Vue d'ensemble
Les comparaisons locales — domination (grand O), négligeabilité (petit o) et équivalence (~) — sont le langage qui permet en MPSI de remplacer une expression compliquée par une expression simple quand on est proche d'un point (typiquement , ou un ). C'est l'outil n°1 pour lever une forme indéterminée, étudier une limite ou comparer la croissance de deux fonctions. Cette fiche regroupe les 8 équivalents usuels à connaître par cœur, les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui font perdre presque systématiquement 2 à 3 points en DS si on les ignore.
Prérequis
- Notion de limite d'une fonction en un point et opérations algébriques sur les limites
- Manipulation des inégalités, valeur absolue, fonctions usuelles ()
- Dérivation : nombre dérivé comme limite du taux d'accroissement
Tu confonds encore O, o et ~ en plein DS ? C'est l'erreur n°1 sanctionnée sur les sujets d'analyse en MPSI — la frontière entre les trois symboles est subtile et bloque 1 élève sur 2. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font travailler les cas-pièges sur tes propres copies en cours particuliers, jusqu'au réflexe.
Trouver un mentor MPSI →1. Définitions essentielles
Dans toute la fiche, est un point fixé, et sont deux fonctions définies sur un voisinage épointé de (c.-à-d. partout sauf éventuellement en ). On suppose, sauf mention contraire, que ne s'annule pas sur un voisinage épointé de — c'est l'hypothèse standard.
On dit que est dominée par au voisinage de , et on note ou , s'il existe une constante et un voisinage de tels que :
De manière équivalente (si ne s'annule pas près de ) : la fonction est bornée au voisinage de .
On dit que est négligeable devant au voisinage de , et on note ou , si pour tout , il existe un voisinage de tel que :
De manière équivalente (si ne s'annule pas près de ) : .
On dit que est équivalente à au voisinage de , et on note , si au voisinage de . De manière équivalente (si ne s'annule pas près de ) :
- : « ne croît pas plus vite que » (à un facteur constant près).
- : « est strictement plus petit que près de » — écrase .
- : « et coïncident à l'ordre principal près de ».
Pour deux suites , avec à partir d'un certain rang, les définitions s'écrivent à l'infini (c.-à-d. pour ) :
- si est bornée à partir d'un certain rang.
- si .
- si .
Cas particuliers très utilisés :
- signifie quand ( est négligeable devant la fonction constante ).
- signifie est bornée au voisinage de .
Ces deux notations permettent d'écrire compactement des restes : par exemple, « en » est exactement la même chose que « en ».
- en est vrai.
- Mais on ne peut PAS soustraire de part et d'autre comme avec une vraie égalité.
- De même est correct (l'ensemble est absorbant), mais ne signifie pas « par division par 2 ».
Pour au voisinage de (avec non nulle), on a la chaîne d'implications :
Et : . Les réciproques sont fausses (cf. pièges section 5).
2. Propriétés algébriques des comparaisons
2.1 — L'équivalence est une relation d'équivalence
La relation au voisinage de est :
- Réflexive : .
- Symétrique : si , alors .
- Transitive : si et , alors .
- Compatible avec le produit : si et , alors .
- Compatible avec le quotient : si et (avec près de ), alors .
Démonstration (transitivité + compatibilité produit)
Transitivité. Supposons et . Par définition, et en . Or :
par produit de limites finies. Donc .
Compatibilité produit. Si et , alors :
Donc . La compatibilité avec le quotient se démontre identiquement avec le rapport (en utilisant que implique ).
2.2 — Algèbre du petit o
Au voisinage de :
- Somme absorbante : .
- Multiplication par scalaire : pour .
- Produit : et .
- Transitivité : si et , alors .
Démonstration (somme absorbante o(g) + o(g) = o(g))
Soient telles que et . Montrons que . Fixons . Par définition de , il existe un voisinage de tel que :
De même il existe tel que . Posons (encore un voisinage de ). Par inégalité triangulaire, pour :
Ceci étant vrai pour tout , on a bien . Note pédagogique : c'est la « tirelire » du chapitre Suites, version comparaisons locales — exactement le même schéma de démonstration.
2.3 — Liens entre ~ et o
Les énoncés suivants sont équivalents :
- au voisinage de
- Il existe une fonction avec en telle que .
2.4 — Composition à droite
Soit avec quand (et au voisinage de ). Si , alors :
Idem pour et . Cette règle justifie tous les changements de variable sur les équivalents (poser , , etc.).
3. Équivalents usuels en 0 (à connaître par cœur)
Tous les équivalents ci-dessous sont au voisinage de (sauf mention contraire). Ils découlent de la dérivabilité des fonctions usuelles en — chacun se redémontre en quelques lignes à partir du nombre dérivé.
