Vue d'ensemble
Les nombres complexes sont le grand chapitre charnière de MPSI : on construit le corps à partir de en ajoutant une racine à , et l'on découvre que tout polynôme du second degré admet désormais ses racines — ce que ne savait pas faire. Mais l'enjeu va beaucoup plus loin : les complexes donnent une écriture trigonométrique qui transforme les rotations en multiplications, fournissent les formules d'Euler et de Moivre pour linéariser , , et débloquent enfin la résolution générale de (racines n-ièmes). Cette fiche regroupe les 9 théorèmes incontournables, les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui font perdre des points en DS comme en khôlle.
Prérequis
- Trigonométrie réelle : , , , formules d'addition et de duplication
- Géométrie du plan (vecteurs, angles orientés, identification d'un complexe à un couple de réels)
- Résolution d'une équation du second degré à coefficients réels (discriminant)
Tu confonds forme algébrique, trigonométrique et exponentielle ? C'est le blocage n°1 du chapitre — celui qui empêche ensuite de manipuler Euler, Moivre et les racines n-ièmes. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font passer les trois formes en réflexes, avec des exos sur-mesure tirés de tes propres DS et khôlles.
Trouver un mentor MPSI →1. Construction de ℂ et forme algébrique
L'ensemble avec , muni des opérations et , est un corps commutatif contenant (les réels sont les complexes de partie imaginaire nulle).
L'écriture avec est unique ; on appelle la partie réelle et la partie imaginaire (un réel, pas !). est réel ssi , imaginaire pur ssi .
Le conjugué de est (géométriquement, symétrie orthogonale par rapport à l'axe réel).
Pour tous :
- (involution)
- (linéarité)
- Si :
- et
- (clé pour calculer )
2. Module et argument
Le module de est , réel positif égal à la distance de l'affixe de à l'origine.
Pour tous :
- , et
- (formule reine, à utiliser à chaque démo de module)
- et
- (multiplicativité)
- Si :
- et
Pour tous :
Cas d'égalité : il y a égalité ssi et sont positivement liés, c'est-à-dire ssi il existe tel que (ou ). Inégalité triangulaire renversée :
Démonstration (par développement de )
On part de l'identité et l'on calcule :
Comme , on a , donc . En majorant :
Les deux membres sont positifs : on passe à la racine et l'on obtient . Le cas d'égalité demande , soit — c'est-à-dire et positivement liés.
Pour , un argument de est un réel tel que . L'argument n'est défini qu'à près : on note , et l'unique représentant dans est l'argument principal. n'est pas défini pour .
Pour , un argument vérifie simultanément et . Les deux équations sont nécessaires : seul ne couvre que et rate la moitié du plan complexe lorsque .
3. Forme trigonométrique et forme exponentielle
Tout s'écrit de façon unique (à près sur ) sous la forme avec et .
On pose, pour tout , . Alors tout s'écrit avec . Cette notation se comporte comme une vraie exponentielle (propriété multiplicative ci-dessous), ce qui justifie l'écriture.
Pour tous et :
- (le complexe est sur le cercle unité)
- (la multiplication des complexes ajoute les arguments)
- (formule de Moivre, ci-dessous)
Conséquence pratique : pour multiplier deux complexes en forme exponentielle, on multiplie les modules et on ajoute les arguments — .
- Algébrique → exponentielle : pour , calcule , puis identifie tel que et — pas d' seul. Écris .
- Exponentielle → algébrique : pour , développe .
- Quand utiliser laquelle ? — Forme algébrique pour additionner, soustraire, lire parties réelle et imaginaire. Forme exponentielle pour multiplier, élever à une puissance, prendre des racines n-ièmes, calculer un argument.
Euler et Moivre sont les deux outils qui débloquent le chapitre — et tout le programme de spé. En 1 séance de 1h30 avec un mentor Majorant alumni de l'X, tu maîtrises linéarisation, calcul des sommes trigonométriques et résolution de . C'est le ROI le plus rentable de l'année.
Réserver une séance ciblée →4. Formules d'Euler et de Moivre
Pour tout :
Démonstration (à partir de )
Par définition . La conjugaison envoie sur et fixe les réels, donc . En ajoutant les deux égalités : , d'où . En les soustrayant : , d'où .
- Écris puis élève à la puissance.
- Développe avec la formule du binôme.
- Regroupe les termes par paires ou .
Pour tout et tout :
ou de manière équivalente .
Démonstration (récurrence sur , puis extension à )
Soit : « » pour .
Initialisation () : . OK.
Hérédité : supposons . Alors :
On développe : . Par les formules d'addition de et , c'est exactement . Donc est vraie.
