Vue d'ensemble
L'optique géométrique est le premier chapitre d'optique de MPSI : on y oublie la nature ondulatoire de la lumière pour la décrire par des rayons lumineux, modèle élémentaire mais redoutablement efficace pour comprendre images, lentilles, miroirs, prismes et instruments d'optique. Cette fiche regroupe les 4 lois fondamentales (retour inverse, Fermat, Snell-Descartes réflexion et réfraction), les 3 démonstrations à savoir refaire, et les pièges qui font perdre des points en colle comme en DS.
Prérequis
- Trigonométrie de base : , , , valeurs remarquables sur
- Vitesse de la lumière dans le vide
- Notion de symétrie par rapport à un plan (géométrie de seconde)
L'optique te paraît « facile » mais tu perds des points bêtes en DS ? C'est le piège classique : les concepts sont simples mais les conventions de signes, les angles orientés et la construction de Descartes piègent 1 élève sur 2. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font les automatismes en 2 séances ciblées, à partir de tes propres copies.
Trouver un mentor MPSI →1. Sources lumineuses et modèle du rayon lumineux
1.1 — Classification des sources
Une source ponctuelle est une source idéale réduite à un point géométrique. Tout point d'où semble émaner la lumière (étoile vue à très grande distance, filament très fin) peut être modélisé ainsi. C'est l'objet de référence en optique géométrique : tout objet réel est traité comme une collection de sources ponctuelles.
- Une source étendue occupe une portion non négligeable de l'espace (filament, écran, Soleil) : on la décompose en une infinité de sources ponctuelles.
- Une source est monochromatique si elle émet une seule longueur d'onde (idéalisation ; le laser s'en approche très bien).
- Une source est polychromatique si elle émet plusieurs longueurs d'onde simultanément (Soleil, lampe à incandescence) ; la lumière blanche est polychromatique sur tout le visible .
1.2 — Le modèle du rayon lumineux
Un rayon lumineux est la trajectoire géométrique suivie par la lumière issue d'un point d'une source. C'est une idéalisation valable tant que les dimensions géométriques mises en jeu sont grandes devant la longueur d'onde (sinon la diffraction interdit ce modèle).
- Un milieu est homogène si son indice est identique en tout point ; isotrope si ses propriétés ne dépendent pas de la direction. Vide, eau pure, verre ordinaire sont homogènes et isotropes ; certains cristaux (calcite) sont anisotropes — hors-programme.
- Propagation rectiligne : dans un milieu homogène et isotrope, les rayons lumineux sont des demi-droites issues de la source.
1.3 — Indice de réfraction
L'indice de réfraction (absolu) d'un milieu transparent est le rapport , où est la célérité de la lumière dans le vide et sa vitesse de phase dans le milieu. Comme , on a toujours .
2. Principe de retour inverse et principe de Fermat
2.1 — Principe de retour inverse de la lumière
Le trajet suivi par la lumière entre deux points et est indépendant du sens de parcours. Si la lumière va de à le long d'une certaine trajectoire, alors une source placée en émettant dans la direction opposée produira un rayon qui rejoint exactement par le même trajet.
2.2 — Principe de Fermat et chemin optique
Le chemin optique parcouru par la lumière le long d'un trajet reliant deux points et , dans un milieu d'indice (éventuellement variable), est défini par :
Si le milieu est homogène d'indice constant et si le trajet a la longueur géométrique , on a simplement .
Entre deux points et , la lumière suit la trajectoire qui rend le chemin optique stationnaire (en général minimal) par rapport aux trajectoires voisines.
- Paramétrer la trajectoire candidate par une variable géométrique (position du point d'incidence, angle…).
- Écrire le chemin optique comme somme de termes .
- Dériver par rapport à la variable et annuler la dérivée : .
- Interpréter géométriquement la condition obtenue (apparition naturelle des sinus pour la réfraction, égalité des angles pour la réflexion).
3. Lois de Snell-Descartes
Un rayon arrive en sur une surface séparant deux milieux d'indices et ; soit la normale en .
- Le plan d'incidence contient le rayon incident et la normale .
