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📘 Fiche de cours · 1re année📐 MPSI🧮 Mathématiques

Polynômes

Tout le chapitre Polynômes MPSI : structure de 𝕂[X], division euclidienne, polynôme dérivé et formule de Taylor, racines et ordre de multiplicité, théorème de d'Alembert-Gauss, factorisation dans ℂ[X] et ℝ[X], relations coefficients-racines, interpolation de Lagrange.

Fiche rédigée par les mentors Majorant — alumni Polytechnique, CentraleSupélec et Mines Paris.

8 définitions9 théorèmes4 démos à savoirMis à jour le 2026-05-18

Vue d'ensemble

Les polynômes sont le premier objet algébrique « pur » du programme MPSI : on quitte l'analyse et on raisonne sur des objets formels — des suites finies de coefficients — qu'on additionne, multiplie et dérive selon des règles parfaitement calculatoires. Ce chapitre est stratégique aux concours car il fournit les outils pour toute l'algèbre de spé (réduction d'endomorphismes, polynôme caractéristique, polynômes annulateurs) et pour les fractions rationnelles. Cette fiche regroupe les 8 théorèmes incontournables, les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui font perdre des points.

Au programme MPSI (officiel) — L'algèbre 𝕂[X] (𝕂 = ℝ ou ℂ), degré, opérations, division euclidienne, dérivation formelle, formule de Taylor, racines et ordre de multiplicité, théorème de d'Alembert-Gauss (admis), polynômes scindés, factorisation dans ℂ[X] et ℝ[X], relations coefficients-racines, polynôme d'interpolation de Lagrange.

Prérequis

  • Manipulation des sommes et indices muets
  • Notion d'anneau commutatif unitaire intègre (vue dans le chapitre Structures algébriques)
  • Formule de Taylor (vue pour les fonctions, généralisée formellement ici)
  • Nombres complexes : conjugaison, racines de l'unité
🎯 Accompagnement Majorant

Tu confonds polynôme, fonction polynomiale et indéterminée X ? C'est le blocage n°1 sur ce chapitre — et c'est exactement ce que les correcteurs traquent en début d'année. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines remettent ces fondations algébriques en place avec des exos sur-mesure tirés de tes propres DS.

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1. Généralités sur 𝕂[X]

1.1 — Polynôme, coefficients, degré

Définition 1.1 — Polynôme à coefficients dans 𝕂

Soit ou . Un polynôme à coefficients dans 𝕂 est une suite d'éléments de nulle à partir d'un certain rang. On le note formellement :

Les sont les coefficients de . L'ensemble des polynômes à coefficients dans se note . On note le sous-ensemble des polynômes de degré inférieur ou égal à .

Définition 1.2 — Degré, coefficient dominant, polynôme unitaire

Si , le degré de , noté (ou ), est le plus grand entier tel que . Le coefficient est appelé coefficient dominant de . Lorsque , le polynôme est dit unitaire (ou normalisé). Par convention, .

⚠ Piège #1 du chapitre — Polynôme vs fonction polynomiale. est un objet formel (une suite de coefficients), pas une fonction. On lui associe la fonction polynomiale de dans . Sur infini (ℝ ou ℂ), l'application est injective : on peut confondre et sans risque. Mais ce n'est plus vrai sur un corps fini (hors-prog) : est non nul dans mais sa fonction polynomiale est identiquement nulle. Garde le vocabulaire propre : est l'indéterminée, est la variable.

1.2 — Opérations dans 𝕂[X]

Soient et deux éléments de , et .

Proposition 1.3 — Addition et produit par un scalaire

L'addition et la multiplication par un scalaire sont définies coefficient par coefficient :

Pour les degrés : , avec égalité si . Et pour : .

Proposition 1.4 — Produit de deux polynômes

Le produit de deux polynômes est défini par convolution discrète :

Le degré se comporte additivement : (formule capitale qui justifie l'intégrité de ).

Théorème 1.5 — Structure d'anneau de 𝕂[X]

est un anneau commutatif unitaire intègre :

  • Anneau commutatif : et sont associatifs, commutatifs, distributifs, avec neutres et ;
  • Intègre : ou (conséquence directe de ) ;
  • Les inversibles de sont exactement les polynômes constants non nuls, soit .
Définition 1.6 — Composition de polynômes

Le composé de et , noté , est défini par :

Si et sont non constants, on a . On écrit souvent au lieu de .

