Vue d'ensemble
Le circuit RLC série en régime libre est l'archétype de l'oscillateur amorti en MPSI : un condensateur initialement chargé se décharge dans une bobine, mais la résistance dissipe peu à peu l'énergie sous forme de chaleur. Selon la valeur du facteur de qualité , le système oscille longuement, revient lentement à l'équilibre, ou y revient le plus vite possible sans dépasser. Toute la matière du chapitre tient sur une équation différentielle d'ordre 2, son discriminant, et la lecture des 3 régimes. Cette fiche regroupe les 6 définitions-clés, les 5 théorèmes/formules et les 3 démonstrations à savoir refaire qui reviennent à chaque DS d'électrocinétique.
Prérequis
- Lois de Kirchhoff (loi des mailles, loi des nœuds) et relations constitutives , ,
- Résolution d'une équation différentielle linéaire d'ordre 2 à coefficients constants (équation caractéristique, discriminant, 3 cas)
- Oscillateur harmonique non amorti : équation , solution
- Notation complexe et calcul d'exponentielles complexes : , partie réelle
- Énergie stockée dans un condensateur et dans une bobine
Tu confonds régime apériodique et pseudo-périodique en DS ? C'est l'erreur n°1 sanctionnée sur ce chapitre — et c'est aussi celle qui revient en oral CCINP et Mines. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font tracer les 3 portraits de phase au tableau et reprennent ta mise en équation pas à pas sur exos type concours.
Trouver un mentor MPSI →1. Mise en équation du circuit RLC série
1.1 — Le circuit canonique
Un circuit RLC série est constitué d'un condensateur de capacité , d'une bobine d'inductance et d'un conducteur ohmique de résistance , branchés en série en boucle fermée. On parle de régime libre lorsque le circuit n'est plus alimenté : la dynamique provient uniquement de l'énergie initialement stockée (typiquement, le condensateur chargé sous une tension à ).
La tension aux bornes du condensateur satisfait l'équation différentielle :
Démonstration (loi des mailles et relations constitutives)
Orientons la maille dans le sens de la décharge du condensateur. Le courant sortant de l'armature positive du condensateur vérifie :
Attention au signe : avec la convention récepteur sur le condensateur, on a ; en convention générateur (sens de décharge), on prend l'opposé. Dans la suite on s'aligne sur la convention récepteur sur les trois dipôles, courant orienté dans le même sens dans toute la maille.
La loi des mailles s'écrit alors :
avec :
En reportant et en réordonnant les termes :
C'est une équation différentielle linéaire, homogène, d'ordre 2, à coefficients constants — le squelette de tous les oscillateurs amortis libres.
- La tension aux bornes d'un condensateur (sinon, serait infini).
- Le courant dans une bobine (sinon, serait infini).
1.2 — Forme canonique
On définit la pulsation propre et le facteur de qualité du circuit RLC série par :
Unités : en rad·s⁻¹, sans dimension. caractérise la « vitesse » d'oscillation du circuit sans amortissement, caractérise le rapport « énergie stockée / énergie dissipée par radian ». Plus est grand, moins le circuit est amorti.
En divisant l'équation différentielle par , on obtient la forme canonique universelle des oscillateurs amortis :
Forme équivalente avec le coefficient d'amortissement réduit (parfois noté ) :
Cette forme canonique est indépendante du système physique : elle s'applique à un RLC, à un ressort avec frottement fluide, à un pendule pesant amorti, à un circuit RLC parallèle… On y lit directement , et donc le régime.
- Diviser par pour obtenir le coefficient devant .
- Identifier (donc ) et (donc ).
2. Les trois régimes d'amortissement
2.1 — Équation caractéristique et discriminant
On cherche des solutions de la forme . Reportées dans la forme canonique, elles donnent l'équation caractéristique :
Son discriminant est :
Le signe de ne dépend que de — d'où la classification en 3 régimes.
Selon la valeur du facteur de qualité (équivalemment du coefficient d'amortissement ), le circuit RLC série en régime libre adopte l'un des trois régimes suivants :
- Régime apériodique Q < 1/2 (soit \xi > 1) : \Delta > 0, deux racines réelles négatives, retour exponentiel sans oscillation.
- Régime critique (soit ) : , racine double réelle négative, retour le plus rapide possible sans oscillation.
