Vue d'ensemble
Les formules de Taylor sont la colonne vertébrale du calcul différentiel local en MPSI. Elles fournissent une approximation polynomiale d'une fonction au voisinage d'un point, avec un contrôle quantitatif du reste. Trois versions cohabitent — reste intégral (la plus fine, mais la plus exigeante en régularité), inégalité de Taylor-Lagrange (majoration explicite du reste, idéale pour les approximations numériques) et Taylor-Young (formule asymptotique avec petit-o, le moteur des développements limités). Cette fiche rassemble les 3 formules clés, les 4 démonstrations à savoir refaire, les 9 DL usuels à connaître par cœur et les techniques de calcul (somme, produit, composition, intégration) qui te suivront jusqu'aux concours.
Prérequis
- Fonctions de classe et , dérivées successives
- Intégration par parties (IPP) sur un segment
- Notations de Landau et au voisinage d'un point
- Équivalents et limites usuelles , ,
Les DL te paraissent calculatoires et opaques ? C'est LE chapitre qui sépare les élèves qui pensent « j'ai compris » des élèves qui rentabilisent en DS. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te transmettent les automatismes de calcul (truncature, composition à l'ordre, DL en a≠0) en cours particuliers, avec tes propres DS comme support.
Trouver un mentor MPSI →1. Les trois formules de Taylor
Soit une fonction définie sur un intervalle contenant et , suffisamment régulière. L'idée commune aux trois formules est d'écrire :
La différence entre les trois formules tient à la forme du reste — et aux hypothèses de régularité requises pour l'écrire.
Soit de classe sur un intervalle contenant . Le polynôme de Taylor de d'ordre en est :
C'est l'unique polynôme de degré ≤ coïncidant avec jusqu'à l'ordre en (mêmes dérivées successives en jusqu'à l'ordre ).
Le reste d'ordre est la différence . Selon l'hypothèse de régularité sur et la formule utilisée, il s'écrit sous une forme intégrale (TRI), majorée (ITL) ou asymptotique en (TY).
1.1 — Formule de Taylor avec reste intégral (TRI)
Soit de classe sur , et . Alors :
Démonstration (récurrence sur n, par IPP itérée)
Posons .
Initialisation () : il faut montrer . C'est exactement le théorème fondamental de l'analyse, vrai dès que est sur . Donc est vraie.
Hérédité. Supposons vraie, avec de classe (régularité requise pour passer au rang ). Notons . On effectue une intégration par parties en posant :
Les fonctions et sont de classe sur (ou ). On a donc :
Le crochet vaut . En reportant dans , on obtient :
ce qui est exactement . Par principe de récurrence, est vraie pour tout , sous l'hypothèse .
1.2 — Inégalité de Taylor-Lagrange (ITL)
Soit de classe sur , et . Si pour tout entre et , alors :
Démonstration (majoration du reste intégral)
On part de TRI : . Pour et , ; l'inégalité triangulaire intégrale donne : . Or , d'où . Le cas se traite symétriquement en inversant les bornes et en valeur absolue. On retrouve l'inégalité annoncée.
1.3 — Formule de Taylor-Young (TY)
Soit de classe sur , et . Alors au voisinage de :
Démonstration (à partir de TRI, en majorant le reste par un o)
Supposons d'abord de classe sur . Par TRI à l'ordre , le reste s'écrit . Comme est continue, elle est bornée par un sur un voisinage compact de . Par ITL : . Or quand , donc . C'est TY pour .
Cas général . On écrit TRI à l'ordre (ne demande que ) : . On scinde avec (continuité de ). L'intégrale du premier terme vaut , celle du second est majorée par . On retrouve TY à l'ordre .
2. Développements limités au voisinage de 0
On dit que admet un développement limité à l'ordre en s'il existe des réels tels que :
Dans l'écriture précédente, le polynôme s'appelle la partie régulière du DL, et le terme est le reste. L'ordre est le degré maximal de la partie régulière (avec convention si on parle d'ordre exact, mais on autorise en pratique).
Une fonction est un petit-o de en , notée , si quand . Plus généralement, en signifie quand .
Si avec (premier terme non nul du DL), alors . C'est le réflexe d'équivalent : le DL donne automatiquement le terme dominant.
Si admet un DL à l'ordre en , il est unique. Autrement dit, les coefficients sont déterminés sans ambiguïté.
2.1 — DL usuels en 0 (à connaître par cœur)
Tous ces DL sont obtenus en appliquant Taylor-Young à l'origine avec au voisinage de .
Démonstration (par Taylor-Young direct, ou par TRI et passage à la limite)
Méthode 1 — Taylor-Young direct. La fonction est sur , et pour tout . Donc pour tout . La formule de Taylor-Young à l'ordre en donne directement :
Méthode 2 — TRI puis passage à la limite. Par TRI à l'ordre : . Pour dans un voisinage borné de , , donc le reste est majoré en valeur absolue par , qui est bien quand . Notons au passage que cette majoration prouve aussi la convergence de la série de Taylor de sur tout entier (en faisant à fixé).
Remarque : par parité, le DL de ne contient que des puissances paires, celui de que des puissances impaires. C'est un excellent réflexe de contrôle de cohérence : si un calcul de DL casse cette parité, il y a une faute de signe ou de coefficient.
Pour tout :
On note le coefficient binomial généralisé, ce qui donne la forme compacte .
Démonstration (par récurrence sur les dérivées successives)
Posons , définie et de classe sur (en particulier au voisinage de ).
Calcul des dérivées successives. On vérifie par récurrence sur que :
En effet, (initialisation). Si , alors en dérivant : , qui est bien la formule au rang .
