Vue d'ensemble
Les isométries vectorielles sont les applications linéaires qui préservent les distances : si tu fais agir une isométrie sur l'espace, deux points qui étaient distants de le sont toujours après transformation. Cela paraît anodin, mais c'est la clé d'un édifice immense : rotations, symétries, matrices orthogonales, groupe orthogonal , classification des isométries du plan et de l'espace. Cette fiche regroupe les 7 théorèmes incontournables, les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui font perdre des points.
Prérequis
- Produit scalaire et norme associée sur un espace préhilbertien réel
- Bases orthonormées, inégalité de Cauchy-Schwarz, identité de polarisation
- Algèbre linéaire en dimension finie : matrice d'une application linéaire dans une base, déterminant, matrice de passage
Tu confonds isométrie, matrice orthogonale et changement de base ? C'est le noeud qui bloque la moitié des MPSI sur ce chapitre. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te démontent la triple équivalence (norme ⇔ produit scalaire ⇔ base orthonormée vers base orthonormée) sur des exos tirés de tes DS.
Trouver un mentor MPSI →1. Définitions essentielles
Dans toute la fiche, désigne un espace préhilbertien réel, et la norme associée est . On dira espace euclidien lorsque est de plus de dimension finie.
Un endomorphisme est une isométrie vectorielle (ou endomorphisme orthogonal) s'il conserve la norme :
On note l'ensemble des isométries de . Lorsque est euclidien de dimension , c'est le groupe orthogonal de .
Une matrice est orthogonale si :
c'est-à-dire . On note l'ensemble des matrices orthogonales d'ordre .
- est le groupe orthogonal.
- est le groupe spécial orthogonal (ou groupe des rotations).
Les éléments de sont appelés isométries directes ; ceux de (déterminant ) sont les isométries indirectes.
Soit un plan euclidien orienté. La rotation d'angle est l'endomorphisme dont la matrice dans toute base orthonormée directe est :
On a et .
Soit une droite vectorielle de (plan euclidien). La réflexion d'axe est l'endomorphisme tel que pour et pour . Sa matrice dans une base orthonormée avec sur est ; on a .
Soit un espace euclidien orienté de dimension 3. La rotation d'axe (droite orientée) et d'angle est l'endomorphisme qui fixe point par point et agit comme la rotation d'angle dans le plan (orienté par le vecteur directeur de ). Sa matrice dans une base orthonormée directe adaptée avec dirigeant est :
2. Caractérisations équivalentes d'une isométrie
Le coeur du chapitre, ce sont les trois manières équivalentes de définir une isométrie. C'est elles qu'on utilise en pratique selon le contexte (parfois la norme est plus facile à manipuler, parfois le produit scalaire, parfois la base orthonormée).
Soit un espace euclidien et . Les assertions suivantes sont équivalentes :
- est une isométrie : .
- conserve le produit scalaire : .
- L'image par d'une base orthonormée de est une base orthonormée.
Démonstration (chaîne 1 ⇒ 2 ⇒ 3 ⇒ 1, par polarisation)
1 ⇒ 2. Identité de polarisation : pour tous ,
Comme est linéaire, . En appliquant l'identité à et puis en utilisant pour , on obtient .
2 ⇒ 3. Soit une base orthonormée de . Alors , donc la famille est orthonormée. Étant de cardinal , c'est une base orthonormée.
3 ⇒ 1. Soit une base orthonormée envoyée par sur la base orthonormée . Pour , la linéarité donne . Le calcul de la norme par Pythagore (dans une base orthonormée) donne :
donc .
Toute isométrie d'un espace euclidien est bijective (c'est un automorphisme orthogonal), et son inverse est encore une isométrie.
Preuve rapide : si , alors , donc . est injective ; en dimension finie, injective bijective. Pour : .
Soit de matrice dans une base orthonormée. Alors :
En particulier, les colonnes (et les lignes) de forment une base orthonormée de muni du produit scalaire canonique.
- Calcul direct. Calculer et vérifier que c'est . Recommandé pour ou matrice creuse.
- Lecture des colonnes. Vérifier que les colonnes sont deux à deux orthogonales et de norme 1 (idem pour les lignes). Souvent plus rapide visuellement.
- Reconnaître une forme canonique. Matrice de rotation , matrice de symétrie diagonale par blocs, matrice de permutation — si tu reconnais la forme, c'est immédiat.
3. Groupe orthogonal — déterminant ±1
est un sous-groupe de :
- .
- Si , alors (la composée de deux isométries est une isométrie).
- Si , alors .
De plus, est un sous-groupe de (noyau de ).
Si , alors .
Démonstration (calcul direct via )
Soit . Par définition, . En passant au déterminant :
Or (propriété générale du déterminant). Donc :
Soit une isométrie de euclidien. Pour tous vecteurs non nuls :
au sens où le cosinus de l'angle non orienté est préservé : . Les isométries directes () préservent en outre l'orientation de l'angle ; les isométries indirectes l'inversent.
