Vue d'ensemble
Les équations différentielles linéaires sont le premier vrai pont entre l'analyse MPSI et la physique : circuits RLC, oscillateurs, désintégration radioactive, mécanique du point — toutes leurs équations vivent ici. Ce chapitre te donne deux outils centraux : la résolution de l'ordre 1 (équation homogène par séparation des variables, particulière par variation de la constante) et la résolution de l'ordre 2 à coefficients constants via l'équation caractéristique et son discriminant. Au programme : 9 théorèmes incontournables, 4 démonstrations à savoir refaire et la grande règle universelle SG(E) = SG(H) + SP(E).
Prérequis
- Dérivation des fonctions usuelles et règles (produit, quotient, composée)
- Calcul de primitives (exponentielles, polynômes, fonctions rationnelles simples)
- Manipulation de l'exponentielle : ,
- Nombres complexes : forme , formules d'Euler
Tu confonds encore équation homogène et équation complète, ou tu oublies la constante à chaque résolution ? C'est typique des deux premières semaines sur ce chapitre. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font enchaîner les résolutions jusqu'à ce que le réflexe SG(H) + SP(E) soit automatique, sur tes propres énoncés de colle et DS.
Trouver un mentor MPSI →1. Définitions essentielles
On appelle équation différentielle linéaire d'ordre 1 toute équation de la forme
où et sont des fonctions données, continues sur un intervalle , à valeurs réelles ou complexes. L'inconnue est une fonction dérivable.
L'équation homogène (ou sans second membre) associée à est
C'est l'équation que l'on obtient en remplaçant par . Elle joue un rôle central : toute solution de se déduit d'une seule solution particulière de et des solutions de .
On appelle équation différentielle linéaire d'ordre 2 à coefficients constants toute équation de la forme
où avec sont des scalaires (constants !), et est une fonction continue sur un intervalle , à valeurs dans ou . L'équation homogène associée est .
L'équation caractéristique de est l'équation polynomiale du second degré
d'inconnue . Son discriminant est . C'est lui qui détermine la forme des solutions réelles : 3 cas selon le signe de .
Un problème de Cauchy consiste à chercher la solution d'une équation différentielle qui vérifie une (ou plusieurs) condition(s) initiale(s) :
- Pour l'ordre 1 : et , avec et donnés.
- Pour l'ordre 2 : et , avec et donnés.
On note SG(H) l'ensemble (ou la forme générique) des solutions de l'équation homogène , et SP(E) une solution particulière quelconque de . Le théorème de structure ci-dessous dit que la solution générale de est SG(E) = SG(H) + SP(E).
2. Ordre 1 — Théorèmes fondamentaux et résolution
2.1 — Théorème de Cauchy linéaire (existence et unicité)
Soit deux fonctions continues sur un intervalle . Pour tout et tout , le problème de Cauchy
admet une et une seule solution , définie sur l'intervalle tout entier.
2.2 — Théorème de structure des solutions
Soit une solution particulière de . Alors les solutions de sont exactement les fonctions de la forme
où parcourt l'ensemble des solutions de l'équation homogène . Autrement dit : SG(E) = SG(H) + SP(E).
Démonstration (équivalence par linéarité)
On note . L'application est linéaire en : pour tous dérivables et , . C'est l'identité-clé.
Sens direct. Si est solution de , alors . Or aussi par hypothèse. Donc , ce qui signifie que est solution de . On en déduit avec .
Sens réciproque. Si est solution de (), alors , donc est bien solution de .
Conclusion : les solutions de sont exactement les avec . Cette démonstration s'étend mot pour mot à l'ordre 2 (et plus généralement à toute équation linéaire avec opérateur linéaire).
Si est solution de et solution de , alors pour tous , est solution de
En particulier, si le second membre est une somme , il suffit de trouver une solution particulière pour chaque et d'additionner.
2.3 — Résolution de l'équation homogène
Soit continue et une primitive de sur . Les solutions de sur sont exactement les fonctions
L'ensemble des solutions de est donc un -espace vectoriel de dimension 1, engendré par la fonction .
