Vue d'ensemble
Une loi de probabilité, c'est beaucoup d'information — souvent trop. On la résume par quelques nombres CLÉS : l'espérance , la valeur moyenne autour de laquelle la variable fluctue, et la variance , qui mesure la DISPERSION. Deux outils rendent leur calcul redoutable : la linéarité de l'espérance (vraie même sans indépendance !) et la formule de König-Huygens . Ces moments permettent de CONTRÔLER les fluctuations via les inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev, socle de la loi des grands nombres. Enfin, la fonction génératrice encode toute la loi dans une série entière et transforme les sommes de variables indépendantes en produits. Ce chapitre couronne les probabilités de MP. Cette fiche regroupe les 3 théorèmes incontournables, les 2 démonstrations à savoir refaire et les pièges relevés dans les rapports de jury.
Prérequis
- Variables aléatoires discrètes, lois usuelles, indépendance
- Séries numériques (absolue convergence), séries entières
- Espaces probabilisés, système complet d'événements
La linéarité de l'espérance est l'arme secrète des problèmes de probabilités. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font manier espérance, variance et fonctions génératrices avec virtuosité — les outils qui transforment un calcul « impossible » en quelques lignes au concours.
Trouver un mentor MP →1. Espérance et variance
L'espérance d'une variable aléatoire discrète à valeurs dans est, SOUS RÉSERVE D'EXISTENCE (convergence absolue) :
pourvu que . C'est la valeur moyenne de , le « centre de gravité » de la loi. Une variable est dite centrée si .
Pour une fonction , l'espérance de se calcule SANS déterminer la loi de , par le théorème de transfert :
Le moment d'ordre est (cas ). Le moment d'ordre , , sert à calculer la variance.
La variance mesure la dispersion autour de la moyenne :
, l'écart-type, a la même dimension que . Une variance nulle signifie que est presque sûrement constante. Une variable est réduite si .
Pour toutes variables admettant une espérance et tous réels :
Propriété FONDAMENTALE : elle ne requiert PAS l'indépendance de et . C'est ce qui rend l'espérance si maniable (décomposer une variable compliquée en somme de variables simples).
Démonstration (théorème de transfert sur le couple)
Appliquons le théorème de transfert à la fonction du couple , de loi conjointe :
Séparons la somme et factorisons : où l'on a utilisé les lois MARGINALES (et de même pour ). Aucune hypothèse d'indépendance n'a été nécessaire. CQFD.
La variance se calcule (presque toujours) via :
Démonstration (développement + linéarité)
Partons de la définition et développons le carré, en notant (une CONSTANTE) :
Par linéarité de l'espérance (et ) : CQFD. C'est la formule à utiliser en pratique : calculer et , puis soustraire. (On en déduit aussi , puisque .)
2. Inégalités et fonctions génératrices
Deux inégalités de concentration majeures :
- Markov : si admet une espérance, pour tout , .
- Bienaymé-Tchebychev : si admet une variance, pour tout ,
Bienaymé-Tchebychev borne la probabilité de « s'écarter beaucoup de la moyenne » par la variance : peu de dispersion ⟹ forte concentration. C'est la clé de la loi faible des grands nombres (la moyenne empirique converge en probabilité vers l'espérance).
La covariance de deux variables mesure leur liaison :
Si sont indépendantes, alors , donc (la réciproque est FAUSSE). D'où pour des variables indépendantes.
Pour à valeurs dans , la fonction génératrice est la série entière :
Elle caractérise la loi (les sont les coefficients). Propriétés clés : , , et pour indépendantes, (les sommes deviennent des PRODUITS — l'outil pour identifier la loi d'une somme).
- Décomposer si possible : écrire comme somme () et utiliser la LINÉARITÉ de l'espérance (sans se soucier de l'indépendance).
- Espérance : ou via la décomposition.
- Variance : calculer (transfert), puis König-Huygens . Pour une somme INDÉPENDANTE, .
- Fonction génératrice : pour une somme de variables indépendantes, multiplier les et identifier la loi obtenue.
— Bernoulli : , .
— Binomiale : , (somme de Bernoulli indépendantes → espérances et variances s'ajoutent).
— Géométrique : , .
— Poisson : , (espérance ET variance égales — signature de Poisson).
Linéarité, König-Huygens, fonctions génératrices : le trio qui calcule tout. Un mentor Majorant te fait retrouver les espérances et variances des lois usuelles et manier les inégalités de concentration — la maîtrise attendue sur les sujets de probabilités du concours.
Réserver une séance ciblée →3. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
L'espérance et la variance récompensent la rigueur sur la linéarité et l'indépendance. Relevé des rapports (Centrale, Mines-Ponts, CCINP) :
4. Pour aller plus loin
Espérance, variance et fonctions génératrices couronnent les probabilités de MP et ouvrent sur la suite :
- Loi des grands nombres — la moyenne empirique converge vers l'espérance (Bienaymé-Tchebychev en donne une preuve).
- Théorème central limite — les fluctuations normalisées tendent vers une loi normale (post-bac, mais culture essentielle).
- Variables à densité — l'espérance devient une intégrale ; mêmes concepts, cadre continu.
- Statistiques et estimation — moyenne, variance empiriques, intervalles de confiance : la statistique inférentielle repose sur ces moments.
Les moments et les fonctions génératrices closent le programme de probabilités de MP. Nos stages intensifs vacances (1 semaine, 25h) enchaînent espérance, variance, inégalités et théorèmes limites avec exos type concours — encadrés par des alumni X-ENS, Centrale et Mines.
Voir les stages MP →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir l'espérance E(X) = Σ x P(X=x) et sa condition d'existence ?
- Connais-tu le théorème de transfert E(g(X)) = Σ g(x) P(X=x) ?
- Sais-tu définir la variance V(X) = E((X−E(X))²) et l'écart-type ?
- Sais-tu démontrer la linéarité E(aX+bY) = aE(X)+bE(Y) (sans indépendance) ?
- Sais-tu démontrer König-Huygens V(X) = E(X²) − E(X)² ?
- Sais-tu que V(aX+b) = a²V(X) (variance non linéaire) ?
- Connais-tu les inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev ?
- Sais-tu que Cov(X,Y) = E(XY) − E(X)E(Y), nulle si indépendantes ?
- Sais-tu que covariance nulle n'implique PAS l'indépendance ?
- Sais-tu définir la fonction génératrice G_X(t) = E(t^X) et que E(X) = G'(1) ?
- Sais-tu que G_{X+Y} = G_X·G_Y pour X, Y indépendantes ?
- Connais-tu E et V des lois usuelles (Poisson : E = V = λ) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Linéarité de l'espérance — transfert sur le couple, lois marginales
- Formule de König-Huygens — développement de (X−E(X))², linéarité