Vue d'ensemble
C'est le chapitre charnière de l'électrocinétique en MPSI : après avoir posé charges, courants et tensions au chapitre précédent, on dispose ici des lois générales de Kirchhoff (loi des nœuds et loi des mailles) et de la boîte à outils qui en découle — associations série/parallèle, ponts diviseurs, équivalence Thévenin ↔ Norton et théorème de Millman. Tout ce que tu feras en RC, RL, RLC, puis en régime sinusoïdal forcé en spé reposera sur ces lois. Cette fiche regroupe les 6 définitions clés, les 7 théorèmes et propositions structurants, les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui coûtent des points dès le premier DS.
Prérequis
- Charge, courant , tension et conventions générateur/récepteur (chapitre Électricité 1)
- Loi d'Ohm pour un résistor (convention récepteur) et caractéristiques des sources idéales de tension et de courant
- Manipulation algébrique des systèmes linéaires (résolution à 2 ou 3 inconnues)
Tu sais énoncer la loi des mailles mais tu te trompes de signe une fois sur deux ? C'est l'erreur n°1 en électricité MPSI — elle coûte 2 à 4 points par DS toute l'année. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font automatiser la convention en cours particuliers, sur tes propres schémas de DS et khôlles.
Trouver un mentor MPSI →1. Régime stationnaire, régime variable et ARQS
1.1 — Régime stationnaire (continu)
Un circuit est en régime stationnaire (encore appelé régime continu) lorsque toutes les grandeurs électriques — intensités , tensions , potentiels , charges — sont indépendantes du temps. On note alors les grandeurs en majuscules : , , .
En régime stationnaire :
1.2 — Régime variable et ARQS
Un circuit est en régime variable lorsqu'au moins une grandeur (courant, tension, charge) dépend du temps. En MPSI : régime transitoire (réponse à un échelon) et régime sinusoïdal forcé (introduit en fin d'année, approfondi en spé).
L'ARQS consiste à supposer que les grandeurs électriques varient suffisamment lentement pour que l'on puisse négliger le temps de propagation des signaux dans le circuit. Concrètement, si est le temps caractéristique d'évolution des grandeurs et la dimension du circuit, l'ARQS est valide tant que :
avec la célérité de la lumière. Dans ce cadre, l'intensité du courant est la même en tout point d'une branche à un instant donné, et les lois de Kirchhoff (établies pour le régime stationnaire) restent valables instant par instant.
2. Lois de Kirchhoff — nœuds et mailles
2.1 — Vocabulaire des circuits
- Un nœud est un point du circuit où arrivent au moins trois fils (au moins trois branches).
- Une branche est une portion de circuit reliant deux nœuds consécutifs, sans nœud intermédiaire. L'intensité y est la même en tout point (en ARQS).
- Une maille est une boucle fermée du circuit, parcourue dans un sens d'orientation choisi arbitrairement.
2.2 — Loi des nœuds
En ARQS, en tout nœud d'un circuit, la somme des intensités entrantes est égale à la somme des intensités sortantes :
Avec une convention algébrique où l'on compte si entre dans le nœud, sinon, cela s'écrit de façon compacte :
Démonstration (par conservation de la charge en ARQS)
Soit un nœud . On entoure par une surface fermée ne coupant que les fils aboutissant à . La conservation de la charge appliquée à contenue dans donne :
avec si entre dans , sinon. En ARQS, on suppose qu'il n'y a aucune accumulation de charge dans le nœud (un nœud est une jonction sans capacité propre) : est constante, donc , d'où :
Remarque : la démonstration s'étend à toute surface fermée englobant plusieurs nœuds (loi des nœuds élargie).
2.3 — Loi des mailles
Dans toute maille orientée d'un circuit, la somme algébrique des tensions le long de la maille est nulle :
où si la flèche de est dans le sens d'orientation de la maille, sinon.
