Vue d'ensemble
Une relation binaire sur un ensemble , c'est simplement la donnée d'un sous-ensemble de : on écrit lorsque . Derrière cette définition minimaliste se cachent les deux structures fondamentales du programme MPSI : les relations d'équivalence (qui regroupent et quotientent) et les relations d'ordre (qui hiérarchisent et comparent). Cette fiche regroupe les 7 théorèmes incontournables, les 3 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui font perdre des points en khôlle ou en DS.
Prérequis
- Notion de produit cartésien et de sous-ensemble (fiche Ensembles)
- Quantificateurs et logique propositionnelle (fiche Rudiments de logique)
- Notion de partition d'un ensemble (réunion disjointe couvrant )
- Borne supérieure/inférieure dans ℝ (axiome de la borne sup, fiche Nombres réels)
Tu confonds élément maximum et élément maximal ? C'est le piège qui coûte le plus de points en MPSI sur ce chapitre — et le grand classique des khôlles d'algèbre. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te montrent en 1 séance la différence visuelle (diagrammes de Hasse) et les exemples qui ne s'oublient plus.
Trouver un mentor MPSI →1. Relation binaire et propriétés remarquables
Soit un ensemble. Une relation binaire sur est la donnée d'un sous-ensemble . Pour , on écrit — et on lit « est en relation avec » — lorsque . Sinon on note .
est réflexive si :
Autrement dit, tout élément est en relation avec lui-même.
est symétrique si :
L'ordre des termes ne compte pas pour décider si la relation est vérifiée.
est antisymétrique si :
Le seul moyen pour deux éléments distincts d'être « en relation dans les deux sens », c'est… qu'il n'y a pas de moyen : ils ne peuvent pas l'être.
est transitive si :
C'est la propriété qui permet de « chaîner » les relations : on peut sauter d'un maillon à l'autre sans repasser par les intermédiaires.
- L'égalité sur est réflexive, symétrique, antisymétrique et transitive.
- L'ordre usuel sur est réflexive, antisymétrique et transitive, mais pas symétrique.
- L'inclusion sur est réflexive, antisymétrique et transitive, mais pas symétrique.
- La divisibilité sur est réflexive, antisymétrique et transitive (mais pas symétrique).
- La relation « est ami de » (dans un graphe d'amitié) est symétrique mais en général pas transitive ni réflexive.
- Réflexivité : prendre un quelconque et vérifier si . Si la définition de dépend d'une donnée annexe (un , un …), tester d'abord sur un cas particulier suspect.
- Symétrie : prendre avec , réécrire littéralement la condition en échangeant et , voir si elle est encore vraie.
- Antisymétrie : supposer les deux relations et simultanément, et chercher à en déduire .
- Transitivité : prendre avec et , chercher à conclure — le plus souvent en composant les conditions (transitivité de , de , addition de congruences…).
2. Relations d'équivalence
2.1 — Définition et exemples
Une relation binaire sur est une relation d'équivalence si elle est réflexive, symétrique et transitive. On note alors souvent (ou ) à la place de .
- L'égalité sur n'importe quel ensemble : la relation d'équivalence minimale.
- La congruence modulo sur : ssi . Elle est réflexive (), symétrique () et transitive (somme de deux multiples de ).
- La similarité de matrices : ssi .
- L'équipotence : ssi il existe une bijection entre et .
- Le parallélisme entre droites du plan (relation réflexive par convention).
Soit une relation d'équivalence sur et . On appelle classe d'équivalence de modulo l'ensemble :
On note aussi ou . Un élément s'appelle un représentant de la classe.
2.2 — Le théorème fondamental : classes = partition
Soit une relation d'équivalence sur . Les classes d'équivalence forment une partition de :
- Chaque classe est non vide.
- Deux classes sont soit égales, soit disjointes : .
- La réunion de toutes les classes est tout entier : .
Réciproquement, toute partition de provient d'une unique relation d'équivalence (deux éléments sont équivalents ssi ils sont dans le même bloc).
Démonstration (sens direct, par double inclusion)
On suppose réflexive, symétrique et transitive. On montre les trois points.
(1) Chaque classe est non vide. Par réflexivité, donc . En particulier .
