Vue d'ensemble
C'est le chapitre d'entrée en électrocinétique en MPSI : on y fixe le vocabulaire (charge, courant, tension, potentiel) et les conventions d'orientation qui conditionnent tout le reste de l'année — lois de Kirchhoff, régime continu, régime transitoire des circuits RC/RL/RLC, puis régime sinusoïdal forcé. Cette fiche regroupe les 8 définitions formelles, les 4 théorèmes et propositions structurants, les 3 démonstrations à savoir refaire et les pièges de convention qui font perdre des points dès le premier DS.
Prérequis
- Notion d'intégrale d'une fonction du temps et de dérivée
- Produit scalaire et flux d'un champ vectoriel à travers une surface orientée
- Énergie cinétique, travail d'une force, puissance instantanée (mécanique terminale)
Tu confonds encore convention générateur et convention récepteur ? C'est l'erreur qui coûte 2 à 4 points par DS d'électricité toute l'année. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font automatiser le réflexe en cours particuliers, avec des schémas tirés de tes propres DS et khôlles MPSI.
Trouver un mentor MPSI →1. Charge électrique et conservation
1.1 — Charge et quantification
La charge électrique est une grandeur physique scalaire associée à la matière, qui peut être positive, négative ou nulle. Elle s'exprime en coulombs () dans le SI. Elle caractérise l'interaction électromagnétique au même titre que la masse caractérise l'interaction gravitationnelle.
Toute charge électrique observée est un multiple entier de la charge élémentaire :
Pour tout corps macroscopique, avec . Le proton porte , l'électron , le neutron . En électrocinétique, on travaille à des échelles où est gigantesque ( pour coulomb) : on traite donc comme une variable continue.
1.2 — Conservation de la charge
Dans un système fermé (qui n'échange pas de matière avec l'extérieur), la charge électrique totale est constante. À l'échelle d'un nœud de circuit en régime quelconque, cette conservation se traduit par la loi des nœuds : la somme algébrique des intensités entrant dans un nœud est nulle.
Démonstration (bilan de charge sur un nœud)
Considérons un nœud d'un circuit relié à branches. On note l'intensité algébrique dans la branche , orientée vers le nœud (convention « entrant »). Soit la charge totale présente dans le nœud (volume infinitésimal autour du point de jonction).
Pendant l'intervalle , la branche apporte au nœud la charge (par définition de l'intensité, cf. §2.1). La variation de charge dans le nœud est, par conservation :
Or, dans l'approximation des régimes quasi-stationnaires (ARQS) utilisée en MPSI, on néglige toute accumulation de charge en un point du circuit : reste constante, donc . On obtient :
En séparant les courants entrants et sortants, cela s'écrit aussi — la formulation usuelle.
2. Intensité du courant et densité de courant
2.1 — Intensité : définition et orientation
Soit une section d'un conducteur, orientée arbitrairement par un vecteur normal . On appelle intensité du courant à travers la grandeur algébrique :
où est la charge algébrique qui traverse dans le sens de pendant . L'unité SI est l'ampère ().
Sur un schéma de circuit, on choisit librement un sens d'orientation pour chaque branche (flèche sur le fil). L'intensité est alors une grandeur algébrique : si à un instant le courant physique va dans le sens choisi, ; sinon, . Le résultat physique ne dépend pas du choix d'orientation, mais les signes des équations en dépendent — d'où l'importance de tracer toutes les flèches AVANT d'écrire les lois.
2.2 — Densité volumique de courant
Au sein d'un conducteur, on définit le vecteur densité de courant en un point tel que :
où avec le vecteur normal à orienté dans le sens conventionnel choisi. L'unité de est .
Pour un milieu contenant des porteurs de charge de densité volumique de charge (en ) se déplaçant à la vitesse de dérive :
En particulier, pour un conducteur métallique uniforme parcouru par un courant uniforme sur une section , l'intensité s'écrit simplement :
(le courant et la normale étant choisis colinéaires).
Démonstration (bilan de charge sur un cylindre élémentaire)
Considérons un conducteur cylindrique de section , orienté par le vecteur normal colinéaire à l'axe. Les porteurs de charge ont tous la même vitesse de dérive et la densité volumique de charge mobile vaut . Comptons la charge qui traverse entre et .
