Vue d'ensemble
Les variables aléatoires finies sont la porte d'entrée du calcul des probabilités en MPSI : elles permettent de remplacer un univers souvent compliqué par un nombre fini de valeurs réelles, et d'attacher à chacune une probabilité. La grande idée est déterministe : une variable aléatoire est une application , pas un nombre mystérieux. Cette fiche regroupe les 4 lois discrètes finies à connaître par cœur (certaine, uniforme, Bernoulli, binomiale), les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui font perdre des points en DS comme aux concours.
Prérequis
- Espace probabilisé fini et axiomes de probabilité
- Système complet d'événements et formule des probabilités totales
- Coefficients binomiaux , formule du binôme
- Notion d'application et image directe
Tu confonds encore « probabilité d'un événement » et « loi d'une variable » ? C'est le blocage n°1 sur ce chapitre en MPSI. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines reprennent la base avec toi en cours particuliers — exos tirés de tes DS et khôlles, jusqu'à ce que les définitions deviennent automatiques.
Trouver un mentor MPSI →1. Définitions essentielles
Dans toute cette fiche, désigne un espace probabilisé fini : a un nombre fini d'éléments et toute partie de est un événement.
Une variable aléatoire réelle (en abrégé v.a.r.) sur est une application
L'image est une partie finie de (puisque est fini). On note souvent avec les deux à deux distincts.
Pour , on note
C'est un événement (une partie de ). On définit de la même façon , , pour , etc.
- : application ;
- ou : nombre réel (la valeur prise) ;
- : événement (une partie de ).
La loi de est la donnée des probabilités pour chaque . On la note souvent :
En pratique, la loi de se présente sous forme d'un tableau : ligne du haut les , ligne du bas les .
Si , alors la famille est un système complet d'événements de . En particulier :
Démonstration (vérifier les deux propriétés)
Il faut montrer (1) que les événements sont deux à deux incompatibles, et (2) que leur réunion vaut .
(1) Incompatibilité. Soient . Si , alors et , donc — contradiction puisque les sont distincts. Donc .
(2) Réunion. Soit . Comme , il existe tel que , donc . D'où .
La somme des probabilités vaut alors par σ-additivité (additivité finie suffit ici) appliquée à un système complet : .
La fonction de répartition de est la fonction définie par
Propriétés (à connaître) : est croissante, en escalier sur , continue à droite, vaut sur et sur .
2. Lois discrètes finies à connaître par cœur
2.1 — Loi certaine
suit la loi certaine en si partout sur , c.-à-d. . C'est la loi d'une « constante aléatoire ».
2.2 — Loi uniforme discrète
Soit un ensemble fini de réels deux à deux distincts. suit la loi uniforme sur , notée , si
Cas particulier le plus fréquent : avec pour . On note alors ou .
2.3 — Loi de Bernoulli
Soit . suit la loi de Bernoulli de paramètre , notée , si et
Intuition : modélise une expérience à deux issues (succès / échec) où est la probabilité du succès. La valeur code le succès, l'échec.
2.4 — Loi binomiale
Soient et . suit la loi binomiale de paramètres et , notée , si et
Si sont variables aléatoires indépendantes, toutes de loi , alors leur somme
suit la loi binomiale .
Démonstration (dénombrement des -uplets de Bernoulli)
Comme chaque prend ses valeurs dans , la somme prend ses valeurs dans ; précisément, signifie que exactement parmi les valent (les autres valant ).
Fixons . On a :
l'union étant disjointe (deux choix différents de imposent que sur un indice au moins, prendrait deux valeurs différentes — impossible). Le nombre de parties de cardinal dans est .
Pour chaque fixé, par indépendance mutuelle des :
En sommant sur les parties , il vient :
ce qui est exactement la loi . □
On a bien : c'est la formule du binôme appliquée à .
2.5 — Loi géométrique tronquée (hors programme strict)
On répète des Bernoulli indépendantes au plus fois. Si est le rang du premier succès ( si aucun) :
Exercice-type en MPSI pour entraîner le dénombrement ; la loi géométrique sur est vue en spé.
La démo est LA démo-pivot du chapitre. Si tu la maîtrises, tu maîtrises l'indépendance, le dénombrement par parties et la transition événements ↔ variables. Une séance ciblée avec un mentor Majorant alumni X-Centrale-Mines suffit à la verrouiller.
Réserver une séance ciblée →3. Couples de variables aléatoires
3.1 — Loi conjointe
Soient et deux variables aléatoires sur le même espace , d'images et . Le couple est défini par .
