Vue d'ensemble
Après les expériences fondatrices (corps noir, photoélectrique, Young photon par photon, Davisson-Germer), il faut un cadre mathématique capable de décrire à la fois l'aspect ondulatoire et l'aspect probabiliste d'une particule. Ce cadre, c'est la fonction d'onde ψ(x,t) — l'objet central de toute la mécanique quantique moderne. Cette fiche couvre le postulat fondamental (interprétation probabiliste de Born), la condition de normalisation, les états stationnaires d'énergie bien définie, l'application emblématique de la particule dans un puits de potentiel infini 1D (qui donne la quantification explicite ), l'énergie de point zéro et son lien avec Heisenberg, et le modèle boîte 1D pour la couleur du carotène. Au total : 3 démonstrations à savoir refaire et les pièges récurrents en DS.
Prérequis
- Dualité onde-corpuscule, relation de de Broglie , relation de Planck-Einstein (chapitre quantique 1)
- Inégalité de Heisenberg position-impulsion
- Ondes stationnaires sur une corde fixée à ses deux extrémités (formation de nœuds et ventres)
- Intégration : intégrale d'un sinus carré, intégrales à bornes (probabilité totale)
- Notion de densité de probabilité (en statistiques : densité × largeur = probabilité)
La fonction d'onde, ça paraît abstrait — et pourtant c'est LE chapitre qui tombe le plus à l'oral. Le jury veut entendre les bons mots : « densité de probabilité », « états stationnaires », « confinement → énergie minimale ». Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font travailler ce vocabulaire en cours particuliers, avec exos type CCINP sur le puits infini et le carotène.
Trouver un mentor MPSI →1. La fonction d'onde — postulat fondamental
1.1 — Définition et interprétation probabiliste
À toute particule quantique évoluant à une dimension est associée une fonction ψ(x,t), à valeurs complexes, appelée fonction d'onde. Elle dépend de la position et du temps , et concentre toute l'information physique accessible sur la particule (position, impulsion, énergie). On la note aussi selon les auteurs.
Le module au carré de la fonction d'onde est une densité de probabilité de présence :
est la probabilité de trouver la particule, à l'instant , dans une tranche . La probabilité que la particule se trouve dans un intervalle à l'instant vaut donc :
1.2 — Condition de normalisation
La particule existe — donc la probabilité totale de la trouver quelque part sur l'axe vaut 1. Toute fonction d'onde physiquement admissible doit donc être de carré intégrable et satisfaire :
Cette condition s'appelle la condition de normalisation. Elle fixe la constante multiplicative globale de ψ.
- Écrire la condition : .
- Sortir la constante : .
- Calculer l'intégrale (souvent un sinus carré, une exponentielle gaussienne…).
- En déduire . On prend en général réel positif (la phase globale n'a pas de sens physique).
2. États stationnaires d'énergie E
Un état stationnaire est un état quantique d'énergie bien définie. Sa fonction d'onde se factorise en un produit d'une partie spatiale et d'une partie temporelle phase pure :
avec la constante de Planck réduite et l'énergie de l'état.
Un niveau d'énergie est une valeur pour laquelle il existe (au moins) un état stationnaire physiquement admissible (ψ normalisable et conditions aux limites vérifiées). L'énergie est quantifiée si l'ensemble des niveaux est discret : seules certaines valeurs précises d'énergie sont permises, à la différence du cas classique où le continuum énergétique est entièrement accessible.
Pour un état stationnaire , on a :
La densité de probabilité de présence est indépendante du temps. C'est exactement ce qui justifie l'adjectif « stationnaire » : ce n'est pas la fonction d'onde qui est figée (elle oscille en phase), c'est l'observable « probabilité de présence » qui ne bouge pas.
3. Particule dans un puits de potentiel infini 1D
3.1 — Le modèle et les conditions aux limites
Une particule de masse est confinée dans une « boîte » 1D par un potentiel infini à l'extérieur et nul à l'intérieur :
C'est l'analogue quantique d'une bille rebondissant entre deux murs parfaitement durs. Modèle simpliste mais étonnamment efficace (cf. carotène, section 4).
La particule ne pouvant physiquement jamais se trouver dans une région d'énergie infinie, sa fonction d'onde doit s'y annuler :
Par continuité de ψ, on en déduit les conditions aux limites aux deux bords du puits :
Ce sont elles qui vont sélectionner — par quantification — les énergies permises.
3.2 — Quantification de l'énergie
Les états stationnaires d'une particule dans un puits infini 1D sont indexés par un entier , et leurs énergies sont quantifiées :
Les fonctions d'onde spatiales associées (normalisées) sont :
L'entier s'appelle le nombre quantique principal. Le cas correspond à l'état fondamental ; les sont les états excités.
Démonstration (heuristique « onde de de Broglie + conditions aux limites »)
À l'intérieur du puits, la particule est libre () : sa fonction d'onde spatiale se comporte comme une onde de de Broglie de longueur d'onde . On cherche donc une solution stationnaire de la forme :
Étape 1 — Première condition aux limites. En : , donc .
