Vue d'ensemble
La structure de groupe est le premier objet algébrique abstrait du programme MPSI : on oublie les nombres pour ne garder qu'un ensemble muni d'une loi , et on découvre que les mêmes théorèmes décrivent , , les bijections, les rotations et les matrices inversibles. Cette fiche regroupe les 10 théorèmes incontournables, les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui sanctionnent les copies en début de second semestre.
Prérequis
- Quantificateurs , implication et équivalence
- Application, bijection, injection, surjection — chapitre « Applications »
- Familiarité avec , et
L'algèbre abstraite te paraît « creuse » par rapport à l'analyse ? C'est ce que ressentent 2 élèves de MPSI sur 3 au premier contact avec les groupes — jusqu'à ce qu'un mentor te montre, en 1h, que ces structures sont la même grammaire que les rotations, les permutations et l'arithmétique. Nos alumni X · Centrale · Mines reprennent la notion sur tes exos de DM.
Trouver un mentor MPSI →1. Lois de composition interne sur un ensemble
Soit un ensemble. Une loi de composition interne (LCI) sur est une application
Autrement dit : . Le mot-clé est interne : le résultat ne sort jamais de .
Soit une LCI sur . On dit que est :
- associative si ;
- commutative si .
L'associativité permet d'écrire sans parenthèses : le résultat ne dépend pas du parenthésage. Elle se généralise alors à facteurs.
Soit une LCI sur . Un élément est un élément neutre (à droite et à gauche) si :
Si une LCI sur admet un élément neutre, alors celui-ci est unique.
Démonstration (technique « jouer les neutres l'un contre l'autre »)
Supposons que et soient deux éléments neutres pour . Alors :
- est neutre, donc en particulier (en appliquant la définition de à l'élément ) ;
- est neutre, donc en particulier (en appliquant la définition de à l'élément ).
On en déduit , d'où . Le neutre, s'il existe, est unique.
Soit une LCI sur admettant un neutre . Un élément est dit symétrisable s'il existe tel que :
s'appelle alors un symétrique de . En notation additive on l'écrit (l'opposé), en notation multiplicative on l'écrit (l'inverse).
Soit une LCI associative sur admettant un neutre . Si est symétrisable, alors son symétrique est unique.
Démonstration (cruciale — l'associativité est l'argument clé)
Supposons que et soient deux symétriques de . On a alors : et . Calculons de deux manières grâce à l'associativité :
Comme la loi est associative, ces deux écritures désignent le même élément , donc . Le symétrique est unique.
2. Définition d'un groupe
Un groupe est un couple où est un ensemble et une LCI sur telle que :
- (G1) Associativité : ;
- (G2) Neutre : il existe tel que ;
- (G3) Symétrique : tout élément admet un symétrique tel que .
Si en plus est commutative, est dit groupe abélien (ou commutatif).
- , , , — groupes abéliens additifs. Neutre , symétrique .
- , , , avec — groupes abéliens multiplicatifs. Neutre .
- — groupe NON abélien (si ) des matrices inversibles. Neutre .
- — groupe symétrique des permutations de . NON abélien dès . Neutre .
Soit un groupe de neutre . Alors :
- Symétrique du neutre : .
- Symétrique du symétrique : .
- Symétrique d'un produit : (attention à l'inversion de l'ordre !).
- Régularité à gauche et à droite : et .
3. Sous-groupes
Soit un groupe. Une partie est un sous-groupe de , noté , si :
- (où est le neutre de ) ;
- (stabilité par la loi) ;
- (stabilité par symétrique).
Un sous-groupe est alors lui-même un groupe pour la loi restreinte à , avec le même neutre que .
Soit un groupe et . Alors est un sous-groupe de si et seulement si :
Démonstration (équivalence, deux sens)
() Sens direct. Supposons . Alors , donc . Soient . Par (3) on a , puis par (2) on a . La condition est bien vérifiée.
() Sens réciproque. Supposons et . Montrons que vérifie les trois axiomes du sous-groupe.
- Neutre. Comme , il existe . En appliquant l'hypothèse à : .
- Symétrique. Soit . Avec et l'hypothèse appliquée à et : .
- Stabilité par la loi. Soient . Par l'étape précédente, . L'hypothèse appliquée à et donne .
Les trois axiomes sont vérifiés, donc .
- Inclusion : préciser (souvent évident, mais à dire).
- Non vide : exhiber un élément simple, en général (cela évite l'oubli).
- Stabilité : prendre , écrire la propriété définissant , et vérifier sur .
- Conclusion : « par la caractérisation 3.2, ».
- et sont sous-groupes de (sous-groupes triviaux).
- pour l'addition.
- Pour tout , est un sous-groupe de . On verra dans le chapitre « Arithmétique » que ce sont les seuls sous-groupes de .
