Vue d'ensemble
Un espace préhilbertien réel, c'est un -espace vectoriel muni d'un produit scalaire — une forme qui prolonge à la dimension quelconque la géométrie du collège (longueurs, angles, orthogonalité) à des objets aussi divers que des fonctions continues, des polynômes, des matrices. Ce chapitre installe les 10 résultats incontournables (Cauchy-Schwarz, inégalité triangulaire, Pythagore, Gram-Schmidt, projection orthogonale), les 4 démonstrations à savoir refaire qui tombent en khôlle, et les pièges sur la bilinéarité et l'orthogonalité qui coûtent cher en copie.
Prérequis
- Espaces vectoriels réels : sous-espaces, familles libres, bases, dimension
- Applications linéaires et bilinéaires, matrices
- Calcul intégral sur un segment (pour les exemples de produit scalaire sur des fonctions continues)
- Polynôme du second degré : discriminant et signe
Tu confonds bilinéaire, symétrique et défini positif ? C'est la porte d'entrée du chapitre — la vérifier proprement sur un exemple non trivial (intégrale, matrices) est ce qui sépare les copies à 12 de celles à 16. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font dérouler les 4 axiomes sur 3 produits scalaires classiques jusqu'à ce que tu les écrives sans réfléchir.
Trouver un mentor MPSI →1. Produit scalaire et espace préhilbertien
Soit un -espace vectoriel. Une application , notée , est un produit scalaire si elle vérifie les quatre propriétés suivantes :
- Bilinéaire : linéaire par rapport à chaque variable. Pour tous et :
- Symétrique : .
- Positive : .
- Définie : .
On dit alors que est une forme bilinéaire symétrique définie positive.
Un espace préhilbertien réel est un couple où est un -espace vectoriel et un produit scalaire sur . Si de plus est de dimension finie, on parle d'espace euclidien.
2. Norme euclidienne et inégalité de Cauchy-Schwarz
Soit préhilbertien réel. On définit la norme euclidienne par :
Cette définition est licite car . On a immédiatement :
- avec (caractère défini)
- pour tout (par bilinéarité : )
L'inégalité triangulaire est l'objet du théorème 2.3 ci-dessous (elle exige Cauchy-Schwarz).
Soit préhilbertien réel. Pour tous :
De plus, il y a égalité si et seulement si et sont colinéaires (l'un est multiple scalaire de l'autre).
Démonstration (méthode du polynôme )
Si l'inégalité est triviale. Sinon . Pour tout , par bilinéarité et symétrie :
est un polynôme du second degré en (car ) qui reste positif sur . Son discriminant est donc négatif ou nul :
En prenant la racine carrée : .
Cas d'égalité. ssi admet une racine double , soit , donc : colinéarité. Réciproquement, si , .
Pour tous :
avec égalité si et seulement si et sont colinéaires de même sens ( ou ).
Démonstration (carré + Cauchy-Schwarz)
Par bilinéarité : . Par Cauchy-Schwarz , donc :
Les deux membres étant positifs : . Égalité ssi (et non seulement — c'est plus fort), donc colinéaires positivement.
Pour tous : . Démonstration immédiate : ; symétriquement, d'où la valeur absolue.
Polarisation (récupère le produit scalaire depuis la norme) : . Parallélogramme : .
Cauchy-Schwarz est LA démo à dégainer en khôlle. La technique du polynôme + discriminant est un schéma réutilisable en spé (formes quadratiques, séries de Fourier). En 1 séance ciblée avec un mentor Majorant alumni X-ENS, tu maîtrises la démo, le cas d'égalité et les 3 variantes (somme, intégrale, espérance).
Réserver une séance ciblée →3. Orthogonalité et théorème de Pythagore
Deux vecteurs sont orthogonaux, noté , si :
Le vecteur nul est orthogonal à tout vecteur. Si et sont orthogonaux, ils sont en particulier non colinéaires.
Pour : . Démonstration : développer ; l'égalité équivaut à . (Équivalence dans le cas réel, simple implication dans le cas complexe.)
Si est deux à deux orthogonale ( pour ), alors (par bilinéarité, tous les termes croisés s'annulent).
Soit une famille de vecteurs de .
- Elle est orthogonale si ses vecteurs sont deux à deux orthogonaux et tous non nuls : et .
- Elle est orthonormée (ou orthonormale) si elle est orthogonale et chaque vecteur est unitaire : pour tout . De manière condensée :
Toute famille orthogonale (donc en particulier orthonormée) de est libre.
Démonstration (combinaison linéaire nulle + produit scalaire)
Soit orthogonale et . Fixons et prenons le produit scalaire avec . Par linéarité :
Or pour (orthogonalité), donc il reste . Comme (donc ), . Vrai pour tout : la famille est libre.
Si , toute famille orthogonale a au plus vecteurs. Une famille orthogonale de cardinal est une base orthogonale ; orthonormée, c'est une base orthonormée (BON).
De plus : Ce double résultat est l'argument-clé qui rend les bases orthonormées si pratiques : coordonnées et longueur se calculent sans inverser de matrice.