Étape 2 — Deuxième condition aux limites. En : . Comme (sinon ψ identiquement nulle, pas de particule), il faut :
On garde les valeurs positives (les donnent les mêmes fonctions au signe global près — sans pertinence physique car phase globale). D'où la quantification du vecteur d'onde :
Étape 3 — Quantification de l'énergie. Dans le puits, donc l'énergie est purement cinétique : . Or la relation de de Broglie donne , donc :
En remplaçant : , donc :
Étape 4 — Normalisation. On impose . L'intégrale du sinus carré sur un nombre entier de demi-périodes vaut , d'où , donc (choix de réel positif). On obtient bien :
Remarque méthode : c'est exactement la même démarche que les ondes stationnaires sur une corde fixée à ses deux extrémités — d'où l'intuition de la quantification.
3.3 — Énergie de point zéro et lien avec Heisenberg
L'énergie du fondamental est strictement positive :
C'est l'énergie de point zéro : même au zéro absolu, une particule confinée ne peut pas être au repos. Ce résultat est exigible : il faut savoir l'expliquer via l'inégalité de Heisenberg.
Démonstration (estimation par l'inégalité de Heisenberg)
Étape 1 — Incertitude sur la position. La particule est confinée dans , donc son indétermination en position vérifie (ordre de grandeur).
Étape 2 — Inégalité de Heisenberg. L'inégalité impose alors :
Étape 3 — Énergie cinétique minimale. Comme par symétrie (la particule a autant de chance d'aller à gauche qu'à droite), on a . L'énergie cinétique minimale est donc :
Étape 4 — Comparaison à . Or : c'est le même ordre de grandeur que , au facteur près (lié à la forme exacte de la fonction d'onde fondamentale). Heisenberg impose donc une énergie cinétique strictement positive dès qu'on confine la particule — c'est le contenu physique de .
Lecture intuitive : confiner = imposer petit = imposer grand = imposer une énergie cinétique grande. Le mot-clé en copie est « confinement ».
Le lien puits infini ↔ Heisenberg est LA question qui fait basculer une oral Mines-Ponts. Le jury veut t'entendre dire les bons mots dans le bon ordre : confinement → → → énergie minimale. Une séance ciblée avec un mentor Majorant alumni de l'X et tu maîtrises le récit.
Réserver une séance ciblée →4. Application — La couleur du β-carotène (boîte 1D)
Le β-carotène est la molécule responsable de la couleur orange de la carotte. Elle est constituée d'une longue chaîne carbonée d'environ nm sur laquelle 22 électrons peuvent se déplacer librement — exactement comme dans un puits 1D. C'est le premier succès quantitatif du modèle de la boîte.
- Modéliser : les électrons sont libres dans une « boîte 1D » de longueur , confinés par les bords de la chaîne conjuguée.
- Remplir les niveaux selon le principe de Pauli : 2 électrons par niveau (spins opposés). Avec 22 électrons , les niveaux à sont occupés (le HOMO est ).
- Transition électronique : un photon est absorbé pour faire passer un électron du HOMO au LUMO . L'énergie du photon est :
- Conclure sur ; pour le carotène, nm — c'est-à-dire bleu. Or : une molécule qui absorbe le bleu apparaît orange (couleur complémentaire). C'est exactement la couleur observée.
5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves de physique quantique. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
6. Pour aller plus loin
La fonction d'onde est l'infrastructure de toute la mécanique quantique. Le programme MPSI se limite au puits infini 1D, mais le cadre s'étend (en spé MP/PC/PSI et au-delà) à des situations bien plus riches :
- Puits fini, marche et barrière de potentiel — effet tunnel, exponentielles décroissantes dans les zones classiquement interdites, diodes tunnel et microscope à effet tunnel (STM).
- Oscillateur harmonique quantique — niveaux , point zéro , fonctions d'Hermite. Modèle central pour les vibrations moléculaires (spectroscopie IR).
- Atome d'hydrogène — généralisation à 3D, niveaux (cette fois ils se resserrent), orbitales s, p, d.
- Équation de Schrödinger — hors-prog MPSI, mais c'est l'équation maître dont la fonction d'onde est solution. Elle joue pour la quantique le rôle que jouent les équations de Maxwell pour l'électromagnétisme.
- Cristaux et conduction — l'extension du puits 1D à un réseau périodique donne la théorie des bandes (isolants, semi-conducteurs, métaux) : tout l'électronique repose dessus.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu énoncer le postulat de Born : = probabilité de présence dans ?
- Sais-tu écrire la condition de normalisation et normaliser un sinus sur ?
- Sais-tu donner l'unité de ψ à 1D (m) et de (m) ?
- Sais-tu définir un état stationnaire et montrer que sa densité de probabilité ne dépend pas du temps ?
- Sais-tu poser les conditions aux limites pour un puits infini et en déduire ?
- Sais-tu démontrer la formule à partir de et ?
- Connais-tu par cœur la fonction d'onde normalisée ?
- Sais-tu calculer l'écart et expliquer pourquoi les niveaux s'écartent ?
- Sais-tu retrouver l'énergie de point zéro via Heisenberg () ?
- Sais-tu expliquer le modèle de la boîte 1D pour le carotène (transition HOMO → LUMO, nm, perçu orange) ?
- Sais-tu citer le piège « augmente quand augmente » (FAUX, c'est l'inverse) et le justifier physiquement ?
- Sais-tu pourquoi la numérotation commence à (et pas ) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Quantification de l'énergie dans le puits infini — CL ψ(0) = ψ(L) = 0 → sinus → → , normalisation
- Énergie de point zéro et lien Heisenberg — confinement → →