.
Démonstration (par le nombre dérivé)
La fonction est dérivable en , de dérivée . Par définition du nombre dérivé :
c'est-à-dire , ce qui est exactement la définition de en .
Le même schéma marche pour toute fonction dérivable en avec et : alors en . Tous les équivalents usuels en qui suivent reposent sur cette idée.
À mémoriser parfaitement :
Chacun se démontre par le nombre dérivé (ou pour les deux derniers, par puis ).
Tu n'arrives pas à mémoriser les 8 équivalents en 0 et leurs variantes ? Un mentor Majorant alumni de l'X te montre la logique unique derrière le tableau (tout dérive du nombre dérivé en ) et te fait travailler les enchaînements typiques d'épreuves CCINP / Mines-Ponts. En 1h, tu n'oublies plus.
Réserver une séance ciblée →4. Croissances comparées (en +∞ et en 0)
Quand plusieurs fonctions classiques apparaissent dans une même expression (), il faut savoir laquelle écrase laquelle à l'infini. C'est l'outil principal pour lever les indéterminations et .
Pour tous réels et :
Autrement dit : « l'exponentielle bat toute puissance, qui bat tout logarithme. » Version suites correspondante (pour , ) :
D'où la hiérarchie complète en :
Démonstration (e^x écrase toute puissance)
Montrons en , c.-à-d. . On commence par le cas (le cas général en découle par changement de variable).
Étape 1 — Une inégalité élémentaire. Pour , on a (par dérivation itérée : la fonction vérifie , , pour , donc est croissante sur avec , donc , donc est croissante avec , donc ).
Étape 2 — Encadrement. Pour , on a donc , soit :
Par le théorème des gendarmes, en , donc .
Étape 3 — Généralisation à . Posons . Quand , aussi. On a :
en utilisant que (Étape 2) et la continuité de en . Donc en .
Pour en : poser , donc , et le rapport devient , qui tend vers d'après ce qu'on vient de démontrer (en remplaçant par et par avec un changement de variable analogue). Schéma à connaître.
Pour tout :
Se déduit du théorème 4.1 par le changement de variable : , et .
5. Manipulation des équivalents — règles d'or et pièges
- Identifier le voisinage : , , ? On adapte le catalogue (en , on pose avec ).
- Repérer la forme indéterminée : , , , , .
- Substituer chaque morceau par son équivalent usuel, jamais dans une somme — uniquement dans des produits et quotients.
- Simplifier algébriquement jusqu'à obtenir une expression sans indétermination.
- Conclure avec la limite finale.
6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves d'analyse comportant des calculs de limites ou d'équivalents. Elles coûtent typiquement entre 1 et 3 points par occurrence, voire plus si elles invalident toute la suite du raisonnement.
7. Pour aller plus loin
Les comparaisons locales sont la brique de base de l'analyse fine en MPSI puis en spé. Les chapitres qui les réinvestissent directement :
- Développements limités — un DL d'ordre est exactement la décomposition où est un polynôme. C'est la version polynomiale exacte des équivalents.
- Séries numériques — la convergence absolue d'une série se décide à partir d'un équivalent simple de (règle de Riemann : ).
- Intégrales impropres — la convergence en ou en un point singulier se ramène à comparer la fonction à (critère de Riemann intégral).
- Étude de fonctions et tracés de courbes — branches infinies, asymptotes obliques, comportements à l'origine : tout passe par des équivalents et des DL.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu énoncer les définitions de , et avec les bons quantificateurs (sans regarder) ?
- Sais-tu pourquoi le signe « » dans n'est pas une vraie égalité et ce que ça interdit ?
- Connais-tu par cœur les 8 équivalents usuels en () ?
- Sais-tu démontrer en à partir du nombre dérivé ?
- Sais-tu démontrer la transitivité et la compatibilité produit de ?
- Sais-tu démontrer la règle « » via la tirelire ?
- Sais-tu énoncer et démontrer le théorème des croissances comparées (puissance vs exponentielle) ?
- Connais-tu la hiérarchie en ?
- Sais-tu pourquoi on ne peut PAS additionner des équivalents — et le contre-exemple culte ?
- Sais-tu pourquoi on ne peut PAS composer à gauche par ou en général — et le contre-exemple ?
- Sais-tu réciter la méthode-type pour calculer une limite avec des équivalents (5 étapes) ?
- Sais-tu reconnaître quand passer en (formes ) et appliquer ?
Démonstrations à savoir refaire
- Transitivité et compatibilité produit de l'équivalence — produit de deux limites égales à 1
- o(g) + o(g) = o(g) — tirelire + inégalité triangulaire
- en 0 — par le nombre dérivé
- Croissances comparées en — par dérivation itérée + gendarmes