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📘 Fiche de cours · 1re année📐 MPSI🧮 Mathématiques

Espaces probabilisés finis

Tout le cours MPSI sur les espaces probabilisés finis : univers Ω, événements, axiomes de probabilité, formule du crible, équiprobabilité et application au dénombrement, indépendance — avec 4 démonstrations à savoir refaire et 5 pièges classiques.

Fiche rédigée par les mentors Majorant — alumni Polytechnique, CentraleSupélec et Mines Paris.

9 définitions7 théorèmes4 démos à savoirMis à jour le 2026-05-18

Vue d'ensemble

Les espaces probabilisés finis sont la porte d'entrée rigoureuse vers les probabilités en MPSI : on y formalise ce que tu sais intuitivement depuis le lycée (tirer une carte, lancer un dé) en un cadre mathématique précis — un univers Ω, des événements qui sont des parties de Ω, et une probabilité P qui mesure leur « chance ». Cette fiche regroupe les 9 définitions, les 5 théorèmes incontournables et les 4 démonstrations à savoir refaire pour aborder sereinement les variables aléatoires et le conditionnement.

Au programme MPSI (officiel) — Univers Ω fini, événements (parties de Ω), événements particuliers (certain, impossible, élémentaire, contraires, incompatibles), système complet d'événements, tribu des événements (= en cas fini), probabilité comme application , propriétés élémentaires, formule du crible (Poincaré 2 termes), équiprobabilité et application au dénombrement, indépendance de deux événements.

Prérequis

  • Manipulation des parties d'un ensemble : , , , , lois de De Morgan
  • Dénombrement : cardinal d'une réunion disjointe, -listes, arrangements, combinaisons
  • Sommes finies et propriété de linéarité
🎯 Accompagnement Majorant

Tu confonds encore événement contraire, incompatible et indépendant ? C'est le trio qui plombe le DS de probabilités de mi-année en MPSI. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te remettent les définitions au propre en cours particuliers, avec des exos calibrés sur le format CCINP et Mines.

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1. Univers Ω et événements

Définition 1.1 — Expérience aléatoire et univers

Une expérience aléatoire est une expérience dont on connaît a priori l'ensemble des résultats possibles, mais dont le résultat ne peut être prédit avec certitude. L'ensemble de tous les résultats possibles (appelés aussi issues ou éventualités) est appelé univers de l'expérience.

Dans tout ce chapitre, on suppose fini et non vide.

💡 Trois univers canoniques.
  • Lancer un dé à six faces : , .
  • Lancer deux pièces (issues ordonnées) : , .
  • Tirer une main de 5 cartes dans un jeu de 32 : = ensemble des parties à 5 éléments de l'ensemble des 32 cartes, .
Définition 1.2 — Événement

Un événement est une partie de (notation : ). On dit que l'événement est réalisé si le résultat de l'expérience appartient à , c.-à-d. si .

📝 Vocabulaire ensembliste vs probabiliste. Les opérations sur les événements ne sont rien d'autre que les opérations ensemblistes — il faut juste apprendre le dictionnaire :
  • : « ou est réalisé » (au moins l'un des deux)
  • : « et sont réalisés » (les deux simultanément)
  • : « n'est pas réalisé » (événement contraire)
  • : « implique » (si est réalisé, l'est aussi)
Définition 1.3 — Événements particuliers
  • L'événement certain est (toujours réalisé).
  • L'événement impossible est (jamais réalisé).
  • Un événement élémentaire est un singleton avec (une seule issue).
  • L'événement contraire de est . On a toujours et .
  • Deux événements et sont incompatibles (ou disjoints) si — ils ne peuvent jamais être réalisés simultanément.
⚠ Piège #1 du chapitre — Incompatibles ≠ contraires. Deux événements contraires sont toujours incompatibles, mais la réciproque est fausse. Exemple : sur un dé, et sont incompatibles () mais ne sont pas contraires (). Pour être contraires, il faut en plus que .
Définition 1.4 — Système complet d'événements

Une famille finie d'événements de est un système complet d'événements (SCE) si :

  • les sont deux à deux incompatibles : ,
  • leur réunion est l'univers : .

