Vue d'ensemble
Le premier chapitre de thermodynamique en MPSI pose tout le vocabulaire : système thermodynamique, grandeurs intensives et extensives, équilibre thermodynamique, équations d'état et modèle microscopique du gaz parfait. C'est court à lire mais piégeant en colle : confondre « intensif » et « extensif » ou écrire au lieu de coûte des points partout, en DS comme aux concours. Cette fiche regroupe les 7 définitions structurantes, les 5 théorèmes / lois incontournables et les 3 démonstrations à savoir refaire (pression cinétique, énergie cinétique moyenne, relation de Mayer).
Prérequis
- Notion de mole, nombre d'Avogadro mol⁻¹
- Constante des gaz parfaits J·K⁻¹·mol⁻¹ et constante de Boltzmann
- Mécanique du point : énergie cinétique , quantité de mouvement
- Notion de moyenne d'une grandeur et de moyenne quadratique
La thermo MPSI t'a déjà perdu en classe ? C'est le chapitre qui paraît « facile » jusqu'au premier DS — puis les notes plongent. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines reprennent avec toi les fondations (intensif/extensif, équilibre, équations d'état) avant que la thermo de spé ne s'empile dessus.
Trouver un mentor MPSI →1. Système thermodynamique et équilibre
Un système thermodynamique est une portion d'espace, délimitée par une surface réelle ou fictive, contenant un grand nombre de particules (). Tout ce qui est extérieur à constitue le milieu extérieur. Selon les échanges autorisés à travers la frontière, on distingue trois types :
- Système isolé : aucun échange (ni matière, ni énergie).
- Système fermé : pas d'échange de matière, mais échanges d'énergie possibles (chaleur, travail).
- Système ouvert : échanges de matière et d'énergie.
Une variable d'état est une grandeur macroscopique qui caractérise l'état d'équilibre de (T, P, V, N, U, S, …). L'état d'équilibre est entièrement défini par un petit nombre de variables — typiquement deux pour un fluide simple, par exemple ou .
- Une grandeur est extensive si elle est proportionnelle à la quantité de matière du système : doubler le système (à conditions intensives égales) double la grandeur. Exemples : volume , quantité de matière , énergie interne , entropie , masse , nombre de particules .
- Une grandeur est intensive si elle est indépendante de la taille du système. Exemples : température , pression , potentiel chimique , masse volumique , concentration.
Règle de fabrication : le rapport de deux grandeurs extensives donne en général une grandeur intensive (, , ).
Un système est en équilibre thermodynamique lorsque ses variables d'état ne dépendent ni du temps ni de la position dans . Cet équilibre regroupe trois équilibres simultanés :
- Équilibre mécanique : pression uniforme dans et égale à celle du milieu extérieur (en l'absence de parois rigides).
- Équilibre thermique : température uniforme dans et égale à celle du milieu extérieur (en l'absence de parois adiabatiques).
- Équilibre chimique : composition uniforme et stable, pas de réaction nette en cours ; les potentiels chimiques des espèces sont uniformes.
2. Température et pression — interprétation microscopique
La température (en kelvin) d'un gaz à l'équilibre est la mesure macroscopique du degré d'agitation thermique des particules. Plus précisément, pour un gaz monoatomique, l'énergie cinétique moyenne de translation d'une particule vaut :
avec J·K⁻¹ la constante de Boltzmann. Cette relation définit la température thermodynamique à partir d'une grandeur microscopique.
Pour un gaz parfait monoatomique à la température , l'énergie cinétique moyenne de translation d'une particule vaut . C'est le théorème d'équipartition appliqué aux trois degrés de liberté de translation (un demi par degré de liberté quadratique).
Démonstration (équipartition + isotropie)
Considérons particules identiques de masse dans un volume , à l'équilibre thermodynamique. On note la vitesse de la -ième particule. La moyenne sur l'ensemble des particules d'une grandeur est notée .
Étape 1 — isotropie. À l'équilibre, aucune direction de l'espace n'est privilégiée : la distribution des vitesses est isotrope, donc :
Étape 2 — vitesse quadratique moyenne. La vitesse quadratique moyenne est définie par . Par isotropie :
Étape 3 — équipartition. Le théorème d'équipartition de l'énergie affirme qu'à l'équilibre, chaque degré de liberté quadratique de l'énergie contribue en moyenne pour . Or l'énergie cinétique de translation possède trois degrés de liberté quadratiques (un par direction). Donc :
Étape 4 — vitesse quadratique moyenne en fonction de T. On en tire , soit :
avec la masse molaire. C'est la vitesse quadratique moyenne d'agitation thermique — à K et pour le diazote ( g·mol⁻¹), on trouve m·s⁻¹, ordre de grandeur de la vitesse du son.