(2) Deux classes sont égales ou disjointes. C'est le cœur de la preuve. Supposons : il existe , c'est-à-dire et . Par symétrie, , et par transitivité avec on obtient .
Montrons alors par double inclusion. Inclusion : soit , i.e. . Comme , la transitivité donne , donc . Inclusion réciproque : par symétrie de l'argument (on a aussi ), si alors donc . Ainsi .
On a donc bien la dichotomie : soit l'intersection est vide, soit les deux classes sont identiques.
(3) Réunion = . Tout appartient à (point (1)), donc . Réciproquement, toute classe est incluse dans , donc leur réunion aussi.
Les trois conditions définissant une partition sont vérifiées.
2.3 — Ensemble quotient
L'ensemble quotient de par la relation d'équivalence , noté (ou ), est l'ensemble des classes d'équivalence :
C'est un sous-ensemble de : chaque élément de est un sous-ensemble de (une classe), pas un élément de .
Le théorème classes = partition est LA démo charnière du chapitre. Elle revient en spé sur les anneaux quotient, les espaces vectoriels quotient et la topologie. En 1 séance avec un mentor Majorant alumni de Centrale, tu maîtrises le schéma double inclusion + symétrie + transitivité pour de bon.
Réserver une séance ciblée →3. Relations d'ordre
3.1 — Définition et exemples
Une relation binaire sur est une relation d'ordre si elle est réflexive, antisymétrique et transitive. On la note souvent (ou si le contexte est clair). Le couple est appelé ensemble ordonné.
Une relation d'ordre sur est dite totale si :
(Deux éléments quelconques sont toujours comparables.) Sinon, l'ordre est dit partiel : il existe au moins un couple d'éléments incomparables (ni ni ).
- — ordre total. Idem pour , , .
- — ordre partiel dès que : deux parties peuvent être incomparables (ex : et ).
- — divisibilité, ordre partiel : et sont incomparables ( et ).
Soit une relation d'ordre sur . Alors est totale si et seulement si, pour tout couple , on a ou .
Conséquence pratique : dans un ordre total, on peut toujours « ranger » deux éléments — ce qui rend le maniement des extrema beaucoup plus simple qu'en ordre partiel.
Démonstration (équivalence directe avec la définition)
La démonstration consiste à reformuler la définition pour rendre l'équivalence manifeste — et à comprendre la portée logique de chaque sens.
Sens (). Si est totale, alors par définition, pour tout , on a ou . C'est exactement l'énoncé voulu.
Sens (). Réciproquement, si pour tout , ou , la propriété définissant la totalité est vérifiée — donc est totale.
Conséquence à connaître. Dans un ensemble totalement ordonné, deux éléments quelconques admettent toujours un et un : si alors et , sinon et on échange. En ordre partiel, c'est faux : deux éléments incomparables n'ont ni min ni max bien défini parmi eux.
3.2 — Plus grand / plus petit, maximal / minimal
Soit un ensemble ordonné et . On dit que :
- est plus grand élément (ou maximum) de si : . Notation : .
- est plus petit élément (ou minimum) de si : . Notation : .
Crucial : le max/min, s'il existe, est dans et est comparable à tous les éléments de .
Soit un ensemble ordonné et . Si admet un plus grand élément, alors celui-ci est unique. Idem pour le plus petit élément.
Démonstration (par antisymétrie)
Supposons que admette deux plus grands éléments et . Montrons par antisymétrie.
Par définition de comme max de : . Comme , on a en particulier .
Symétriquement, étant un max de : , et donne .
On a donc et . Par antisymétrie de l'ordre , il vient .
L'unicité du plus petit élément se démontre identiquement, en échangeant les rôles de et de son inverse. C'est la seule propriété de l'ordre qu'on utilise — c'est pour cela que l'antisymétrie est si centrale dans la définition.
Soit . Un élément est dit maximal dans s'il n'existe aucun élément de strictement plus grand que lui :
De même, est minimal dans si : .
- Un maximum est plus grand que tous les éléments de (il est comparable à tous).
- Un maximal n'est plus petit qu'aucun (il peut être incomparable à certains).
- est maximum : , , .
