Vue d'ensemble
Les machines thermiques sont l'aboutissement opérationnel de toute la thermo MPSI : le premier principe disait que l'énergie se conserve, le second qu'elle se dégrade ; les machines thermiques montrent ce qu'on peut en faire concrètement — moteurs, frigos, pompes à chaleur. Une machine thermique est un système qui parcourt un cycle, échangeant du travail avec l'extérieur et de la chaleur avec au moins deux sources à températures différentes. Le premier principe sur un cycle () et le second ( pour le fluide, avec inégalité de Clausius pour les échanges) suffisent à tout classer : moteur, frigo, pompe à chaleur, et la borne maximale du rendement — le célèbre théorème de Carnot. Cette fiche regroupe les 5 définitions clés, les 6 théorèmes / bilans incontournables et les 3 démonstrations à savoir refaire (théorème de Carnot pour moteur, COP plafonnés pour frigo et pompe à chaleur, cycle de Carnot réversible).
Prérequis
- Premier principe : , bilan sur un cycle
- Second principe : entropie fonction d'état, avec , inégalité de Clausius
- Notion de source thermique idéale : capacité calorifique infinie, température constante
- Convention de signe thermodynamique : si reçus par le système, si fournis par le système
- Gaz parfait : équation d'état , travail isotherme réversible
Tu confonds toujours moteur, frigo et pompe à chaleur ? C'est la même machine ditherme parcourue dans deux sens, mais l'erreur de signe sur ou te coûte la moitié des points sur un problème de DS. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te montrent la diagonale de bilans qui rend les trois cas évidents, et tu refais le théorème de Carnot en 5 lignes propres.
Trouver un mentor MPSI →1. Cycles et machines — cadre général
Une machine thermique est un système thermodynamique fermé qui décrit, de façon répétée, un cycle : il revient périodiquement dans le même état. Au cours de chaque cycle, le système échange du travail avec un opérateur mécanique (piston, arbre, compresseur) et de la chaleur avec une ou plusieurs sources thermiques. Le fluide qui parcourt le cycle est appelé fluide thermodynamique ou fluide caloporteur.
Une source thermique à la température est un système de capacité calorifique infinie : sa température reste constante quels que soient les échanges thermiques qu'il subit. On parle aussi de thermostat. En pratique : l'atmosphère, l'eau d'une rivière, un four bien régulé, l'évaporateur ou le condenseur d'un frigo.
- Machine monotherme : une seule source thermique, à température .
- Machine ditherme : deux sources, une chaude à et une froide à , avec . C'est le modèle ditherme qui couvre tous les moteurs, frigos et pompes à chaleur étudiés en MPSI.
Pour un cycle, le système revient à son état initial donc (l'énergie interne est une fonction d'état). Notant le travail total reçu et la chaleur totale reçue sur le cycle :
Pour une machine ditherme échangeant avec la source chaude et avec la source froide : .
Le fluide étant en cycle, son entropie est aussi une fonction d'état : . Par le second principe, avec , donc . Pour une machine ditherme avec sources idéales à et :
avec égalité si et seulement si le cycle est réversible. C'est l'inégalité de Clausius, l'outil n°1 de tout problème de machines thermiques.
1.1 — Théorème de Kelvin (machine monotherme cyclique)
Une machine cyclique en contact avec une seule source thermique ne peut pas produire de travail. Autrement dit, le travail reçu sur un cycle vérifie : la machine ne peut que consommer du travail (ou être triviale, ).
Démonstration éclair. Cycle : donc . Clausius monotherme : , donc , donc . CQFD.
2. Moteur thermique et théorème de Carnot
Un moteur thermique est une machine ditherme qui fournit du travail à l'extérieur sur un cycle : . Conventionnellement, le fluide :
- reçoit de la source chaude (combustion, chaudière, soleil),
- cède à la source froide (atmosphère, eau de refroidissement),
- fournit à l'opérateur (arbre tournant, piston en mouvement).
Le rendement d'un moteur est le rapport du travail récupéré sur la chaleur dépensée à la source chaude (qu'on paye via le carburant) :
avec donc , d'où : on ne récupère jamais toute la chaleur fournie en travail. La deuxième expression utilise .
Pour tout moteur ditherme fonctionnant entre une source chaude à et une source froide à (avec ), le rendement est borné par :
avec égalité si et seulement si le cycle est réversible. Cette borne ne dépend que des températures des sources et constitue la limite thermodynamique universelle du rendement d'un moteur ditherme.