Démonstration (par circulation du potentiel)
Numérotons les nœuds parcourus dans le sens de la maille. Par définition, . Somme sur toute la maille :
puisque (maille fermée). Cette somme télescopique est exactement la somme algébrique des tensions ; en réintroduisant selon que la flèche de coïncide ou non avec le sens de parcours, on obtient . On retrouve la conservation du potentiel, conséquence du caractère conservatif du champ en ARQS.
- Oriente la maille (flèche courbe sur le schéma).
- Pour chaque dipôle rencontré, repère la flèche de tension :
- si la flèche est dans le même sens que la maille → ,
- sinon → .
- Écris puis remplace par les expressions des dipôles (, pour une f.é.m., etc.) en faisant bien attention à la convention (générateur ou récepteur).
- Résous ; un résultat négatif signifie que la grandeur réelle est de sens opposé à la flèche initiale.
3. Associations de résistors — série et parallèle
3.1 — Résistors en série
Pour résistors associés en série (parcourus par la même intensité ), la résistance équivalente vaut :
Démonstration (loi des mailles + loi d'Ohm)
Soient en série, parcourus par la même intensité (loi des nœuds entre chaque paire consécutive). En convention récepteur, . Par additivité des tensions le long d'une branche :
Par définition, . Identification : . L'association est strictement équivalente à un seul résistor, de résistance plus grande que chaque .
3.2 — Résistors en parallèle
Pour résistors associés en parallèle (soumis à la même tension ), la résistance équivalente vérifie :
De manière équivalente, en posant la conductance du résistor (en siemens, ) : .
Démonstration (loi des nœuds + loi d'Ohm)
Soient en parallèle, soumis à la même tension . Loi d'Ohm sur chaque branche : . Loi des nœuds sur un nœud commun (avec courant total entrant) :
Or . Identification : . L'association se résume aux conductances par sommation directe — exactement comme la série en résistances. Cette dualité tension ↔ courant se retrouvera dans Thévenin ↔ Norton.
4. Ponts diviseurs de tension et de courant
4.1 — Pont diviseur de tension
Soient deux résistors et en série, soumis à une tension totale . La tension aux bornes de vaut :
Plus généralement, pour résistors en série soumis à , la tension aux bornes de vaut :
Démonstration (série + loi d'Ohm)
Soient en série, parcourus par la même intensité . La résistance équivalente est (Théorème 3.1). L'intensité commune vaut donc . En convention récepteur :
Lecture physique : la tension se répartit proportionnellement aux résistances — plus est grande, plus elle « consomme » de tension.
4.2 — Pont diviseur de courant
Soient deux résistors et en parallèle, soumis à un courant total entrant. Le courant traversant vaut :
avec la conductance. Plus généralement, pour résistors en parallèle :
- Diviseur de tension (série) : .
- Diviseur de courant (parallèle) : .
Ponts diviseurs et théorèmes de Thévenin/Norton sont LE goulot d'étranglement des DS d'électricité MPSI. 1 séance avec un mentor Majorant alumni de l'X pour automatiser les réflexes — diviseur applicable / non applicable, choix Thévenin vs Norton, simplifications successives.
Réserver une séance ciblée →5. Modèles équivalents de Thévenin et de Norton
5.1 — Modèle de Thévenin
Tout dipôle linéaire (constitué de résistors et de sources idéales) est équivalent, vu de ses deux bornes, à l'association en série :
- d'une source idéale de tension (f.é.m. de Thévenin),
- d'un résistor (résistance de Thévenin).
est la tension à vide aux bornes du dipôle (circuit ouvert), et est la résistance équivalente vue des bornes quand on éteint toutes les sources (sources de tension remplacées par des fils, sources de courant par des circuits ouverts).
5.2 — Modèle de Norton
Le même dipôle linéaire est équivalent, vu de ses deux bornes, à l'association en parallèle :
- d'une source idéale de courant (courant de Norton, courant de court-circuit),
- d'un résistor .
est le courant de court-circuit que débite le dipôle lorsqu'on relie ses deux bornes par un fil.
Les modèles de Thévenin et de Norton d'un même dipôle linéaire vérifient :
On passe librement de l'un à l'autre selon ce qui simplifie le calcul : Thévenin lorsqu'on cherche une tension, Norton lorsqu'on cherche un courant.
