Vue d'ensemble
La dérivabilité est le moteur du calcul différentiel en MPSI : elle transforme l'idée géométrique de tangente en un outil analytique qui contrôle les variations, les extrema et les approximations locales d'une fonction. Cette fiche regroupe les 10 théorèmes incontournables, les 4 démonstrations à savoir refaire (Rolle, accroissements finis, monotonie via le signe de la dérivée, formule de Leibniz) et les pièges qui font perdre des points dès le premier DS.
Prérequis
- Limite d'une fonction en un point, opérations sur les limites, formes indéterminées
- Continuité sur un intervalle et théorème des valeurs intermédiaires
- Bijection, fonction réciproque, théorème de la bijection continue strictement monotone
- Récurrences simples (initialisation + hérédité) pour la formule de Leibniz
Tu confonds encore dérivable à droite, dérivable, et tangente verticale ? C'est exactement le genre de subtilité que les correcteurs traquent dès le premier DS. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines déminent ces points en 1 séance ciblée, avec exos calibrés sur ton niveau réel.
Trouver un mentor MPSI →1. Définitions essentielles
Soit une fonction définie sur et tel que soit définie au voisinage de . On dit que est dérivable en lorsque le taux d'accroissement admet une limite finie en :
Le réel est appelé nombre dérivé de en .
Si existe et est finie, on dit que est dérivable à droite en ; cette limite est notée . Définition analogue pour la dérivée à gauche . On a alors l'équivalence :
est dérivable sur si elle est dérivable en tout point de . On appelle alors fonction dérivée la fonction notée (ou ) définie par .
Si est dérivable sur et si l'est aussi, on note ou sa dérivée seconde. Par récurrence, on définit puis tant que c'est possible.
- est de classe sur si existe sur et y est continue.
- est de classe (indéfiniment dérivable) si elle admet des dérivées de tous ordres sur .
Si est dérivable en , le graphe de admet au point une tangente de pente , d'équation :
Si , alors n'est pas dérivable en mais le graphe admet une tangente verticale (parallèle à ) au point .
admet un maximum local en s'il existe tel que pour tout , . Définition analogue pour un minimum local. Un point où est appelé point critique de .
Si est dérivable en , alors est continue en .
Idée : .
2. Opérations sur les fonctions dérivables
2.1 — Opérations algébriques
Soient deux fonctions dérivables en . Alors , et — si — sont dérivables en , et :
Pour , .
2.2 — Composée : chain rule
Soit dérivable en et dérivable en . Alors est dérivable en et :
2.3 — Dérivée d'une bijection réciproque
Soit une fonction continue, strictement monotone sur un intervalle . On suppose que est dérivable en avec . Alors la bijection réciproque est dérivable en et :
2.4 — Dérivées des fonctions usuelles
- pour ; sur pour .
- sur ; sur .
- ; sur ; pour .
- ; ; .
- sur ; ; sur .
- ; ; .
3. Théorèmes de Rolle et des accroissements finis
3.1 — Condition nécessaire d'extremum local
Si admet un extremum local en intérieur à son domaine et si est dérivable en , alors .
3.2 — Théorème de Rolle
Soit telle que :
- est continue sur ,
- est dérivable sur ,
- .
Alors il existe tel que .
Démonstration (compacité + extremum intérieur)
est continue sur le segment , donc — par le théorème des bornes — elle est bornée et atteint ses bornes. Notons et , atteints en deux points .
Cas 1 : . Alors est constante sur ; tout vérifie .
Cas 2 : . Au moins une des deux bornes est différente de la valeur commune . Supposons par exemple . Alors , donc : c'est un point intérieur. y est dérivable et y admet un maximum local — par la Prop 3.1, . On pose . Le raisonnement est symétrique si c'est le minimum qui est différent de .
Dans les deux cas, on a exhibé tel que .
3.3 — Égalité des accroissements finis (TAF)
Soit continue sur , dérivable sur . Alors il existe tel que :
Démonstration (via Rolle sur une fonction auxiliaire)
On introduit la fonction auxiliaire est continue sur (somme de fonctions continues), dérivable sur (idem), et un calcul direct donne et . Donc .
Par le théorème de Rolle (Thm 3.2), il existe tel que . Or , donc , ce qui équivaut à .
3.4 — Inégalité des accroissements finis
Soit continue sur , dérivable sur .
- Si , alors .
- Si , alors pour tous , .
On dit alors que est -lipschitzienne sur . Cette forme se généralise aux fonctions à valeurs complexes (en remplaçant la valeur absolue par le module).
3.5 — Théorème de prolongement de la dérivée
Soit continue sur , dérivable sur . Si admet une limite finie en , alors est dérivable à droite en et . De plus, est continue à droite en . Énoncé analogue à gauche en .
Rolle et TAF, c'est LA mécanique qui revient toute l'année en analyse. Inégalité de Taylor-Lagrange en spé, étude de suites , preuves d'unicité de solutions d'équations — tout en découle. En 1 séance avec un mentor Majorant alumni X · Mines, tu sors avec le réflexe « hypothèses → conclusion → fonction auxiliaire » verrouillé pour les concours.