- L'angle d'incidence est l'angle entre le rayon incident et la normale, mesuré dans .
3.1 — Loi de la réflexion
- Loi 1. Le rayon réfléchi appartient au plan d'incidence.
- Loi 2. L'angle de réflexion est égal à l'angle d'incidence :
Démonstration (depuis le principe de Fermat)
Plaçons-nous dans le plan d'incidence. Soit la source, un point d'observation et le point d'incidence à abscisse sur le miroir (matérialisé par l'axe horizontal). Avec les distances de au miroir et la distance entre leurs projetés, le chemin géométrique vaut . On dérive :
Annuler donne , donc (angles dans ).
3.2 — Loi de la réfraction
- Loi 1. Le rayon réfracté appartient au plan d'incidence, du côté opposé de la surface par rapport au rayon incident.
- Loi 2. Les angles (incidence) et (réfraction) sont liés par la relation :
Démonstration (depuis le principe de Fermat)
Soit dans le milieu d'indice , dans celui d'indice , et à abscisse sur le dioptre. Avec les hauteurs et la distance horizontale entre projetés, le chemin optique vaut . On dérive :
La stationnarité donne directement .
3.3 — Construction de Descartes
Tu confonds toujours « vers la normale » et « loin de la normale » ? C'est LE réflexe à ancrer en MPSI car il revient en interférences, en spectro et en prisme. En 1 séance avec un mentor Majorant alumni X-Centrale, tu fais 15 schémas annotés et l'erreur disparaît pour de bon.
Réserver une séance ciblée →4. Angle limite et réflexion totale
Lorsqu'un rayon passe d'un milieu plus dense optiquement (indice élevé) à un milieu moins dense (indice plus faible), un phénomène spectaculaire apparaît : au-delà d'un certain angle d'incidence, plus aucun rayon ne se réfracte — toute la lumière est réfléchie. C'est la réflexion totale.
4.1 — Configuration n₁ > n₂
Supposons (par exemple eau air, ou verre air). La loi de Snell-Descartes donne :
Comme , peut devenir supérieur à si est grand : il n'y a alors plus de solution réelle pour , donc plus de rayon réfracté.
L'angle limite est l'angle d'incidence au-delà duquel la réfraction est impossible. Il est défini par la condition (rayon réfracté rasant la surface) :
Lorsque la lumière passe d'un milieu d'indice à un milieu d'indice , il existe un angle limite tel que :
- Pour : il y a réfraction (et réflexion partielle).
- Pour : il n'y a plus de rayon réfracté, toute la lumière est réfléchie. C'est la réflexion totale.
L'angle limite vaut :
Démonstration
Snell-Descartes donne . Puisque , ; l'angle reste défini tant que , soit . On définit l'angle limite par (correspondant à ). Pour , l'équation n'a plus de solution réelle : il n'y a plus de rayon réfracté, toute l'énergie part dans le rayon réfléchi (qui satisfait toujours ).
5. Dioptre plan et miroir plan
5.1 — Dioptre plan
Un dioptre est une surface séparant deux milieux transparents d'indices différents. Un dioptre plan est un dioptre dont la surface est plane (interface eau-air d'une piscine, face d'une plaque de verre).
Un objet ponctuel placé à la distance d'un dioptre plan séparant un milieu d'indice (côté objet) d'un milieu d'indice (côté observateur) donne, pour un observateur regardant presque perpendiculairement au dioptre (incidence quasi normale), une image à la distance :
5.2 — Miroir plan
Un miroir plan est une surface plane parfaitement réfléchissante : tout rayon incident donne lieu à un rayon réfléchi obéissant aux lois de Snell-Descartes (réflexion), et il n'y a pas de rayon transmis.
L'image d'un point objet par un miroir plan est le symétrique de par rapport au plan du miroir. Le miroir plan est rigoureusement stigmatique : tous les rayons issus de semblent, après réflexion, provenir d'un même point .
Démonstration (par construction et symétrie)
Soit un point objet, le plan du miroir, et le symétrique de par rapport à . Considérons un rayon issu de frappant le miroir en un point quelconque, sous un angle d'incidence . Par la loi de la réflexion, le rayon réfléchi est dans le plan d'incidence, de l'autre côté de la normale, avec .
