Vue d'ensemble
La logique est la grammaire silencieuse de toutes les mathématiques de MPSI : sans elle, tu ne peux ni écrire la définition d'une limite, ni nier une hypothèse, ni démontrer correctement un théorème. Ce chapitre fixe les connecteurs (¬, ∧, ∨, ⇒, ⇔), les quantificateurs (∀, ∃) et les six types de raisonnement que tu retrouveras dans 100 % de tes DS — déduction, contraposée, absurde, analyse-synthèse, disjonction des cas, récurrence (simple, double, forte). On y retrouve les équivalences fondamentales, les 6 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui coûtent des points dès septembre.
Prérequis
- Notion intuitive d'ensemble (ℕ, ℤ, ℝ) et d'appartenance
- Manipulation algébrique élémentaire (égalités, inégalités)
- Vocabulaire « si…alors », « il existe », « pour tout » du lycée
Tu te sens perdu(e) dès qu'il faut nier une phrase quantifiée ? C'est le blocage n°1 de septembre en MPSI — il revient ensuite sur chaque définition d'analyse (limite, continuité, dérivabilité). Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font passer en 2 séances du « je récite » au « je manipule », sur tes propres DS et khôlles.
Trouver un mentor MPSI →1. Propositions et valeurs de vérité
Une proposition est un assemblage de signes qui (i) a une syntaxe correcte, (ii) a une sémantique correcte et (iii) admet une seule valeur de vérité : vrai (V, ) ou faux (F, ).
Deux propositions sont logiquement équivalentes (noté ) si elles ont toujours la même valeur de vérité.
2. Connecteurs logiques et tables de vérité
À partir de propositions on forme de nouvelles propositions via des connecteurs, entièrement définis par leur table de vérité.
est vraie ssi est fausse.
est vraie ssi et sont toutes les deux vraies.
est vraie ssi au moins l'une des deux propositions est vraie — c'est le « ou » inclusif des mathématiques.
est fausse uniquement quand est vraie et fausse — vraie dans tous les autres cas, y compris quand est fausse (« du faux on déduit n'importe quoi »).
est vraie ssi et ont la même valeur de vérité.
2.1 — Table de vérité maîtresse
3. Équivalences logiques fondamentales
Toutes ces équivalences se démontrent par table de vérité : on dresse la table des deux membres et on vérifie qu'elles coïncident.
3.1 — Double négation et lois de De Morgan
Démonstration (par table de vérité)
Table de vérité des deux membres de la première équivalence :
Les colonnes et coïncident : tautologie. La seconde loi s'obtient en appliquant la première à puis la double négation.
3.2 — Implication, contraposée, négation
Démonstration (par table de vérité)
Les colonnes coïncident : tautologie. Corollaire : (De Morgan) — la négation d'une implication n'est pas une implication.
La proposition est la contraposée de . Attention : ce n'est pas la réciproque ! La réciproque est , qui n'est en général pas équivalente.
Démonstration (par table de vérité)
Colonnes 3 et 6 identiques : tautologie. Preuve algébrique sans table : et — identiques par commutativité.
3.3 — Commutativité, associativité, distributivité
- Commutativité : ; .
- Associativité : ; idem pour .
- Distributivité : et symétriquement sur .
- Idempotence : ; .
4. Quantificateurs ∀ et ∃
Les quantificateurs indiquent combien d'éléments d'un ensemble vérifient une propriété — ils transforment un prédicat (variable libre) en proposition fermée.
se lit « pour tout dans , » ; vraie ssi est vraie pour chaque élément de .
se lit « il existe au moins un dans tel que » ; vraie ssi au moins un élément de vérifie . On note pour l'existence et unicité.
4.1 — Ordre des quantificateurs
Deux quantificateurs de même nature peuvent toujours être permutés : , et de même pour deux successifs.
4.2 — Négation d'une phrase quantifiée
Démonstration (par récurrence sur la structure de la formule)
On démontre la première équivalence ; la seconde s'obtient en l'appliquant à puis en utilisant la double négation.
Cas fini. Si , alors équivaut par définition à . Sa négation est, par application répétée de De Morgan, , qui est précisément . Preuve formelle par récurrence sur : initialisation immédiate ; hérédité par De Morgan sur .
Cas général. Sémantiquement : est fausse ssi il existe avec fausse, soit vraie. Les deux propositions ont donc toujours la même valeur de vérité — c'est l'équivalence cherchée.
La négation des phrases quantifiées est l'outil que tu vas utiliser sur 90 % de tes démos d'analyse. En 1 séance ciblée avec un mentor Majorant alumni X·Centrale, tu nies une définition de limite, de continuité, d'uniforme continuité ou de Cauchy les yeux fermés, et tu sais l'utiliser pour raisonner par l'absurde sans te tromper.