Autrement dit, est une partition de (on autorise parfois les selon les conventions, mais le résultat est le même : chaque appartient à exactement un ).

💡 Exemples cultes de SCE.
  • Tout couple est un SCE à 2 éléments.
  • La famille des événements élémentaires est un SCE.
  • Sur un dé : , , est un SCE à 3 éléments.
Définition 1.5 — Tribu (algèbre des événements)

Une tribu sur est un ensemble de parties de stable par passage au complémentaire et par réunion (finie ou dénombrable). C'est l'ensemble des « événements observables ».

En cas fini (programme MPSI), on prend toujours : toute partie de est un événement. La notion de tribu ne reprend tout son sens qu'avec un univers infini (programme de 2e année).

2. Probabilité sur Ω

Définition 2.1 — Probabilité (axiomes de Kolmogorov, cas fini)

Soit un univers fini. Une probabilité sur est une application vérifiant :

  1. Normalisation : .
  2. Additivité finie : pour tous événements et incompatibles (),

Le couple (ou plus précisément le triplet ) est alors appelé espace probabilisé fini.

📝 Additivité finie par récurrence. Par une récurrence immédiate sur , l'additivité s'étend à toute famille finie d'événements deux à deux incompatibles : L'hypothèse d'incompatibilité 2 à 2 est cruciale — sans elle, la formule devient celle du crible (théorème 2.5 ci-dessous).
Proposition 2.2 — Probabilité de l'événement contraire ★ À savoir démontrer

Pour tout événement : . En particulier, .

Démonstration (additivité + normalisation)

Par définition, et sont incompatibles () et leur réunion vaut (). L'additivité finie donne :

soit, par normalisation :

En appliquant à , on obtient .

Proposition 2.3 — Monotonie

Si , alors (et même ).

Démonstration

Supposons . On peut décomposer en deux parties incompatibles : avec . L'additivité donne :

Comme (image dans ), on en déduit , et l'égalité en découle.

Proposition 2.4 — Détermination par les événements élémentaires

Une probabilité sur est entièrement déterminée par les valeurs , qui vérifient :

Et pour tout événement :

Réciproquement, la donnée de tels définit bien une probabilité sur .

Théorème 2.5 — Formule du crible (Poincaré, 2 termes) ★ À savoir démontrer

Pour tous événements et (pas nécessairement incompatibles) :

Démonstration (décomposition en union disjointe)

L'idée est de réécrire et comme des unions disjointes, pour pouvoir appliquer l'additivité. On a :

L'additivité donne donc . De même :

d'où , soit . En substituant :

Corollaire 2.6 — Sous-additivité (crible majorant)

Pour tous événements (pas nécessairement incompatibles) :

C'est une majoration grossière mais souvent suffisante (notamment en raisonnements de type « union bound »).

📝 Formule du crible — généralisation (hors programme MPSI). Pour événements quelconques, la formule de Poincaré donne : Tu la reverras en spé. (Hors programme MPSI, à connaître en 2e année.)
🧑‍🏫 Décortique la formule du crible

La formule du crible est LE point technique qui sépare un 10 d'un 16 en probabilités. Idée : décomposer en union disjointe + bien gérer . En 1 séance avec un mentor Majorant alumni de l'X, tu maîtrises la version 2 termes, la version termes et les exos type Mines / Centrale.

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3. Équiprobabilité et application au dénombrement

Définition 3.1 — Probabilité uniforme (équiprobabilité)

Sur un univers fini non vide, on appelle probabilité uniforme (ou équiprobabilité) l'unique probabilité telle que tous les événements élémentaires ont la même probabilité :

Cette hypothèse traduit mathématiquement « tous les résultats sont également probables » — formules consacrées : « on tire une boule au hasard », « on lance un dé équilibré », « on choisit une carte au hasard »…

Théorème 3.2 — Formule fondamentale de l'équiprobabilité ★ À savoir démontrer

Si est muni de la probabilité uniforme, alors pour tout événement :

Démonstration (additivité sur les singletons)

Notons et . Écrivons comme réunion disjointe de ses singletons :

Par additivité finie (étendue à événements 2 à 2 incompatibles) :

Pour la cohérence (vérifier que ainsi définie est bien une probabilité) : et si , , donc . ✓