2. Division euclidienne et dérivation

2.1 — Divisibilité et division euclidienne

Définition 2.1 — Divisibilité, polynômes associés

Soient . On dit que divise (noté ) s'il existe tel que ; on dit alors que est un multiple de . Deux polynômes et sont associés lorsqu'il existe tel que .

Théorème 2.2 — Division euclidienne dans 𝕂[X]

Soient avec . Il existe un unique couple tel que :

est le quotient, est le reste de la division euclidienne de par . L'algorithme de division pose les puissances de par ordre décroissant — exactement comme la division des entiers, en remplaçant les chiffres par les coefficients.

2.2 — Polynôme dérivé et formule de Taylor

Définition 2.3 — Polynôme dérivé

Soit . Le polynôme dérivé de est défini formellement par :

Si non constant, alors . On définit par récurrence les dérivées successives . Si , alors est constant non nul, et pour .

📝 Dérivation formelle vs analytique. Cette définition est purement algébrique. Sur ou , elle coïncide avec la dérivée de . Toutes les règles restent valables : , , et la formule de Leibniz : .
Théorème 2.5 — Formule de Taylor polynomiale

Si est de degré , alors pour tout :

Important : le reste est identiquement nul à partir de l'ordre (puisque ) : la formule est exacte, pas seulement asymptotique. C'est cette formule qui sert pour caractériser l'ordre de multiplicité d'une racine.

3. Racines d'un polynôme et multiplicité

Définition 3.1 — Racine (ou zéro) d'un polynôme

Soit et . On dit que est une racine (ou un zéro) de si , autrement dit si annule le polynôme.

Théorème 3.2 — Caractérisation de la racine par divisibilité ★ À savoir démontrer

Soient et . Alors :

Démonstration (par division euclidienne)

(⇐) Si , alors il existe tel que . En évaluant en : , donc est racine.

(⇒) Réciproquement, supposons . On effectue la division euclidienne de par , qui est non nul de degré . Par le théorème 2.2, il existe un unique couple tel que :

Donc est de degré , i.e. est une constante : . En évaluant en :

donc et . Conclusion : .

Définition 3.3 — Ordre de multiplicité d'une racine

Soit une racine de et . On dit que est racine de multiplicité (ou racine d'ordre ) s'il existe tel que :

Pour la racine est dite simple, pour double, pour multiple. L'entier est unique : c'est la plus grande puissance de qui divise .

Théorème 3.4 — Caractérisation par les dérivées successives ★ À savoir démontrer

Soit , , . Alors est racine d'ordre au moins ssi :

est racine exactement d'ordre ssi, de plus, .

Démonstration (via la formule de Taylor polynomiale)

Soit . La formule de Taylor en (Théorème 2.5) donne , et c'est un développement unique en puissances de .

(⇒) Si est d'ordre exactement , alors avec ; en développant en puissances de , on voit que les coefficients de pour sont nuls et que celui de vaut . Par unicité, pour et .

(⇐) Réciproquement, si pour et , les premiers termes du Taylor s'annulent :

avec . Donc est d'ordre exactement .

📐 Méthode-type — Déterminer l'ordre de multiplicité d'une racine.
  1. Vérifier que est racine : calculer . Si non nul, multiplicité (pas racine).
  2. Dériver successivement et évaluer en tant que c'est nul. Le premier tel que donne la multiplicité.
  3. Variante factorisation : si on connaît déjà la factorisation partielle avec , évaluer ; si , la multiplicité est exactement , sinon on continue à factoriser.
Astuce concours : sur les polynômes type , la caractérisation par les dérivées est presque toujours plus rapide que la factorisation directe.
Théorème 3.5 — Nombre de racines borné par le degré ★ À savoir démontrer

Un polynôme non nul de degré admet au plus racines dans , comptées avec multiplicité. En particulier : si admet strictement plus de racines, alors .

Démonstration (par récurrence forte sur le degré)

Soit : « tout polynôme non nul de degré a au plus racines comptées avec multiplicité ». Récurrence forte sur .

