base adaptée à Im p ⊕ ker p)

Un projecteur vérifie et (résultat de sup). Sur , agit comme l'identité : si , alors . Sur , est nulle.

Choisissons une base adaptée à cette décomposition ( vecteurs dans , puis dans ). La matrice de y est diagonale par blocs :

La trace ne dépendant pas de la base (corollaire 3.3), le calcul dans cette base commode vaut en général. C'est le schéma « choisir la bonne base pour calculer un invariant » — omniprésent en réduction.

💡 Exemple culte — Il n'existe pas de matrices telles que AB − BA = Iₙ. En prenant la trace : , alors que . Contradiction — l'identité n'est jamais un commutateur en dimension finie. Une ligne, une question d'oral réglée : c'est ça, la puissance de la trace. (Question subsidiaire posée à l'X : et en dimension infinie ? L'opérateur position-dérivation montre que c'est possible.)
🧑‍🏫 Les invariants, réflexe d'oral

Trace, rang, déterminant : sais-tu lequel dégainer en premier ? Les exercices d'oraux X-ENS et Mines se débloquent souvent par le bon invariant. Un mentor Majorant t'entraîne sur une banque d'exos classés par réflexe, jusqu'à ce que le choix devienne instantané.

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4. Formes linéaires et hyperplans

Définition 4.1 — Forme linéaire

Une forme linéaire sur est une application linéaire . Exemples : l'évaluation sur , la trace sur , l'intégrale sur , les applications coordonnées dans une base.

Définition 4.2 — Hyperplan

Un hyperplan de est le noyau d'une forme linéaire non nulle. L'équation est appelée équation de l'hyperplan .

Théorème 4.3 — Caractérisations des hyperplans ★ À savoir démontrer

Soit un sous-espace de .

  • est un hyperplan si et seulement si admet une droite comme supplémentaire : pour tout .
  • En dimension finie : est un hyperplan si et seulement si .
  • Deux formes linéaires non nulles ont le même noyau si et seulement si elles sont proportionnelles.
Démonstration (les trois points)

Hyperplan ⟹ droite supplémentaire. Soit , , et (donc ). Pour tout , posons : alors , donc : . Et si , avec , donc : la somme est directe. Réciproque : si , la forme qui à associe est linéaire, non nulle, de noyau .

Dimension finie. Si avec , alors (sous-espace non nul de , de dimension 1) et le théorème du rang donne . Réciproquement, si , on complète une base de par un vecteur et la forme « dernière coordonnée » a pour noyau .

Proportionnalité. Si , prenons et posons . Les formes et coïncident sur (nulles) et en ; or , donc elles coïncident partout : .

📝 Intersections d'hyperplans. En dimension , l'intersection de hyperplans est de dimension au moins (chaque équation fait perdre au plus une dimension) ; réciproquement, tout sous-espace de dimension est intersection de hyperplans (compléter une base et annuler les dernières coordonnées). C'est la version géométrique de la résolution des systèmes linéaires : un système de équations à inconnues de rang définit un sous-espace de dimension .
⚠ Piège — « L'hyperplan » n'a pas UNE équation. L'équation d'un hyperplan n'est unique qu'à proportionnalité près (troisième point du théorème 4.3). Écrire « donc » quand deux formes ont le même noyau est faux : conclure seulement , .

5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)

Chapitre de « petites questions » dans les gros problèmes d'algèbre — les rapports de jury (X-ENS, Mines-Ponts, Centrale, CCINP) reviennent sans cesse sur les mêmes maladresses.

⚠ Erreur 1 — Prouver une somme directe de p ≥ 3 sous-espaces avec les intersections deux à deux. Le contre-exemple des trois droites du plan doit être connu. Seule la décomposition du zéro (ou l'argument dimensionnel) prouve le caractère direct pour .
⚠ Erreur 2 — Utiliser l'endomorphisme induit sans avoir prouvé la stabilité. L'ordre de rédaction attendu : (1) montrer , (2) seulement ensuite parler de , de sa matrice, de son déterminant. L'inversion de ces étapes est signalée comme « faute de logique » dans les rapports.
⚠ Erreur 3 — Étendre tr(AB) = tr(BA) à toutes les permutations. (circulaire) mais PAS en général. Contre-exemple avec des matrices élémentaires en deux lignes — à savoir produire si l'oral le demande.
⚠ Erreur 4 — Multiplier des blocs comme des scalaires qui commutent. Dans un produit par blocs, l'ORDRE des blocs est impératif : , pas . Et les tailles doivent être compatibles — un produit par blocs mal découpé n'a simplement pas de sens.
⚠ Erreur 5 — Confondre forme linéaire nulle sur H et forme nulle. Une forme linéaire qui s'annule sur un hyperplan n'est pas nulle : elle est proportionnelle à l'équation de l'hyperplan. En revanche, une forme linéaire qui s'annule sur tout entier est nulle. Cette nuance pilote toutes les questions « montrer que ».

6. Pour aller plus loin

Ce chapitre est l'infrastructure de toute l'algèbre de spé :

  • Réduction : éléments propres — un sous-espace propre est un noyau, donc stable par tout ce qui commute avec (proposition 2.3) ; la somme des sous-espaces propres est directe (démonstration type du théorème 1.3).
  • Diagonalisation — diagonaliser, c'est exactement trouver une base adaptée à une décomposition en sous-espaces stables ; la trace devient la somme des valeurs propres.
  • Espaces euclidiens — le produit scalaire canonique de s'écrit ; les hyperplans y sont les orthogonaux de droites.
  • Topologie des evn — en dimension finie, les formes linéaires sont continues et les hyperplans sont fermés ; la trace, forme linéaire continue, servira dans les exercices de densité ( dense, etc.).
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La réduction commence ici — pas au chapitre suivant. Nos stages intensifs vacances (1 semaine, 25h) consolident sommes directes, stabilité et trace avant d'attaquer la réduction complète, avec exos type concours et khôlles blanches — encadrés par des alumni X-ENS, Centrale et Mines.

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Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir

À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.

  • Sais-tu définir la somme directe de p sous-espaces et démontrer les trois caractérisations ?
  • Connais-tu le contre-exemple des trois droites du plan (intersections deux à deux nulles, somme non directe) ?
  • Sais-tu dérouler la méthode « décomposition du zéro » puis l'argument dimensionnel ?
  • Sais-tu décomposer une matrice en partie symétrique + antisymétrique par analyse-synthèse ?
  • Sais-tu définir un sous-espace stable et l'endomorphisme induit, et lire la stabilité sur une matrice par blocs ?
  • Sais-tu démontrer que ker u et Im u sont stables par tout endomorphisme qui commute avec u ?
  • Sais-tu multiplier deux matrices par blocs sans commuter les blocs ?
  • Sais-tu démontrer tr(AB) = tr(BA), et pourquoi seule la permutation circulaire est permise ?
  • Sais-tu pourquoi la trace d'un endomorphisme est bien définie (invariance par similitude) ?
  • Sais-tu démontrer que la trace d'un projecteur vaut son rang (base adaptée) ?
  • Sais-tu prouver en une ligne qu'aucune paire de matrices ne vérifie AB − BA = Iₙ ?
  • Sais-tu démontrer les trois caractérisations des hyperplans (droite supplémentaire, dimension n − 1, proportionnalité des équations) ?

Démonstrations à savoir refaire

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