Démonstration (bilan entropique sur le cycle)
Soit un moteur ditherme. On écrit les deux principes sur un cycle pour le fluide :
1er principe : , soit , donc .
2nd principe (Clausius) : les sources étant idéales à et ,
avec égalité ssi le cycle est réversible. On en tire :
En substituant dans :
Pour un moteur, , on peut donc diviser par sans changer le sens de l'inégalité :
L'égalité est atteinte ssi l'inégalité de Clausius est saturée, c'est-à-dire ssi le cycle est réversible. CQFD.
3. Cycle de Carnot — la machine réversible idéale
Le cycle de Carnot est le cycle ditherme réversible formé de quatre transformations enchaînées :
- Isotherme réversible à : le fluide reçoit de la source chaude en se détendant (moteur) ou en se comprimant (frigo).
- Adiabatique réversible : pas d'échange thermique, la température passe de à (moteur) ou de à (frigo). Réversible adiabatique = isentropique.
- Isotherme réversible à : le fluide cède à la source froide en se comprimant (moteur) ou en se détendant (frigo).
- Adiabatique réversible : retour à l'état initial, température passe de à (moteur) ou de à (frigo).
Le cycle de Carnot étant réversible, le rendement du moteur de Carnot ditherme atteint la borne de Carnot avec égalité :
Démonstration directe (gaz parfait, isothermes réversibles)
On calcule et explicitement pour un gaz parfait parcourant le cycle de Carnot. Notons les états : .
Isotherme (). Pour un gaz parfait, sur une isotherme, donc .
Isotherme (). Similairement, (car ).
Adiabatiques réversibles. Loi de Laplace : et . En divisant ces deux relations on obtient , soit .
On calcule le rendement :
Le rendement du cycle de Carnot vaut exactement la borne de Carnot — confirmant que la réversibilité sature l'inégalité du théorème 2.3. CQFD.
- Identification. Le cycle est composé de deux isothermes et deux adiabatiques, toutes réversibles. Diagramme : un rectangle (isothermes horizontales, adiabatiques réversibles verticales). Diagramme : quatre arcs courbes.
- Aire du rectangle dans . Travail récupéré , avec la variation d'entropie sur l'isotherme chaude (l'entropie échangée vaut ).
- Rendement. Application directe : . Pas besoin de repasser par les volumes si l'énoncé donne les températures.
- Sens du cycle. Sens horaire dans = moteur ; sens trigonométrique = récepteur (frigo / pompe à chaleur).
Le théorème de Carnot tombe à 80 % des concours en thermo MPSI. Sa démo par bilan entropique se refait en 8 lignes — mais l'erreur de signe sur ou l'oubli du sens de l'inégalité piège un candidat sur deux. En 1 séance avec un mentor Majorant alumni Centrale-Mines, tu poses la démo proprement, tu identifies tes sources d'erreur, et tu sais l'adapter au frigo et à la pompe à chaleur.
Réserver une séance ciblée →4. Machine frigorifique et pompe à chaleur
Frigos et pompes à chaleur sont des machines récepteuses : elles reçoivent du travail () pour déplacer de la chaleur d'une source froide vers une source chaude — contre le sens naturel. Le second principe rend ce déplacement possible, mais coûteux en travail.
Une machine frigorifique est une machine ditherme qui extrait de la chaleur d'une source froide (intérieur du frigo, salle climatisée) pour l'évacuer vers une source chaude (cuisine, extérieur). Sur un cycle :
- (le compresseur fournit du travail au fluide),
- (le fluide reçoit de la chaleur de la source froide — c'est l'effet utile : le frigo refroidit),
- (le fluide cède à la source chaude).
Une pompe à chaleur est physiquement la même machine qu'un frigo, mais avec une finalité inversée : on chauffe la source chaude (la maison) en pompant la chaleur d'une source froide (air extérieur, eau de nappe, sol). Sur un cycle :
- ,
- (le fluide pompe de la chaleur dehors),
- (le fluide cède dans la maison — c'est l'effet utile : la PAC chauffe).
Pour un récepteur, on ne parle pas de rendement mais de coefficient de performance (toujours positif, et souvent supérieur à 1) défini comme le rapport effet utile sur énergie dépensée :
Numérateurs positifs dans les deux cas, dénominateur positif (). Relation simple : (s'obtient en utilisant ).