Initialisation : est une constante non nulle, sans racine. , vrai.

Hérédité : on suppose vraies. Soit de degré . Si n'a pas de racine, fini. Sinon soit une racine de , de multiplicité : avec et . Toute racine de vérifie , donc est racine de avec la même multiplicité. Par , a au plus racines comptées avec multiplicité, donc a au plus racines. est vraie. Par récurrence, vraie pour tout .

Corollaire 3.6 — Un polynôme à une infinité de racines est nul

Si admet une infinité de racines (ou plus de racines), alors . En particulier, deux polynômes qui coïncident sur une partie infinie de sont égaux.

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La démo « nombre de racines ≤ degré » est LE classique de khôlle de janvier. La récurrence forte + l'argument de multiplicité y est piégeur : beaucoup d'élèves perdent le compte des multiplicités. En 1 séance avec un mentor Majorant alumni de l'X, tu maîtrises la démo pour de bon — énoncé, schéma au tableau, variantes en oral.

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Définition 3.7 — Polynôme scindé

Un polynôme de degré est scindé sur s'il se factorise comme produit de polynômes de degré 1, soit :

sont les racines distinctes de dans et leurs multiplicités. Si toutes les valent 1, on dit que est scindé à racines simples.

4. Factorisation dans ℂ[X] et ℝ[X]

4.1 — Théorème de d'Alembert-Gauss

Théorème 4.1 — d'Alembert-Gauss (théorème fondamental de l'algèbre)

Tout polynôme non constant de admet au moins une racine dans .

Admis en MPSI — la démonstration relève de l'analyse complexe (spé / L3 maths). On en déduit le résultat fondamental ci-dessous.

Corollaire 4.2 — Tout polynôme de ℂ[X] est scindé

Tout polynôme de degré admet exactement racines dans comptées avec multiplicité, et se factorise :

avec ses racines distinctes dans . Démonstration : récurrence sur — par d'Alembert-Gauss, a une racine , donc avec ; on applique l'hypothèse de récurrence à .

4.2 — Factorisation dans ℝ[X]

Proposition 4.3 — Racines complexes conjuguées d'un polynôme réel

Si et si est racine de de multiplicité , alors est aussi racine de avec la même multiplicité . Idée : à coefficients réels, .

Théorème 4.4 — Factorisation dans ℝ[X] ★ À savoir démontrer

Les polynômes irréductibles de sont :

  • les polynômes de degré 1 : avec ;
  • les polynômes de degré 2 à discriminant strictement négatif : avec .

Tout polynôme de degré se factorise de manière unique (à l'ordre près) sous la forme :

où les sont les racines réelles distinctes de (de multiplicités ) et les facteurs correspondent aux paires de racines complexes conjuguées non réelles (de multiplicités ).

Démonstration (à partir de la factorisation dans ℂ[X])

Soit de degré et coefficient dominant . Vu dans , par d'Alembert-Gauss, se factorise :

où les sont les racines réelles et les représentent chaque paire conjuguée non réelle (de multiplicité par Prop 4.3). Pour chaque :

avec . Comme , son discriminant vaut : irréductible dans . D'où la décomposition annoncée à coefficients réels. Unicité : par unicité de la factorisation dans , les facteurs réels sont uniquement déterminés à permutation près.

💡 Exemple canonique — Factorisation de dans ℝ[X]. Dans , les racines sont les 4 racines 8-èmes primitives de l'unité : . Elles sont conjuguées deux à deux : et . On regroupe : Vérification : discriminants , les deux facteurs sont bien irréductibles dans .

4.3 — Relations coefficients-racines

Proposition 4.5 — Relations de Viète

Soit scindé, de racines (comptées avec multiplicité). Notons la somme des produits à des racines (-ième fonction symétrique élémentaire). Alors :

Cas : et (rappels seconde). Cas : , , .

5. Polynôme d'interpolation de Lagrange

Théorème 5.1 — Existence et unicité du polynôme interpolateur

Soient deux à deux distincts et . Il existe un unique polynôme (de degré ) tel que :

Ce polynôme est donné explicitement par :

est le -ème polynôme de Lagrange, caractérisé par (symbole de Kronecker : 1 si , 0 sinon).

