Vue d'ensemble
Les systèmes linéaires sont la pierre angulaire de tout le programme d'algèbre linéaire MPSI : ils font le pont entre les matrices, les applications linéaires et la géométrie affine. Cette fiche regroupe les 8 théorèmes incontournables, les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges classiques que les correcteurs sanctionnent au DS et en khôlle. On y voit comment traduire un système en équation matricielle, comment décrire entièrement son ensemble de solutions grâce à la structure « solution particulière + noyau », et comment calculer efficacement par la méthode du pivot de Gauss.
Prérequis
- Calcul matriciel : produit , matrices inversibles, déterminant d'une matrice carrée
- Applications linéaires : noyau , image , rang, théorème du rang
- Sous-espaces vectoriels et sous-espaces affines de ( ou )
Tu bloques sur l'aller-retour matrices ↔ applications linéaires ↔ systèmes ? C'est LE blocage du 2e semestre MPSI — et il fait perdre 4 à 6 points en DS d'algèbre. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te reconnectent les 3 points de vue en cours particuliers, avec exos sur-mesure tirés de tes propres khôlles.
Trouver un mentor MPSI →1. Définitions essentielles
Un système linéaire à équations et inconnues à coefficients dans (avec ou ) est un système de la forme :
où les et sont donnés, et les sont les inconnues. Le second membre est le vecteur .
En posant , et , le système se réécrit de manière condensée :
La matrice est dite matrice du système ; la matrice , obtenue en accolant la colonne à droite de , est la matrice augmentée.
Soit l'application linéaire canoniquement associée à , définie par . Alors résoudre revient à déterminer l'image réciproque de par :
C'est le point de vue le plus puissant : il transforme un problème de calcul (résoudre un système) en un problème de structure (décrire ).
Le système est dit :
- compatible s'il admet au moins une solution, soit ;
- incompatible sinon, soit .
De manière équivalente, est compatible si et seulement si .
Le système homogène associé à est le système . Son ensemble de solutions est :
C'est un sous-espace vectoriel de (toujours non vide : il contient au moins ).
Le rang du système est par définition le rang de sa matrice , c'est-à-dire la dimension de l'image de :
On a toujours .
Le système est dit de Cramer si la matrice est carrée () et inversible. Il admet alors une unique solution donnée par .
Si est triangulaire (supérieure ou inférieure) sans coefficient diagonal nul, le système est dit triangulaire : il se résout par substitution remontante (resp. descendante). Si est diagonale à coefficients tous non nuls, on résout immédiatement .
2. Structure de l'ensemble des solutions
C'est le cœur du chapitre : avant de calculer les solutions, on sait déjà à quoi leur ensemble ressemble. Trois cas, et trois seulement.
2.1 — Les trois cas exclusifs
Soit un système linéaire . L'ensemble de ses solutions est exactement de l'un des trois types suivants :
- vide () : le système est incompatible ;
- réduit à un point () : il existe une unique solution ;
- sous-espace affine de dimension : il existe une infinité de solutions, paramétrées par paramètres.
2.2 — Solution particulière + noyau
Si le système est compatible et si est une solution particulière, alors l'ensemble des solutions est :
Autrement dit, est le sous-espace affine de passant par et de direction .
Démonstration (par double inclusion)
Supposons solution, soit . On montre l'égalité par double inclusion.
(⊃) Soit , c'est-à-dire . Alors , donc .
(⊂) Soit , soit . Posons . Alors , donc et .
Les deux inclusions donnent l'égalité. La direction du sous-espace affine est bien , qui est un sous-espace vectoriel de . □
- Résoudre l'homogène . Obtenir une base de , de dimension .
- Trouver une solution particulière de . Souvent par « œil » (essayer ou un vecteur simple), sinon par pivot.
- Conclure : .
2.3 — Dimension du noyau et nombre de paramètres
Pour toute matrice , on a :
Ainsi, si le système est compatible, l'ensemble de ses solutions est un sous-espace affine de dimension , paramétré par inconnues libres.
