Vue d'ensemble
Au tournant du XXᵉ siècle, une poignée d'expériences refuse obstinément de rentrer dans le cadre de la physique classique : le rayonnement du corps noir, l'effet photoélectrique, l'expérience de Young avec photons un à un, et la diffraction d'électrons de Davisson-Germer. Toutes pointent vers la même rupture : la matière et la lumière sont à la fois ondes et corpuscules — c'est la dualité onde-corpuscule. Cette fiche couvre les 4 expériences fondatrices, les 3 relations quantitatives à connaître par cœur (Planck-Einstein, de Broglie, Heisenberg), les 3 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui font perdre des points en DS.
Prérequis
- Ondes mécaniques et lumineuses : longueur d'onde , fréquence , célérité , relation
- Interférences à deux ondes (fentes de Young classiques) : interfrange
- Énergie cinétique , quantité de mouvement (cas non relativiste)
- Notion qualitative de probabilité et de distribution statistique
La quantique te paraît contre-intuitive ? C'est NORMAL — et c'est exactement pour ça qu'elle est piégeuse au concours. Le programme MPSI demande des intuitions précises (dualité, probabilité, incertitude) qu'aucun cours classique de lycée ne t'a données. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font passer le cap en cours particuliers, avec exos type CCINP et Mines-Ponts.
Trouver un mentor MPSI →1. Le corps noir et la naissance du quantum
1.1 — L'expérience et la catastrophe ultraviolette
Un corps noir est un objet idéal qui absorbe l'intégralité du rayonnement électromagnétique qu'il reçoit, et qui, à l'équilibre thermique à la température , émet un rayonnement dont le spectre ne dépend que de (et pas de la nature du matériau). Modèle expérimental : une cavité percée d'un petit trou.
À la fin du XIXᵉ siècle, on mesure expérimentalement la densité spectrale d'énergie émise par un corps noir en fonction de la longueur d'onde et de la température . Le spectre observé possède un maximum à une longueur d'onde qui décroît quand augmente (loi du déplacement de Wien : m·K).
1.2 — L'hypothèse de Planck (1900)
Pour rendre compte du spectre du corps noir, Planck postule que les échanges d'énergie entre matière et rayonnement ne peuvent se faire que par paquets discrets (quanta) d'énergie :
où est la fréquence du rayonnement, sa longueur d'onde, et J·s est la constante de Planck.
Raisonnement de Planck-Einstein — énergie d'un photon
L'argument se déploie en trois temps. Étape 1 — l'échec classique. Le théorème d'équipartition attribue à chaque mode du champ électromagnétique une énergie moyenne ; comme le nombre de modes par unité de volume diverge en quand , l'énergie totale rayonnée diverge — c'est la catastrophe ultraviolette.
Étape 2 — l'hypothèse de discrétisation. Planck suppose qu'un oscillateur de fréquence ne peut échanger d'énergie avec le champ que par multiples entiers d'une quantité . Dans ce cadre, l'énergie moyenne d'un mode à la température est donnée par la statistique de Boltzmann :
Étape 3 — calage sur l'expérience. Pour que la densité spectrale observée (avec sa décroissance aux petites ) soit reproduite, il faut avec constante universelle. Quand (UV), — les modes UV sont « gelés », plus de catastrophe. Quand (IR), on retrouve (limite classique). Einstein (1905) prolonge en attribuant cette énergie quantifiée non plus aux échanges, mais à la lumière elle-même : un rayonnement de fréquence est composé de grains indivisibles d'énergie , que l'on appellera plus tard photons.
Un photon est le « grain » de lumière introduit par Einstein : pour un rayonnement monochromatique de fréquence , c'est une particule sans masse, sans charge, d'énergie et d'impulsion . Un faisceau lumineux est composé d'un grand nombre de photons ; son intensité fixe le nombre de photons par seconde traversant l'unité de surface, tandis que sa fréquence fixe l'énergie de chacun.
