Vue d'ensemble
Après le chapitre « lois de Snell-Descartes », on quitte le rayon isolé pour s'intéresser à ce que fait un système optique d'un objet à partir de tous les rayons qui en sortent : il en forme — ou pas — une image. Cette fiche centralise les 3 démonstrations à savoir refaire (conjugaison du dioptre sphérique, grandissement transversal par Thalès, stigmatisme rigoureux du miroir plan), les 8 théorèmes/propositions fondamentaux et les pièges qui font perdre des points en DS et en colle.
Prérequis
- Lois de Snell-Descartes : réflexion (), réfraction ()
- Convention algébrique d'orientation des distances sur un axe
- Trigonométrie élémentaire et développements limités pour petit (en radian)
- Notion de similitude / théorème de Thalès (pour les calculs de grandissement)
Tu confonds objet réel / image virtuelle et tu te trompes de signe sur ? C'est l'erreur n°1 de MPSI sur ce chapitre — un signe perdu fait basculer toute la copie. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines remettent en place les conventions algébriques en 1 séance, avec des constructions au tableau et des exercices type concours.
Trouver un mentor MPSI →1. Système centré, objet, image
Un système optique centré est une succession de dioptres et/ou miroirs présentant une symétrie de révolution autour d'une droite appelée axe optique (noté Δ). Sur les schémas, l'axe est orienté dans le sens de propagation de la lumière, traditionnellement de la gauche vers la droite.
- Un point-objet est l'origine des rayons incidents qui entrent dans le système. Il est réel si les rayons divergent effectivement de ( est en amont du système), virtuel si les rayons incidents convergeraient vers en aval du système s'il n'était pas là ( est « derrière » l'entrée).
- Un point-image est le point de concours des rayons émergents. est réel si les rayons émergents convergent effectivement vers (en aval), virtuel si leurs prolongements en amont concourent en (l'image est « avant » la sortie).
On dit que est le conjugué de par le système optique , et on note , lorsque est l'image de par . La relation est réversible (principe de retour inverse de la lumière) : si on inverse le sens de propagation, devient l'image de .
2. Stigmatisme et aplanétisme
Un système optique est dit rigoureusement stigmatique pour le couple si tous les rayons issus de émergent en passant par (ou par son prolongement pour une image virtuelle). Autrement dit, l'image d'un point-objet est un point unique , pas une tache.
Le miroir plan est rigoureusement stigmatique pour tout point de l'espace. L'image d'un point-objet est son symétrique par rapport au plan du miroir. Un objet réel donne une image virtuelle (et inversement).
Démonstration (géométrie élémentaire + loi de Descartes)
Soit un point-objet et le plan du miroir. Soit le symétrique de par rapport à . On veut montrer que tout rayon issu de qui frappe en un point émerge selon une direction passant par .
En , la normale est perpendiculaire au plan . Notons le pied de la perpendiculaire de sur , de sorte que est le symétrique de par rapport à (et ). L'angle d'incidence est défini par . Par symétrie de et par rapport à , le triangle est l'image du triangle par cette symétrie ; donc . La loi de la réflexion (, même côté de la normale) implique que le rayon réfléchi en fait avec la normale le même angle que le rayon incident, et de l'autre côté de la normale dans le plan d'incidence.
Par construction, la droite fait avec la normale (perpendiculaire à ) le même angle que la droite , et du côté opposé : c'est exactement la direction du rayon réfléchi. Ainsi le rayon émergent passe par , et ceci pour tout rayon incident issu de . Comme était quelconque, le miroir plan est rigoureusement stigmatique pour tout point — c'est l'unique système optique non trivial à le vérifier pour tout l'espace.
Un système est approximativement stigmatique pour si les rayons issus de émergent en passant au voisinage de : ils forment dans le plan image une tache de dimension acceptable (typiquement inférieure à la résolution du détecteur utilisé — œil, capteur, plaque photo).