Démonstration (théorème du rang)
L'application linéaire est définie sur un espace de dimension finie . Le théorème du rang appliqué à donne :
Or par définition , d'où immédiatement . □
Conséquence pratique : pour anticiper la taille de l'ensemble des solutions, calcule (par pivot) avant même de chercher . Si , il y aura unicité (modulo compatibilité) ; sinon paramètres libres apparaîtront.
3. Théorème de Rouché-Fontené (critère de compatibilité)
Le théorème 2.2 décrit quand le système est compatible. Mais comment savoir, avant de chercher , si la résolution a une chance d'aboutir ? Réponse : le théorème de Rouché-Fontené, qui compare le rang de et celui de la matrice augmentée .
Le système est compatible si et seulement si :
Lorsque c'est le cas, l'ensemble des solutions est un sous-espace affine de dimension (théorème 2.3).
Démonstration (via l'image de )
Notons les colonnes de , vues comme vecteurs de . Pour , le produit matriciel s'écrit :
Donc l'image est exactement , le sous-espace de engendré par les colonnes de . Sa dimension est par définition .
(⇒) Si a une solution, alors , donc . Or est précisément l'espace engendré par les colonnes de la matrice augmentée , donc .
(⇐) Réciproquement, si , alors (deux sous-espaces de , l'un inclus dans l'autre, et de même dimension). Donc appartient au premier, soit , et il existe tel que . □
Le système homogène est toujours compatible (il admet au moins la solution nulle ). Son ensemble de solutions est , de dimension . En particulier, il admet une solution non nulle si et seulement si .
Rouché-Fontené est LA question d'oral type aux Mines et à Centrale. Le jury demande non seulement l'énoncé, mais le schéma de démonstration via les colonnes de . En 1 séance avec un mentor Majorant alumni de l'X, tu fixes définitivement le lien rang/image/colonnes — celui qui revient en spé en réduction d'endomorphismes.
Réserver une séance ciblée →4. Méthode du pivot de Gauss
En pratique, on ne calcule jamais ni les déterminants pour résoudre un système : on applique le pivot de Gauss directement sur la matrice augmentée . C'est l'algorithme universel — il résout, détermine le rang et teste la compatibilité en même temps.
4.1 — Opérations élémentaires sur les lignes
Sur la matrice augmentée , on s'autorise trois opérations élémentaires qui ne changent pas l'ensemble des solutions du système :
- Échange de deux lignes : ;
- Dilatation : avec ;
- Transvection : avec et .
Toute opération élémentaire sur les lignes de la matrice augmentée transforme le système en un système équivalent (c'est-à-dire ayant exactement le même ensemble de solutions). Elle préserve aussi le rang de .
4.2 — Algorithme du pivot (échelonnement + remontée)
Toute matrice augmentée peut, en un nombre fini d'opérations élémentaires sur les lignes, être transformée en une matrice échelonnée. On lit alors directement sur cette forme :
- le rang (nombre de pivots non nuls dans les colonnes de ) ;
- la compatibilité ( compatible ssi aucune ligne du type « » avec n'apparaît) ;
- l'ensemble des solutions complet par remontée.
Démonstration (algorithme d'échelonnement)
On procède par récurrence sur le nombre de lignes (ou de colonnes ). L'idée est : à chaque étape, on choisit un pivot non nul dans la colonne courante (par échange de lignes si nécessaire), puis on annule par transvections toute la sous-colonne en dessous du pivot.
Étape 1 — Si la première colonne de est entièrement nulle, on passe à la colonne suivante. Sinon, par échange de lignes on amène un coefficient non nul en position : c'est le premier pivot.
Étape 2 — Pour chaque , on applique la transvection pour annuler le coefficient en position . Après cette étape, la première colonne ne contient plus que le pivot en et des zéros en dessous.
Étape 3 — On recommence sur le bloc obtenu en ignorant la première ligne et la première colonne, jusqu'à épuisement des lignes ou des colonnes. L'algorithme termine en au plus étapes, et la matrice finale est échelonnée.
