Vue d'ensemble
Avant de parler de limites, de dérivées ou d'intégrales, il faut savoir manipuler proprement l'objet « fonction » lui-même : domaine de définition, parité, périodicité, monotonie, image d'un ensemble, fonction réciproque… Ce chapitre fixe le vocabulaire et les réflexes qui reviendront toute l'année en analyse — et plus tard en spé. Cette fiche regroupe les 8 définitions structurantes, les 4 théorèmes incontournables (dont la caractérisation de la bijectivité par la stricte monotonie) et les 3 démonstrations à savoir refaire en khôlle.
Prérequis
- Notion d'application, image directe et image réciproque (chap. Logique-Ensembles)
- Quantificateurs et écriture rigoureuse d'une inégalité
- Borne supérieure et inférieure dans (axiome de la borne sup)
- Représentation graphique dans un repère orthonormé du plan
Tu confonds image directe et image réciproque, ou tu n'arrives pas à formaliser « majorée sur » ? C'est le chapitre de transition lycée → prépa qui semble facile mais piège énormément aux DS. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines reprennent les bases formelles en cours particuliers et te font écrire les définitions à la main jusqu'au réflexe.
Trouver un mentor MPSI →1. Définitions de base — fonction, domaine, images
Soit une partie non vide de . Une fonction numérique sur est la donnée, pour chaque , d'au plus un réel appelé image de par , et noté . On écrit :
L'ensemble des qui ont effectivement une image par est appelé ensemble (ou domaine) de définition de , noté (ou simplement s'il n'y a pas d'ambiguïté).
Soit , et .
- L'image directe de par est .
- L'image réciproque de par est .
Soient une fonction définie sur et une fonction définie sur . Si et si pour tout , on dit que est une restriction de , ou que est un prolongement de . La restriction de à se note .
2. Premières propriétés — parité, périodicité, monotonie
2.1 — Parité et périodicité
Soit avec symétrique par rapport à .
- est paire si et . Son graphe est symétrique par rapport à l'axe .
- est impaire si et . Son graphe est symétrique par rapport à l'origine .
est périodique de période (ou -périodique) si :
Son graphe est invariant par les translations de vecteur avec . La période proprement dite est le plus petit vérifiant cette propriété (quand il existe).
2.2 — Sens de variation
Soit un intervalle.
- est croissante sur si : .
- est décroissante sur si : .
- est monotone sur si elle est croissante OU décroissante sur .
- Avec inégalités strictes ( au lieu de ), on parle de strictement croissante, strictement décroissante, strictement monotone.
2.3 — Majorant, minorant, extrémums
Soit et .
- est majorée sur si .
- est minorée sur si .
- est bornée sur si elle est à la fois majorée et minorée, ce qui équivaut à : .
Si admet une borne supérieure (resp. inférieure), on parle de borne supérieure (resp. inférieure) de sur , notée (resp. ).
- admet un maximum global en si . Idem pour le minimum global avec .
- admet un maximum local en s'il existe un intervalle ouvert contenant tel que . Idem pour le minimum local.
Un maximum ou minimum (local ou global) est appelé extrémum (local ou global). Tout extrémum global est a fortiori local.
Pour toute fonction définie sur :
C'est la formule utile pour ramener toute étude de minimum à une étude de maximum (et réciproquement).
Soient définies sur , et .
- Si , alors .
- (le sup augmente quand on élargit le domaine).
3. Opérations algébriques et composition
3.1 — Opérations algébriques
Soient et deux fonctions numériques et .
- est définie sur par .
- est définie sur par .
- est définie sur par .
- est définie sur par .
étant définie sur , la fonction est définie sur par . Caractérisation utile : est bornée si et seulement si est majorée.
3.2 — Composition
Soient et . La composée de par , notée , est définie sur par :
Le domaine de est l'ensemble des tels que — autrement dit, doit « tomber » dans le domaine de pour que la composée existe.
Soient et deux fonctions monotones. Alors est monotone sur , avec la règle des signes :
- même sens de monotonie pour et croissante,
- sens opposés décroissante.
Idem strictement si et sont strictement monotones.
Démonstration (cas et croissantes)
Soient avec . Par croissance de sur : . Or , donc on peut appliquer la croissance de sur : , c'est-à-dire . Donc est croissante sur .
Cas décroissante et décroissante. donne (par décroissance de ), puis (par décroissance de appliquée à ). Donc est croissante. Idée à retenir : deux changements de signe s'annulent — exactement comme avec les nombres.
4. Bijectivité et fonction réciproque
Cette section ouvre la voie aux fonctions arctan, arcsin, arccos, ln, exp, racine n-ième construites comme réciproques. Les démonstrations complètes de ce qui suit utilisent la continuité (théorème des valeurs intermédiaires) et seront vues au chapitre Continuité ; on en donne ici les énoncés exigibles et l'intuition.
