Vue d'ensemble
La structure d'espace vectoriel est l'objet central de l'algèbre linéaire en MPSI : elle est la version axiomatique de tout ce qui « se combine linéairement » — vecteurs du plan, polynômes, matrices, fonctions, suites, signaux. Cette fiche te donne les 10 résultats incontournables, les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui font perdre des points en DS et en khôlle.
Prérequis
- Structure de groupe abélien (loi interne associative, commutative, neutre, opposé)
- Notion de corps (𝕂 = ℝ ou ℂ) et calcul algébrique sur les scalaires
- Quantificateurs et inclusion d'ensembles
- Sommes finies et manipulations indicielles
L'algèbre linéaire te paraît trop abstraite pour s'« accrocher » ? C'est la douleur n°1 en début de MPSI sur ce chapitre : les axiomes flottent sans accroche concrète. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font construire l'intuition vecteurs/polynômes/matrices avec des exos sur-mesure, jusqu'au déclic.
Trouver un mentor MPSI →1. Définitions essentielles
Soit 𝕂 un corps (en MPSI, 𝕂 = ℝ ou ℂ). Un espace vectoriel sur 𝕂 (ou 𝕂-espace vectoriel) est un ensemble muni :
- d'une loi interne , , telle que soit un groupe abélien (associative, commutative, neutre noté , tout admet un opposé ) ;
- d'une loi externe , , vérifiant les quatre axiomes suivants pour tous et :
Les éléments de sont appelés vecteurs, ceux de 𝕂 scalaires.
Pour tous , :
- ou
- et : -uplets avec addition coordonnée par coordonnée et multiplication scalaire .
- : polynômes à coefficients dans 𝕂, somme et produit scalaire usuels.
- : matrices à lignes et colonnes, addition coefficient par coefficient.
- et plus généralement : fonctions de dans ℝ, avec et .
- : suites réelles, opérations terme à terme.
- : l'espace nul, ev le plus petit possible.
Soit un 𝕂-ev. Une partie est un sous-espace vectoriel (sev) de si :
- est non vide (contient au moins ),
- est stable par la loi interne : ,
- est stable par la loi externe : .
Muni des lois restreintes, est alors lui-même un 𝕂-ev.
Soit une famille finie de vecteurs de . Une combinaison linéaire de cette famille est tout vecteur de la forme avec . Pour une famille quelconque , une combinaison linéaire est une somme où est une partie finie.
Soit une famille de vecteurs de . Le sous-espace engendré par , noté , est l'ensemble de toutes les combinaisons linéaires finies de vecteurs de :
Par convention, .
Soit une famille de .
- Libre : pour toute partie finie et tous scalaires , .
- Liée : non libre, donc il existe une combinaison linéaire non triviale donnant .
- Génératrice : .
- Base : famille à la fois libre et génératrice.
Soient deux sev de .
- Somme : . C'est un sev de .
- Somme directe : la somme est dite directe, et on note , lorsque . Dans ce cas, tout admet une décomposition unique avec .
- Supplémentaires : et sont supplémentaires dans si , c'est-à-dire et .
2. Théorèmes fondamentaux
2.1 — Caractérisation pratique d'un sous-espace vectoriel
Soit . Alors est un sev de si et seulement si :
Démonstration (double implication, schéma à connaître)
(⇒) Si est un sev, alors par définition il est non vide ; comme est un sous-groupe de , il contient . Pour et , la stabilité par la loi externe donne , et la stabilité par la loi interne donne .
(⇐) Supposons et la propriété . Alors est non vide (il contient ). Vérifions les deux stabilités :
- Stabilité par la loi externe. Pour et , on a et , donc .
- Stabilité par la loi interne. Pour , on prend : .
Donc est non vide, stable par et par : c'est un sev de . Cette caractérisation en une seule ligne (combinaison linéaire) est celle qu'on utilise en pratique pour montrer qu'un ensemble est un sev — c'est l'outil de base du chapitre.
- Vérifier . Si , inutile d'aller plus loin : n'est pas un sev. Réflexe à exécuter en premier.
- Prendre et quelconques.
- Montrer en revenant à la définition explicite de (équation, propriété…).
- Conclure : par la caractérisation du Théorème 2.1, est un sev de .
- car . ✓
- Soient , , . Alors et : Donc . ✓
2.2 — Intersection et union de sous-espaces
Soit une famille quelconque de sev d'un 𝕂-ev . Alors est un sev de .
Démonstration (caractérisation du Théorème 2.1)
Posons . On utilise le Théorème 2.1.
- . Pour tout , est un sev, donc . Comme c'est vrai pour tout , .
- Combinaison linéaire. Soient et . Pour tout , et , donc par stabilité de , . Ceci étant vrai pour tout , .
Donc est un sev de . Le résultat vaut pour une intersection finie ou infinie — c'est la grande force du critère.
Exception : est un sev si et seulement si ou .
2.3 — Vect(X) est le plus petit sev contenant X
Soit une partie de (ou une famille). Alors est le plus petit sev de contenant , au sens suivant :
- est un sev de ,
- ,
- pour tout sev de tel que , on a .
Démonstration (trois points)
(i) est un sev. On applique le Théorème 2.1. (somme vide) appartient à . Soient et dans (avec finis) et . Quitte à ajouter des coefficients nuls, on peut supposer (réunion finie). Alors :
Donc est stable par combinaison linéaire : c'est un sev.
(ii) . Pour , est une combinaison linéaire d'un seul vecteur de , donc .