La pression qu'un gaz exerce sur une paroi est la force surfacique normale moyenne due aux chocs élastiques incessants des particules sur cette paroi :
Microscopiquement, pour un gaz parfait de densité particulaire , de masse moléculaire et de vitesse quadratique moyenne , la pression cinétique vaut :
Unité SI : le pascal, Pa N·m⁻². Pression atmosphérique standard atm Pa.
Pour un gaz parfait monoatomique à l'équilibre, la pression exercée sur la paroi vaut , où est la densité particulaire, la masse d'une particule et la vitesse quadratique moyenne.
Démonstration (modèle des chocs avec la paroi)
On considère un gaz parfait de particules de masse dans un récipient de volume , à l'équilibre thermique. La densité particulaire est . On veut calculer la force moyenne exercée sur une paroi d'aire , perpendiculaire à l'axe .
Étape 1 — modèle simplifié à 6 directions. Pour simplifier, on suppose que toutes les particules ont la même vitesse de module (la vitesse quadratique moyenne) et se répartissent également selon les 6 directions — ce qui est cohérent avec l'isotropie. Donc des particules se dirigent vers la paroi avec une vitesse .
Étape 2 — nombre de chocs pendant . Pendant un temps , les particules allant vers à vitesse qui atteignent la paroi sont celles situées dans le cylindre de base et de hauteur , volume . Leur nombre vaut :
Étape 3 — quantité de mouvement transférée par choc. Le choc avec la paroi est élastique : la composante change de signe (de à ), donc la particule perd une quantité de mouvement . Par réaction, la paroi reçoit par choc.
Étape 4 — force moyenne et pression. La quantité de mouvement totale transférée à la paroi pendant vaut :
Par le principe fondamental de la dynamique, la force moyenne sur la paroi est , donc la pression :
Étape 5 — cohérence avec PV = nRT. En combinant avec , soit , on obtient , c'est-à-dire — on retrouve l'équation d'état du gaz parfait.
3. Équations d'état
Une équation d'état est une relation liant les variables d'état d'un système à l'équilibre. Pour un fluide simple, elle se met sous la forme ou et fixe la troisième variable une fois les deux autres choisies.
3.1 — Gaz parfait
Pour un gaz parfait (particules ponctuelles sans interaction autre que les chocs), à moles, volume , température , pression :
avec J·K⁻¹·mol⁻¹ et . Le modèle est valable quand la densité est faible (, ) — typiquement l'air dans des conditions ordinaires ( bar, K) est très bien décrit par le modèle GP.
3.2 — Gaz de van der Waals
Pour un gaz réel à densité modérée, J. van der Waals (1873) corrige le modèle GP en tenant compte de deux effets microscopiques :
- Le volume propre des particules : le volume effectivement disponible n'est plus mais , où (covolume, m³·mol⁻¹) modélise le volume exclu par mole.
- Les interactions attractives entre particules : elles réduisent la pression effective sur la paroi par un terme correctif , avec en Pa·m⁶·mol⁻².
L'équation d'état s'écrit :
Pour , on retrouve : le modèle GP est la limite « dilué » du modèle de van der Waals.
3.3 — Phase condensée incompressible
Pour un liquide ou un solide à l'équilibre, les particules sont en contact et fortement liées : le volume varie très peu avec la pression ou la température. On adopte donc en MPSI le modèle incompressible et indilatable :
L'équation d'état n'est plus une relation à trois variables : est imposé, restent indépendants. C'est une approximation excellente pour l'eau liquide autour de K ( varie de moins de entre et °C).
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Réserver une séance ciblée →4. Capacités thermiques et relation de Mayer
Pour toute grandeur extensive (volume, énergie, entropie…), la grandeur molaire associée est , où est la quantité de matière en moles. est intensive (indépendante de la taille du système). On note souvent .
Soit l'énergie interne et l'enthalpie d'un système à moles. Les capacités thermiques sont définies par :
- À volume constant : — quantifie l'énergie nécessaire pour élever de K la température à volume figé.
- À pression constante : — quantifie l'énergie nécessaire pour élever de K la température à pression figée.