- Identifier les deux bornes et « de sortie » du dipôle.
- Calculer = tension à vide (rien de branché entre et ). Utilise loi des mailles, ponts diviseurs ou Millman selon la topologie.
- Calculer = résistance équivalente vue de après extinction des sources idéales (tension → court-circuit, courant → circuit ouvert).
- Vérifier (optionnel) en calculant le courant de court-circuit (relier et par un fil) et en testant la relation .
6. Théorème de Millman et résolution systématique
6.1 — Théorème de Millman
Soit un nœud relié à nœuds par des résistors . Soit le potentiel de et celui de . Alors :
Le potentiel d'un nœud est la moyenne pondérée des potentiels des nœuds voisins, les poids étant les conductances .
6.2 — Méthode systématique de résolution d'un circuit linéaire continu
- Simplifier la topologie : repérer les associations série/parallèle et les remplacer par des résistances équivalentes lorsque c'est possible sans perdre l'information cherchée.
- Choisir une référence de potentiel (masse, ) et orienter les courants dans chaque branche.
- Choisir la stratégie la plus économique :
- peu de nœuds, beaucoup de mailles → loi des mailles avec courants de branche comme inconnues ;
- beaucoup de nœuds, géométrie en étoile → Millman avec potentiels comme inconnues ;
- générateur de Thévenin ou Norton apparent → équivalence Thévenin ↔ Norton pour simplifier ;
- résistor de sortie isolé → modèle de Thévenin vu de la sortie puis simple maille.
- Écrire le système linéaire et le résoudre.
- Contrôler par dimensions (unités !) et limites (, , source éteinte). Un signe négatif inattendu ? Revoir l'orientation choisie.
7. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves d'électrocinétique. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
8. Pour aller plus loin
Les lois générales de l'électricité sont le socle de tout le reste de l'électrocinétique en MPSI puis en spé. Les chapitres qui les réinvestissent directement :
- Régime transitoire RC, RL, RLC — Kirchhoff + et donnent les équations différentielles linéaires d'ordre 1 puis 2.
- Régime sinusoïdal forcé — Kirchhoff, ponts diviseurs, Thévenin/Norton et Millman s'étendent intégralement avec impédances complexes au lieu de .
- Filtrage et fonctions de transfert — un filtre est un pont diviseur d'impédances ; est un diviseur de tension complexe.
- Électromagnétisme — la loi des nœuds devient et la loi des mailles (en statique).
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu différencier régime stationnaire, régime variable et ARQS, et préciser quand l'ARQS s'applique ?
- Sais-tu énoncer la loi des nœuds et la démontrer à partir de la conservation de la charge ?
- Sais-tu énoncer la loi des mailles et la démontrer par la circulation télescopique du potentiel ?
- Connais-tu la procédure en 4 étapes pour appliquer la loi des mailles sans erreur de signe ?
- Sais-tu retrouver (série) et (parallèle) à partir des lois de Kirchhoff ?
- Sais-tu démontrer la formule du pont diviseur de tension ?
- Sais-tu énoncer la formule du pont diviseur de courant et reconnaître l'hypothèse cachée du diviseur de tension (« pont non chargé ») ?
- Sais-tu construire le modèle de Thévenin d'un dipôle linéaire (calcul de à vide + après extinction) ?
- Sais-tu passer de Thévenin à Norton via ?
- Sais-tu appliquer le théorème de Millman comme « loi des nœuds en potentiels » ?
- Sais-tu choisir la bonne stratégie (mailles, Millman, Thévenin) selon la topologie d'un circuit ?
Démonstrations à savoir refaire
- Loi des nœuds — conservation de la charge en ARQS sur une surface fermée
- Loi des mailles — somme télescopique des différences de potentiel sur un cycle
- Résistance équivalente série — loi des mailles + même intensité
- Résistance équivalente parallèle — loi des nœuds + même tension
- Pont diviseur de tension — combine série + loi d'Ohm sur la résistance équivalente