Un système est aplanétique pour le plan perpendiculaire à l'axe en si tout point de admet une image (au moins approchée) dans le plan perpendiculaire à l'axe en . Autrement dit, l'image d'un petit objet plan orthogonal à l'axe est elle-même un petit objet plan orthogonal à l'axe.
3. Conditions de Gauss (approximation paraxiale)
Un système centré est utilisé dans les conditions de Gauss (ou approximation paraxiale) lorsque les rayons considérés sont paraxiaux, c'est-à-dire :
- (i) Peu inclinés par rapport à l'axe optique (les angles que les rayons font avec Δ sont petits : et ).
- (ii) Peu écartés de l'axe (les points d'incidence sur les dioptres sont proches de l'axe : on travaille au premier ordre en , où est la hauteur d'incidence et le rayon de courbure).
Dans les conditions de Gauss, tout système optique centré est :
- approximativement stigmatique pour tout point de l'espace,
- approximativement aplanétique pour tout plan perpendiculaire à l'axe.
C'est la raison d'être de l'approximation paraxiale : elle « régularise » d'un coup tous les défauts géométriques (aberrations sphériques, coma, etc.) et permet de traiter le système comme un instrument idéal, avec des formules linéaires.
- Diaphragmer : on place un trou (diaphragme d'ouverture) qui ne laisse passer que les rayons proches de l'axe — on coupe les rayons trop écartés.
- Limiter l'inclinaison des rayons utiles (par exemple en éloignant l'objet de l'axe ou en utilisant un objet de petite taille angulaire).
- Conception : optiquement, on combine des dioptres pour compenser les aberrations résiduelles — c'est l'art du concepteur d'objectif photo.
4. Foyers, plan focal, vergence
Le foyer image d'un système centré est l'image d'un point-objet situé sur l'axe à l'infini ( sur Δ). Géométriquement : tout faisceau de rayons parallèles à l'axe, incident sur le système, émerge en convergeant en (image réelle) ou en semblant diverger de (image virtuelle).
Le foyer objet est le point-objet sur l'axe dont l'image se trouve à l'infini sur l'axe (). Tout rayon issu de , après passage dans le système, émerge parallèlement à l'axe optique.
Le plan focal image est le plan perpendiculaire à l'axe en . C'est le lieu des images des objets situés à l'infini dans une direction quelconque (faisant un petit angle avec l'axe). De même, le plan focal objet est le plan perpendiculaire à l'axe en : c'est le lieu des points-objet dont l'image est à l'infini.
La distance focale image est la mesure algébrique , où est un point de référence du système (centre optique d'une lentille mince, sommet d'un miroir, etc.). La distance focale objet est . Pour un système à entrée et sortie dans le même milieu (typiquement une lentille mince dans l'air), .
La vergence du système est :
Une vergence positive (, donc ) caractérise un système convergent ; négative, un système divergent.
5. Grandissement transversal et grandissement axial
Soit un petit objet plan, sur l'axe et dans le plan perpendiculaire à l'axe en . Soit son image (aplanétisme : dans le plan perpendiculaire à l'axe en ). On définit le grandissement transversal :
C'est une grandeur algébrique :
- : image dans le même sens que l'objet (image droite),
- : image renversée,
- : image agrandie ; : image réduite.
Pour un système centré utilisé dans les conditions de Gauss, possédant un point caractéristique (centre optique d'une lentille mince, sommet d'un miroir sphérique, centre d'un dioptre…) à travers lequel un rayon passe sans déviation, on a :
La preuve repose sur un triangle semblable / théorème de Thalès appliqué au rayon non dévié.
Démonstration (cas de la lentille mince — Thalès sur le rayon passant par le centre)
On considère une lentille mince de centre optique . Soit un petit objet avec sur l'axe et hors axe à la hauteur . Son image est , avec sur l'axe et à la hauteur (aplanétisme dans les conditions de Gauss).