- Régime pseudo-périodique Q > 1/2 (soit \xi < 1) : \Delta < 0, deux racines complexes conjuguées à partie réelle négative, oscillations amorties exponentiellement.
Démonstration (discussion du discriminant + résolution des 3 cas)
Le discriminant a pour signe celui de . On distingue les 3 cas.
Cas 1 — Régime apériodique (Q < 1/2, \Delta > 0). L'équation caractéristique admet deux racines réelles :
Les deux racines sont négatives (produit r_1 r_2 = \omega_0^2 > 0, somme r_1 + r_2 = -\omega_0/Q < 0). La solution générale est :
somme de deux exponentielles décroissantes : retour à l'équilibre sans oscillation.
Cas 2 — Régime critique (, ). L'équation caractéristique a une racine double . La solution générale prend la forme :
C'est encore un retour exponentiel sans oscillation, mais c'est le retour le plus rapide possible sans dépassement (voir Théorème 2.4).
Cas 3 — Régime pseudo-périodique (Q > 1/2, \Delta < 0). L'équation caractéristique a deux racines complexes conjuguées :
avec \alpha = \omega_0/(2 Q) > 0 (le coefficient d'amortissement) et la pseudo-pulsation. La solution générale réelle est :
L'enveloppe décroît exponentiellement, le cosinus oscille à la pseudo-pulsation \omega < \omega_0. Le temps caractéristique d'amortissement est .
2.2 — Solutions explicites et optimalité du régime critique
Pour Q < 1/2, avec et , la solution est avec , . reste positive et décroît monotonement de à .
À conditions initiales fixées, le régime critique () ramène le système à l'équilibre le plus rapidement possible sans dépassement. C'est le régime recherché dans les amortisseurs automobiles, les asservissements et les galvanomètres balistiques. Solution explicite avec , :
2.3 — Régime pseudo-périodique
En régime pseudo-périodique (Q > 1/2), la solution s'écrit :
avec :
- Pseudo-pulsation : .
- Pseudo-période : .
- Temps caractéristique d'amortissement : .
Approximation (faible amortissement) :
Plus l'amortissement est faible, plus la pseudo-période est proche de la période propre de l'oscillateur non amorti. Le nombre d'oscillations « visibles » avant extinction (chute d'un facteur sur l'enveloppe, soit à ) est .
Tu sais distinguer Δ > 0, Δ = 0, Δ < 0 sur le papier — mais en DS tu figeras devant la discussion ? En 1 séance, un mentor Majorant alumni X · Centrale te fait dérouler les 3 cas sur 3 oscillogrammes différents et t'apprend à dégainer la forme canonique en moins de 2 minutes sur n'importe quelle équa-diff.
Réserver une séance ciblée →3. Décrément logarithmique (mesure de l'amortissement)
En régime pseudo-périodique, on appelle décrément logarithmique le logarithme népérien du rapport entre deux amplitudes successives séparées d'une pseudo-période :
est indépendant du choix de (à condition de mesurer aux mêmes instants relatifs dans la pseudo-période, par exemple aux maxima successifs ou aux passages par zéro de même sens). C'est la grandeur expérimentale qui permet de mesurer l'amortissement sur un oscillogramme.
Le décrément logarithmique du RLC série en régime pseudo-périodique vaut :
Dans la limite (faible amortissement), on retient :
Démonstration (calcul direct du rapport d'amplitudes)
En régime pseudo-périodique, avec et . À l'instant :
Or , donc le cosinus est inchangé : . Le rapport devient :
D'où, en prenant le logarithme :
Reste à exprimer en fonction de :
Pour , le radical tend vers et il reste .
- Relever la pseudo-période : mesurer la distance temporelle entre deux passages par zéro de même sens (ou entre deux maxima consécutifs) — utiliser plusieurs périodes pour réduire l'erreur de lecture.
- Relever deux amplitudes successives séparées d'une pseudo-période (ou séparées de pseudo-périodes pour gagner en précision).
- Calculer : sur une période, ou sur périodes.
- En déduire : si est petit (typiquement \delta < 0{,}3, correspondant à Q > 10).
- Vérifier par : confronter à .
4. Aspects énergétiques et portrait de phase
4.1 — Bilan énergétique
L'énergie totale du circuit est la somme magnétique + électrique :
En multipliant la loi des mailles par , on obtient le bilan énergétique :
L'énergie décroît : la dissipe par effet Joule. En régime pseudo-périodique, l'enveloppe de décroît comme (deux fois plus vite que celle de , car l'énergie est quadratique).