📐 Méthode-type — Quand utiliser Lagrange ?
  1. Calculer un polynôme à partir de valeurs imposées — la formule donne explicitement le de degré tel que .
  2. Démontrer une identité polynomiale — si coïncident en points distincts, alors (réflexe : « a racines distinctes et est de degré , donc » par le Théorème 3.5).
  3. Construire une base de — les forment la base de Lagrange duale à la base canonique des évaluations.
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6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)

Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves comportant des polynômes. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.

⚠ Erreur 1 — Confondre l'indéterminée X et la variable x. Écrire n'a aucun sens : est un symbole formel, pas un réel. Le bon raccourci est « j'évalue en », ce qui donne (ou avec la confusion autorisée sur infini). Cette erreur de vocabulaire suffit à faire sauter 0,5 point sur une question de cours.
⚠ Erreur 2 — Oublier la multiplicité dans le compte des racines. « Le polynôme de degré 5 a 3 racines, donc n'est pas scindé » est une conclusion fausse si l'on n'a pas vérifié les multiplicités. Exemple : a 3 racines distinctes mais 5 racines comptées avec multiplicité, donc est scindé. Toujours écrire « a racines comptées avec multiplicité » sans ambiguïté.
⚠ Erreur 3 — Croire que ℝ[X] est scindé. Le théorème de d'Alembert-Gauss vaut uniquement sur . Dans , le polynôme n'a pas de racine — il est irréductible. Conséquence : tout polynôme de se factorise en degré 1 et degré 2 (à ), jamais en facteurs de degré 1 seuls (sauf si toutes les racines complexes sont déjà réelles).
⚠ Erreur 4 — Mal manipuler le degré du polynôme nul. Par convention, . Cela rend cohérentes les formules (avec ) et . Conséquence : ne jamais écrire « soit de degré » sans préciser si on autorise — sinon tu risques de manipuler implicitement , faux.
⚠ Erreur 5 — Confondre « irréductible » et « sans racine ». Un polynôme sans racine dans n'est pas forcément irréductible dans ! Exemple : dans n'a aucune racine réelle, mais n'est pas irréductible (il est produit de deux facteurs non triviaux). La réciproque vaut uniquement en degré sur ou .

7. Pour aller plus loin

Les polynômes sont l'infrastructure de toute l'algèbre MPSI et spé. Les chapitres qui les réinvestissent directement :

  • Fractions rationnelles (MPSI) — décomposition en éléments simples sur et reposant intégralement sur la factorisation des polynômes vue ici.
  • Espaces vectoriels et applications linéaires est l'exemple canonique d'ev de dimension finie ; la base canonique et la base de Lagrange y vivent.
  • Réduction d'endomorphismes (spé) — polynôme caractéristique, polynôme minimal, polynômes annulateurs : la diagonalisation se lit sur la factorisation du polynôme minimal en facteurs irréductibles.
  • Séries entières (spé) — un polynôme est une série entière de rayon infini ; toutes les manipulations formelles de cette fiche se prolongent aux séries entières.

Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir

À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.

  • Sais-tu écrire la définition formelle d'un polynôme de comme suite de coefficients nulle à partir d'un certain rang ?
  • Sais-tu distinguer le polynôme (objet formel) de la fonction polynomiale — et pourquoi on peut les confondre sur ℝ ou ℂ ?
  • Connais-tu par cœur la formule et l'inégalité ?
  • Sais-tu énoncer le théorème de la division euclidienne dans — existence ET unicité ?
  • Sais-tu démontrer le théorème de la racine ?
  • Sais-tu énoncer et démontrer la caractérisation de la multiplicité par et (via Taylor) ?
  • Sais-tu démontrer qu'un polynôme de degré admet au plus racines (par récurrence forte) ?
  • Sais-tu énoncer le théorème de d'Alembert-Gauss et en déduire que tout est scindé ?
  • Sais-tu décrire les irréductibles de (degré 1, ou degré 2 avec ) ?
  • Sais-tu factoriser ou dans ?
  • Sais-tu énoncer les relations de Viète (somme/produit des racines en fonction des coefficients) ?
  • Sais-tu écrire le polynôme d'interpolation de Lagrange en points et justifier son unicité ?

Démonstrations à savoir refaire

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