Pendant , un porteur de charge se déplace de . Les porteurs qui traversent à l'instant sont donc exactement ceux qui se trouvaient, à , dans le cylindre de base et de longueur situé en amont de . Le volume de ce cylindre est :
La charge contenue dans ce volume vaut . Par définition de l'intensité :
En revenant à la définition générale et puisque est uniforme sur et colinéaire à , on a aussi . Par identification :
3. Tension, potentiel, masse
3.1 — Différence de potentiel
Soient et deux points d'un circuit. On définit la tension (ou différence de potentiel) entre et par :
L'unité SI est le volt (). Sur un schéma, on représente par une flèche dirigée de vers (la pointe pointe vers le potentiel le plus haut quand ).
Le potentiel n'est défini qu'à une constante additive près. On choisit donc en pratique un point de référence du circuit appelé masse, dont le potentiel est conventionnellement . Tous les autres potentiels sont mesurés par rapport à cette masse. Symbole : ⏚ (ou un trait horizontal sous le point).
3.2 — Loi des mailles (rappel)
Le long d'une maille fermée d'un circuit, la somme algébrique des tensions est nulle :
avec si la flèche de suit le sens de parcours de la maille, sinon. Cette loi est une conséquence directe de la définition : la somme des sauts de potentiel sur un parcours fermé est nécessairement nulle.
4. Conventions générateur et récepteur — puissance échangée
4.1 — Les deux conventions
Un dipôle est dit décrit en convention récepteur lorsque les flèches de et de sont en sens opposés sur le dipôle ( entre par la borne du « + » de ).
Un dipôle est dit décrit en convention générateur lorsque les flèches de et de sont dans le même sens sur le dipôle ( sort par la borne du « + » de ).
4.2 — Puissance reçue, puissance fournie
La puissance électrique instantanée échangée par un dipôle vaut :
avec et orientés en convention récepteur. Alors est la puissance reçue par le dipôle (unité : watt, ).
Soit un dipôle décrit en convention récepteur ( et opposés), de puissance reçue . Alors :
- Si , le dipôle reçoit de la puissance : il se comporte en récepteur à l'instant .
- Si , le dipôle fournit de la puissance au reste du circuit : il se comporte en générateur à l'instant .
En convention générateur, on a (mêmes , mais réorientés). Les deux conventions sont équivalentes : elles décrivent la même réalité physique.
Démonstration (équivalence des deux conventions)
Soit un dipôle. Notons et ses grandeurs en convention récepteur, et les mêmes grandeurs en convention générateur. Passer d'une convention à l'autre revient à inverser la flèche de (en gardant celle de ) ou à inverser celle de (en gardant celle de ). Choisissons la première :
La puissance reçue par le dipôle (grandeur physique invariante !) vaut, par définition, . En convention générateur, on calcule plutôt la puissance fournie au reste du circuit, qui est l'opposée :
Donc en convention générateur, c'est le produit qui donne directement la puissance fournie, sans signe à mettre. C'est exactement la raison d'être de la double convention : on choisit celle qui donne le « bon signe attendu » selon la nature physique du dipôle, et les calculs s'enchaînent sans erreur de signe.
Conséquence du critère : un dipôle passif (résistor) vérifie toujours en convention récepteur, alors qu'une pile en fonctionnement vérifie en convention générateur. Le critère algébrique de la proposition 4.4 en découle directement.
L'énergie reçue par un dipôle entre les instants et vaut :
Unité : joule ().
- Orienter le schéma. Tracer toutes les flèches de (libres) et toutes les flèches de (de vers pour ).
- Choisir une convention par dipôle. Récepteurs (résistors, condensateurs, bobines) en convention récepteur ; sources (idéales ou réelles) en convention générateur.
- Écrire sur chaque dipôle. Avec la convention choisie. Identifier le signe attendu (positif pour récepteur passif en récepteur, positif pour générateur en générateur).
- Bilan global. En régime permanent ou intégré sur une période, la puissance totale reçue par les récepteurs = puissance totale fournie par les sources (conservation de l'énergie).
- Vérification dimensionnelle. . Toujours.
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Réserver une séance ciblée →5. Dipôles : caractéristique courant-tension
5.1 — Caractéristique d'un dipôle
On appelle caractéristique d'un dipôle la courbe d'équation (ou réciproquement ) tracée en régime permanent (continu) en convention récepteur. Le point de fonctionnement à un instant donné est le couple appartenant à cette courbe.
- Un dipôle est linéaire si sa caractéristique est une droite (en régime continu) — ou plus généralement si sa relation / est linéaire (intégrales et dérivées comprises).