Réserver une séance ciblée →4. Variations d'une fonction dérivable
4.1 — Monotonie via le signe de la dérivée
Soit une fonction dérivable sur un intervalle . Alors :
- sur est constante sur .
- sur est croissante sur .
- Si sur , alors est strictement croissante sur .
Énoncés analogues pour la décroissance avec et .
Démonstration (TAF dans les deux sens)
Sens direct ( croissante). Soient dans . est continue sur et dérivable sur ; par le TAF (Thm 3.3), il existe tel que . Comme et , le produit est : . Donc est croissante sur .
Sens réciproque ( croissante ). Si est croissante et dérivable en , alors pour , . En passant à la limite , .
Cas constant. sur signifie et , donc est à la fois croissante et décroissante, donc constante.
Strict. Si strictement, le TAF donne , donc est strictement croissante.
4.2 — Condition suffisante d'extremum local
Soient continues sur . Si en on a et , alors admet un extremum local en :
- un maximum local si ,
- un minimum local si .
- Domaine. Préciser le domaine de définition, vérifier continuité et dérivabilité.
- Calculer (somme/produit/composée — chain rule).
- Signe de . Factoriser, étudier le signe sur chaque sous-intervalle.
- Tableau de variations. Reporter signe → monotonie de , limites aux bornes, valeurs aux points critiques.
- Extrema. Les points où s'annule en changeant de signe sont des extrema locaux ; vérifier également les bornes de .
- Concavité (si demandé). Signe de → convexité/concavité, points d'inflexion ( change de signe).
5. Dérivées successives et formule de Leibniz
5.1 — Stabilité des classes Cⁿ
Soient de classe sur un intervalle (). Alors :
- et sont sur .
- Si ne s'annule pas sur , est sur .
- Si est et est , alors est sur .
- Si est , strictement monotone sur et ne s'annule pas, alors est sur .
5.2 — Formule de Leibniz
Soient deux fonctions de classe sur un intervalle . Alors est et :
Démonstration (par récurrence sur n)
Initialisation : . . OK.
Pour , on retrouve la formule de Leibniz classique du produit : . OK.
Hérédité. Supposons la formule vraie au rang , montrons-la au rang . En dérivant l'égalité du rang :
On scinde la somme et on réindexe la première (poser ) :
Pour entre et , les coefficients s'additionnent en (formule de Pascal). Les termes extrêmes et donnent respectivement et . D'où :
La formule est vraie au rang . Par récurrence, elle est vraie pour tout .
6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves d'analyse réelle. Elles coûtent typiquement entre et points par occurrence.
7. Pour aller plus loin
La dérivabilité est l'infrastructure de tout l'analyse différentielle de MPSI / MP / PSI. Les chapitres qui la réinvestissent immédiatement :
- Convexité — Caractérisation convexe croissante ; inégalités de convexité (Jensen, AM-GM).
- Développements limités et formules de Taylor — Taylor-Young, Taylor-Lagrange et Taylor avec reste intégral reposent sur le TAF généralisé à l'ordre .
- Étude de fonctions et tracé de courbes — Tableaux de variations, recherche d'asymptotes, points d'inflexion : tout part de et .
- Équations différentielles — Une EDO du premier ordre relie à et ; résolution explicite (séparation des variables, variation de la constante).
- Suites récurrentes — La convergence et la vitesse sont contrôlées par au point fixe (théorème du point fixe contractant).
- Intégration — Théorème fondamental : si est continue, sa primitive est dérivable et . C'est la dérivabilité « à l'envers ».
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu écrire la définition de sous forme de taux d'accroissement (deux versions et ) ?
- Sais-tu expliquer pourquoi dérivabilité implique continuité, et donner le contre-exemple à la réciproque ?
- Connais-tu par cœur le tableau des dérivées usuelles (puissances, exp, ln, sin, cos, tan, arcsin, arccos, arctan, sinh, cosh) ?
- Sais-tu énoncer la chain rule et l'appliquer à un cas concret ?
- Sais-tu énoncer le théorème de la dérivée d'une bijection réciproque avec son hypothèse cruciale ?
- Sais-tu énoncer ET démontrer le théorème de Rolle (continuité + dérivabilité + ) ?
- Sais-tu démontrer le TAF à partir de Rolle via la fonction auxiliaire ?
- Sais-tu utiliser l'inégalité des accroissements finis pour montrer qu'une fonction est -lipschitzienne ?
- Sais-tu démontrer que sur un intervalle équivaut à croissante ?
- Sais-tu énoncer ET démontrer la formule de Leibniz par récurrence (avec la formule de Pascal) ?
- Sais-tu reconnaître quand un produit appelle Leibniz (somme finie) ?
- Sais-tu rappeler que TAF / Rolle sont faux dans , et qu'on n'a que l'inégalité des accroissements finis ?
Démonstrations à savoir refaire
- Théorème de Rolle — compacité (bornes atteintes) + extremum intérieur ⇒ .
- Théorème des accroissements finis — Rolle appliqué à .
- Monotonie ⇔ signe de la dérivée — TAF dans un sens, passage à la limite du taux d'accroissement dans l'autre.
- Formule de Leibniz — récurrence + formule de Pascal .