- pour la multiplication.
- pour la multiplication.
- est un sous-groupe de .
Soit un groupe et une famille de sous-groupes de . Alors est un sous-groupe de .
Cette démo est LE rite de passage de l'algèbre MPSI. 90 % des questions de DS sur les groupes commencent par « montrer que est un sous-groupe » — et 50 % des élèves redémontrent les trois axiomes au lieu d'utiliser la caractérisation. En 1 séance avec un mentor Majorant, tu adoptes le réflexe « » pour de bon.
Réserver une séance ciblée →4. Sous-groupe engendré et groupes cycliques
Soit un groupe et . Le sous-groupe engendré par , noté , est l'intersection de tous les sous-groupes de contenant — c'est le plus petit sous-groupe de contenant . En particulier, pour :
Un groupe de la forme est appelé groupe monogène.
Un groupe est cyclique s'il est monogène ET fini. Autrement dit, il existe tel que avec . Un tel élément est appelé générateur de .
Soit un groupe et . On dit que est d'ordre fini s'il existe un entier tel que . Dans ce cas, l'ordre de , noté , est :
Si aucun tel entier n'existe, est dit d'ordre infini.
Soit d'ordre fini . Alors :
- a exactement éléments distincts ;
- pour tout , ;
- (ordre de = cardinal du sous-groupe qu'il engendre).
5. Morphismes de groupes
Soient et deux groupes. Une application est un morphisme de groupes (ou homomorphisme) si :
Un endomorphisme est un morphisme . Un isomorphisme est un morphisme bijectif. Un automorphisme est un endomorphisme bijectif. Deux groupes et sont dits isomorphes (noté ) s'il existe un isomorphisme entre eux.
Soit un morphisme de groupes. Alors :
- — un morphisme envoie le neutre sur le neutre ;
- — un morphisme commute avec le passage au symétrique ;
- .
Démonstration (la première égalité)
On a par la définition du morphisme. En multipliant à droite par dans (qui existe car est un groupe) :
soit . Donc . Pour le symétrique : , et de même . Par unicité du symétrique dans , .
- — isomorphisme, de réciproque .
- et — morphismes surjectifs.
- Signature — morphisme surjectif (programme MPSI).
Soit un morphisme. On définit :
- le noyau de : ;
- l'image de : .
Soit un morphisme de groupes. Alors :
- ;
- .
Démonstration (via la caractérisation 3.2)
Noyau. On utilise la caractérisation 3.2. D'abord car , donc . Soient ensuite . Alors :
donc . Par 3.2, .
Image. On a , donc . Soient : il existe tels que et . Alors :
et , donc . Par 3.2, .
Soit un morphisme de groupes. Alors :
Et bien sûr : est surjectif si et seulement si .
La composée de deux morphismes est un morphisme. Si est un isomorphisme, alors l'est aussi. La relation est une relation d'équivalence.
6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves d'algèbre. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
7. Pour aller plus loin
La structure de groupe est l'infrastructure de toute l'algèbre MPSI/MP. Les chapitres qui la réinvestissent directement :
- Arithmétique dans — les sous-groupes de sont exactement les ; cette classification donne le PGCD et Bézout.
- Anneaux, corps, espaces vectoriels — toutes ces structures sont d'abord des groupes abéliens additifs ; les applications linéaires sont des morphismes de groupes.
- Groupe symétrique et déterminant — et la signature sont à la base de la définition du déterminant.
- Spé : Lagrange, groupes quotients, théorèmes d'isomorphisme — toute la suite de l'algèbre s'appuie sur cette fiche.
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Voir les stages MPSI →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu écrire les 3 axiomes d'un groupe sans regarder ?
- Sais-tu démontrer l'unicité du neutre et du symétrique (en expliquant le rôle de l'associativité) ?
- Sais-tu énoncer ET démontrer la caractérisation pratique d'un sous-groupe () ?
- Connais-tu les groupes canoniques par cœur : , , , ?
- Sais-tu expliquer pourquoi n'est pas un groupe ?
- Sais-tu écrire avec l'ordre inversé et le justifier ?
- Sais-tu définir groupe monogène, groupe cyclique et ordre d'un élément ?
- Sais-tu énoncer la définition d'un morphisme et redémontrer , ?
- Sais-tu démontrer que et ?
- Sais-tu utiliser le critère « injectif » ?
- Connais-tu les morphismes-types , , signature , module ?
Démonstrations à savoir refaire
- Unicité de l'élément neutre — jouer et l'un contre l'autre :
- Unicité du symétrique (loi associative) — calculer de deux manières grâce à l'associativité
- Caractérisation pratique d'un sous-groupe — équivalence avec et
- Noyau et image d'un morphisme sont des sous-groupes — application directe de la caractérisation 3.2