- Sinon, il est non linéaire. Exemples typiques : diode, transistor, lampe à incandescence (chaude).
- Un dipôle est passif si sa caractéristique passe par l'origine : (à vide, il ne génère rien). Cas des résistors, condensateurs, bobines.
- Un dipôle est actif s'il peut imposer une tension ou un courant non nuls à vide. Cas des piles, batteries, sources de courant, alimentations stabilisées.
5.2 — Dipôles passifs linéaires (panorama)
En convention récepteur :
- Résistor de résistance : . Caractéristique : droite passant par l'origine, de pente . Loi d'Ohm.
- Condensateur de capacité : . En régime continu permanent, (le condensateur est équivalent à un interrupteur ouvert).
- Bobine (inductance ) : . En régime continu permanent, (la bobine est équivalente à un fil).
Ces trois lois sont étudiées en détail dans le chapitre suivant (régime transitoire RC, RL, RLC).
5.3 — Sources idéales
Dipôle actif imposant à ses bornes une tension indépendante du courant qui le traverse. Caractéristique : droite verticale d'équation dans le plan . Symbole : un cercle avec « + » et « − », ou deux traits parallèles inégaux (pile).
Dipôle actif imposant dans la branche un courant indépendant de la tension à ses bornes. Caractéristique : droite horizontale d'équation . Symbole : un cercle traversé d'une flèche.
6. Mesures de tension et de courant
Un voltmètre mesure la tension entre deux points et . Il se branche en dérivation (en parallèle) sur le dipôle dont on veut connaître la tension. Un voltmètre idéal a une résistance interne infinie (il ne tire aucun courant). Symbole : cercle avec « V ».
Un ampèremètre mesure l'intensité traversant une branche. Il se branche en série dans la branche, après avoir coupé le fil pour l'insérer. Un ampèremètre idéal a une résistance interne nulle (il ne crée pas de chute de tension). Symbole : cercle avec « A ».
7. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves d'électricité 1ʳᵉ année. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence, et leur récurrence en milieu de copie discrédite tout le raisonnement de la partie.
8. Pour aller plus loin
Ce chapitre fournit les conventions et grandeurs de base de toute l'électrocinétique MPSI et MP/PSI/PC. Les chapitres qui le réinvestissent directement :
- Lois de Kirchhoff et réseaux linéaires — la loi des nœuds (conservation de ) et la loi des mailles (définition de ) y sont systématisées sur des graphes de circuits ; théorèmes de Thévenin, Norton, Millman, superposition.
- Régime transitoire RC, RL, RLC — les caractéristiques et deviennent les équations différentielles à résoudre pour décrire la charge d'un condensateur ou la coupure d'une bobine.
- Régime sinusoïdal forcé — les conventions et la définition s'étendent en notation complexe (impédance, puissance moyenne, facteur de puissance).
- Électromagnétisme (2ᵉ année) — la densité , la conservation de la charge et la définition microscopique sont les briques de l'équation de continuité et des équations de Maxwell.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS d'électricité, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu donner la valeur de la charge élémentaire et énoncer la quantification de la charge ?
- Sais-tu énoncer (et démontrer) la conservation de la charge via la loi des nœuds en ARQS ?
- Sais-tu définir l'intensité avec son orientation algébrique ?
- Sais-tu expliquer la différence entre sens conventionnel du courant et sens des électrons ?
- Sais-tu définir la densité de courant et démontrer ?
- Sais-tu définir et tracer correctement la flèche associée ?
- Sais-tu distinguer convention générateur et convention récepteur, et démontrer leur équivalence ?
- Sais-tu écrire avec la convention adaptée et interpréter le signe ?
- Sais-tu calculer une énergie échangée par intégration ?
- Sais-tu reconnaître un dipôle linéaire / non linéaire et passif / actif à partir de sa caractéristique ?
- Connais-tu les trois caractéristiques fondamentales (, , ) en convention récepteur ?
- Sais-tu où brancher un voltmètre et un ampèremètre, et pourquoi inverser les deux est dangereux ?
Démonstrations à savoir refaire
- Conservation de la charge → loi des nœuds — bilan de charge sur un nœud en ARQS,
- Lien intensité ↔ densité de courant — bilan sur un cylindre élémentaire,
- Équivalence convention générateur / récepteur — invariance de , changement de signe de ou