La démo de la triple équivalence (norme ⇔ produit scalaire ⇔ base orthonormée) est LA démo classique de khôlle MPSI sur ce chapitre. En 1 séance avec un mentor Majorant alumni X-ENS, tu maîtrises les trois sens, l'identité de polarisation et les pièges classiques. Format khôlle blanche + correction commentée.
Réserver une séance ciblée →4. Classification des isométries du plan ℝ²
En dimension 2, le déterminant suffit à tout classer : il y a exactement deux types d'isométries, les rotations et les réflexions.
Soit un plan euclidien orienté et une isométrie de de matrice dans une base orthonormée directe. Alors :
- Si : est une rotation, et il existe un unique tel que
- Si : est une réflexion par rapport à une droite vectorielle passant par l'origine, et sa matrice est de la forme
Démonstration (paramétrage par les colonnes orthonormées)
Soit . La première colonne est de norme 1, donc il existe tel que et . La seconde colonne est de norme 1 et orthogonale à la première, donc elle vaut .
Cas 1 : . On obtient avec : est la rotation d'angle .
Cas 2 : . On obtient avec . La matrice est symétrique, donc est diagonalisable en base orthonormée à valeurs propres et : c'est la réflexion par rapport à la droite engendrée par le vecteur propre associé à (droite d'angle avec ).
L'ensemble des rotations d'angle forme un sous-groupe cyclique de isomorphe à ; c'est le groupe des symétries de rotation du polygone régulier à côtés centré en .
Plus généralement, l'application est un isomorphisme de groupes : est commutatif, isomorphe au cercle unité de .
5. Isométries de l'espace ℝ³
En dimension 3, le déterminant ne suffit plus pour tout classer, mais on a une description complète selon le signe et la structure des sous-espaces propres.
Soit une isométrie directe de euclidien orienté (), différente de l'identité. Alors est une rotation : il existe une droite (axe) et un angle tels que fixe point par point et agit comme la rotation d'angle dans le plan .
Caractérisation pratique : l'axe est l'ensemble des vecteurs fixes , et l'angle vérifie :
Soit une isométrie indirecte de (). Alors est de l'une des trois formes suivantes :
- Réflexion par rapport à un plan passant par (cas dans la décomposition).
- Symétrie centrale par rapport à : (cas ).
- Antirotation : composée d'une rotation d'axe et angle avec la réflexion par rapport au plan . Cas générique.
- Vérifier orthogonalité. Calculer et vérifier .
- Calculer .
- Si : isométrie directe, donc rotation.
- Si : isométrie indirecte (réflexion, symétrie centrale ou antirotation).
- Trouver l'axe (cas ). Résoudre , c'est-à-dire calculer . C'est une droite avec (à choisir).
- Calculer l'angle. Utiliser , d'où . Pour le signe de , on regarde l'orientation : par exemple, pour un vecteur , calculer qui a le signe de .
6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves comportant des isométries. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
7. Pour aller plus loin
Le chapitre des isométries est le pont entre l'algèbre linéaire et la géométrie. Les chapitres qui le réinvestissent directement :
- Espaces euclidiens (MP/PC/PSI) — Réduction des endomorphismes orthogonaux : tout élément de est diagonalisable par blocs en base orthonormée, avec des blocs et des blocs de rotation .
- Endomorphismes symétriques (spé) — Théorème spectral : toute matrice symétrique réelle est diagonalisable en base orthonormée. L'analogue « adjoint = inverse » devient « adjoint = lui-même ».
- Géométrie affine et coniques — Les isométries affines (translations + isométries vectorielles) classifient les figures à symétrie : rosaces, frises, pavages du plan.
- Mécanique du solide (sup et spé physique) — Les rotations décrivent les changements de repère d'un solide indéformable ; la matrice d'inertie est diagonalisée en base orthonormée principale.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu donner les trois caractérisations équivalentes d'une isométrie (norme, produit scalaire, base orthonormée vers base orthonormée) ?
- Sais-tu démontrer cette triple équivalence en utilisant l'identité de polarisation ?
- Sais-tu écrire la définition d'une matrice orthogonale () et caractériser via les colonnes ?
- Sais-tu démontrer que pour toute matrice orthogonale ?
- Sais-tu donner le contre-exemple à la réciproque orthogonale ?
- Connais-tu par cœur la matrice d'une rotation du plan ?
- Sais-tu démontrer la classification des isométries du plan (rotation si , réflexion si ) ?
- Sais-tu énoncer la classification des isométries de l'espace (rotation, réflexion, antirotation, symétrie centrale) ?
- Sais-tu trouver l'axe et l'angle d'une rotation 3D à partir de sa matrice ( et ) ?
- Sais-tu reconnaître que est commutatif mais que ne l'est pas ?
- Sais-tu montrer que la composée de deux réflexions est une rotation d'angle double de l'angle des axes ?
Démonstrations à savoir refaire
- Triple équivalence des caractérisations d'une isométrie — chaîne 1 ⇒ 2 ⇒ 3 ⇒ 1 via identité de polarisation
- Déterminant d'une matrice orthogonale = ±1 — passage au déterminant dans
- Classification des isométries du plan — paramétrage des colonnes orthonormées par