Vue d'ensemble
Une série entière est le prolongement naturel des polynômes à un nombre infini de termes. Sa magie : elle converge dans un disque (le disque de convergence, de rayon ), et sur ce disque, sa somme est infiniment dérivable, se dérive et s'intègre terme à terme, et ses coefficients sont uniques (identification). C'est l'outil pour DÉVELOPPER les fonctions usuelles (, , …), résoudre des équations différentielles, calculer des sommes. Et c'est un pilier des concours — présent dans la quasi-totalité des sujets d'analyse. Cette fiche regroupe les théorèmes incontournables, les 3 démonstrations à savoir refaire et les pièges relevés dans les rapports de jury.
Prérequis
- Séries de fonctions : convergence normale, dérivation et intégration terme à terme
- Séries numériques : convergence absolue, règle de d'Alembert, comparaison
- Développements limités (sup) : Taylor, formules usuelles
Les séries entières ouvrent la moitié des problèmes d'analyse. Rayon, somme, développement : trois réflexes qui font gagner des pages. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font maîtriser le disque de convergence et les DSE usuels jusqu'à l'automatisme — l'investissement le plus rentable de l'année.
Trouver un mentor MP →1. Rayon de convergence
Une série entière est une série de fonctions de la forme (variable ou ), où est la suite des coefficients. C'est la « série de Taylor formelle » associée à : un polynôme de degré infini.
Le rayon de convergence est le réel (ou ) tel que la série converge absolument pour et diverge pour (théorème 1.3). Le disque de convergence est le disque ouvert ; pour une variable réelle, on parle de l'intervalle de convergence . Sur ce domaine, la série a toutes les bonnes propriétés (continuité, dérivabilité).
Il existe un unique , le rayon de convergence, tel que converge ABSOLUMENT pour et diverge grossièrement pour . Lemme d'Abel : si la suite est bornée pour un certain , alors la série converge absolument pour tout tel que .
Démonstration (lemme d'Abel par comparaison géométrique)
Supposons bornée : . Soit avec , et posons . Alors :
La série majorante est géométrique de raison , donc convergente. Par comparaison, converge : la série converge ABSOLUMENT pour .
Existence de . Posons . Pour , il existe avec et bornée : le lemme donne la convergence absolue. Pour , n'est pas bornée (donc ne tend pas vers 0) : divergence grossière. C'est LE théorème structurant — la convergence est « tout ou rien » selon le disque.
Si à partir d'un rang et , alors le rayon de convergence vaut (avec si , si ). C'est la méthode de calcul la plus courante. Attention : sur le CERCLE , tout peut arriver (convergence, divergence selon le point) — le rayon ne dit rien du bord.
2. Propriétés de la somme sur le disque ouvert
Sur le disque de convergence, la somme de la série entière est la fonction . Étudier une série entière, c'est étudier cette fonction : sa régularité, ses valeurs, son éventuelle expression close. Réciproquement, on cherche souvent à écrire une fonction donnée COMME somme d'une série entière (développement).
Une série entière de rayon converge normalement sur tout compact du disque ouvert (en particulier sur tout avec ). Sa somme est donc continue sur le disque ouvert.
Démonstration (majoration sur le disque fermé de rayon r)
Soit . Choisissons avec : la série converge absolument en , donc est bornée par un (mieux : ). Sur le disque fermé :
La série converge (car ), donc : convergence NORMALE sur . Comme les sont continues, la somme est continue sur tout disque fermé de rayon , donc sur le disque OUVERT (la continuité est locale). Noter que la convergence normale sur le disque ouvert TOUT ENTIER est en général FAUSSE — d'où « sur tout compact ».
Sur l'intervalle ouvert , la somme est de classe , se dérive et s'intègre TERME À TERME, sans changer le rayon :
Démonstration (même rayon, puis dérivation des séries de fonctions)
Même rayon pour la série dérivée. La série a le même rayon : car , donc et ont le même rayon (multiplier par ne change pas ). De même pour la série intégrée.
Dérivation terme à terme. Sur tout (), la série des dérivées converge NORMALEMENT (rayon , même argument que théorème 2.2). Le théorème de dérivation terme à terme (séries de fonctions) s'applique : est et . En itérant, est . L'intégration se traite pareil. C'est ce qui fait des séries entières un outil de calcul si souple.