2. L'effet photoélectrique
2.1 — Le dispositif et les faits observés
L'effet photoélectrique est l'émission d'électrons par un métal éclairé par un rayonnement électromagnétique. L'expérience type : une plaque métallique reliée à un électroscope est éclairée par une source monochromatique réglable en fréquence et en intensité . On mesure le courant photoélectrique et l'énergie cinétique des électrons éjectés.
Trois faits expérimentaux résistent à toute interprétation ondulatoire classique :
- Fait 1 — seuil en fréquence. Il existe une fréquence seuil (dépendant du métal) en dessous de laquelle aucun électron n'est éjecté, quelle que soit l'intensité de la lumière incidente. Une lumière rouge très intense n'arrache aucun électron à un métal pour lequel le seuil est dans l'UV.
- Fait 2 — énergie cinétique linéaire en . Pour , l'énergie cinétique maximale des photoélectrons est une fonction affine de , indépendante de l'intensité .
- Fait 3 — instantanéité. L'émission est instantanée ( s), alors que le modèle ondulatoire classique prévoyait un délai d'accumulation d'énergie.
2.2 — L'interprétation d'Einstein (1905)
Si la lumière de fréquence est composée de photons d'énergie , et si chaque photon ne peut interagir qu'avec un électron à la fois, alors :
où est l'énergie d'extraction du métal (aussi appelée travail de sortie). Le seuil photoélectrique vaut , et la relation est une droite de pente coupant l'axe des en .
Démonstration du seuil photoélectrique
Hypothèse fondamentale. Un faisceau lumineux de fréquence est un flux de photons, chacun d'énergie . L'interaction est granulaire : un photon est absorbé en entier par un seul électron du métal, ou pas du tout.
Bilan énergétique. L'électron lié au métal possède une énergie négative (référence à l'infini ; est l'énergie qu'il faut fournir pour l'extraire). Après absorption d'un photon, son énergie devient . Pour qu'il soit éjecté avec une énergie cinétique , il faut que cette quantité soit positive :
Existence d'un seuil. La condition impose , soit . En dessous de , aucun photon n'a individuellement assez d'énergie pour extraire un électron — et comme l'absorption est granulaire (un photon = un électron, pas de cumul possible dans ce modèle), augmenter l'intensité ne change rien : on a simplement plus de photons, mais chacun reste sous le seuil.
Linéarité en et indépendance vis-à-vis de . est affine en (Fait 2). L'intensité contrôle le nombre de photons par seconde, donc le courant photoélectrique (nombre d'électrons éjectés), mais pas l'énergie de chacun d'eux (Fait 2). Instantanéité (Fait 3) : l'absorption photon-électron est une interaction ponctuelle, pas une accumulation d'énergie.
Cette démonstration vaut à Einstein le prix Nobel 1921 — c'est elle qui consacre l'idée que la lumière elle-même est quantifiée, et pas seulement ses échanges avec la matière.
- Pente = . Mesure expérimentale de la constante de Planck. Vérifie l'ordre de grandeur J·s.
- Ordonnée à l'origine = ; intersection avec l'axe horizontal = .
- Convertir en eV. eV J. Énergies d'extraction usuelles : Cs 2,1 ; K 2,3 ; Na 2,4 ; Zn 4,3 ; Pt 6,3 eV.
- Vérifier le seuil en . . Pour K : nm (vert).
L'effet photoélectrique est LA démo Einstein qui tombe en oral CCINP et Mines. Le piège, c'est de bien articuler les trois faits expérimentaux à expliquer avec l'une hypothèse quantique. En 1 séance avec un mentor Majorant alumni de l'X ou des Mines, tu maîtrises l'enchaînement pour de bon — schéma au tableau, variantes en oral avec courbe à lire.
Réserver une séance ciblée →3. Young avec photons un à un — la dualité onde-corpuscule
3.1 — Rappel du dispositif classique
Dans l'expérience de Young classique, un faisceau lumineux cohérent éclaire deux fentes parallèles séparées de ; sur un écran à distance , on observe des franges d'interférence avec un interfrange . Le motif est interprété par la superposition des deux ondes émises par les fentes — c'est la signature d'un comportement ondulatoire de la lumière.
