Vue d'ensemble
Les espaces probabilisés finis sont la porte d'entrée rigoureuse vers les probabilités en MPSI : on y formalise ce que tu sais intuitivement depuis le lycée (tirer une carte, lancer un dé) en un cadre mathématique précis — un univers Ω, des événements qui sont des parties de Ω, et une probabilité P qui mesure leur « chance ». Cette fiche regroupe les 9 définitions, les 5 théorèmes incontournables et les 4 démonstrations à savoir refaire pour aborder sereinement les variables aléatoires et le conditionnement.
Prérequis
- Manipulation des parties d'un ensemble : , , , , lois de De Morgan
- Dénombrement : cardinal d'une réunion disjointe, -listes, arrangements, combinaisons
- Sommes finies et propriété de linéarité
Tu confonds encore événement contraire, incompatible et indépendant ? C'est le trio qui plombe le DS de probabilités de mi-année en MPSI. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te remettent les définitions au propre en cours particuliers, avec des exos calibrés sur le format CCINP et Mines.
Trouver un mentor MPSI →1. Univers Ω et événements
Une expérience aléatoire est une expérience dont on connaît a priori l'ensemble des résultats possibles, mais dont le résultat ne peut être prédit avec certitude. L'ensemble de tous les résultats possibles (appelés aussi issues ou éventualités) est appelé univers de l'expérience.
Dans tout ce chapitre, on suppose fini et non vide.
- Lancer un dé à six faces : , .
- Lancer deux pièces (issues ordonnées) : , .
- Tirer une main de 5 cartes dans un jeu de 32 : = ensemble des parties à 5 éléments de l'ensemble des 32 cartes, .
Un événement est une partie de (notation : ). On dit que l'événement est réalisé si le résultat de l'expérience appartient à , c.-à-d. si .
- : « ou est réalisé » (au moins l'un des deux)
- : « et sont réalisés » (les deux simultanément)
- : « n'est pas réalisé » (événement contraire)
- : « implique » (si est réalisé, l'est aussi)
- L'événement certain est (toujours réalisé).
- L'événement impossible est (jamais réalisé).
- Un événement élémentaire est un singleton avec (une seule issue).
- L'événement contraire de est . On a toujours et .
- Deux événements et sont incompatibles (ou disjoints) si — ils ne peuvent jamais être réalisés simultanément.
Une famille finie d'événements de est un système complet d'événements (SCE) si :
- les sont deux à deux incompatibles : ,
- leur réunion est l'univers : .
Autrement dit, est une partition de (on autorise parfois les selon les conventions, mais le résultat est le même : chaque appartient à exactement un ).
- Tout couple est un SCE à 2 éléments.
- La famille des événements élémentaires est un SCE.
- Sur un dé : , , est un SCE à 3 éléments.
Une tribu sur est un ensemble de parties de stable par passage au complémentaire et par réunion (finie ou dénombrable). C'est l'ensemble des « événements observables ».
En cas fini (programme MPSI), on prend toujours : toute partie de est un événement. La notion de tribu ne reprend tout son sens qu'avec un univers infini (programme de 2e année).
2. Probabilité sur Ω
Soit un univers fini. Une probabilité sur est une application vérifiant :
- Normalisation : .
- Additivité finie : pour tous événements et incompatibles (),
Le couple (ou plus précisément le triplet ) est alors appelé espace probabilisé fini.
Pour tout événement : . En particulier, .
Démonstration (additivité + normalisation)
Par définition, et sont incompatibles () et leur réunion vaut (). L'additivité finie donne :
soit, par normalisation :
En appliquant à , on obtient .
Si , alors (et même ).
Démonstration
Supposons . On peut décomposer en deux parties incompatibles : avec . L'additivité donne :
Comme (image dans ), on en déduit , et l'égalité en découle.
Une probabilité sur est entièrement déterminée par les valeurs , qui vérifient :
Et pour tout événement :
Réciproquement, la donnée de tels définit bien une probabilité sur .
Pour tous événements et (pas nécessairement incompatibles) :
Démonstration (décomposition en union disjointe)
L'idée est de réécrire et comme des unions disjointes, pour pouvoir appliquer l'additivité. On a :
L'additivité donne donc . De même :
d'où , soit . En substituant :
Pour tous événements (pas nécessairement incompatibles) :
C'est une majoration grossière mais souvent suffisante (notamment en raisonnements de type « union bound »).
La formule du crible est LE point technique qui sépare un 10 d'un 16 en probabilités. Idée : décomposer en union disjointe + bien gérer . En 1 séance avec un mentor Majorant alumni de l'X, tu maîtrises la version 2 termes, la version termes et les exos type Mines / Centrale.
