Vue d'ensemble
Le dénombrement est le chapitre fondateur de la combinatoire en MPSI : il fournit le vocabulaire (cardinal, p-listes, arrangements, combinaisons) et les formules clés (principe multiplicatif, formule du crible, coefficients binomiaux, formule du binôme) qui irriguent les probabilités, l'algèbre linéaire (bases finies) et l'arithmétique (groupes finis). Cette fiche regroupe les 4 théorèmes incontournables, les 4 démonstrations à savoir refaire et les formules canoniques qu'on attend de toi à la khôlle comme au DS.
Prérequis
- Manipulation des ensembles : réunion ∪, intersection ∩, complémentaire, produit cartésien ×
- Notion d'application, d'injection, de surjection, de bijection
- Récurrence simple sur ℕ (on l'utilise dans 3 démos sur 4)
Tu confonds arrangement, combinaison et p-liste ? C'est l'erreur n°1 du chapitre : le mauvais choix de formule fait perdre toute la question (et toute la suite, en probabilités). Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te dressent en 1 séance le tableau « ordre / répétition » que tu n'oublieras plus jamais.
Trouver un mentor MPSI →1. Ensembles finis et cardinal
Un ensemble est dit fini s'il existe et une bijection . L'entier est alors unique : on l'appelle le cardinal de , noté , ou . Par convention, l'ensemble vide est fini et .
, pour tout singleton, si , et pour tout . Dans toute la fiche on utilisera indifféremment (compact, usage concours) et (académique).
Soient deux parties finies d'un ensemble . Alors :
- Si , alors .
- Si et (avec fini), alors .
- .
Pour toutes parties finies d'un ensemble :
En particulier, si (parties disjointes), on a : c'est le principe additif.
Démonstration (par séparation de A∪B en trois morceaux disjoints)
L'idée est de partitionner en trois ensembles deux à deux disjoints, puis d'appliquer le principe additif (cas particulier de la formule, déjà acquis : si alors , conséquence immédiate de la définition de cardinal par bijection avec un segment de ℕ).
Posons :
Ces trois ensembles sont deux à deux disjoints (immédiat : un élément de n'est pas dans , donc pas dans ni dans ; idem pour et ). De plus :
Par le principe additif appliqué aux deux dernières décompositions :
donc et . Et pour la première décomposition :
soit . C.Q.F.D.
Pour toutes parties finies :
Pour : .
Le produit cartésien de deux ensembles et est . Si sont finis, alors :
Plus généralement, pour ensembles finis :
Si une construction se décompose en étapes successives, l'étape offrant choix indépendamment des choix précédents, alors le nombre total de constructions possibles est :
2. p-listes, arrangements et permutations
2.1 — p-listes (avec répétition)
Soit un ensemble et . Une p-liste (ou p-uplet) d'éléments de est un élément du produit cartésien , c'est-à-dire une suite ordonnée avec pour tout .
Une p-liste est ordonnée (l'ordre compte) et autorise les répétitions (un même élément de peut apparaître plusieurs fois).
Si , le nombre de p-listes d'éléments de est :
2.2 — Arrangements (p-listes sans répétition)
Un arrangement de éléments parmi (avec ) est une p-liste d'éléments deux à deux distincts d'un ensemble de cardinal . Autrement dit, c'est une injection de dans .
Le nombre d'arrangements de éléments parmi est noté et vaut :
(produit de facteurs entiers consécutifs décroissants à partir de ).
Démonstration (par principe multiplicatif)
Pour construire un arrangement d'éléments distincts de (avec ), procédons par étapes successives :
- Étape 1 : choisir parmi les éléments de → choix.
- Étape 2 : choisir parmi les éléments restants (tous sauf ) → choix.
- Étape 3 : choisir parmi les restants → choix.
- …
- Étape : choisir parmi les restants → choix.