(iii) Minimalité. Soit un sev contenant . Toute combinaison linéaire finie de vecteurs de reste dans (par récurrence immédiate sur la longueur, en utilisant la stabilité de par combinaison linéaire). Donc .
Conséquence pratique : on peut définir de manière intrinsèque comme (intersection de tous les sev contenant ) ; les deux définitions coïncident.
- dès que (croissance).
- (idempotence).
- et .
- Pour deux familles finies, .
« Plus petit sev contenant X » : tu vois le mot, tu ne sais pas l'écrire ? C'est typique de l'algèbre linéaire MPSI : on bute sur la quantification universelle sur tous les sev. En 1 séance avec un mentor Majorant alumni de l'X, tu fais cette démo trois fois avec variantes (intersection, dual) — et elle ne te lâche plus.
Réserver une séance ciblée →2.4 — Somme directe et supplémentaires
Soient deux sev de . Les trois assertions suivantes sont équivalentes :
- (la somme est directe, notée ),
- tout vecteur de admet une unique décomposition avec , ,
- la seule décomposition de sous la forme avec est .
Démonstration (par implications circulaires)
(1) ⇒ (2). Supposons . Soit avec deux décompositions , , . Alors . Le membre de gauche appartient à (différence de deux vecteurs de ) ; celui de droite appartient à . Donc , ce qui force et : unicité.
(2) ⇒ (3). Soit avec . Mais on a aussi la décomposition triviale avec et . Par unicité, et .
(3) ⇒ (1). Soit . Alors et (car et est stable par ). On écrit : c'est une décomposition de avec et . Par l'hypothèse (3), . Donc , et l'inclusion inverse est triviale.
Mnémonique : « somme directe = intersection triviale = décomposition unique = la seule façon d'écrire est ». Les trois lectures sont équivalentes, c'est ce qui rend la notion puissante.
Soient des sev de . On dit que la somme est directe, notée , si tout vecteur de la somme admet une décomposition unique en avec ; de manière équivalente, si la seule décomposition de sous cette forme est .
Bon critère : la décomposition de est unique (= triviale).
Deux sev de sont supplémentaires dans si :
De manière équivalente, tout vecteur de s'écrit de manière unique avec .
3. Familles libres, génératrices et bases
Soit une famille de vecteurs. Cette famille est liée si et seulement s'il existe un indice tel que soit combinaison linéaire des autres vecteurs .
Une base de est une famille à la fois libre et génératrice. Tout vecteur s'écrit alors de manière unique :
et les scalaires sont appelés coordonnées de dans la base . L'unicité provient du caractère libre ; l'existence du caractère générateur.
- : base canonique avec ( en position ).
- (polynômes de degré ) : base canonique de cardinal .
- : base canonique (matrices ayant un seul coefficient égal à , les autres nuls), de cardinal .
- Poser une combinaison linéaire nulle : .
- Traduire cette équation dans l'espace concret (coordonnées, coefficients d'un polynôme, évaluation en un point, dérivation, intégration…).
- Résoudre le système obtenu : montrer que la seule solution est .
- Conclure : la famille est libre.
4. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves comportant de l'algèbre linéaire. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
5. Pour aller plus loin
La structure d'espace vectoriel est l'infrastructure de toute la fin du programme MPSI et de la majeure partie du programme de spé. Les chapitres qui la réinvestissent directement :
- Espaces vectoriels de dimension finie — théorème de la dimension, théorème de la base incomplète, rang d'une famille, formule de Grassmann .
- Applications linéaires — morphismes d'ev, noyau et image (qui sont des sev !), théorème du rang .
- Matrices — toute matrice de représente une application linéaire dans des bases données ; les opérations matricielles deviennent des opérations sur les applications linéaires.
- Polynômes — est un ev de dimension infinie, mais ses sev sont de dimension finie ; division euclidienne et décomposition en éléments simples reposent sur la structure d'ev.
- Espaces préhilbertiens (spé) — ev munis d'un produit scalaire ; la notion de supplémentaire orthogonal raffine celle de supplémentaire.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu énoncer les quatre axiomes de la loi externe d'un 𝕂-ev (D1, D2, A, N) sans regarder ?
- Sais-tu citer 5 exemples canoniques de 𝕂-ev (ℝⁿ, 𝕂[X], 𝕄_(p,q)(𝕂), F(I,ℝ), ℝ^ℕ) ?
- Sais-tu énoncer la caractérisation d'un sev en une seule condition (combinaison linéaire) et la démontrer ?
- Sais-tu démontrer que l'intersection (quelconque) de sev est un sev ?
- Sais-tu donner un contre-exemple à « l'union de deux sev est un sev » ?
- Sais-tu définir et démontrer que c'est le plus petit sev contenant ?
- Sais-tu énoncer et démontrer la caractérisation décomposition unique de ?
- Connais-tu le contre-exemple à « intersections deux à deux triviales ⇒ somme directe » pour 3 sev ?
- Sais-tu démontrer que deux fonctions paire et impaire sont supplémentaires dans ?
- Sais-tu réciter la méthode-type pour montrer qu'une famille est libre (4 étapes) ?
- Connais-tu par cœur les bases canoniques de , et ?
- Sais-tu pourquoi une famille contenant le vecteur nul est toujours liée ?
Démonstrations à savoir refaire
- Caractérisation d'un sev — double implication, suffit
- Intersection de sev est un sev — application directe du Théorème 2.1
- Vect(X) est le plus petit sev contenant X — sev + inclusion + minimalité
- Caractérisation de la somme directe — équivalence (1) ⇔ (2) ⇔ (3), implications circulaires