Vue d'ensemble
Le chapitre Ensembles pose le langage que tu utiliseras toute l'année en MPSI : appartenance, inclusion, union, intersection, complémentaire, produit cartésien, parties d'un ensemble. Tout l'édifice de l'algèbre (groupes, anneaux, espaces vectoriels) et de l'analyse (suites, fonctions, intégrales) est rédigé dans ce vocabulaire. Cette fiche regroupe les 14 définitions à connaître par cœur, les propriétés algébriques (commutativité, associativité, distributivité, De Morgan) et les 3 démonstrations à savoir refaire — au premier rang desquelles la méthode-reine du chapitre : la double inclusion.
Prérequis
- Logique élémentaire : connecteurs et, ou, négation, implication, équivalence
- Quantificateurs et techniques de raisonnement (direct, contraposée, absurde)
- Ensembles usuels de nombres :
Tu confonds et , ou tu paniques devant une double inclusion ? Le langage ensembliste est la première fracture de MPSI : ceux qui le maîtrisent gagnent 2-3 points par DS toute l'année. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font écrire tes démos en direct jusqu'à automatisation.
Trouver un mentor MPSI →1. Appartenance, inclusion, égalité d'ensembles
Un ensemble est une collection d'objets, appelés ses éléments. Si est un élément de , on écrit (« appartient à »). Dans le cas contraire, on note .
Un ensemble est entièrement déterminé par ses éléments : deux ensembles ayant exactement les mêmes éléments sont égaux.
- En extension : (on liste les éléments).
- En compréhension : (on décrit par une propriété, ici ).
On dit que est inclus dans , et on note (ou ), si tout élément de est aussi un élément de :
On dit alors que est un sous-ensemble (ou une partie) de . La négation s'écrit : .
Deux ensembles et sont égaux, et on note , si :
C'est le principe de double inclusion, méthode universelle pour prouver une égalité d'ensembles.
- Annoncer : « Montrons par double inclusion. »
- Sens : prendre quelconque et déduire à partir des définitions et des hypothèses.
- Sens : symétriquement, prendre et déduire .
- Conclure : « Les deux inclusions étant établies, . »
On dit que l'inclusion est stricte, notée (ou avec ), si et , c'est-à-dire si .
L'ensemble vide, noté (ou ), est l'ensemble qui ne contient aucun élément : . Propriété fondamentale : pour tout ensemble (l'inclusion est vraie par vacuité de l'hypothèse).
Un singleton est un ensemble à un seul élément, noté . est fini s'il existe et une bijection entre et ; est alors le cardinal de , noté , ou . Par convention . Sinon, est dit infini.
2. Ensemble des parties P(E)
Soit un ensemble. L'ensemble des parties de , noté , est l'ensemble dont les éléments sont les sous-ensembles de :
Ainsi . On a toujours et .
Si est fini de cardinal , alors est fini et . Idée: choisir une partie revient à choisir, pour chacun des éléments, s'il est dedans ou dehors — soit choix (démo formelle par récurrence en dénombrement).
3. Opérations sur les ensembles
Dans toute cette section, est un ensemble de référence et sont des parties de .
3.1 — Intersection, union, différence
L'intersection de et , notée , est l'ensemble des éléments appartenant à la fois à et à :
Deux parties et sont dites disjointes si .
L'union (ou réunion) de et , notée , est l'ensemble des éléments appartenant à ou à (au sens du « ou » inclusif, c'est-à-dire éventuellement aux deux) :
La différence (parfois notée ) est l'ensemble des éléments de qui ne sont pas dans :
Attention : n'est défini que si n'est pas requis — on peut soustraire un qui dépasse de , les éléments en trop sont simplement ignorés.
La différence symétrique de et , notée , est l'ensemble des éléments appartenant à ou à mais pas aux deux (« ou » exclusif) :
3.2 — Complémentaire
Soit une partie de . Le complémentaire de dans est l'ensemble des éléments de qui ne sont pas dans :
On note aussi ou lorsque l'ensemble de référence est sans ambiguïté.
- et .
- (involutivité).
- et .
- (passage au complémentaire renverse l'inclusion).
4. Propriétés algébriques et lois de De Morgan
Les opérations et vérifient les mêmes lois algébriques que la multiplication et l'addition logique — c'est pourquoi elles servent de modèle pour les algèbres de Boole que tu retrouveras en informatique et en probabilités.
Pour toutes parties de :
- Commutativité : , .
- Associativité : , .
- Idempotence : , .
- Éléments neutres / absorbants : , , , .