À chaque étape, le nombre de choix est indépendant des choix précédents (seule compte la quantité d'éléments encore disponibles, qui décroît de à chaque étape). Par le principe multiplicatif, le nombre total d'arrangements est :
En multipliant numérateur et dénominateur par :
2.3 — Permutations
Pour , la factorielle de est définie par :
Une permutation d'un ensemble fini est une bijection de sur lui-même. Le groupe des permutations de est noté ; lorsque , on note simplement .
Si , le nombre de permutations de est :
Une permutation est un cas particulier d'arrangement : , donc on choisit tous les éléments dans un ordre donné.
Tu hésites encore entre p-liste, arrangement et combinaison ? Le tableau de décision à 4 cases (ordre oui/non × répétition oui/non) se mémorise en 20 minutes avec un mentor — et te garantit le bon comptage dans toutes les questions de dénombrement et probabilités du DS.
Réserver une séance ciblée →3. Combinaisons et coefficients binomiaux
Soit un ensemble de cardinal et avec . Une combinaison de éléments parmi (ou k-combinaison) est une partie de à éléments. L'ordre est indifférent (un ensemble n'a pas d'ordre) et il n'y a pas de répétition (un ensemble n'a pas de doublons).
Leur nombre est le coefficient binomial (lu « k parmi n »), également noté :
Par convention, si ou .
- Bornes : , .
- Symétrie : pour tout . Justification combinatoire : choisir éléments à inclure équivaut à choisir éléments à exclure.
- Formule du facteur : (utile en preuves par récurrence).
Pour tous entiers avec :
Cette relation est le moteur du triangle de Pascal : chaque case est la somme des deux cases « au-dessus à gauche » et « au-dessus à droite ».
Démonstration (par calcul direct sur les factorielles)
Mettons les deux fractions au même dénominateur :
Le dénominateur commun naturel est . On a et . On multiplie donc le premier terme par et le second par :
Le numérateur commun est . D'où :
Variante combinatoire (à connaître aussi). Soit un ensemble à éléments et fixé. Les parties de à éléments se partitionnent en deux : celles qui contiennent (au nombre de , il reste à choisir éléments parmi les autres) et celles qui ne contiennent pas (au nombre de , on choisit éléments parmi les autres). D'où la formule.
- Preuve combinatoire (double comptage). Trouve un ensemble qu'on peut compter de deux façons, l'une donnant le membre de gauche, l'autre le membre de droite. C'est la preuve la plus élégante et celle que les correcteurs adorent.
- Calcul direct sur les factorielles. Substituer et manipuler les factorielles. Toujours possible, parfois calculatoire.
- Récurrence + formule de Pascal. Si l'identité dépend de , récurrence sur , pas d'hérédité utilisant Pascal pour scinder . Idéal pour les identités sommatoires.
Pour tous (ou , ou plus généralement deux éléments qui commutent) et tout :
La somme contient termes ; les coefficients sont les -uplets du triangle de Pascal à la ligne .
- : (nombre total de parties d'un ensemble à éléments).
- : (pour : autant de parties de cardinal pair que de cardinal impair).
- : (utile en dérivation pour produire d'autres identités).
4. Nombre d'applications, d'injections, de bijections
On veut compter, pour et finis avec et , les applications , les injections , et les bijections (ce dernier cas n'a de sens que si ).
Soient finis avec et . Le nombre d'applications de dans est :
Démonstration (par récurrence sur p = |E|)
On démontre par récurrence sur la propriété :
: « pour tout ensemble fini de cardinal et tout ensemble de cardinal , le nombre d'applications vaut ».
Initialisation () : si , il existe une et une seule application (l'application vide, dont le graphe est vide). On a bien . Donc est vraie.
Hérédité. Supposons vraie pour un , et soit de cardinal . Fixons un élément et posons , de sorte que . Une application est entièrement déterminée par :
- sa restriction — il y en a par hypothèse de récurrence,
- la valeur — il y en a .
Réciproquement, tout couple (restriction à , valeur en ) définit une unique application . On a donc une bijection entre et . Par le principe multiplicatif :
Donc est vraie. Par récurrence, est vraie pour tout . C.Q.F.D.