Remontée — La matrice étant échelonnée, les inconnues correspondant à des colonnes sans pivot sont des paramètres libres (au nombre de ). On exprime les autres inconnues en remontant, ligne par ligne, depuis la dernière équation non triviale. □
- Écrire la matrice augmentée : aligne soigneusement les colonnes.
- Échelonner par opérations élémentaires sur les lignes : indique à chaque étape l'opération exacte ().
- Compter les pivots dans les colonnes de : c'est .
- Test de compatibilité : vérifier qu'aucune ligne « » avec n'apparaît. Sinon, conclure .
- Remontée : isole les inconnues libres (colonnes sans pivot), puis exprime les autres en partant de la dernière équation et en remontant.
- Mettre en forme la solution : .
5. Systèmes de Cramer et formules de Cramer
Le cas carré inversible est particulièrement simple : il y a toujours une unique solution, et on peut l'écrire en forme close grâce aux déterminants. C'est rarement la méthode la plus efficace en pratique (le pivot reste plus rapide en grande taille), mais c'est un outil théorique précieux — et il revient en oral.
Soit carrée. Les assertions suivantes sont équivalentes :
- (i) est inversible ;
- (ii) ;
- (iii) ;
- (iv) le système admet une unique solution, pour tout ;
- (v) le système homogène n'admet que la solution nulle .
Dans ce cas, l'unique solution de est :
Soit un système de Cramer de taille . Pour chaque , soit la matrice obtenue en remplaçant la -ème colonne de par le second membre . Alors la -ème coordonnée de la solution est :
6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves comportant des systèmes linéaires. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
7. Pour aller plus loin
Les systèmes linéaires irriguent toute la suite du programme d'algèbre, en MPSI puis en spé. Les chapitres qui les réinvestissent directement :
- Espaces vectoriels et applications linéaires — la résolution de est un cas particulier de la détermination de pour une application linéaire . La structure « » se généralise mot pour mot.
- Déterminants — les formules de Cramer s'étendent à tout système de Cramer. Le déterminant est aussi l'outil de calcul du rang en petite dimension.
- Réduction d'endomorphismes (spé) — diagonaliser revient à résoudre les systèmes pour chaque valeur propre . Le noyau d'un système homogène devient le sous-espace propre.
- Géométrie affine et plans/droites de — un sous-espace affine est exactement l'ensemble des solutions d'un système linéaire. Les équations cartésiennes d'un plan, d'une droite, d'une intersection sont des systèmes .
- Équations différentielles linéaires — la structure « solution particulière + solution générale de l'homogène » se transpose intégralement aux EDL d'ordre 1, 2 et plus.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu réécrire un système sous forme matricielle en identifiant , , et leurs dimensions ?
- Sais-tu interpréter comme l'image réciproque d'une application linéaire ?
- Sais-tu énoncer (et démontrer) la structure par double inclusion ?
- Sais-tu énoncer (et démontrer) à partir du théorème du rang ?
- Sais-tu énoncer et démontrer le théorème de Rouché-Fontené via l'espace engendré par les colonnes ?
- Sais-tu identifier les trois cas exclusifs (∅, singleton, sous-espace affine) selon et ?
- Connais-tu les trois opérations élémentaires sur les lignes — et sais-tu qu'elles préservent l'ensemble des solutions ?
- Sais-tu dérouler proprement la méthode du pivot de Gauss (échelonnement + remontée) sur un exemple 3 × 4 ?
- Sais-tu reconnaître un système de Cramer et donner son unique solution sous la forme ?
- Sais-tu énoncer et appliquer les formules de Cramer en dimension 2 et 3 ?
- Sais-tu pourquoi on n'utilise jamais Cramer numériquement pour ?
- Sais-tu rédiger la conclusion d'une résolution sous la forme ?
Démonstrations à savoir refaire
- Structure — double inclusion, basée sur la linéarité de
- — application directe du théorème du rang
- Théorème de Rouché-Fontené — image de = des colonnes, double implication
- Méthode du pivot de Gauss — algorithme d'échelonnement par récurrence + remontée