⚠ Piège — L'équiprobabilité n'est PAS automatique. La formule ne s'applique que sous l'hypothèse d'équiprobabilité. Si l'énoncé ne dit pas « au hasard », « équilibré », « uniformément » (ou équivalent), n'utilise pas cette formule. Exemple : un dé pipé, une pièce truquée, un tirage avec biais. Toujours commencer ta copie par : « On munit de la probabilité uniforme » (justifié par l'énoncé) avant d'utiliser .
📐 Méthode-type — Calculer une probabilité par dénombrement (équiprobabilité).
  1. Choisir . Décris précisément l'univers (ordonné ou non ? avec ou sans remise ?). Par exemple : « = ensemble des arrangements de éléments parmi » donne .
  2. Justifier l'équiprobabilité. Rédige une phrase du type « par hypothèse, tous les tirages sont équiprobables, on munit donc de la probabilité uniforme ».
  3. Décrire en mots puis traduire ensemblistement.
  4. Compter par dénombrement (combinaisons, arrangements, -listes, principe additif/multiplicatif).
  5. Conclure par , simplifier l'expression (souvent une fraction de coefficients binomiaux).
💡 Exemple canonique — Probabilité d'avoir une paire au poker. On tire une main de 5 cartes dans un jeu de 52. est l'ensemble des parties à 5 éléments, équiprobables : .

Soit = « la main contient exactement une paire » (deux cartes de même valeur, les trois autres de valeurs différentes deux à deux et différentes de la paire). Comptage :
  • Choix de la valeur de la paire : .
  • Choix des 2 couleurs (sur 4) pour la paire : .
  • Choix des 3 valeurs distinctes restantes : .
  • Choix d'une couleur (sur 4) pour chacune de ces 3 cartes : .
Donc , et (environ 42 %).
💡 Exemple — Lancer de 2 dés équilibrés. , , équiprobabilité. Soit = « la somme vaut 7 ». On dénombre : , donc et . C'est la valeur de somme la plus probable — un classique de copie.

4. Indépendance de deux événements

Définition 4.1 — Événements indépendants

Deux événements et sont dits indépendants (pour la probabilité ) si :

Intuition : la réalisation de n'apporte aucune information sur celle de (et réciproquement). Cette intuition deviendra rigoureuse au chapitre suivant via la probabilité conditionnelle ( ssi et sont indépendants avec ).

⚠ Piège #2 du chapitre — Indépendance ≠ Incompatibilité. C'est l'erreur la plus sanctionnée dans ce chapitre. Au contraire :
  • Si et sont incompatibles avec et , alors mais . Donc et sont tout sauf indépendants : savoir que est réalisé t'apprend immédiatement que ne l'est pas.
  • Inversement, deux événements indépendants avec ne peuvent pas être incompatibles.
Règle mnémo : incompatibles = mutuellement exclusifs (info maximale), indépendants = sans info mutuelle (info nulle). Les deux extrêmes opposés.
Proposition 4.2 — Indépendance et passage au contraire ★ À savoir démontrer

Si et sont indépendants, alors :

  • et sont indépendants,
  • et sont indépendants,
  • et sont indépendants.
Démonstration (cas et )

L'idée est de décomposer selon et (union disjointe), puis d'utiliser l'indépendance de et .

On a avec (puisque ). Par additivité :

L'indépendance de et donne , d'où :

C'est précisément la définition de l'indépendance de et . Les deux autres cas s'obtiennent par symétrie (échanger et , puis appliquer deux fois).

Définition 4.3 — Indépendance mutuelle de événements

Les événements sont dits mutuellement indépendants (ou simplement indépendants) si, pour toute partie de cardinal au moins 2 :

⚠ Piège — Indépendance 2 à 2 ≠ Indépendance mutuelle. Pour événements, être indépendants 2 à 2 ( pour tous ) est strictement plus faible qu'être mutuellement indépendants. Contre-exemple classique : lancer deux pièces équilibrées, = « la 1re tombe sur Pile », = « la 2e tombe sur Pile », = « les deux pièces donnent le même résultat ». On vérifie aisément , ✓, mais ✗.
💡 Exemple — Loi binomiale (anticipation, traitée en profondeur en cours de variables aléatoires). On répète fois de façon indépendante une expérience à deux issues : succès (probabilité ) ou échec (probabilité ). On note le nombre de succès. Alors pour tout : On dit que suit la loi binomiale de paramètres , notée . L'apparition du coefficient binomial s'explique par le dénombrement des choix des instants de succès parmi . Tu formaliseras tout cela rigoureusement dans le chapitre sur les variables aléatoires discrètes finies.