Démonstration (séparation des variables)
Étape 1 — Sens direct. Pour , on a , donc . C'est solution de .
Étape 2 — Sens réciproque. Soit une solution quelconque de sur . Considérons la fonction auxiliaire . Elle est dérivable et
Donc est constante sur ( est un intervalle, donc connexe). Notons cette constante. On a pour tout , soit . C'est exactement la forme annoncée.
Astuce mnémo. Mémorise la fonction auxiliaire : sa dérivée fait apparaître . Cette technique du « facteur intégrant » reviendra en physique.
2.4 — Variation de la constante (méthode de Lagrange)
- Préciser l'intervalle sur lequel et sont continues. Toujours.
- Résoudre l'équation homogène : calculer puis .
- Chercher une solution particulière de par variation de la constante : on cherche sous la forme , où est maintenant une fonction inconnue (et plus une constante).
- Injecter dans : après calcul (cf. démo), on obtient l'équation simplifiée d'où (primitive quelconque, sans constante !).
- Conclure par , puis la solution générale est
- (Si CI) Déterminer avec .
Soit une primitive de sur . Une solution particulière de est donnée par
Et la solution générale de sur est
Démonstration (méthode de Lagrange)
On cherche une solution de sous la forme où est une fonction dérivable à déterminer (à l'opposé du cas homogène où était constante — d'où le nom « variation de la constante »). En dérivant le produit :
On injecte dans :
soit, après simplification miraculeuse des deux termes en :
On intègre : (primitive sans constante — la constante redonnerait une solution de l'homogène, déjà comptée par ). Finalement . La simplification des termes en n'est pas un hasard : c'est parce que est solution de que la méthode marche.
2.5 — Méthode du facteur intégrant
La variation de la constante est LA méthode-piège de la MPSI : facile en théorie, tueuse de points en pratique. Sur un DS, tu dois la dérouler en 5 minutes sans hésiter. En 1 séance ciblée avec un mentor Majorant alumni de l'X ou Centrale, on enchaîne 6 résolutions de niveaux croissants jusqu'à ce que le geste devienne automatique.
Réserver une séance ciblée →3. Ordre 2 à coefficients constants
3.1 — Théorème de Cauchy à l'ordre 2
Soit (avec ) et continue. Pour tout et tous , le problème de Cauchy
admet une unique solution définie sur tout entier. À l'ordre 2, deux conditions initiales sont nécessaires (position et vitesse, en physique).
3.2 — Structure et superposition
Toute solution de est de la forme , où est une solution particulière de et parcourt les solutions de l'équation homogène . Les solutions de l'homogène forment un -espace vectoriel de dimension 2.
3.3 — Équation caractéristique et discriminant Δ
La fonction est solution de si et seulement si vérifie l'équation caractéristique
Justification immédiate : en injectant , , , on obtient , équivalent à puisque .
On pose . La forme des solutions réelles de (avec ) dépend du signe de :
- Cas Δ > 0 — deux racines réelles distinctes :
- Cas Δ = 0 — racine double :
- Cas Δ < 0 — deux racines complexes conjuguées :
Démonstration du cas Δ < 0 (passage du complexe au réel)
Supposons et \Delta = b^2 - 4ac < 0. L'équation caractéristique admet alors deux racines complexes conjuguées :
Étape 1. Dans , les solutions complexes de l'homogène forment un -espace vectoriel de dimension 2, engendré par et . Toute solution complexe s'écrit avec .
Étape 2. Pour extraire les solutions réelles, on utilise la formule d'Euler . Réécrivons :
Étape 3. Pour que soit à valeurs réelles, on pose et (cela impose , c'est-à-dire des constantes complexes conjuguées). On obtient alors la forme annoncée :
Étape 4 — Réciproque. Toute fonction de cette forme est solution (calcul direct). L'espace des solutions réelles est un -ev de dimension 2, engendré par et . Lecture physique : = taux d'amortissement, = pulsation propre — c'est la signature des oscillations amorties (RLC, ressort + frottement fluide).
