Vue d'ensemble
Comment donner un sens à ou à , quand l'intervalle est infini ou la fonction non bornée ? On définit une intégrale généralisée (ou impropre) comme la LIMITE d'une intégrale ordinaire quand une borne s'approche du point problématique. Comme pour les séries, la première question est celle de la nature : l'intégrale converge-t-elle ? Ce chapitre fournit les outils : les intégrales de Riemann de référence ( converge ssi ), les théorèmes de comparaison pour les fonctions positives (majoration, équivalents), et la notion de convergence absolue pour les fonctions de signe quelconque. C'est le pendant continu de l'étude des séries, et le socle des chapitres d'analyse de spé (intégrales à paramètre, convergence dominée). Cette fiche regroupe les 3 théorèmes incontournables, les 2 démonstrations à savoir refaire et les pièges relevés dans les rapports de jury.
Prérequis
- Intégrale d'une fonction continue sur un segment (1re année)
- Limites, équivalents, négligeabilité (relations de comparaison)
- Séries numériques (analogie forte, mêmes réflexes)
Convergence d'une intégrale = intégrale de Riemann + un équivalent. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font acquérir le réflexe « je compare à » qui règle 90 % des questions de nature — l'automatisme qui fait gagner de précieuses minutes à l'écrit.
Trouver un mentor MP →1. Définition et intégrales de référence
Soit continue par morceaux sur (avec ou ). L'intégrale généralisée est définie comme la limite, si elle existe et est finie :
On adapte symétriquement sur (problème en ). Le point (ou ) est la borne impropre : soit n'y est pas définie/bornée, soit c'est .
Si la limite ci-dessus existe et est FINIE, l'intégrale converge et sa valeur est cette limite. Sinon (limite infinie ou inexistante), elle diverge. Étudier la nature de l'intégrale, c'est déterminer si elle converge ou diverge — souvent SANS la calculer.
Si est continue par morceaux sur avec DEUX bornes impropres, on coupe en un point intérieur : . L'intégrale converge si et seulement si les DEUX morceaux convergent (séparément). La valeur ne dépend pas de .
Ce sont LES références à connaître par cœur :
Retenir la logique : en , il faut décroître ASSEZ VITE () ; en , il ne faut pas exploser TROP vite (). Le cas () diverge des deux côtés — c'est le seuil.
Démonstration (calcul direct de la primitive)
Cas , : pour , Quand : si , donc et l'intégrale converge vers ; si , , divergence.
Cas : , divergence.
En : (pour ). Quand : ssi , i.e. (convergence) ; sinon divergence. Le cas donne . CQFD.
2. Critères pour les fonctions positives
Soient continues par morceaux et positives sur , problème en . Alors :
- Majoration : si au voisinage de et converge, alors converge (contraposée : diverge diverge).
- Négligeabilité : si (ou ) en et converge, alors converge.
- Équivalents : si , alors et sont de même nature.
⚠ Ces critères exigent des fonctions de signe constant au voisinage de la borne. Le critère des équivalents est l'outil n°1 : on remplace par un équivalent simple, typiquement une puissance , et on conclut par Riemann.
- Repérer les bornes impropres : où explose ou l'intervalle est infini ? Traiter chaque borne SÉPARÉMENT (couper si besoin).
- Vérifier le signe près de la borne : si est de signe constant, les critères de comparaison s'appliquent. Sinon, passer par (§3).
- Chercher un équivalent de en la borne, sous forme (en ) ou (en fini).
- Conclure par Riemann : convergence ssi (en ) ou (en un point fini). Rédiger « par équivalence de fonctions positives ».
— Pour : seul problème en , où (positif), et converge (). Donc convergence (valeur , primitive ).
— Pour : en , (croissances comparées, ), et converge (). Donc convergence.
90 % des questions de nature se règlent par un équivalent en puissance. Un mentor Majorant te fait travailler les équivalents pièges (logarithmes, exponentielles, bornes finies) jusqu'à ce que « convergente / divergente » devienne un réflexe immédiat.
Réserver une séance ciblée →3. Fonctions de signe quelconque
continue par morceaux sur est dite intégrable (ou est absolument convergente) si :
L'intérêt : est POSITIVE, donc on peut lui appliquer tous les critères de comparaison du §2. La convergence absolue se teste comme une convergence de fonction positive.
Une intégrale est semi-convergente si elle converge SANS converger absolument ( converge mais diverge). L'exemple canonique est l'intégrale de Dirichlet , qui converge (intégration par parties) alors que diverge.
Si converge, alors converge, et de plus :
C'est le résultat qui permet de traiter les fonctions de signe quelconque : on se ramène à l'étude de (positive). La réciproque est FAUSSE (semi-convergence).
Démonstration (encadrement par f + |f|)
Posons . Alors (car , donc ). Comme est POSITIVE et majorée par dont l'intégrale converge, le théorème de comparaison (§2) donne la convergence de .
Par linéarité (valable dès que deux des trois intégrales convergent) : , différence de deux intégrales convergentes, donc converge. Enfin, par passage à la limite dans l'inégalité (vraie sur tout segment), on obtient . CQFD.
4. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
L'étude de la nature d'une intégrale récompense la rigueur et punit les raccourcis. Relevé des rapports (Centrale, Mines-Ponts, CCINP) :
5. Pour aller plus loin
Les intégrales généralisées sont la porte d'entrée de l'analyse de spé :
- Intégrales à paramètre — continuité et dérivation sous le signe : la brique de nombreuses fonctions spéciales (Gamma, transformée de Laplace).
- Théorème de convergence dominée — l'outil roi pour permuter limite et intégrale, généralisant les critères de comparaison.
- Fonction Gamma d'Euler — , un grand classique dont la convergence se prouve avec cette fiche.
- Probabilités à densité — l'espérance et les moments sont des intégrales généralisées ; leur existence est une question de convergence.
La convergence des intégrales conditionne tout le programme d'analyse de spé. Nos stages intensifs vacances (1 semaine, 25h) consolident intégrales généralisées, intégrales à paramètre et convergence dominée avec exos type concours — encadrés par des alumni X-ENS, Centrale et Mines.
Voir les stages MP →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir une intégrale généralisée comme limite d'une intégrale sur un segment ?
- Sais-tu distinguer convergence et divergence (nature) ?
- Sais-tu qu'une intégrale doublement impropre se coupe et exige les deux morceaux ?
- Connais-tu les intégrales de Riemann : ∫₁^∞ dt/tᵅ converge ssi α > 1 ?
- Et ∫₀¹ dt/tᵅ converge ssi α < 1 ?
- Sais-tu les démontrer (calcul de la primitive t^(1−α)) ?
- Sais-tu appliquer comparaison, négligeabilité, équivalents (fonctions positives) ?
- Sais-tu que ces critères exigent un signe constant près de la borne ?
- Sais-tu définir la convergence absolue (∫|f| converge) ?
- Sais-tu démontrer que convergence absolue ⟹ convergence (via f + |f|) ?
- Sais-tu qu'il existe des intégrales semi-convergentes (Dirichlet sin t / t) ?
- Sais-tu que f → 0 en +∞ ne suffit PAS à la convergence ?
Démonstrations à savoir refaire
- Intégrales de Riemann — primitive t^(1−α), seuil α = 1
- Convergence absolue ⟹ convergence — encadrement 0 ≤ f + |f| ≤ 2|f|