5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)

Ces erreurs sont systématiquement relevées dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves de probabilités. Elles coûtent entre 0,5 et 2 points par occurrence.

⚠ Erreur 1 — Confondre incompatibilité et indépendance. Vu plus haut, mais c'est le récidiviste n°1 du chapitre. Vérifie systématiquement : si l'énoncé écrit « et incompatibles », alors — c'est de l'information, pas de l'indépendance. Si l'énoncé écrit « et indépendants », utilise — pas !
⚠ Erreur 2 — Appliquer sans équiprobabilité. Si l'énoncé parle de dé pipé, urne biaisée, pièce truquée, ou plus généralement ne précise pas « équilibré / au hasard / uniformément », tu n'as PAS le droit d'utiliser cette formule. Repasse aux probabilités élémentaires et somme : .
⚠ Erreur 3 — Oublier le « » dans le crible. Écrire en pensant à l'union « ou » sans vérifier l'incompatibilité. Toujours écrire la formule complète , puis discuter le cas si nécessaire.
⚠ Erreur 4 — Confondre indépendance 2 à 2 et mutuelle pour . Quand un énoncé donne « les sont indépendants », il s'agit en général de l'indépendance mutuelle (cf. Déf 4.3), pas seulement 2 à 2. Si l'énoncé précise « 2 à 2 indépendants », tu n'as pas le droit d'utiliser .
⚠ Erreur 5 — Univers ambigu (ordonné vs non ordonné). Sur un tirage simultané de plusieurs boules, deux modélisations sont possibles : tirages ordonnés (arrangements, ) ou non ordonnés (combinaisons, ). Choisis une fois pour toutes et reste cohérent dans le numérateur ET le dénominateur. Mélanger ordonné avec non ordonné donne un résultat faux d'un facteur .

6. Pour aller plus loin

Les espaces probabilisés finis sont le socle du bloc probabilités MPSI. Les chapitres qui les réinvestissent immédiatement :

  • Probabilités conditionnelles, formule des probabilités totales sur un SCE, formule de Bayes. L'indépendance s'y réécrit , donnant son sens intuitif.
  • Variables aléatoires discrètes finies — fonction ; loi , espérance , variance. Les lois usuelles (uniforme, Bernoulli, binomiale, hypergéométrique) reposent toutes sur les outils de cette fiche.
  • Couples de variables aléatoires — lois conjointes, lois marginales, indépendance de variables (extension de la Déf 4.1 / 4.3 aux v.a.).
  • Probabilités sur un univers infini dénombrable (2e année) — la tribu reste la bonne mais l'additivité finie devient -additivité (additivité dénombrable), prérequis au cours de MP/PC/PSI.

Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir

À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.

  • Sais-tu définir univers, événement, événement élémentaire, événement contraire, événement impossible et événement certain sans hésiter ?
  • Sais-tu écrire la différence entre incompatibles et contraires avec un contre-exemple ?
  • Sais-tu énoncer la définition d'un système complet d'événements et donner trois exemples ?
  • Sais-tu énoncer les deux axiomes définissant une probabilité (normalisation + additivité finie) ?
  • Sais-tu démontrer ?
  • Sais-tu démontrer la monotonie ?
  • Sais-tu énoncer et démontrer la formule du crible 2 termes ?
  • Sais-tu démontrer sous l'hypothèse d'équiprobabilité ?
  • Sais-tu rédiger les 5 étapes de la méthode-type « probabilité par dénombrement » ?
  • Sais-tu définir l'indépendance et démontrer que si sont indépendants, alors le sont aussi ?
  • Sais-tu distinguer indépendance 2 à 2 et indépendance mutuelle pour événements (avec contre-exemple) ?
  • Sais-tu reconnaître la loi binomiale dans un énoncé et écrire ?

Démonstrations à savoir refaire

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