4. Procédé d'orthonormalisation de Gram-Schmidt
En dimension finie, on peut fabriquer une base orthonormée à partir de n'importe quelle base. C'est le procédé de Gram-Schmidt — un algorithme constructif qui s'utilise aussi bien en théorie (existence de BON) qu'en pratique (DM, oraux X-ENS).
Soit préhilbertien réel et une famille libre de . Il existe une unique famille orthonormée telle que pour tout :
- (condition d'orientation, qui fixe l'unicité)
Elle se construit par récurrence via les formules :
Démonstration (par récurrence sur )
Initialisation (). Comme la famille est libre, . On pose , qui est unitaire et engendre la même droite.
Hérédité. Supposons orthonormée avec . On pose .
(i) Orthogonalité. Pour , par orthonormalité des :
(ii) Non-nullité. Si , alors : contradiction avec la liberté de . Donc .
(iii) Normalisation. On pose , unitaire et toujours orthogonal aux précédents. L'égalité des sous-espaces engendrés vient de (dimension des deux côtés). La condition assure l'unicité.
Tout espace euclidien admet une base orthonormée (Gram-Schmidt sur une base quelconque). Mieux : toute famille orthonormée se complète en BON (base incomplète + Gram-Schmidt).
5. Sous-espace orthogonal et projection orthogonale
Soit une partie quelconque. Son orthogonal est :
Quand est un sous-espace vectoriel, on appelle le supplémentaire orthogonal de . Dans tous les cas, est un sous-espace vectoriel de (intersection de noyaux de formes linéaires ).
- et .
- Si , alors (inversion).
- : il suffit de tester l'orthogonalité sur une famille génératrice.
- (un vecteur orthogonal à lui-même est nul, par caractère défini).
Si est un sous-espace de dimension finie de (préhilbertien quelconque), alors :
c'est-à-dire que est un supplémentaire de . En particulier, si est euclidien, et .
Soit un sous-espace de dimension finie de . Par le théorème 5.3, : tout s'écrit de manière unique avec et . On appelle la projection orthogonale de sur , notée .
L'application est linéaire et vérifie .
Soit une base orthonormée de . Alors pour tout :
Démonstration : on pose et on vérifie que en montrant pour tout . Par unicité de la décomposition , .
Soit et sous-espace de dimension finie de . Le projeté orthogonal est l'unique vecteur de qui minimise la distance à :
C'est ce résultat qui fait du projeté orthogonal la meilleure approximation de par un élément de — il est à la base de la méthode des moindres carrés.
- Trouver une base de (souvent donnée par l'énoncé).
- L'orthonormaliser par Gram-Schmidt pour obtenir BON de .
- Calculer le projeté .
- La distance vaut .
Si est une famille orthonormée de (pas nécessairement une base), alors pour tout : . Égalité ssi (formule de Parseval).
6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves de fin de MPSI traitant la géométrie euclidienne. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
7. Pour aller plus loin
Les espaces préhilbertiens sont la matrice géométrique de toute l'analyse-algèbre de spé. Les chapitres qui les réinvestissent directement :
- Espaces euclidiens (MP/PC/PSI) — Endomorphismes orthogonaux, symétriques, diagonalisation dans une base orthonormée, théorème spectral réel. La projection orthogonale devient un endomorphisme symétrique de projecteur.
- Séries de Fourier — Le bon cadre est l'espace préhilbertien des fonctions continues sur un segment, avec . Les coefficients de Fourier sont des produits scalaires et l'identité de Parseval est la formule de la norme dans la BON .
- Méthode des moindres carrés et statistique — Le calcul d'une régression linéaire est exactement une projection orthogonale dans un muni du produit scalaire usuel ; la « droite de régression » est le projeté sur un sous-espace de dimension .
- Espaces hermitiens (cas complexe) — La structure se transpose à avec une forme sesquilinéaire (linéaire à gauche, antilinéaire à droite). Cauchy-Schwarz, Gram-Schmidt, Pythagore restent valables, à un complexe conjugué près.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu citer sans hésiter les 4 axiomes d'un produit scalaire (bilinéaire, symétrique, défini, positif) ?
- Sais-tu vérifier ces 4 axiomes sur sur — et expliquer où sert la continuité ?
- Sais-tu démontrer l'inégalité de Cauchy-Schwarz par la méthode du polynôme ?
- Sais-tu en déduire l'inégalité triangulaire ?
- Sais-tu énoncer (et démontrer) le théorème de Pythagore version équivalence ?
- Sais-tu démontrer qu'une famille orthogonale est libre ?
- Sais-tu écrire les formules de Gram-Schmidt et justifier l'étape par la liberté ?
- Sais-tu calculer les coordonnées d'un vecteur dans une base orthonormée par ?
- Sais-tu écrire — et te souvenir que c'est valable uniquement en BON ?
- Sais-tu caractériser le projeté comme minimum de la distance, et exploiter ?
- Sais-tu énoncer l'inégalité de Bessel et son cas d'égalité (Parseval) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Inégalité de Cauchy-Schwarz — polynôme + discriminant ≤ 0, cas d'égalité par racine double
- Inégalité triangulaire — développer puis appliquer Cauchy-Schwarz
- Famille orthogonale ⇒ libre — produit scalaire de la combinaison nulle avec chaque
- Procédé de Gram-Schmidt — récurrence forte, retrancher les projections, normaliser, justifier par liberté