Parmi les rayons issus de , le rayon qui passe par le centre optique n'est pas dévié (propriété caractéristique de la lentille mince). Ce rayon entre dans la lentille en faisant un angle avec l'axe ; il en ressort avec exactement le même angle . Comme l'image est sur ce rayon prolongé, on a la configuration :
Triangle : rectangle en , avec (en algébrique, dans les conventions correctement choisies pour l'orientation des hauteurs). Triangle : rectangle en , avec le même angle (rayon non dévié), donc .
En égalant les deux expressions de :
L'algébrisation porte les signes : si et sont du même côté de (objet et image virtuelle, par exemple loupe), et sont de même signe, donc (image droite). S'ils sont de part et d'autre (image réelle d'un objet réel), (image renversée). Le calcul de Thalès encode à lui seul le sens et l'amplitude du grandissement.
Si l'objet est un petit segment porté par l'axe ( sur Δ, de longueur petite), son image est aussi sur l'axe (le système est centré). On définit le grandissement axial :
Pour un système centré quelconque dans les conditions de Gauss, on a la relation remarquable où est le grandissement transversal aux points . Au voisinage d'un point conjugué — l'image d'un cube se déforme donc en parallélépipède très allongé (effet « zoom » axial).
6. Formules de conjugaison (Descartes et Newton)
Pour un système optique centré utilisé dans les conditions de Gauss, possédant des foyers et (et un point caractéristique — centre, sommet…), la relation de conjugaison reliant les positions algébriques de l'objet et de son image prend la forme :
L'idée commune : la conjugaison est une relation linéaire en et (homographique), de coefficients dépendant de la géométrie du système.
Soit un dioptre sphérique de sommet , de centre , séparant deux milieux d'indices (côté objet) et (côté image). Dans les conditions de Gauss, on a la formule de conjugaison :
Démonstration (Snell-Descartes paraxial + relations dans les triangles)
Soit un rayon issu de sur l'axe, qui frappe le dioptre en à la hauteur (petite, Gauss). Notons (angle au sommet en ), (angle au centre), et (angle au sommet en ). L'angle d'incidence sur la normale (qui est ) et l'angle réfracté vérifient Snell-Descartes : , qui devient en Gauss (sinus angle).
Géométrie : l'angle externe du triangle en vaut , donc . De même, l'angle externe du triangle en vaut , mais avec la convention de sens, (ou l'inverse selon l'orientation : on tient les signes propres dans les conventions algébriques classiques). Snell paraxial donne :
Expressions des angles en fonction de (toujours en Gauss, où ) :
(Les signes algébriques de ces rapports découlent de l'orientation : au-dessus de l'axe ; pour un objet réel placé en amont de , etc.) Substituant et divisant par :
Le signe relatif des deux termes du membre de gauche dépend des conventions exactes choisies (orientations algébriques de et de , souvent opposées). Le résultat usuel, dans la convention standard où l'axe est orienté dans le sens de propagation et où pour un objet réel, s'écrit :
Remarque pédagogique. Le point clé est que l'angle d'incidence et l'angle de réfraction se sont éliminés au profit des seules positions des points conjugués et du rayon de courbure. C'est ce qu'on cherche dans toute formule de conjugaison : éliminer la géométrie du rayon particulier pour ne garder que les positions.
La démo du dioptre sphérique est LA démo qui fait peur en MPSI Physique. Snell-Descartes paraxial + triangles + signes algébriques : il y a 3 sources d'erreurs en cascade. En 1 séance avec un mentor Majorant alumni X-Centrale-Mines, tu la maîtrises au tableau, sans confusion sur les signes.
Réserver une séance ciblée →Pour un système centré dans les conditions de Gauss, en utilisant comme origines des distances les foyers et , on a :
Et le grandissement s'écrit :
Ces formules sont équivalentes à celles de Descartes, juste avec un changement d'origine. Elles sont commodes quand l'énoncé donne directement la position par rapport aux foyers.