Réserver une séance ciblée →3. Équiprobabilité et application au dénombrement
Sur un univers fini non vide, on appelle probabilité uniforme (ou équiprobabilité) l'unique probabilité telle que tous les événements élémentaires ont la même probabilité :
Cette hypothèse traduit mathématiquement « tous les résultats sont également probables » — formules consacrées : « on tire une boule au hasard », « on lance un dé équilibré », « on choisit une carte au hasard »…
Si est muni de la probabilité uniforme, alors pour tout événement :
Démonstration (additivité sur les singletons)
Notons et . Écrivons comme réunion disjointe de ses singletons :
Par additivité finie (étendue à événements 2 à 2 incompatibles) :
Pour la cohérence (vérifier que ainsi définie est bien une probabilité) : et si , , donc . ✓
- Choisir . Décris précisément l'univers (ordonné ou non ? avec ou sans remise ?). Par exemple : « = ensemble des arrangements de éléments parmi » donne .
- Justifier l'équiprobabilité. Rédige une phrase du type « par hypothèse, tous les tirages sont équiprobables, on munit donc de la probabilité uniforme ».
- Décrire en mots puis traduire ensemblistement.
- Compter par dénombrement (combinaisons, arrangements, -listes, principe additif/multiplicatif).
- Conclure par , simplifier l'expression (souvent une fraction de coefficients binomiaux).
Soit = « la main contient exactement une paire » (deux cartes de même valeur, les trois autres de valeurs différentes deux à deux et différentes de la paire). Comptage :
- Choix de la valeur de la paire : .
- Choix des 2 couleurs (sur 4) pour la paire : .
- Choix des 3 valeurs distinctes restantes : .
- Choix d'une couleur (sur 4) pour chacune de ces 3 cartes : .
4. Indépendance de deux événements
Deux événements et sont dits indépendants (pour la probabilité ) si :
Intuition : la réalisation de n'apporte aucune information sur celle de (et réciproquement). Cette intuition deviendra rigoureuse au chapitre suivant via la probabilité conditionnelle ( ssi et sont indépendants avec ).
- Si et sont incompatibles avec et , alors mais . Donc et sont tout sauf indépendants : savoir que est réalisé t'apprend immédiatement que ne l'est pas.
- Inversement, deux événements indépendants avec ne peuvent pas être incompatibles.
Si et sont indépendants, alors :
- et sont indépendants,
- et sont indépendants,
- et sont indépendants.
Démonstration (cas et )
L'idée est de décomposer selon et (union disjointe), puis d'utiliser l'indépendance de et .
On a avec (puisque ). Par additivité :
L'indépendance de et donne , d'où :
C'est précisément la définition de l'indépendance de et . Les deux autres cas s'obtiennent par symétrie (échanger et , puis appliquer deux fois).
Les événements sont dits mutuellement indépendants (ou simplement indépendants) si, pour toute partie de cardinal au moins 2 :
5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont systématiquement relevées dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves de probabilités. Elles coûtent entre 0,5 et 2 points par occurrence.
6. Pour aller plus loin
Les espaces probabilisés finis sont le socle du bloc probabilités MPSI. Les chapitres qui les réinvestissent immédiatement :
- Probabilités conditionnelles — , formule des probabilités totales sur un SCE, formule de Bayes. L'indépendance s'y réécrit , donnant son sens intuitif.
- Variables aléatoires discrètes finies — fonction ; loi , espérance , variance. Les lois usuelles (uniforme, Bernoulli, binomiale, hypergéométrique) reposent toutes sur les outils de cette fiche.
- Couples de variables aléatoires — lois conjointes, lois marginales, indépendance de variables (extension de la Déf 4.1 / 4.3 aux v.a.).
- Probabilités sur un univers infini dénombrable (2e année) — la tribu reste la bonne mais l'additivité finie devient -additivité (additivité dénombrable), prérequis au cours de MP/PC/PSI.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir univers, événement, événement élémentaire, événement contraire, événement impossible et événement certain sans hésiter ?
- Sais-tu écrire la différence entre incompatibles et contraires avec un contre-exemple ?
- Sais-tu énoncer la définition d'un système complet d'événements et donner trois exemples ?
- Sais-tu énoncer les deux axiomes définissant une probabilité (normalisation + additivité finie) ?
- Sais-tu démontrer ?
- Sais-tu démontrer la monotonie ?
- Sais-tu énoncer et démontrer la formule du crible 2 termes ?
- Sais-tu démontrer sous l'hypothèse d'équiprobabilité ?
- Sais-tu rédiger les 5 étapes de la méthode-type « probabilité par dénombrement » ?
- Sais-tu définir l'indépendance et démontrer que si sont indépendants, alors le sont aussi ?
- Sais-tu distinguer indépendance 2 à 2 et indépendance mutuelle pour événements (avec contre-exemple) ?
- Sais-tu reconnaître la loi binomiale dans un énoncé et écrire ?
Démonstrations à savoir refaire
- — additivité sur + normalisation
- Formule du crible 2 termes — décomposition de et en unions disjointes via
- sous équiprobabilité — additivité finie sur les singletons
- Indépendance et événement contraire — décomposer , factoriser par