Prolongeons le rayon réfléchi vers l'arrière du miroir : par symétrie axiale (la normale au miroir en est axe de symétrie de la configuration), il rencontre la perpendiculaire au miroir issue de au point symétrique de . Ce raisonnement est valable quel que soit : tous les prolongements des rayons réfléchis passent par . Le miroir plan est donc rigoureusement stigmatique pour tout point de l'espace, et l'image est virtuelle (les rayons réfléchis ne s'y croisent qu'en prolongement, derrière le miroir).
6. Conditions de Gauss et approximation paraxiale
La quasi-totalité des systèmes optiques (lentilles, miroirs sphériques, objectifs) ne sont pas rigoureusement stigmatiques : les rayons obliques ne convergent pas exactement au même point que les rayons proches de l'axe. Pour rendre l'étude tractable, on se limite à une zone de validité où le système se comporte approximativement comme stigmatique : les conditions de Gauss.
Un rayon est dit paraxial ou « dans les conditions de Gauss » s'il satisfait simultanément :
- Il fait avec l'axe optique un petit angle ( rad, en pratique quelques degrés).
- Il rencontre les surfaces optiques au voisinage de l'axe (à distance petite devant les rayons de courbure des surfaces).
Dans les conditions de Gauss, on peut utiliser les approximations à l'ordre 1 :
La loi de Snell-Descartes devient linéaire : . Sous ces conditions, les systèmes optiques usuels (lentilles minces, miroirs sphériques) sont approximativement stigmatiques et l'image d'un objet plan perpendiculaire à l'axe est un plan perpendiculaire à l'axe (aplanétisme).
7. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves comportant de l'optique géométrique. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
8. Pour aller plus loin
Les principes posés dans cette fiche sont la fondation de tout le programme d'optique de MPSI puis de spé. Les chapitres qui les réinvestissent directement :
- Miroirs sphériques et lentilles minces — toutes les formules de conjugaison (Descartes, Newton) s'établissent en appliquant Snell-Descartes dans l'approximation paraxiale.
- Instruments d'optique (œil, lunette, microscope) — la combinaison de systèmes optiques utilise systématiquement les conditions de Gauss et la notion d'image-objet conjugués.
- Interférences et diffraction (2e année) — la nature ondulatoire de la lumière rend le modèle du rayon lumineux insuffisant ; on retrouve néanmoins le principe de Fermat sous sa forme variationnelle (eikonale).
- Spectroscopie et prisme — le phénomène de dispersion devient central pour comprendre la décomposition spectrale.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir l'indice de réfraction et donner les valeurs pour l'air, l'eau, le verre crown et le diamant ?
- Sais-tu énoncer les hypothèses « milieu homogène et isotrope » et expliquer leur rôle dans la propagation rectiligne ?
- Sais-tu définir le chemin optique et expliquer son lien avec le temps de parcours ?
- Sais-tu énoncer le principe de Fermat (stationnarité du chemin optique) ?
- Sais-tu énoncer les deux lois de Snell-Descartes (réflexion et réfraction) sans hésiter sur les indices ?
- Sais-tu retrouver (réflexion) et (réfraction) à partir de Fermat ?
- Sais-tu énoncer la condition d'apparition de la réflexion totale et donner ?
- Sais-tu expliquer pourquoi la réflexion totale n'existe que dans le sens ?
- Sais-tu démontrer que l'image par un miroir plan est le symétrique du point objet ?
- Sais-tu énoncer les conditions de Gauss et les approximations , ?
- Sais-tu expliquer pourquoi le dioptre plan donne (effet « piscine moins profonde ») ?
- Sais-tu citer le principe physique d'une fibre optique (réflexion totale cœur/gaine) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Loi de la réflexion depuis Fermat — paramétrer l'abscisse du point d'incidence et annuler
- Loi de la réfraction depuis Fermat — même schéma avec deux indices, on retrouve
- Angle limite de réflexion totale — condition appliquée à Snell-Descartes
- Image par un miroir plan — symétrie axiale et stigmatisme rigoureux