Vue d'ensemble
Le premier principe de la thermodynamique est l'un des deux piliers du cours de thermo MPSI (l'autre étant le second principe, vu juste après). Il dit, en une seule équation, que l'énergie interne d'un système ne change que par échange avec l'extérieur, sous forme de travail ou de chaleur. Cette fiche regroupe les 9 théorèmes incontournables, les 3 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui font perdre des points en DS comme en concours (la convention de signe, l'oubli du caractère quasi-statique, le mauvais coefficient ou …).
Prérequis
- Description d'un gaz parfait : équation d'état PV = nRT, modèle cinétique
- Énergétique du point : travail d'une force, théorème de l'énergie cinétique
- Calcul intégral : intégration d'une fonction continue, primitive de 1/V
- Différentielle d'une fonction d'état : dU, dH, dV, dP (différences vs δW, δQ)
La convention de signe W > 0 si reçu te fait perdre des points en DS ? C'est l'erreur n°1 du chapitre, sanctionnée chaque année par les correcteurs Mines-Ponts. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font systématiser la convention thermo et te font refaire les démos clés (Laplace, travail isotherme réversible) en séance ciblée.
Trouver un mentor MPSI →1. Énergie interne U et premier principe
L'énergie interne d'un système thermodynamique est la somme de toutes les énergies microscopiques :
où est la somme des énergies cinétiques d'agitation thermique de toutes les particules et la somme des énergies potentielles d'interaction entre particules. est extensive (proportionnelle à la quantité de matière) et est une fonction d'état : sa variation ne dépend que des états initial et final, pas du chemin suivi.
Pour un gaz parfait, les particules n'interagissent pas () et l'énergie cinétique microscopique ne dépend que de la température. On a donc, pour moles à la température :
où est la capacité calorifique molaire à volume constant (en J·K⁻¹·mol⁻¹). En particulier, pour un GP, ne dépend que de — pas de ni de .
Le travail des forces de pression reçu par le système quand son volume varie de sous une pression extérieure est :
Convention thermodynamique : W > 0 si le système reçoit du travail (compression : dV < 0) ; W < 0 si le système cède du travail à l'extérieur (détente : dV > 0). C'est l'opposé de la convention mécanique du système isolé.
Le transfert thermique (ou « chaleur reçue ») est l'énergie transférée au système par contact thermique avec un thermostat ou un autre corps, sans déplacement macroscopique. Comme , est compté algébriquement : Q > 0 si le système reçoit de la chaleur, Q < 0 sinon.
Contrairement à , et ne sont PAS des fonctions d'état : ils dépendent du chemin suivi entre les deux états. On note souvent et (différentielles non exactes), à distinguer de , (différentielles exactes).
Pour un système fermé subissant une transformation quelconque entre un état initial et un état final :
Lecture physique : l'énergie interne d'un système ne peut varier qu'en échangeant avec l'extérieur, sous l'une des deux formes mécaniquement distinctes : travail (déplacement macroscopique) ou chaleur (contact thermique).
2. Calcul du travail W selon la transformation
2.1 — Quatre cas à connaître par cœur
Si (transformation isochore), alors sur tout le chemin, donc :
Tout l'échange énergétique passe alors par la chaleur : .
Si la pression extérieure est constante (, transformation monobare), on peut sortir de l'intégrale :
Cas particulier — transformation isobare : la pression du système lui-même est constante et égale à tout au long, formule identique.
Si la transformation est quasi-statique mécaniquement (à tout instant, la pression du système est définie et égale à ), on peut remplacer par dans la définition du travail :
est alors une fonction du seul état du système (via l'équation d'état), ce qui rend l'intégrale calculable explicitement.