Les coefficients sont donnés par les dérivées en 0 : . Deux séries entières de même somme sur un voisinage de 0 ont donc les MÊMES coefficients (identification). C'est le fondement de la méthode « développer et identifier » — pour les équations différentielles notamment.
3. Développements en série entière usuels
est développable en série entière au voisinage de 0 s'il existe et une série entière tels que pour . Les coefficients sont alors nécessairement .
La série de Taylor d'une fonction au voisinage de 0 est la série entière . est DSE si et seulement si sa série de Taylor CONVERGE et a pour somme sur un voisinage de 0 — ce qui n'est PAS automatique (contre-exemple ).
À connaître PAR CŒUR (avec leur rayon) :
- Partir des DSE de référence : reconnaître la fonction comme composée / produit / dérivée / primitive d'une fonction usuelle.
- Opérations : substitution (), dérivation, intégration terme à terme, produit de Cauchy — le rayon se déduit.
- Fractions rationnelles : décomposer en éléments simples, puis développer chaque via la série géométrique.
- Équation différentielle : poser , injecter dans l'équation, identifier terme à terme (relation de récurrence sur les ) — méthode reine pour les fonctions « inconnues ».
Développer, sommer, résoudre par séries entières : trois techniques, un chapitre. Un mentor Majorant te fait maîtriser les DSE usuels et la méthode de l'équation différentielle sur les sujets X-ENS et Mines — jusqu'à ce que le réflexe « c'est une série entière » débloque les problèmes.
Réserver une séance ciblée →4. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Les séries entières sont un chapitre technique — les erreurs viennent des rayons et du bord. Relevé des rapports (X-ENS, Mines-Ponts, Centrale, CCINP) :
5. Pour aller plus loin
Les séries entières sont un carrefour de l'analyse :
- Équations différentielles — la méthode « poser » résout les équations linéaires à coefficients variables (Airy, Bessel…) par récurrence sur les coefficients.
- Exponentielle complexe et trigonométrie — définie par sa série entière donne et toutes les formules ; la fonction exponentielle complexe unifie l'analyse.
- Probabilités — les fonctions génératrices d'une variable aléatoire discrète sont des séries entières ; leur rayon et leurs dérivées donnent les moments.
- Analyse complexe (culture) — les fonctions holomorphes sont exactement les sommes de séries entières localement : la théorie de Cauchy prolonge ce chapitre.
Les séries entières sont partout aux écrits — un chapitre à surmaîtriser. Nos stages intensifs vacances (1 semaine, 25h) couvrent séries de fonctions, séries entières et leurs applications avec exos type concours et khôlles blanches — encadrés par des alumni X-ENS, Centrale et Mines.
Voir les stages MP →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir une série entière et son rayon de convergence R ?
- Sais-tu démontrer le lemme d'Abel (comparaison géométrique) et l'existence de R ?
- Sais-tu calculer R par d'Alembert (R = 1/ℓ) ?
- Sais-tu que le rayon ne dit rien du bord |z| = R (trois exemples) ?
- Sais-tu démontrer la convergence normale sur tout compact et la continuité ?
- Sais-tu démontrer la dérivation/intégration terme à terme (même rayon, C∞) ?
- Sais-tu que a_n = S⁽ⁿ⁾(0)/n! (unicité des coefficients) ?
- Sais-tu qu'une fonction C∞ n'est pas toujours DSE (contre-exemple e^{−1/x²}) ?
- Connais-tu les DSE usuels (exp, 1/(1−x), ln(1+x), cos, sin, (1+x)^α, arctan) et leurs rayons ?
- Sais-tu développer par opérations (substitution, dérivation, intégration, Cauchy) ?
- Sais-tu résoudre une équation différentielle par série entière (récurrence sur a_n) ?
- Sais-tu justifier un passage à la limite au bord par le théorème d'Abel (ex. π/4) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Lemme d'Abel et existence du rayon — comparaison géométrique |a_n z^n| ≤ M q^n
- Convergence normale sur tout compact — majoration par ∑|a_n|r^n avec r < R
- Dérivation terme à terme — même rayon (n^{1/n} → 1) + séries de fonctions