Évaluation en . En on a , donc .
Conclusion par Taylor-Young. Comme , la formule de Taylor-Young à l'ordre en donne :
ce qui est le DL annoncé.
Ce sont des cas particuliers de la Prop 2.6 avec , mais on les retient indépendamment car ils s'obtiennent aussi directement par division formelle ou par série géométrique tronquée.
Méthode standard d'obtention : on part de , on développe cette dérivée en série géométrique , puis on intègre terme à terme (cf. §3.4).
Mémoriser 9 DL n'est qu'une moitié du job — l'autre, c'est savoir composer à l'ordre voulu sans se tromper. En 1 séance ciblée avec un mentor alumni X/Centrale, tu fais 20 DL d'oral chronométrés, avec corrections immédiates sur les pièges de tronquature et de composition. C'est la session qui fait basculer la note de DS.
Réserver une séance ciblée →3. Opérations sur les développements limités
Soient et deux fonctions admettant un DL en à l'ordre : , , avec polynômes de degré .
3.1 — Somme et combinaison linéaire
Pour tous , . Autrement dit, on additionne les parties régulières et le reste reste un .
3.2 — Produit
, où signifie « tronquer le polynôme à l'ordre » (on supprime tous les termes de degré ).
3.3 — Composition
Soit admettant un DL d'ordre en avec , et admettant un DL d'ordre en . Alors admet un DL d'ordre en , obtenu en remplaçant la variable de par le DL de et en tronquant à l'ordre .
3.4 — Intégration et dérivation
Si est continue sur un voisinage de et admet un DL à l'ordre en , , alors une primitive de admet un DL à l'ordre en :
3.5 — DL en a≠0 par translation
- Translation : poser , de sorte que équivaut à .
- Réécrire : en fonction de .
- Développer en à l'aide des DL usuels (souvent après une factorisation ).
- Revenir à la variable en remplaçant par si l'énoncé l'exige.
4. Applications des DL
4.1 — Calcul de limites et équivalents
- Translation en 0 si (pose ).
- DL de et à l'ordre suffisant pour que la partie régulière soit non nulle.
- Identifier le premier terme non nul du numérateur et du dénominateur — il donne l'équivalent.
- Conclure la limite par quotient des équivalents.
4.2 — Position courbe/tangente, asymptotes
Si en , alors :
- L'équation de la tangente au graphe en est .
- Le signe de (premier coefficient non nul après ) donne la position locale du graphe par rapport à la tangente :
- : la courbe est au-dessus de la tangente (convexité locale).
- : la courbe est en dessous (concavité locale).
- et : point d'inflexion en .
4.3 — Recherche d'extrema
Soit sur un voisinage de avec . On écrit avec (premier coefficient non nul après ).
- Si est pair et : minimum local strict en .
- Si est pair et : maximum local strict en .
- Si est impair : ni max ni min — point d'inflexion à tangente horizontale.
5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves comportant des formules de Taylor ou des DL. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
6. Pour aller plus loin
Les formules de Taylor sont l'épine dorsale du calcul différentiel, et leurs DL sont la grammaire locale de toute l'analyse de spé. Les chapitres qui les réinvestissent directement :
- Séries entières (spé) — la série de Taylor est la série entière associée à ; la question « est-elle développable en série entière en ? » se ramène à un passage à la limite dans l'ITL.
- Équivalents et études asymptotiques — les DL donnent automatiquement le premier terme non nul, donc l'équivalent. On les utilise pour comparer des fonctions au voisinage d'un point.
- Étude de fonctions et tracé de courbes — la position courbe/tangente, les points d'inflexion, les branches infinies sont systématiquement traités par DL en MPSI puis en spé.
- Analyse numérique (spé / TIPE) — l'ITL fournit l'estimation d'erreur des méthodes d'approximation polynomiale (interpolation, intégration numérique).
- Fonctions de plusieurs variables (spé) — la formule de Taylor à l'ordre 2 généralise au cadre multivarié (hessienne, classification des points critiques).
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu énoncer la formule de Taylor avec reste intégral et préciser l'hypothèse ?
- Sais-tu démontrer TRI par récurrence avec IPP ?
- Sais-tu énoncer l'inégalité de Taylor-Lagrange et l'utiliser pour estimer une erreur (ex. ) ?
- Sais-tu démontrer TY à partir de TRI en majorant le reste par un ?
- Connais-tu par cœur les 9 DL usuels en (exp, sin, cos, sh, ch, ln(1+x), (1+x)^α, 1/(1−x), arctan) ?
- Sais-tu démontrer le DL de en par Taylor-Young ?
- Sais-tu démontrer le DL de par récurrence sur les dérivées ?
- Sais-tu calculer un produit de DL en pensant à tronquer à l'ordre demandé ?
- Connais-tu la condition pour composer avec un DL en ?
- Sais-tu intégrer un DL pour gagner un ordre (et pourquoi on ne dérive pas naïvement) ?
- Sais-tu effectuer un DL en par translation ?
- Sais-tu déduire d'un DL la position courbe/tangente et la nature d'un extremum ?
Démonstrations à savoir refaire
- Formule de Taylor avec reste intégral — récurrence sur , hérédité par IPP avec ,
- Inégalité de Taylor-Lagrange — majoration de à partir de TRI, calcul
- Formule de Taylor-Young — partir de TRI ou ITL, montrer que le reste est
- DL de en — Taylor-Young direct (toutes dérivées valent 1 en 0), ou TRI avec contrôle uniforme du reste
- DL de — calcul par récurrence de , puis Taylor-Young