Vue d'ensemble
Ce chapitre étend le calcul différentiel aux fonctions à valeurs dans un espace vectoriel normé de dimension finie : au lieu d'une fonction , on dérive (typiquement ou ). La bonne nouvelle : tout se ramène aux coordonnées — est dérivable si et seulement si chacune de ses composantes l'est, et on dérive « composante par composante ». Les règles de calcul (produit scalaire, produit vectoriel, déterminant) généralisent la formule de Leibniz. On applique ensuite ce langage aux arcs paramétrés : une courbe décrite par , sa tangente (dirigée par le vecteur vitesse ) et sa longueur (). C'est le socle géométrique de la mécanique du point. Cette fiche regroupe les 4 théorèmes incontournables, les 3 démonstrations à savoir refaire et les pièges relevés dans les rapports de jury.
Prérequis
- Dérivation des fonctions numériques (Leibniz, composée) — 1re année
- Espaces vectoriels normés de dimension finie, équivalence des normes
- Produit scalaire, produit vectoriel, déterminant dans ℝ² et ℝ³
Dériver un vecteur, c'est dériver ses coordonnées — mais les règles bilinéaires piègent. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font manipuler produit scalaire, produit vectoriel et longueur d'arc jusqu'à l'automatisme, avec les réflexes de la mécanique du point.
Trouver un mentor MP →1. Dérivation des fonctions vectorielles
Soit un espace vectoriel normé de dimension finie, un intervalle et . On dit que est dérivable en si le taux d'accroissement admet une limite dans :
Ce vecteur est la dérivée (ou vecteur dérivé) de en . Si est dérivable en tout point de , est la fonction dérivée. La notion ne dépend pas de la norme choisie (elles sont toutes équivalentes en dimension finie).
est de classe si elle est dérivable et si est continue. Par récurrence, est de classe () si est dérivable et est de classe ; elle est de classe si elle est pour tout . On note la dérivée -ième.
Soit une base de , et la décomposition de (les sont les fonctions coordonnées). Alors :
Autrement dit : on dérive composante par composante. Idem pour la classe . Tout le calcul différentiel vectoriel se ramène au cas scalaire.
Démonstration (linéarité des projections)
Le taux d'accroissement se décompose dans la base : .
(⇐) Si chaque est dérivable en , chaque coordonnée du taux tend vers . Comme la convergence dans un espace de dimension finie équivaut à la convergence coordonnée par coordonnée (base fixée), le taux converge vers , qui est donc .
(⇒) Réciproquement, si est dérivable, chaque application coordonnée (-ème composante) est linéaire donc continue en dimension finie ; par composition, est dérivable et . Les deux sens sont établis.
Soient dérivables et . Alors :
- Linéarité : .
- Produit scalaire : .
- Produit vectoriel (dans ) : (l'ordre compte, le produit vectoriel n'est pas commutatif).
- Composée : si est dérivable, .
Plus généralement, pour toute application bilinéaire , . Le déterminant suit la même règle.
Démonstration (dérivée d'un produit scalaire)
Formons le taux d'accroissement de en écrivant l'astuce du terme intercalé :
Quand : (continuité de , qui est dérivable), et le produit scalaire est continu (bilinéaire en dimension finie). Chaque terme converge, d'où . Le même argument, avec le produit vectoriel ou le déterminant à la place du produit scalaire, donne les autres formules — l'important est la bilinéarité et sa continuité.
2. Arcs paramétrés et tangente
Un arc paramétré de classe du plan (ou de l'espace) est une application de classe , notée souvent . Le support (ou trajectoire) est l'ensemble des points . Le paramètre s'interprète physiquement comme le temps, et comme le vecteur vitesse.
Un point de paramètre est dit :
- régulier si ;
- stationnaire (ou singulier) si .
En un point régulier, l'arc admet une tangente : c'est la droite passant par et dirigée par le vecteur . Le support « ressemble » localement à cette droite.
Si est un point régulier de l'arc , alors la tangente en est dirigée par le vecteur vitesse . Une équation paramétrique de la tangente est :
En un point stationnaire (), l'étude est plus fine : on cherche le premier vecteur dérivé non nul , qui dirige alors la tangente (hors programme strict, mais utile en pratique et fréquent en oral).