- Absorption : , .
Pour toutes parties de :
Démonstration (de la première égalité — la seconde est symétrique)
On procède par double inclusion. Posons et .
Sens . Soit . Alors et , donc ou .
- Si : comme , on a , donc .
- Si : comme , on a , donc .
Dans les deux cas , d'où .
Sens . Soit , c'est-à-dire ou .
- Si : et , donc , d'où .
- Si : et , donc , d'où .
Dans les deux cas , d'où . Conclusion : .
Pour toutes parties de :
Démonstration (par équivalences, pour la première égalité)
Soit . On enchaîne des équivalences logiques :
Cette équivalence valant pour tout , les deux ensembles sont égaux. La seconde formule s'obtient en remplaçant par et en utilisant l'involutivité .
La double inclusion est LA technique du chapitre — et celle qui revient en khôlle toute l'année. En 1 séance avec un mentor Majorant alumni de l'X, tu rédiges 5 doubles inclusions (Morgan, distributivité, image directe/réciproque) au standard concours, jusqu'à ce que ton stylo écrive tout seul.
Réserver une séance ciblée →4.1 — Cardinal et formule du crible (cas fini)
Si et sont des ensembles finis, alors est fini et :
En particulier, si et sont disjoints () : .
Démonstration (partition de )
On partitionne en trois morceaux deux à deux disjoints :
où souligne le caractère disjoint. Par additivité du cardinal sur une union disjointe d'ensembles finis :
Or (union disjointe), donc , soit . De même . En reportant :
5. Produit cartésien et partitions
5.1 — Produit cartésien
Étant donnés deux ensembles et , un couple est une paire ordonnée avec et . L'égalité de couples est définie par :
Le produit cartésien de et , noté , est l'ensemble de tous les couples :
Plus généralement, est l'ensemble des n-uplets avec . Quand , on note .
Si et sont finis, alors est fini et . Plus généralement, . En particulier .
5.2 — Partitions d'un ensemble
Une partition d'un ensemble est une famille de parties de telles que :
- Chaque est non vide : .
- Disjonction deux à deux : .
- Recouvrement : .
Si l'on omet la condition de non-vacuité, on parle plus généralement d'un recouvrement disjoint.
- — partition à 2 parts.
- Pour premier, est partitionné par les classes modulo — partition à parts (lien avec l'arithmétique).
- Tout ensemble fini admet une partition triviale en singletons : .
Si est fini et est une partition de , alors :
C'est le principe de base du raisonnement par cas en dénombrement : compter les éléments d'un ensemble revient à le partitionner et à sommer les cardinaux des parts.
6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) dès les premières copies de l'année — le chapitre ensembles est souvent le tout premier interrogé en khôlle, et c'est sur la propreté de la rédaction ensembliste que se joue la première moitié de la note d'oral.
7. Pour aller plus loin
Le langage ensembliste sera réinvesti dans tous les chapitres suivants — c'est la grammaire commune des maths en MPSI :
- Applications et fonctions — image directe , image réciproque , injectivité/surjectivité : tous formalisés en langage ensembliste.
- Relations binaires et relations d'équivalence — les classes d'équivalence forment une partition de , définition directe issue de cette fiche.
- Dénombrement — le crible se généralise en formule du crible Poincaré, base de tous les calculs de cardinaux et de probabilités finies.
- Probabilités — un événement est une partie d'un univers ; les opérations , , deviennent « et », « ou », « contraire ».
- Topologie de ℝ — ouverts, fermés, intersections finies/quelconques, lois de De Morgan en jeu permanent.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu distinguer sans hésiter et sur un exemple ?
- Sais-tu écrire la définition de l'inclusion avec un quantificateur ?
- Sais-tu rédiger une démonstration d'égalité d'ensembles par double inclusion de bout en bout ?
- Connais-tu les définitions formelles de , , , en compréhension ?
- Sais-tu écrire les lois de De Morgan ensemblistes et les démontrer ?
- Sais-tu démontrer la distributivité de sur ?
- Sais-tu démontrer la formule du crible ?
- Sais-tu énoncer et la justifier ?
- Sais-tu donner les trois conditions d'une partition (non-vacuité, disjonction, recouvrement) ?
- Sais-tu calculer et expliquer que est un couple ordonné ?
Démonstrations à savoir refaire
- Distributivité — double inclusion avec disjonction de cas sur « ou ».
- Lois de De Morgan — par équivalences logiques, traduction directe de la De Morgan logique.
- Formule du crible — partition de en trois parts disjointes , , .