3.4 — Recherche d'une solution particulière
-
polynôme de degré . On cherche sous forme
polynomiale, de degré :
- si (cas générique)
- si et
- si et
- (exponentielle × polynôme). On pose le changement de fonction inconnue . En injectant, on obtient une nouvelle équation différentielle en , du même ordre, mais avec second membre polynomial . On se ramène au cas 1.
- ou . On résout dans avec second membre (cas 2), puis on prend la partie réelle (pour ) ou la partie imaginaire (pour ) de la solution complexe obtenue.
4. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs reviennent chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves comportant des équations différentielles. Elles coûtent typiquement entre 1 et 3 points par occurrence — et certaines sont éliminatoires.
5. Pour aller plus loin
Les équations différentielles linéaires irriguent à la fois le programme d'analyse MPSI et toute la physique de prépa. Les chapitres qui les réinvestissent directement :
- Mécanique du point — Oscillateur harmonique, oscillateur amorti : équation , résolution exactement comme dans cette fiche, les 3 régimes (apériodique, critique, pseudo-périodique) sont les 3 cas du discriminant.
- Électrocinétique — Circuits RC, RL, RLC en régime transitoire : exactement les mêmes équations, avec ou comme constante de temps. Tu retrouveras la solution exponentielle du cas homogène.
- Espaces vectoriels (algèbre linéaire) — La structure « SG(E) = SG(H) + SP(E) » se généralise à tout système linéaire : c'est un théorème d'algèbre linéaire (sous-espace affine = sous-espace vectoriel + un vecteur).
- Séries entières (spé) — Beaucoup d'équations différentielles non résolubles en termes élémentaires se résolvent par recherche d'une solution sous forme de série entière . On retombe sur une récurrence linéaire entre les .
Tu veux verrouiller équations diff + mécanique + électrocinétique avant le DS ? Nos stages intensifs vacances (1 semaine, 25h) reprennent les 3 chapitres ensemble (parce qu'ils le sont, en vrai), avec exos type concours et khôlles blanches. Encadrés par des alumni X-ENS, Centrale et Mines qui ont passé ces concours il y a 2 ans.
Voir les stages MPSI →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu écrire la forme normalisée d'une équa diff linéaire d'ordre 1 et d'ordre 2 à coefficients constants, et préciser sur quel intervalle on travaille ?
- Sais-tu énoncer le théorème de Cauchy linéaire pour l'ordre 1 et l'ordre 2 (existence, unicité, condition initiale) ?
- Sais-tu démontrer le théorème de structure SG(E) = SG(H) + SP(E) en utilisant la linéarité de l'opérateur ?
- Sais-tu démontrer que les solutions de sont les , en passant par la fonction auxiliaire ?
- Sais-tu énoncer et appliquer le principe de superposition ( ⇒ découper la recherche de ) ?
- Sais-tu dérouler la méthode de variation de la constante (Lagrange) en 5 minutes, sans hésiter ?
- Sais-tu démontrer la formule et en déduire la formule de variation de la constante ?
- Connais-tu les 3 cas du discriminant Δ pour l'ordre 2 (Δ > 0, Δ = 0, Δ < 0) avec la forme exacte des solutions ?
- Sais-tu démontrer le passage du complexe au réel dans le cas Δ < 0 via la formule d'Euler (deux racines conjuguées → ) ?
- Connais-tu les 3 stratégies pour chercher selon que est polynomial, exponentiel-polynomial, ou exponentiel-trigonométrique ?
- Sais-tu adapter le degré du polynôme essayé selon que , , ou ni l'un ni l'autre ?
- Sais-tu appliquer les conditions initiales sur la solution générale (et pas sur seule) pour fixer ?
Démonstrations à savoir refaire
- Structure SG(E) = SG(H) + SP(E) — linéarité de l'opérateur + double implication
- Solutions de l'homogène — fonction auxiliaire , dérivée nulle, constante
- Formule de variation de la constante — méthode de Lagrange, simplification miraculeuse des termes en
- Cas Δ < 0 à l'ordre 2 — racines complexes → formule d'Euler → forme réelle