Vue d'ensemble
Les séries numériques sont l'aboutissement naturel du chapitre des suites : sommer une infinité de termes a-t-il un sens, et si oui lequel ? On y répond en étudiant la suite des sommes partielles . Cette fiche regroupe les 10 théorèmes incontournables, les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui font perdre des points en DS comme aux concours.
Prérequis
- Maîtrise complète des suites numériques (convergence, monotonie, théorème de la limite monotone)
- Manipulation des sommes finies et notations
- Comparaisons asymptotiques élémentaires : domination, équivalents, négligeabilité
- Intégrales sur un segment et croissance/décroissance d'une fonction continue par morceaux
Tu sais étudier une suite mais tu bloques dès qu'il faut sommer ? Les séries sont le piège n°1 de fin de premier semestre — confusion entre suite et série , erreurs sur les critères, mauvaise utilisation des équivalents. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines remettent la mécanique en place en cours particuliers, exos sur-mesure tirés de tes DS.
Trouver un mentor MPSI →1. Définitions essentielles
Soit une suite réelle (ou complexe). La série de terme général , notée , est la donnée de la suite des sommes partielles :
Le terme s'appelle le terme général de la série ; en est la somme partielle d'ordre .
La série est dite convergente si la suite des sommes partielles converge dans (ou ). On appelle alors somme de la série la limite :
Sinon, la série est dite divergente. Étudier la nature d'une série, c'est dire si elle converge ou non.
Si converge, de somme , on appelle reste d'ordre la quantité :
Le reste mesure « ce qu'il manque » dans la somme partielle pour atteindre . Par définition, quand .
La série est dite absolument convergente si la série converge. Une série convergente qui n'est pas absolument convergente est dite semi-convergente.
Une série alternée est une série de la forme avec pour tout . Les signes des termes alternent strictement.
Une série est dite télescopique si son terme général s'écrit pour une certaine suite . Les sommes partielles se simplifient en cascade :
Donc converge si et seulement si converge, et sa somme vaut alors .
2. Condition nécessaire et séries de référence
2.1 — Condition nécessaire de convergence
Si la série converge, alors son terme général tend vers zéro : .
Démonstration (écart entre deux sommes partielles consécutives)
Supposons convergente, de somme . Alors et . Par différence :
2.2 — Série géométrique
Soit (ou ). La série converge si et seulement si . Dans ce cas :
Démonstration (somme partielle explicite)
Cas : , la série diverge.
Cas : la formule classique pour la somme géométrique finie donne :
Le comportement de dépend donc de . Si , alors , donc : convergence. Si , , donc n'est pas bornée, divergence. Si et , alors ne tend pas vers , donc et la série diverge grossièrement (par la condition nécessaire).
2.3 — Série harmonique
La série harmonique diverge, bien que son terme général tende vers . Plus précisément, .
Démonstration (paquets de longueur 2ᵏ — preuve d'Oresme)
Regroupons les termes par paquets dont les indices vont de à :
Chaque paquet (pour ) contient termes, tous . Donc :
Par conséquent, la somme partielle , qui tend vers avec . La sous-suite est non bornée, donc elle-même est non bornée. étant croissante, le théorème de la limite monotone donne .
2.4 — Séries de Riemann
Soit . La série converge si et seulement si .
Démonstration (comparaison série-intégrale)
Cas : (la suite ne tend pas vers ), donc divergence grossière.
Cas : pour et , . Par comparaison de séries à termes positifs avec la série harmonique (qui diverge), diverge également.
Cas : la fonction est continue, positive et décroissante sur . Par décroissance, pour tout entier et tout , on a , donc en intégrant sur :
En sommant pour variant de à :
Donc est croissante (somme à termes positifs) et majorée par . Par le théorème de la limite monotone, converge.
Riemann, géométrique, harmonique : les trois piliers du chapitre. Si tu hésites encore à dire instantanément la nature de ou , tu perds 1-2 points par DS. Une séance ciblée avec un mentor Majorant alumni X · Centrale et tu maîtrises les réflexes pour le DS suivant.
Réserver une séance ciblée →3. Séries à termes positifs
Pour les séries à termes positifs (à partir d'un certain rang), la suite des sommes partielles est croissante. Par le théorème de la limite monotone, convergence équivaut à « somme partielle majorée ». C'est ce qui rend les critères de comparaison si efficaces dans ce cadre.
Soient et deux suites réelles vérifiant à partir d'un certain rang. Alors :
- Si converge, alors converge.
- Si diverge, alors diverge.
Soient et deux suites de réels strictement positifs telles que . Alors les séries et sont de même nature (toutes deux convergentes, ou toutes deux divergentes).