La loi conjointe du couple est la donnée, pour chaque , de
En pratique : un tableau à double entrée, lignes = valeurs de , colonnes = valeurs de , cases = .
3.2 — Lois marginales
Avec les notations précédentes :
Les lois de et de prises séparément s'appellent les lois marginales du couple.
Démonstration (par système complet)
Fixons . Les événements pour forment un système complet (Prop. 1.4). Par la formule des probabilités totales (ou plus directement, par additivité finie appliquée à la partition de selon les valeurs de ) :
L'union étant disjointe, l'additivité donne :
La formule pour s'obtient en échangeant les rôles. □
3.3 — Indépendance de deux variables aléatoires
Deux variables aléatoires et sur sont indépendantes si :
Plus généralement, sont (mutuellement) indépendantes si pour toutes valeurs , .
Si et sont indépendantes, la loi conjointe est entièrement déterminée par les marginales via le produit : il suffit de connaître et pour reconstituer .
4. Opérations sur les variables aléatoires
4.1 — Loi d'une fonction de
Soit une v.a.r. sur et . On définit (notée ) par . C'est encore une variable aléatoire, d'image .
- Image. Déterminer — attention aux éventuels doublons : si pour , on les regroupe (sinon on compterait deux fois la même valeur de ).
- Probabilité d'une valeur de . Pour chaque , repérer tous les tels que (préimage de par , restreinte à ) :
- Vérification. Vérifier que — c'est le garde-fou anti-erreur de calcul.
4.2 — Loi d'une somme
- Image. — on liste, on regroupe les doublons.
- Probabilité d'une valeur de . Recenser tous les couples tels que , puis :
- Si et sont indépendantes, on peut substituer — c'est le cas le plus fréquent en MPSI.
Soient et deux variables aléatoires indépendantes, de loi uniforme sur . La loi de est donnée par et :
En particulier (le maximum) et .
Démonstration (dénombrement direct)
L'univers est avec , muni de l'équiprobabilité (puisque et sont indépendantes uniformes sur , tous les couples ont probabilité ).
Fixons . Le nombre de couples tels que vaut :
- si (les couples ) ;
- si (symétrique).
Les deux formules coïncident en (six couples : ). On compacte les deux cas en :
Par équiprobabilité, . On vérifie , donc la somme des probabilités vaut bien . □
5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves de probabilités. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
6. Pour aller plus loin
Les variables aléatoires finies sont le point de départ du programme de probabilités sur deux ans. Les chapitres qui les réinvestissent directement :
- Espérance et variance (MPSI, chapitre suivant) — et variance ; l'indépendance rend la variance additive.
- V.a. discrètes infinies (spé) — extension à dénombrable (Poisson, géométrique sur ) ; sommes séries.
- Théorème central limite (spé) — la binomiale tend vers une loi normale quand , formalisant le triangle de la somme de deux dés.
- Vecteurs gaussiens, statistique inférentielle (cycle ingénieur) — généralisation en dimension finie avec densités.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu écrire que est une application, pas un nombre, et préciser ce qu'est ?
- Sais-tu énoncer (et démontrer) que les événements forment un système complet d'événements ?
- Sais-tu écrire la définition de la fonction de répartition et tracer son graphe en escalier ?
- Connais-tu par cœur les 4 lois usuelles : certaine, uniforme, Bernoulli , binomiale ?
- Sais-tu démontrer que la somme de Bernoulli indépendantes suit ?
- Sais-tu présenter une loi conjointe sous forme de tableau à double entrée et en lire les marginales par sommation ligne / colonne ?
- Sais-tu démontrer que à partir d'un système complet ?
- Sais-tu écrire la définition de l'indépendance de deux v.a. ( pour tout ) ?
- Connais-tu le contre-exemple « deux couples de mêmes marginales mais de lois conjointes différentes » ?
- Sais-tu réciter la méthode-type pour calculer la loi de , avec gestion des doublons ?
- Sais-tu démontrer que la somme de deux dés équilibrés indépendants donne ?
- Sais-tu vérifier que à la fin de tout calcul de loi ?
Démonstrations à savoir refaire
- Les forment un système complet — incompatibilité 2 à 2 + réunion = , d'où
- Somme de Bernoulli indépendantes suit — partition selon les parties de cardinal + indépendance mutuelle
- Loi marginale = somme de la loi conjointe — partition de par le système complet
- Loi de la somme de deux dés — dénombrement direct sur et formule