Réserver une séance ciblée →5. Les six types de raisonnement
5.1 — Déduction directe (modus ponens)
Si est vraie et si est vraie, alors est vraie. Schéma de base de toute démonstration : on enchaîne des implications à partir d'une vérité acquise.
5.2 — Raisonnement par contraposée
5.3 — Raisonnement par l'absurde
Pour démontrer , les trois schémas suivants sont logiquement équivalents :
- Direct : supposer , prouver .
- Contraposée : supposer , prouver .
- Absurde : supposer , trouver une contradiction.
Démonstration de l'équivalence des trois schémas
Par le théorème 3.3, , de négation (De Morgan).
- Direct ⇔ Contraposée : théorème 3.4, .
- Direct ⇔ Absurde : démontrer par l'absurde, c'est montrer que sa négation implique une contradiction, donc est impossible, donc est vraie.
- Contraposée ⇔ Absurde : sous , démontrer ou, en supposant en plus , trouver une contradiction (à savoir ) sont strictement équivalents.
Les trois schémas démontrent la même proposition ; le choix est purement tactique (lequel donne la rédaction la plus naturelle).
5.4 — Raisonnement par analyse-synthèse
- Analyse : on suppose qu'une solution existe, on en déduit sa forme nécessaire (condition nécessaire).
- Synthèse : on prend cette forme et on vérifie qu'elle résout effectivement le problème (condition suffisante).
5.5 — Disjonction des cas
5.6 — Raisonnement par récurrence
Soit un prédicat dépendant d'un entier . Si :
- Initialisation : est vraie ;
- Hérédité : pour tout , ;
alors est vraie pour tout .
Démonstration (à partir de la propriété du bon ordre de ℕ)
On utilise la propriété fondamentale de (équivalente à l'axiome de la borne sup restreint aux parties discrètes) : toute partie non vide de admet un plus petit élément.
Posons . On veut . Supposons par l'absurde : admet un plus petit élément .
- Si : est fausse, contradiction avec l'initialisation.
- Si : et (minimalité), donc est vraie. Par hérédité, est vraie — contradiction avec .
Dans les deux cas, contradiction. Donc : est vraie pour tout . Le principe de récurrence n'est pas un axiome supplémentaire : c'est un théorème, conséquence du bon ordre.
Forte : si et
,
alors .
Double : si et
,
alors . C'est la récurrence des récurrences linéaires
d'ordre 2 (Fibonacci).
- Énoncer précisément (jamais « la propriété est vraie » : écris-la).
- Initialisation : vérifier par calcul explicite.
- Hérédité : fixer , supposer (nomme-la HR), démontrer .
- Conclusion : « par le principe de récurrence, ». Cette ligne est obligatoire.
6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) dès les premières copies de l'année. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence — et il y en a souvent plusieurs par copie.
7. Pour aller plus loin
Les rudiments de logique sont le langage qui irrigue toute la MPSI et la spé. Tu les réinvestiras notamment en :
- Ensembles, applications, relations — De Morgan logique devient De Morgan ensembliste .
- Suites numériques — la définition de la limite est ; sa négation prouve la divergence.
- Continuité, dérivabilité, intégration — chaque définition est une phrase quantifiée à 3 ou 4 étages.
- Algèbre linéaire et arithmétique — récurrence sur la dimension, le degré, décomposition en facteurs premiers (forte).
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu donner la table de vérité de ?
- Sais-tu réécrire en et nier une implication en ?
- Sais-tu démontrer (par table de vérité) la contraposée ?
- Sais-tu énoncer et démontrer les deux lois de De Morgan ?
- Sais-tu écrire en 30 secondes la négation d'une phrase quantifiée à 3 étages ?
- Sais-tu expliquer pourquoi n'équivaut pas à , avec un exemple ?
- Sais-tu choisir entre direct, contraposée et absurde selon la forme de l'énoncé ?
- Sais-tu rédiger une récurrence en 4 temps (prédicat / initialisation / hérédité / conclusion) ?
- Sais-tu distinguer récurrence simple, double, forte — et choisir la bonne ?
- Sais-tu structurer une analyse-synthèse et justifier que les deux étapes sont indispensables ?
- Sais-tu démontrer que est irrationnel par l'absurde ?
- Sais-tu démontrer le principe de récurrence à partir du bon ordre de ?
Démonstrations à savoir refaire
- Lois de De Morgan — par table de vérité
- — par table de vérité, donne la négation d'une implication
- Contraposée — par table de vérité ou via le théorème 3.3
- Négation d'une phrase quantifiée — récurrence sur la structure (De Morgan en cas fini)
- Équivalence direct / contraposée / absurde — via
- Principe de récurrence — à partir du bon ordre de ℕ, par l'absurde sur l'ensemble des contre-exemples