4.2 — Portrait de phase qualitatif
- Apériodique (Q < 1/2) : trajectoire descend vers l'origine sans tourner — l'origine est un nœud stable.
- Critique () : trajectoire similaire, retour le plus rapide, nœud stable dégénéré.
- Pseudo-périodique (Q > 1/2) : trajectoire en spirale autour de l'origine, qui devient un foyer stable.
- Cas limite () : ellipses fermées, trajectoires périodiques strictes, énergie conservée — c'est l'oscillateur harmonique.
5. Analogie mécanique-électrique
L'équation d'un système masse-ressort avec frottement fluide et celle du RLC série ont exactement la même structure. L'identification terme à terme donne le dictionnaire :
- Masse ↔ Inductance (l'inertie de la bobine s'oppose à la variation du courant comme la masse s'oppose à la variation de vitesse).
- Raideur ↔ (un condensateur peu capacitif « rappelle » fortement vers l'équilibre, comme un ressort raide).
- Coefficient de frottement ↔ Résistance (les deux dissipent l'énergie par effet Joule).
- Position ↔ Tension (ou charge ).
- Vitesse ↔ Courant (à un facteur près).
- Énergie cinétique ↔ Énergie magnétique .
- Énergie potentielle élastique ↔ Énergie électrique .
6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont systématiquement relevées dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves d'électrocinétique. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence — et plombent ta note finale parce qu'elles s'enchaînent (signe faux → régime faux → solution fausse).
7. Pour aller plus loin
L'oscillateur amorti libre est la brique de base de toute l'électrocinétique et de la mécanique vibratoire. Les chapitres et notions qui s'appuient directement dessus :
- Oscillateur en régime forcé / résonance — ajouter une excitation sinusoïdale au second membre conduit à la résonance en amplitude et la résonance en intensité, avec acuité .
- Filtrage linéaire (sup et spé) — le RLC série en régime sinusoïdal forcé devient un filtre passe-bande dont la sélectivité est fixée par . Le décrément logarithmique se relie à la bande passante .
- Oscillations mécaniques amorties — pendule simple avec frottement fluide, ressort vertical amorti, suspension automobile : équations identiques au RLC via l'analogie m ↔ L, k ↔ 1/C, h ↔ R.
- Stabilité des systèmes asservis (spé) — la notion de marge d'amortissement et le réglage du facteur de qualité d'un correcteur PID prolongent directement la discussion des 3 régimes.
- Modes propres en physique des ondes (spé) — corde vibrante amortie, cavités résonantes, modes d'une membrane : chacun se ramène à un oscillateur amorti indépendant pour chaque mode.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS d'électrocinétique, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu retrouver l'équation différentielle à partir de la loi des mailles et des relations constitutives ?
- Sais-tu mettre cette équation sous forme canonique en 30 secondes ?
- Connais-tu par cœur et pour le RLC série, ainsi que pour le RLC parallèle ?
- Sais-tu énoncer les trois régimes en fonction de (apériodique Q < 1/2, critique , pseudo-périodique Q > 1/2) et le signe du discriminant correspondant ?
- Sais-tu écrire la solution générale dans chacun des trois régimes (deux exponentielles, , enveloppe × cosinus) ?
- Sais-tu identifier la pseudo-pulsation et l'approximation pour ?
- Sais-tu démontrer la formule (à ) du décrément logarithmique et l'utiliser pour mesurer sur un oscillogramme ?
- Connais-tu les deux continuités fondamentales : continue, continue (et pas les deux autres) ?
- Sais-tu écrire le bilan énergétique et expliquer pourquoi l'énergie décroît comme ?
- Sais-tu décrire qualitativement le portrait de phase dans chacun des 3 régimes (nœud, foyer, spirale) ?
- Sais-tu invoquer l'analogie ressort amorti ↔ RLC série (m ↔ L, k ↔ 1/C, h ↔ R) et l'utiliser pour deviner une formule sans repartir des équations ?
- Sais-tu reconnaître le régime critique comme « le retour le plus rapide sans dépassement » et citer un système physique qui l'exploite (amortisseur, asservissement) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Mise en équation du RLC série — loi des mailles + relations constitutives , ,
- Discussion des trois régimes — discriminant , solution dans chacun des 3 cas
- Expression du décrément logarithmique — calcul direct du rapport , d'où pour