Unités : J·K⁻¹. On note aussi et (en J·K⁻¹·mol⁻¹), ainsi que les capacités massiques et (en J·K⁻¹·kg⁻¹).
Pour un gaz parfait à moles, les capacités thermiques vérifient :
Démonstration (à partir de H = U + PV)
On part de la définition de l'enthalpie . Pour un gaz parfait, l'équation d'état donne , donc :
Étape 1 — différencier par rapport à T. Pour un gaz parfait, la première loi de Joule donne , donc (les deux dépendent uniquement de , à fixé). Différentions par rapport à à constant :
Étape 2 — identifier C_p et C_v. Par définition, (pour un GP, pas de dépendance en ) et (idem, pas de dépendance en ). Donc :
Étape 3 — version molaire. En divisant par , on obtient la relation de Mayer molaire . Comme , on a toujours — ce qui est physique : à pression constante, chauffer le gaz fait travailler la pression extérieure (le gaz se dilate), donc il faut fournir plus d'énergie que pour le même à volume constant.
Le rapport des capacités thermiques est :
C'est une grandeur sans dimension, toujours . Combinée à Mayer, elle permet d'exprimer :
- Gaz monoatomique (He, Ne, Ar) : 3 degrés de liberté de translation, donc , soit , , .
- Gaz diatomique à T ambiante (N₂, O₂, H₂, air) : 3 translations + 2 rotations, donc , , , .
- Gaz polyatomique non linéaire : 3 translations + 3 rotations, plus proche de .
- Identifier le gaz et lire ou dans l'énoncé. Si seul est donné : et .
- Pour : utiliser — vrai pour toute transformation de GP, isochore ou non.
- Pour : utiliser — vrai pour toute transformation de GP.
- Identifier et . Souvent via si l'on connaît et .
- Vérifier le signe : (chauffe), (refroidit). C'est ton sanity-check ultime avant de poser une formule plus compliquée.
5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves comportant de la thermodynamique. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
6. Pour aller plus loin
Ce chapitre est le socle de toute la thermodynamique MPSI puis spé. Voici comment les notions introduites ici sont réinvesties dans la suite du programme :
- Premier principe de la thermodynamique — Bilan d'énergie sur un système fermé : la définition de et la première loi de Joule sont utilisées pour calculer pour tout type de transformation d'un GP.
- Deuxième principe et entropie — La notion de grandeur extensive (l'entropie ) et de grandeur intensive (la température comme paramètre d'équilibre thermique) sont fondamentales pour formuler le deuxième principe.
- Machines thermiques — Les bilans énergétiques sur cycles (moteur, frigo, pompe à chaleur) utilisent les expressions de et pour le GP, qui découlent de Mayer et de la définition de .
- Changements d'état — Les modèles de phase condensée incompressible et de gaz parfait, croisés via l'enthalpie, donnent l'enthalpie massique de vaporisation à connaître.
- Diffusion thermique (spé) — Le coefficient de diffusion thermique fait apparaître la capacité thermique massique directement issue de ce chapitre.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu distinguer système isolé, fermé, ouvert avec un exemple concret de chacun ?
- Sais-tu lister grandeurs extensives (V, n, U, S, m, N) vs intensives (T, P, μ, ρ, c) et expliquer le test mental « si je double le système » ?
- Sais-tu énoncer les trois équilibres simultanés (mécanique, thermique, chimique) qui composent l'équilibre thermodynamique ?
- Sais-tu écrire et en déduire ?
- Sais-tu démontrer la formule de la pression cinétique par le modèle des chocs à 6 directions ?
- Sais-tu écrire sans hésitation, avec les unités correctes (T en kelvin !) ?
- Connais-tu l'équation de van der Waals et le sens des constantes a et b ?
- Sais-tu pourquoi le modèle de phase condensée incompressible donne ?
- Sais-tu démontrer la relation de Mayer à partir de et de la première loi de Joule ?
- Connais-tu par cœur (monoatomique), (diatomique à T ambiante), et la formule ?
- Sais-tu écrire et pour un GP, valable pour toute transformation ?
Démonstrations à savoir refaire
- Énergie cinétique moyenne — équipartition + isotropie sur les 3 degrés de translation
- Formule de la pression cinétique — modèle des chocs à 6 directions, transfert de quantité de mouvement par choc
- Relation de Mayer — différencier par rapport à T et identifier les capacités