3. Longueur d'un arc et abscisse curviligne
Soit un arc de classe . Sa longueur est :
L'abscisse curviligne à partir de est la fonction : elle mesure la longueur parcourue le long de l'arc. On a (vitesse scalaire, ou « célérité »). Sur un arc régulier, est strictement croissante : c'est un bon paramétrage (dit normal si ).
La longueur d'un arc ne dépend PAS du paramétrage choisi (à condition qu'il décrive le même support une seule fois). Si est un -difféomorphisme croissant et , alors :
La longueur est une grandeur géométrique, intrinsèque au support — ce qui justifie qu'on parle de « la » longueur d'une courbe.
Démonstration (changement de variable)
Par la règle de dérivation d'une composée, . Comme est croissante, , donc . Alors :
Le changement de variable (avec , et les bornes , ) donne exactement . La longueur est bien invariante. (Pour décroissante, on obtient le même résultat en inversant les bornes et le signe.)
- Paramétrer : écrire (ou avec dans l'espace) sur l'intervalle voulu.
- Vitesse : calculer , puis la norme .
- Simplifier sous la racine : c'est l'étape clé — souvent une identité trigonométrique () ou un carré parfait fait disparaître la racine.
- Intégrer : . Vérifier l'homogénéité et le signe (une longueur est positive).
La longueur d'arc, c'est 90 % de simplification sous la racine. Un mentor Majorant te fait travailler les identités qui font tomber la racine (cardioïde, astroïde, chaînette) — le réflexe qui débloque tous les calculs de longueur au concours.
Réserver une séance ciblée →4. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Le calcul différentiel vectoriel est mécanique mais piège sur les règles bilinéaires et la géométrie. Relevé des rapports (Centrale, Mines-Ponts, CCINP) :
5. Pour aller plus loin
Le calcul vectoriel et les arcs paramétrés irriguent toute la physique et la géométrie :
- Mécanique du point — vitesse , accélération , moment cinétique : la cinématique EST du calcul vectoriel.
- Repère de Frenet et courbure — le vecteur tangent unitaire, la normale, la courbure (approfondissement PC/PSI et géométrie différentielle).
- Intégrales curvilignes — circulation d'un champ le long d'un arc, en analyse vectorielle et électromagnétisme.
- Équations différentielles — les trajectoires solutions de systèmes différentiels sont des arcs paramétrés (portraits de phase).
Le calcul vectoriel est le pont entre les maths et la mécanique. Nos stages intensifs vacances (1 semaine, 25h) consolident dérivation vectorielle, arcs et cinématique avec exos type concours — encadrés par des alumni X-ENS, Centrale et Mines.
Voir les stages MP →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir la dérivée d'une fonction vectorielle (limite du taux) ?
- Sais-tu que l'on dérive composante par composante dans une base ?
- Sais-tu le démontrer (linéarité des projections, dimension finie) ?
- Sais-tu les règles de dérivation : produit scalaire, produit vectoriel, déterminant ?
- Sais-tu démontrer (f·g)' = f'·g + f·g' (terme intercalé) ?
- Sais-tu que l'ordre compte dans (f ∧ g)' à cause de l'anticommutativité ?
- Sais-tu que ||f|| constante ⟹ f' ⊥ f ?
- Sais-tu distinguer point régulier (f' ≠ 0) et stationnaire (f' = 0) ?
- Sais-tu qu'en un point régulier la tangente est dirigée par f'(t₀) ?
- Sais-tu écrire la longueur L = ∫ ||f'(t)|| dt et l'abscisse curviligne ?
- Sais-tu démontrer l'invariance de la longueur par changement de paramétrage ?
- Sais-tu simplifier sous la racine (cycloïde : arche de longueur 8) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Dérivation composante par composante — linéarité des projections, dimension finie
- Dérivée d'un produit scalaire — terme intercalé, continuité bilinéaire
- Invariance de la longueur — changement de variable t = φ(u)