- Énoncé donne ou (position par rapport au centre ou au sommet) : utilise Descartes.
- Énoncé donne ou (position par rapport aux foyers) : utilise Newton.
- Question demande le grandissement : utilise si tu as les positions par rapport à , sinon Newton .
- Toujours faire un schéma orienté avant de poser l'équation : c'est la seule façon de ne pas se tromper de signe.
7. Construction des images par les rayons remarquables
Pour construire géométriquement l'image d'un point (hors axe), on utilise au moins deux des trois rayons remarquables. Leur intersection (en aval ou par prolongement) donne .
- Rayon passant par le centre optique : n'est pas dévié (propriété fondamentale des lentilles minces).
- Rayon parallèle à l'axe en amont : émerge en passant par le foyer image (ou par son prolongement, si l'image de l'infini sur l'axe est virtuelle, cas divergent).
- Rayon passant par le foyer objet en amont : émerge parallèlement à l'axe en aval (ou avec un prolongement parallèle à l'axe passant par en amont, cas divergent).
8. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs reviennent dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale-Supélec) sur les épreuves d'optique géométrique. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
9. Pour aller plus loin
Ce chapitre pose la grammaire géométrique de toute l'optique : les conventions algébriques, les formules de conjugaison et les constructions par rayons remarquables seront réutilisées presque telles quelles dans les chapitres suivants.
- Lentilles minces — application directe des formules de Descartes et Newton, étude des associations (œil, loupe, microscope, lunette).
- Miroirs sphériques — extension du formalisme au cas de la réflexion ; télescope de Newton, télescope de Cassegrain.
- Instruments optiques (TP) — focométrie (Bessel, Silbermann), réglage d'une lunette à l'infini, autocollimation : toutes les manipulations exigent une maîtrise des conditions de Gauss et du calcul de .
- Optique ondulatoire (spé) — Fraunhofer / Fresnel — l'image géométrique sera revisitée comme limite de la diffraction quand . Le « point image » devient une tache d'Airy.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir précisément un objet réel, un objet virtuel, une image réelle, une image virtuelle ?
- Sais-tu énoncer la différence entre stigmatisme rigoureux et stigmatisme approché, et citer le seul système rigoureusement stigmatique pour tout l'espace ?
- Sais-tu énoncer les conditions de Gauss (paraxialité, rayons peu inclinés et peu écartés) et les conséquences (stigmatisme et aplanétisme approchés) ?
- Sais-tu définir le foyer objet , le foyer image , le plan focal et la distance focale ?
- Sais-tu calculer la vergence et donner son unité (dioptrie) ?
- Sais-tu écrire la définition algébrique du grandissement transversal et interpréter son signe et sa valeur absolue ?
- Sais-tu démontrer (lentille mince) par Thalès sur le rayon non dévié ?
- Sais-tu énoncer la formule de conjugaison du dioptre sphérique dans les conditions de Gauss et en redémontrer les grandes étapes (Snell paraxial + triangles) ?
- Sais-tu énoncer les formules de Descartes et de Newton pour un système centré, et choisir entre les deux selon l'origine donnée dans l'énoncé ?
- Sais-tu démontrer le stigmatisme rigoureux du miroir plan (symétrie par rapport au plan + loi de la réflexion) ?
- Sais-tu construire l'image d'un objet par une lentille mince avec les 3 rayons remarquables, et placer l'image d'un objet à l'infini dans le plan focal ?
- Sais-tu reconnaître quand utiliser (grandissement axial) plutôt que (transversal) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Stigmatisme rigoureux du miroir plan — symétrie + loi de la réflexion ()
- Grandissement transversal — Thalès sur le rayon non dévié passant par
- Conjugaison d'un dioptre sphérique en Gauss — Snell paraxial + relations dans les triangles et