3.2 — Le même dispositif avec photons un à un
L'expérience cruciale (Taylor 1909, raffinée jusqu'aux années 1980) consiste à diminuer l'intensité du faisceau jusqu'à ce qu'il n'y ait, en moyenne, qu'un photon dans le dispositif à la fois. On remplace l'écran par un détecteur sensible (plaque photo, CCD, photomultiplicateur) qui enregistre l'arrivée individuelle de chaque photon, position par position.
- Photon par photon : chaque photon est détecté en un point ponctuel et imprévisible — comportement corpusculaire.
- Sur un grand nombre de photons : la distribution statistique des impacts reproduit exactement le motif d'interférence classique, avec franges sombres et brillantes — comportement ondulatoire.
- Interprétation probabiliste : la probabilité qu'un photon arrive en un point de l'écran est proportionnelle à l'intensité ondulatoire classique en ce point. Là où l'onde interfère constructivement, est maximale ; là où elle interfère destructivement, .
Si un système quantique peut se trouver dans un état (par exemple « photon passé par la fente 1 ») ou dans un état (« photon passé par la fente 2 »), alors il peut aussi se trouver dans toute superposition linéaire (). C'est cette superposition cohérente qui produit, à la détection, des interférences entre les deux « chemins » possibles.
À un état (la fonction d'onde, étudiée en détail au chapitre suivant) est associée une densité de probabilité de présence . La probabilité de détecter la particule dans un domaine est :
Pour une onde lumineuse classique d'intensité , c'est exactement cette intensité qui joue le rôle de — d'où la coïncidence entre figure d'interférence classique et histogramme des impacts photoniques.
4. Davisson-Germer et la longueur d'onde de de Broglie
4.1 — La diffraction d'électrons
Symétriquement, on peut se demander si la matière manifeste un comportement ondulatoire. La réponse vient en 1927 avec l'expérience de Davisson et Germer : un faisceau d'électrons monocinétiques (accélérés sous une tension connue) est envoyé sur un cristal de nickel. On observe sur un détecteur une figure de diffraction identique à celle qu'on obtiendrait avec une onde de longueur d'onde bien définie — c'est-à-dire un motif avec des maxima et des minima angulaires, gouverné par la loi de Bragg.
À toute particule de quantité de mouvement est associée une longueur d'onde de de Broglie :
où est la constante de Planck. Pour un électron non relativiste accéléré sous une tension , et donc .
Démonstration — analogie ondulatoire et longueur d'onde de de Broglie
Étape 1 — relation Planck-Einstein pour le photon. Pour un photon de fréquence et longueur d'onde , l'énergie vaut . Or, en relativité, un photon (de masse nulle) possède une quantité de mouvement . En combinant :
Étape 2 — le pari de de Broglie (1924). Puisque la lumière, dont on croyait qu'elle était purement ondulatoire, manifeste des aspects corpusculaires (photons), pourquoi la matière, dont on croit qu'elle est purement corpusculaire, ne manifesterait-elle pas des aspects ondulatoires ? De Broglie postule que la relation , démontrée pour le photon, s'étend à toute particule de quantité de mouvement .
Étape 3 — application à l'électron accéléré. Un électron accéléré depuis le repos par une tension acquiert une énergie cinétique . En régime non relativiste, , d'où et :
Application numérique pour V (Davisson-Germer) : nm — exactement l'ordre de grandeur des distances interatomiques dans un cristal. C'est pour cela que le cristal joue le rôle de « réseau de diffraction » et que la figure observée est conforme à la loi de Bragg. L'accord quantitatif entre la prédiction et la position des maxima de diffraction valide expérimentalement la conjecture de de Broglie.
4.2 — Symétrie photon–matière : la dualité, mode d'emploi
Pour toute « particule quantique » (photon, électron, neutron, atome, molécule…), on associe à un état d'impulsion et d'énergie une onde de pulsation et de vecteur d'onde telles que :
La longueur d'onde associée vaut . Pour un photon, (masse nulle) ; pour une particule massive non relativiste, .