- Sur , il n'y a pas de maximum ( et incomparables), mais deux maximaux : et (aucun n'a de strict majorant dans ).
3.3 — Majorants, minorants, borne sup, borne inf
Soit un ensemble ordonné et .
- Un élément est un majorant de si : . On dit alors que est majorée.
- Un élément est un minorant de si : . est alors minorée.
Différence avec max/min : un majorant est dans , pas nécessairement dans . Le max, s'il existe, est le majorant qui appartient à .
Si admet des majorants, et si l'ensemble des majorants de admet un plus petit élément, celui-ci est appelé borne supérieure de et noté . Autrement dit, est le plus petit des majorants.
De même, — borne inférieure — est le plus grand des minorants de , s'il existe.
Dans un ensemble ordonné , une chaîne est un sous-ensemble totalement ordonné (deux éléments quelconques de la chaîne sont comparables). Une antichaîne est un sous-ensemble formé d'éléments deux à deux incomparables.
- est une chaîne ().
- est une antichaîne (deux à deux incomparables).
- , .
Soit une partie ordonnée. Si existe, alors existe aussi et . Autrement dit, dès qu'un majorant appartient à , c'est lui le plus petit majorant.
Attention : la réciproque est fausse ! peut exister sans appartenir à (cas typique : qui n'est pas dans ).
- Majorants : caractériser l'ensemble des majorants de (souvent en réécrivant la condition ).
- Borne sup : chercher le plus petit majorant. Souvent, il apparaît comme « cas limite » dans la caractérisation des majorants.
- Maximum : vérifier si . Si oui, c'est le max. Sinon, n'a pas de maximum.
- Minorants, inf, min : symétriquement.
- Maximaux/minimaux (si l'ordre est partiel) : repérer les éléments de sans strict majorant dans . Il peut y en avoir plusieurs.
4. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves comportant des questions de relations binaires. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
5. Pour aller plus loin
Les relations binaires sont l'infrastructure algébrique sur laquelle reposent plusieurs chapitres clés de MPSI et de spé :
- Arithmétique dans — la congruence modulo est la relation d'équivalence centrale ; en est l'ensemble quotient, base de toute l'arithmétique modulaire.
- Groupes, anneaux quotient (spé) — passage au quotient par un sous-groupe distingué (ou un idéal) ; chaque structure quotient est construite via la relation d'équivalence « ».
- Espaces vectoriels quotient (spé) — où est un sous-espace ; classes , partition de en sous-espaces affines parallèles à .
- Topologie et fermés — la relation « être dans la même composante connexe » est une relation d'équivalence sur un espace topologique.
- Théorie de l'ordre, Zorn (hors-prog, mais utile en spé) — lemme de Zorn sur les ensembles inductivement ordonnés, utilisé pour montrer l'existence de bases en dimension infinie.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu énoncer la définition d'une relation binaire comme sous-ensemble de ?
- Sais-tu écrire sans hésiter les quatre propriétés (réflexive, symétrique, antisymétrique, transitive) avec quantificateurs ?
- Sais-tu donner un exemple d'une relation à la fois symétrique et antisymétrique (réponse : l'égalité) ?
- Sais-tu définir une relation d'équivalence et donner 3 exemples canoniques (égalité, congruence modulo , équipotence) ?
- Sais-tu démontrer que les classes d'équivalence forment une partition de ?
- Sais-tu écrire la définition de la classe et de l'ensemble quotient ?
- Sais-tu définir une relation d'ordre et la différence entre ordre total et ordre partiel ?
- Sais-tu démontrer l'unicité du plus grand élément ?
- Sais-tu distinguer maximum (compare à tous) et élément maximal (n'est dominé par personne) et donner un exemple où ils diffèrent ?
- Sais-tu définir majorant, minorant, borne sup, borne inf — et la subtilité ou pas ?
- Sais-tu reconnaître une chaîne et une antichaîne dans ?
Démonstrations à savoir refaire
- Les classes d'équivalence forment une partition — double inclusion via symétrie + transitivité, depuis un élément commun.
- Caractérisation de l'ordre total — équivalence formelle avec la disjonction « ou ».
- Unicité du plus grand élément — application directe de l'antisymétrie.