2.2 — Travail isotherme réversible d'un gaz parfait
Pour moles d'un gaz parfait subissant une transformation isotherme () et réversible entre des volumes et :
Démonstration (intégration directe avec PV = nRT)
Hypothèses : (i) GP donc ; (ii) transformation réversible donc à tout instant ; (iii) isotherme donc constant le long du chemin. On part de la définition du travail :
On exprime en fonction de via l'équation d'état du GP : . Comme est constant, on sort :
On peut réécrire en pressions : à fixé, , donc , d'où la forme . Vérification du signe : en détente isotherme (V_f > V_i), \ln(V_f/V_i) > 0 donc W < 0 — le gaz cède du travail à l'extérieur, conforme à l'intuition.
- Identifier la nature. Isotherme (T cte) ? Isobare (P cte) ? Isochore (V cte) ? Adiabatique (Q = 0) ? Réversible/irréversible ?
- Calculer W. Utiliser la formule adaptée : (isochore), (monobare), (isotherme réversible GP), (adiabatique).
- Calculer ΔU. Pour un GP : . Si isotherme, .
- Déduire Q par le 1er principe. . Vérifie le signe : Q > 0 si réception, Q < 0 si cession.
- Vérification croisée. Pour une isobare, — ça doit redonner le même résultat.
3. Enthalpie H et capacités calorifiques
L'enthalpie du système est la fonction d'état définie par :
est une fonction d'état (somme et produit de fonctions d'état), extensive, et homogène à une énergie (en joules). Pour un gaz parfait, donc — c'est la deuxième loi de Joule : du GP ne dépend que de .
- À volume constant : , exprimée en J·K⁻¹·mol⁻¹ (molaire) ou J·K⁻¹·kg⁻¹ (massique).
- À pression constante : .
- Coefficient adiabatique : (sans dimension, > 1).
Pour un GP monoatomique : , , . Pour un GP diatomique (à T ambiante, type N₂, O₂) : , , .
Pour un gaz parfait :
Conséquence immédiate avec : et — formules très utiles pour Laplace et pour les calculs énergétiques rapides.
Pour un système fermé subissant une transformation isobare (), la chaleur reçue est exactement la variation d'enthalpie :
Démonstration (à partir de H = U + PV et du 1er principe)
On part de la définition et on différencie :
On injecte le premier principe avec :
En isobare, à tout instant et . Les termes et se compensent exactement, le terme disparaît, et il reste :
Pour un gaz parfait, on ajoute la deuxième loi de Joule (à fixé), donc — et la chaleur isobare devient directement calculable à partir des températures.
En transformation isochore, et donc, par le premier principe :
Vérification croisée : en isochore, c'est qui apparaît ; en isobare, c'est . Ne jamais inverser — c'est le piège n°2 du chapitre.
La démo ΔH = Q en isobare paraît miraculeuse — mais c'est juste 3 lignes d'algèbre. En 1 séance avec un mentor Majorant alumni X/Centrale, tu la refais au tableau les yeux fermés, et tu en profites pour boucler Laplace (idée identique : différencier U et coller le 1er principe).
Réserver une séance ciblée →4. Quatre transformations particulières
Quatre transformations modèles sont à connaître par cœur, avec leurs caractéristiques, leur travail et leur chaleur. Le tableau de synthèse est plus bas.
4.1 — Isotherme, isobare, isochore, adiabatique
- Isotherme () : GP donne , donc . Si réversible : .
- Isobare () : , (GP), .
- Isochore () : , (GP).
- Adiabatique (, système calorifugé ou transformation rapide) : . Pour un GP : (compression chauffe, détente refroidit).
4.2 — Loi de Laplace (adiabatique réversible d'un GP)
Pour un gaz parfait subissant une transformation adiabatique et réversible, en notant :
Démonstration (1er principe + équation d'état + intégration)
Hypothèses : (i) GP, donc et ; (ii) adiabatique, donc ; (iii) réversible, donc avec pression du système.