Pour toute machine frigorifique et toute pompe à chaleur fonctionnant en ditherme entre et () :
avec égalité si et seulement si le cycle est réversible (cycle de Carnot parcouru à l'envers).
Démonstration (bilan entropique pour récepteur)
On part des deux mêmes principes appliqués au fluide sur un cycle.
1er principe : , soit .
Clausius : , avec égalité ssi réversible.
Cas du frigo. Pour un frigo, et . Multiplions Clausius par (positif, conserve le sens) :
Or , donc :
Divisons par (récepteur) :
Cas de la PAC. On part de la même inégalité . Premier principe : , donc :
En développant et en regroupant à gauche : , soit . En divisant par :
Dans les deux cas, l'égalité provient de la saturation de Clausius — donc d'un cycle réversible. CQFD.
5. Moteurs réels — aperçu des cycles industriels
Les moteurs industriels ne suivent pas le cycle de Carnot (impraticable), mais des cycles optimisés pour la puissance. En MPSI, il faut savoir qu'ils existent et donner leur description qualitative ; les calculs détaillés sont en 2e année.
4 temps : (1) admission isobare, (2) compression adiabatique, (3) combustion isochore (allumage par bougie), (4) détente adiabatique motrice, échappement isochore. Rendement théorique où est le taux de compression. Pour et : (en pratique 30–35 % à cause des pertes).
Variante du Otto : la combustion se fait à pression constante (auto-allumage par compression du gazole, pas de bougie). Permet des taux de compression plus élevés (15–22) et donc un meilleur rendement (40–45 % en pratique). C'est ce qui rend le diesel plus économique que l'essence à puissance égale.
Cycle moteur utilisé dans les centrales thermiques (charbon, gaz, nucléaire) : pompe adiabatique → chaudière isobare → turbine adiabatique → condenseur isobare. Le fluide passe en cycle de l'état liquide à vapeur. Rendement réel : 35–45 %.
6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les problèmes de machines thermiques. Elles coûtent typiquement entre 1 et 3 points par occurrence.
7. Pour aller plus loin
Les machines thermiques sont l'aboutissement opérationnel de la thermo MPSI et le point d'entrée de la thermo MP / PC / PSI. Les chapitres et notions qui les réinvestissent directement :
- Thermodynamique en système ouvert (2e année) — Reprise des bilans d'énergie et d'entropie pour fluides en écoulement (turbines, compresseurs, échangeurs). Le cycle de Rankine y trouve sa forme complète.
- Diffusion thermique — Les irréversibilités des moteurs réels viennent en bonne partie d'échanges thermiques sous écart fini, gouvernés par la loi de Fourier .
- Cycles frigorifiques industriels — Cycle inverse de Rankine avec détente isenthalpique (Joule-Thomson), utilisé en climatisation et liquéfaction des gaz.
- Énergétique et transition — Le rendement de Carnot fixe la limite thermodynamique de toute conversion thermique : centrales nucléaires (35 %), centrales solaires thermiques (30 %), PAC géothermiques (). Sans cette borne, pas de débat sérieux sur l'efficacité énergétique.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu énoncer la convention de signe thermodynamique et l'appliquer correctement à un moteur, un frigo, une PAC ?
- Sais-tu écrire le premier principe sur un cycle () et l'inégalité de Clausius () ?
- Sais-tu démontrer qu'une machine monotherme cyclique ne peut pas être motrice (Kelvin) ?
- Sais-tu démontrer le théorème de Carnot en deux principes ?
- Sais-tu démontrer les bornes et ?
- Sais-tu décrire le cycle de Carnot (2 isothermes + 2 adiabatiques, toutes réversibles) et le dessiner dans et ?
- Sais-tu démontrer directement pour un cycle de Carnot avec gaz parfait (calcul explicite des et ) ?
- Sais-tu reconnaître que les cycles Otto, Diesel, Rankine ont tous un rendement ?
- Connais-tu les ordres de grandeur : moteur essence ≈ 35 %, Diesel ≈ 45 %, centrale ≈ 40 %, PAC domestique à ?
- Sais-tu différencier rendement et coefficient de performance (numérateur = effet utile, dénominateur = ce qu'on paye) ?
- Sais-tu pourquoi le cycle de Carnot n'est pas utilisé industriellement (puissance nulle) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Théorème de Carnot pour un moteur — bilan entropique + Clausius,
- Rendement du cycle de Carnot — calcul direct gaz parfait, isothermes + Laplace adiabatique,
- Plafonds des COP frigo et PAC — bilan entropique, et