- Vérifier la condition nécessaire : ? Si non, divergence grossière.
- Chercher un équivalent où est une série de référence (géométrique, Riemann, harmonique).
- Conclure par le critère par équivalents : même nature que la référence.
- Si pas d'équivalent simple, encadrer ou dominer : avec convergente connue (idéalement Riemann avec ).
- Cas pathologique : passer à la comparaison série-intégrale (voir 3.3).
3.3 — Comparaison série-intégrale
Soit continue par morceaux, positive et décroissante. Alors la série et l'intégrale sont de même nature. Plus précisément, pour tout :
4. Séries à termes quelconques
Pour les séries dont les termes changent de signe (ou sont complexes), les critères du §3 ne s'appliquent plus directement. Deux armes principales : la convergence absolue et le critère spécial des séries alternées.
4.1 — Convergence absolue implique convergence
Soit une série réelle ou complexe. Si converge, alors converge. Et l'on a alors :
4.2 — Critère spécial des séries alternées (Leibniz)
Soit une suite réelle vérifiant les trois conditions suivantes :
- pour tout (positivité),
- est décroissante,
- .
Alors la série alternée converge. De plus, en notant sa somme et sa somme partielle :
Démonstration (sous-suites paires et impaires adjacentes)
Notons . On va montrer que les sous-suites et sont adjacentes.
1) Monotonie de : on calcule
car est décroissante. Donc est décroissante.
2) Monotonie de : de manière analogue,
donc est croissante.
3) Différence qui tend vers : .
Les deux sous-suites (décroissante) et (croissante) sont donc adjacentes (avec ). Par le théorème des suites adjacentes, elles convergent vers la même limite . Le critère par sous-suites paires/impaires (suites numériques) donne alors : la série converge.
Majoration du reste : pour pair, (adjacence), donc . Idem pour impair par symétrie.
4.3 — Produit de Cauchy
Soient et deux séries réelles ou complexes. Leur produit de Cauchy est la série de terme général :
Si les séries et sont absolument convergentes, alors leur produit de Cauchy est aussi absolument convergent, et :
5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs reviennent chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves comportant des séries. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence — et certaines invalident toute la question.
6. Pour aller plus loin
Les séries numériques sont le tremplin vers une large part du programme de spé. Voici les chapitres directement nourris par cette fiche :
- Séries entières (spé) — généralisent les séries numériques avec un paramètre ; le rayon de convergence se calcule via les outils de cette fiche (D'Alembert, Cauchy, équivalents).
- Séries de Fourier (spé) — décomposition des fonctions périodiques en somme infinie de cosinus et sinus ; convergence étudiée par convergence absolue ou Dirichlet.
- Intégrales généralisées (1re année) — la comparaison série-intégrale crée un pont direct entre nature d'une série et nature d'une intégrale sur .
- Suites et séries de fonctions (spé) — convergence simple, uniforme, normale ; les critères vus ici se transposent avec une dépendance en .
- Probabilités discrètes — l'espérance d'une variable aléatoire à valeurs dans s'écrit ; sa convergence est exactement celle d'une série à termes positifs.
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Voir les stages MPSI →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir une série comme la suite des sommes partielles, et distinguer suite vs série ?
- Sais-tu énoncer la condition nécessaire de convergence — et donner le contre-exemple à sa réciproque ?
- Sais-tu démontrer que converge si et seulement si , avec somme ?
- Sais-tu démontrer que la série harmonique diverge (preuve par paquets) ?
- Sais-tu énoncer ET démontrer le critère de Riemann ( converge ssi ) par comparaison série-intégrale ?
- Sais-tu énoncer les critères de comparaison et d'équivalents — et la condition de signe constant ?
- Sais-tu énoncer le théorème de comparaison série-intégrale, avec ses hypothèses précises ?
- Sais-tu rédiger la chaîne « convergence absolue convergence » pour les séries complexes ?
- Sais-tu énoncer les trois hypothèses du critère de Leibniz, et démontrer la convergence via deux sous-suites adjacentes ?
- Connais-tu la majoration du reste dans le cas Leibniz, et son utilité numérique ?
- Sais-tu énoncer le théorème du produit de Cauchy et l'appliquer à ?
- Sais-tu réciter la méthode-type pour étudier une série à termes positifs (5 étapes) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Série géométrique — somme partielle explicite, puis discussion sur
- Divergence de la série harmonique — paquets de longueur , chacun
- Critère de Riemann — comparaison série-intégrale pour , comparaison à la harmonique sinon
- Critère de Leibniz — sous-suites paires/impaires adjacentes, puis sous-suites de même limite