5. Principe d'incertitude de Heisenberg et probabilité de présence
5.1 — Énoncé et signification
Pour une particule quantique en une dimension, l'écart-type de la position et l'écart-type de l'impulsion (selon le même axe) vérifient l'inégalité de Heisenberg :
Pour les estimations en ordre de grandeur, on retiendra souvent la forme , suffisante en MPSI.
- Identifier la longueur de confinement . C'est l'extension spatiale typique où la particule est piégée (largeur d'un puits, rayon atomique…).
- Poser . La particule est localisée dans une zone de taille .
- En déduire . Par Heisenberg.
- Estimer l'énergie cinétique minimale. .
- Ajouter l'énergie potentielle et minimiser sur si nécessaire.
5.2 — Superposition et probabilité |ψ|² — bilan
Les chapitres suivants formaliseront ces idées avec la fonction d'onde , solution de l'équation de Schrödinger, et la règle de Born : est la densité de probabilité de présence de la particule au point à l'instant . Les notions à retenir dès maintenant :
- Superposition cohérente : un état quantique est, en général, une combinaison linéaire d'états « classiques » (les amplitudes sont des nombres complexes).
- Probabilité de présence : la prédiction quantique pour la position d'une particule n'est pas une valeur unique, mais une distribution de probabilité .
- Indéterminisme fondamental : même connaissant parfaitement l'état , le résultat d'une mesure individuelle reste aléatoire — seules les statistiques sur un grand nombre de mesures sont prédites par la théorie.
- Compatibilité avec l'expérience de Young : la figure d'interférence est la matérialisation, sur un grand nombre de photons, de la distribution où .
6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves comportant de la physique quantique introductive. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
7. Pour aller plus loin
Ce chapitre est la porte d'entrée de toute la physique quantique. Les chapitres qui le réinvestissent directement :
- Fonction d'onde et équation de Schrödinger (chapitre suivant) — Formalisation de et règle de Born . Puits infini, marche de potentiel, effet tunnel.
- Modèle atomique de Bohr — Quantification via , niveaux d'énergie de l'hydrogène.
- Spectroscopie atomique (chimie) — Raies spectrales = transitions entre niveaux quantifiés, .
- Laser, émission stimulée, bandes d'énergie (2ᵉ année) — Tout repose sur la quantification et le caractère ondulatoire des électrons.
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Voir les stages MPSI →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu expliquer la catastrophe ultraviolette et pourquoi l'hypothèse la résout ?
- Sais-tu donner la valeur numérique de et de , et calculer pour nm ?
- Sais-tu énoncer les 3 faits expérimentaux que le modèle ondulatoire classique ne peut pas expliquer dans l'effet photoélectrique ?
- Sais-tu démontrer la relation à partir de l'hypothèse photonique ?
- Sais-tu lire une courbe expérimentale pour en extraire et ?
- Sais-tu décrire l'expérience de Young avec photons un à un et expliquer pourquoi le motif d'interférence se construit progressivement ?
- Sais-tu expliquer pourquoi installer un détecteur derrière une fente détruit les interférences (chemins discernables vs indiscernables) ?
- Sais-tu énoncer le principe de superposition et la règle ?
- Sais-tu démontrer à partir de la relation de Planck-Einstein, et l'appliquer à un électron accéléré sous volts ?
- Sais-tu énoncer l'inégalité de Heisenberg et expliquer pourquoi ce n'est PAS un défaut de mesure ?
- Sais-tu estimer l'énergie de l'état fondamental d'un système confiné par la méthode ?
- Sais-tu donner les ordres de grandeur pour électron, proton et objet macroscopique, et en déduire quand la quantique se manifeste ?
Démonstrations à savoir refaire
- Énergie d'un photon — raisonnement de Planck-Einstein (catastrophe UV → quanta d'énergie → photon)
- Seuil photoélectrique — bilan énergétique photon ↔ électron et existence du seuil
- Longueur d'onde de de Broglie — extension de la relation photonique à toute particule + application à l'électron accéléré