Soit avec .
- est injective sur si : .
- est surjective de sur si : , i.e. .
- est bijective de sur si elle est à la fois injective et surjective.
Si est bijective, il existe une unique fonction vérifiant :
Concrètement, . Les graphes et sont symétriques par rapport à la première bissectrice (droite ).
Si est strictement monotone sur , alors est injective sur .
Démonstration (cas strictement croissante)
Soient tels que . Par trichotomie, on a , ou .
- Si : par stricte croissance, — contradiction avec .
- Si : par stricte croissance, — contradiction.
Donc nécessairement : est injective. Le cas strictement décroissante est analogue. Idée à retenir : la stricte monotonie interdit les plateaux, donc empêche deux antécédents distincts d'avoir la même image.
Soit une fonction continue et strictement monotone sur un intervalle . Alors :
- est un intervalle (image continue d'un intervalle).
- réalise une bijection de sur .
- La fonction réciproque est continue sur et strictement monotone, de même sens que .
La démonstration complète repose sur le théorème des valeurs intermédiaires et sera donnée au chapitre Limites et continuité. On en retiendra ici l'énoncé : c'est le résultat qui légitime l'existence de , etc.
- Vérifier que est définie sur un intervalle et préciser .
- Montrer la stricte monotonie sur (en général par le signe de la dérivée, ou par étude algébrique de ).
- Calculer à l'aide des limites aux bornes de et de la monotonie ( continue strictement croissante sur ).
- Conclure par le théorème de la bijection : réalise une bijection de sur , et existe.
- (Si possible) Expliciter en résolvant en en fonction de . Cela n'est pas toujours possible sous forme close (penser à , bijective mais sans réciproque explicite).
Le théorème de la bijection est LE résultat qui revient à toutes les épreuves d'analyse en MPSI. Continuité + stricte monotonie ⇒ bijection + réciproque continue et monotone : trois conditions à manipuler sans hésiter. En 1 séance avec un mentor Majorant alumni X · Centrale · Mines, tu maîtrises l'énoncé, le schéma graphique (symétrie par ) et la méthode-type.
Réserver une séance ciblée →5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) dès qu'un sujet mobilise les généralités sur les fonctions. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 1,5 point par occurrence, et surtout elles signalent une mauvaise hygiène formelle.
6. Pour aller plus loin
Les généralités sur les fonctions sont le vocabulaire socle de l'analyse MPSI. Ce chapitre est réinvesti dans presque tous les suivants :
- Limites et continuité d'une fonction — la continuité est définie comme , et le théorème de la bijection reçoit alors sa démonstration complète via le théorème des valeurs intermédiaires.
- Fonctions usuelles — sont construites comme réciproques par le théorème de la bijection appliqué à .
- Fonctions dérivables — la dérivée fournit un critère opérationnel de stricte monotonie (signe de ) et donc de bijectivité ; on déduit aussi la formule .
- Intégration sur un segment — les fonctions intégrables doivent être bornées (donc majorées et minorées au sens de ce chapitre) ; les changements de variable reposent sur des bijections .
- Suites de fonctions et séries de fonctions (spé) — la convergence uniforme se définit via , réutilisant la notion de borne sup.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir , image directe et image réciproque sans confondre ?
- Sais-tu écrire la définition de « paire » et « impaire » avec quantificateurs et lire la symétrie sur le graphe ?
- Sais-tu démontrer en 2 lignes que paire ET impaire ?
- Sais-tu définir « périodique de période » et exploiter cette propriété pour réduire le domaine d'étude ?
- Sais-tu énoncer les définitions formelles de croissance, stricte croissance, monotonie ?
- Sais-tu écrire « majorée / minorée / bornée sur » avec quantificateurs et donner la caractérisation par ?
- Sais-tu distinguer extrémum global et extrémum local ?
- Sais-tu donner le domaine de (et pourquoi est faux) ?
- Sais-tu démontrer la règle de monotonie d'une composée (mêmes sens ⇒ croissante, sens opposés ⇒ décroissante) ?
- Sais-tu démontrer que stricte monotonie ⇒ injectivité, et donner un contre-exemple à la réciproque ?
- Sais-tu énoncer complètement le théorème de la bijection (3 hypothèses, 3 conclusions) ?
- Sais-tu réciter la méthode-type pour prouver qu'une fonction est bijective et calculer (5 étapes) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Monotonie de la composée — application de la définition étape par étape, gestion des deux signes
- Stricte monotonie ⇒ injectivité — par trichotomie sur et négation des cas ,