Cas : avec , l'inverse d'un complexe de module est son conjugué, donc . OK.
5. Racines n-ièmes
Pour et , une racine n-ième de est tout complexe tel que .
L'équation admet, dans , exactement solutions, données par :
Géométriquement, ces racines sont régulièrement espacées sur le cercle unité ; elles forment les sommets du polygone régulier à côtés inscrit dans le cercle, avec comme premier sommet.
Démonstration (par résolution directe en forme exponentielle)
Cherchons avec (car ) tel que . L'égalité de deux complexes en forme exponentielle équivaut à l'égalité des modules et des arguments modulo , donc : et .
Comme , impose . L'équation donne avec ; comme est défini modulo , les valeurs distinctes correspondent à (au-delà, on retombe sur les mêmes complexes). On a donc exactement racines, .
Pour avec , l'équation admet exactement solutions pour , régulièrement espacées sur le cercle de rayon avec un pas angulaire de .
- Mets en forme exponentielle : avec et un argument.
- Pose . L'équation devient .
- Égalité des modules : , donc (racine n-ième réelle positive — sans ambiguïté).
- Égalité des arguments mod : , donc avec .
- Écris les racines et place-les sur un dessin si l'énoncé le demande (polygone régulier).
Notons , de sorte que les racines n-ièmes de l'unité sont . Pour :
- Somme nulle : (somme d'une suite géométrique de raison ).
- Produit : (lecture des coefficients de ).
- Stabilité par conjugaison : .
6. Équation du second degré dans ℂ
Soit avec . L'équation admet toujours deux racines (éventuellement confondues) dans , données par :
où est une racine carrée du discriminant dans (l'autre racine carrée est , d'où le ).
- Si et , alors et les racines sont complexes conjuguées : .
- Si : racine double .
- Relations de Viète : et .
- Développe : . Identifie avec : et .
- Ajoute l'équation des modules : , soit .
- Combine avec pour obtenir et ; choisis les signes cohérents avec .
7. Interprétation géométrique
Dans le plan euclidien muni d'un repère orthonormé direct, à tout point de coordonnées on associe son affixe (idem pour un vecteur).
Soient trois points d'affixes .
- Distance : .
- Angle orienté : .
- Alignement : alignés ssi .
- Orthogonalité : ssi (imaginaire pur).
Soit d'affixe . Image d'affixe par :
- Translation de vecteur d'affixe : .
- Rotation de centre (affixe ) et d'angle : .
- Homothétie de centre et de rapport : .
- Similitude directe de centre , rapport , angle : .
8. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs reviennent chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves de maths comportant des complexes. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
9. Pour aller plus loin
Les nombres complexes irriguent presque tous les chapitres de fin de MPSI et toute la spé. Les chapitres qui les réinvestissent directement :
- Polynômes et fractions rationnelles — est algébriquement clos (théorème de d'Alembert-Gauss) : tout polynôme se factorise en produit de sur , ce qui simplifie radicalement la décomposition en éléments simples.
- Équations différentielles linéaires — les racines complexes du polynôme caractéristique donnent les solutions oscillantes que l'on passe ensuite en .
- Séries entières et fonctions usuelles complexes (en spé) — l'exponentielle complexe se définit comme , et la formule apparaît comme un cas particulier.
- Algèbre linéaire — la diagonalisation sur marche pour davantage de matrices que sur (par exemple les matrices de rotation), grâce à la clôture algébrique de .
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu écrire et donner les règles d'addition et de multiplication ?
- Sais-tu, pour , reconnaître que est un réel (pas ) ?
- Connais-tu les 6 propriétés du conjugué (involution, distribution sur les opérations, , , ) ?
- Sais-tu mettre sous forme algébrique en multipliant par le conjugué ?
- Connais-tu la formule reine et sais-tu l'utiliser pour démontrer l'inégalité triangulaire ?
- Sais-tu démontrer par développement de ?
- Sais-tu que n'est défini que modulo , et calculer un argument avec et (pas seul) ?
- Sais-tu démontrer les formules d'Euler à partir de ?
- Sais-tu démontrer la formule de Moivre par récurrence ?
- Sais-tu résoudre et retrouver pour ?
- Connais-tu , , et ?
- Sais-tu interpréter géométriquement (distance) et (angle orienté) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Inégalité triangulaire — développer et majorer
- Formules d'Euler et — ajouter et soustraire et
- Formule de Moivre par récurrence — initialisation à , hérédité via les formules d'addition
- Racines n-ièmes de l'unité — résoudre en forme exponentielle, égalité des modules et arguments mod