Étape 1. On écrit le premier principe en différentiel :
Étape 2. On élimine en différenciant l'équation d'état :
En réinjectant dans :
Par la relation de Mayer, , donc :
Étape 3. Intégration entre l'état initial et l'état final (transformation réversible, on intègre le long du chemin quasi-statique) :
D'où . Les deux autres formes (, ) s'en déduisent en réinjectant .
5. Applications — moteur thermique et machine frigorifique
Le premier principe est l'outil de base pour comprendre les machines thermiques : moteurs (qui convertissent de la chaleur en travail) et machines frigorifiques (qui déplacent de la chaleur d'une source froide vers une source chaude au prix d'un travail reçu).
5.1 — Cycle thermodynamique
Un cycle est une transformation qui ramène le système à son état initial. Sur un cycle, toute fonction d'état revient à sa valeur initiale, donc et . Le premier principe donne immédiatement :
Cas moteur : sur un cycle, le système reçoit de la chaleur nette Q_{\text{cycle}} > 0 et fournit du travail au monde extérieur W_{\text{cycle}} < 0. Cas frigo : on inverse les signes.
5.2 — Cycle de Otto (moteur à essence 4 temps)
- 1 → 2 : compression adiabatique réversible () ;
- 2 → 3 : combustion isochore (étincelle de la bougie, fixé, saute, ) ;
- 3 → 4 : détente adiabatique réversible (« temps moteur », W < 0) ;
- 4 → 1 : refroidissement isochore (échappement, Q_c = nC_v(T_1 - T_4) < 0).
5.3 — Machine frigorifique (inverse de Carnot)
6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves de thermo. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
7. Pour aller plus loin
Le premier principe est la base sur laquelle se construit tout le reste de la thermo MPSI puis spé. Les chapitres qui le réinvestissent directement :
- Second principe et entropie — Le 1er principe dit ce qui se conserve, le 2nd dit ce qui est interdit (transformer 100% de chaleur en travail sur un cycle, transférer spontanément de la chaleur du froid vers le chaud). L'entropie S formalise cette flèche du temps.
- Machines thermiques (cycles Carnot, Beau de Rochas, Stirling, frigo) — Étude quantitative des rendements et des efficacités, à partir de ΔU = W + Q appliqué sur chaque branche du cycle.
- Diffusion thermique (équation de la chaleur, spé) — Modélise le transfert Q comme un flux d'énergie par conduction. Bilan local d'énergie via le 1er principe sur un volume élémentaire.
- Changements d'état (spé) — Chaleur latente , équilibre liquide-vapeur, formule de Clapeyron. Tout repose sur dH = δQ en transformation isobare (ce qu'on a démontré dans cette fiche).
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu écrire le premier principe et expliquer la convention de signe (W et Q comptés pour le système) ?
- Sais-tu calculer le travail W d'une transformation isobare, isochore, isotherme réversible d'un GP, adiabatique ?
- Sais-tu démontrer en isotherme réversible d'un GP ?
- Connais-tu la définition de l'enthalpie et la 2e loi de Joule pour le GP ?
- Sais-tu démontrer que en transformation isobare ?
- Connais-tu la relation de Mayer et les valeurs (3/2 R, 5/2 R) pour le GP monoatomique ?
- Sais-tu démontrer la loi de Laplace à partir du 1er principe et de l'équation d'état ?
- Sais-tu identifier les 4 transformations modèles (iso T, iso P, iso V, adiabatique) et donner W et Q pour chacune ?
- Sais-tu expliquer pourquoi sur un cycle ?
- Sais-tu décrire les 4 étapes du cycle de Otto et donner son rendement ?
- Sais-tu pourquoi Laplace ne s'applique PAS à une adiabatique irréversible ?
- Sais-tu distinguer , (différentielles inexactes) et , (fonctions d'état) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Travail isotherme réversible d'un GP — intégrer entre et à T constant
- ΔH = Q en transformation isobare — différencier , injecter le 1er principe, utiliser et
- Loi de Laplace — 1er principe + équation d'état + Mayer + intégration de