Soient finis avec et . Le nombre d'injections de dans est :
si , et sinon (impossible d'injecter dans plus petit).
Justification. Une injection est exactement la donnée des images , qui forment une p-liste d'éléments deux à deux distincts de : c'est un arrangement de parmi .
Si , une application est bijective ssi elle est injective (cardinaux égaux, argument de tiroir). Le nombre de bijections est donc :
En particulier, — on retrouve le théorème 2.6.
Le nombre de surjections avec et , souvent noté ou , n'a pas de formule simple en général. Il se calcule par crible :
(en MPSI, on l'admet ou on la fait redémontrer en exercice ; la démo est une application directe de la formule du crible appliquée aux applications dont l'image évite chaque élément de ).
- Avec remise, ordre compte (p-liste) : .
- Sans remise, ordre compte (arrangement) : .
- Sans remise, ordre indifférent (combinaison) : .
- Avec remise, ordre indifférent (combinaison avec répétition, hors-prog mais classique) : .
5. Parties d'un ensemble fini
Soit un ensemble fini de cardinal . Le nombre de parties de (y compris et ) est :
Justification combinatoire. Choisir une partie revient à décider, pour chacun des éléments de , s'il est dans ou non : c'est une application (fonction indicatrice). Par le théorème 4.1, leur nombre est .
Justification par binôme. On peut aussi sommer le nombre de parties par cardinal :
- … p-listes d'éléments de ? (ordre OUI, répétition OUI).
- … arrangements de parmi ? (ordre OUI, répétition NON).
- … combinaisons de parmi ? (ordre NON, répétition NON).
- … multi-ensembles de parmi ? (ordre NON, répétition OUI — hors-prog strict).
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Voir les stages MPSI →6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves comportant du dénombrement (en algèbre ou en probabilités). Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
7. Pour aller plus loin
Le dénombrement est l'infrastructure de plusieurs chapitres MPSI/MP. Les blocs aval :
- Probabilités sur un univers fini — la probabilité d'un événement se calcule comme en cas d'équiprobabilité. Toute la combinatoire du chapitre est mobilisée.
- Groupe symétrique — étude algébrique des permutations (cycles, signature, transpositions). Le théorème 2.6 () est le point de départ.
- Espaces vectoriels de dimension finie — le théorème de la base incomplète, la dimension d'un espace de matrices ou de polynômes, reposent sur des comptages élémentaires.
- Arithmétique (PGCD, indicatrice d'Euler) — l'indicatrice d'Euler se calcule via la formule du crible appliquée aux multiples de chaque facteur premier.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu écrire la formule du crible à 2 termes — et la généraliser à 3 ensembles ?
- Sais-tu énoncer le principe multiplicatif et identifier quand il s'applique (indépendance des étapes) ?
- Sais-tu remplir de tête le tableau « ordre × répétition » (p-liste / arrangement / combinaison / multi-ensemble) ?
- Sais-tu démontrer que le nombre d'arrangements de parmi vaut ?
- Connais-tu par cœur et ?
- Sais-tu démontrer la formule de Pascal de deux façons (factorielles ET combinatoire) ?
- Sais-tu énoncer la formule du binôme et l'utiliser pour calculer et ?
- Sais-tu que le nombre d'applications vaut — et démontrer la formule par récurrence sur ?
- Sais-tu que le nombre d'injections vaut (et celui de bijections ) ?
- Sais-tu que le nombre de parties d'un ensemble à éléments est — et le justifier par fonctions indicatrices ?
- Sais-tu identifier les 5 erreurs classiques en copie et les éviter (arrangement/combinaison, principe additif non-disjoint, division par , indice de Pascal, sens d'application) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Formule du crible à 2 termes — partition de A∪B en X = A\B, Y = B\A, Z = A∩B
- Nombre d'arrangements — principe multiplicatif sur étapes, choix à l'étape
- Formule de Pascal — mise au même dénominateur et factorisation par
- Nombre d'applications = — récurrence sur , bijection