Vue d'ensemble
L'arithmétique dans ℤ est le chapitre où la rigueur logique rencontre la beauté la plus classique des mathématiques : tu y apprends à manier la divisibilité, la division euclidienne, le PGCD, les nombres premiers et les congruences avec la même précision que pour les ε de l'analyse. Cette fiche regroupe les 9 théorèmes incontournables, les 4 démonstrations à savoir refaire (algorithme d'Euclide, Bachet-Bézout, Gauss, infinité des premiers) et les pièges classiques qui font perdre des points en DS comme aux concours.
Prérequis
- Récurrence (simple, double, forte) et raisonnement par l'absurde
- Quantificateurs et négation logique
- Structure d'anneau de et propriétés élémentaires
- Manipulation des inégalités larges et de la valeur absolue dans
Tu confonds PGCD, PPCM, Bézout et Gauss après deux semaines ? C'est le chapitre où l'ordre logique des théorèmes (Euclide → Bézout → Gauss → Fermat) bloque 1 élève de MPSI sur 2 — alors qu'une fois compris, il devient le plus facile de l'année. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines t'apprennent à le restituer dans le bon ordre, avec exos type DS sur tes propres copies.
Trouver un mentor MPSI →1. Divisibilité dans ℤ
Soient . On dit que divise , et on note , s'il existe tel que . On dit alors aussi que est un multiple de , ou que est un diviseur de . L'ensemble des diviseurs de dans ℤ est noté , celui des multiples est .
Pour tous :
- Transitivité : si et , alors .
- Combinaison linéaire : si et , alors pour tous , .
- Antisymétrie au signe près : si et , alors .
- Encadrement : si et , alors .
Pour tout et tout , il existe un unique couple tel que :
L'entier est le quotient, le reste de la division euclidienne de par . Notation : , .
Soient et . Alors si et seulement si le reste de la division euclidienne de par est nul ().
2. PGCD, PPCM et algorithme d'Euclide
Soient non tous deux nuls. Le plus grand commun diviseur de et , noté (ou ), est le plus grand entier positif qui divise à la fois et :
Par convention, et .
Soient . Le plus petit commun multiple de et , noté (ou ), est le plus petit entier strictement positif multiple à la fois de et de :
Soient et . Soit le reste de la division euclidienne de par . Alors :
En itérant cette identité jusqu'à obtenir un reste nul, on calcule le PGCD en un nombre fini d'étapes : c'est l'algorithme d'Euclide.
Démonstration (égalité des ensembles de diviseurs communs)
Écrivons la division euclidienne : avec . On montre que l'ensemble des diviseurs communs de et est exactement celui des diviseurs communs de et — ce qui force l'égalité des plus grands.
Sens direct. Soit tel que et . Alors par combinaison linéaire (Prop. 1.2), donc et .
Sens réciproque. Soit tel que et . Alors par combinaison linéaire, donc et .
Les diviseurs communs de et de sont identiques ; le plus grand est donc le même : .
Terminaison. En posant , , puis = reste de la division de par , la suite est une suite strictement décroissante d'entiers positifs : elle s'annule en un nombre fini d'étapes. Le dernier reste non nul est .
- Effectuer la division euclidienne avec .
- Si , alors . STOP.
- Sinon, remplacer par et recommencer à l'étape 1.
- Le PGCD est le dernier reste non nul de la chaîne.
Soient non tous deux nuls et . Alors il existe tels que :
Les entiers sont appelés coefficients de Bézout. Ils ne sont pas uniques, mais une solution particulière peut toujours se calculer par l'algorithme d'Euclide étendu.
Démonstration (par l'algorithme d'Euclide étendu, par récurrence sur le nombre d'étapes)
On note la suite des restes de l'algorithme d'Euclide appliqué à : , , = reste de la division de par . Soit l'indice du dernier reste non nul, on a .
Idée. Démontrer par récurrence forte sur que chaque s'écrit avec — en particulier , CQFD.
Initialisation. (prendre ) ; (prendre ).
Hérédité. Supposons que pour deux indices consécutifs et , on ait et . La division euclidienne donne , donc :
En posant et (tous deux entiers), on a bien . Par récurrence, .
Bachet-Bézout est LA démo qui apparaît partout en arithmétique. L'algorithme d'Euclide étendu, c'est aussi la compétence concours : RSA, équations diophantiennes, classes inversibles dans ℤ/nℤ — tout passe par là. En 1 séance avec un mentor Majorant alumni de l'X, tu maîtrises l'algorithme étendu et tu sais l'appliquer sur un cas chiffré en 2 minutes.
Réserver une séance Bézout →Soient non tous deux nuls. L'entier est le PGCD de et si et seulement si :
- et ( est un diviseur commun),
- tout diviseur commun de et vérifie ( est le plus grand au sens de la divisibilité).
Pour tous :
Conséquence pratique : on calcule presque toujours le PPCM via le PGCD (Euclide est rapide).
3. Nombres premiers entre eux et théorème de Gauss
Deux entiers (non tous deux nuls) sont dits premiers entre eux (ou copremiers) si .
Soient . Alors et sont premiers entre eux si et seulement si il existe tels que :
Sens direct : par Bachet-Bézout avec . Sens réciproque : si et , alors donc .
Soient . Si et , alors :
Démonstration (à partir de Bézout)
Supposons et . Par le théorème de Bachet-Bézout (caractérisation des copremiers), il existe tels que :
Multiplions cette identité par :
Or trivialement, et par hypothèse, donc . Par combinaison linéaire (Prop. 1.2), divise leur somme, c'est-à-dire . CQFD.
Si , et , alors .
Si est un nombre premier et , alors ou .
Justification : si , comme est premier ses seuls diviseurs positifs sont et , donc . Par Gauss, .
- Existence : solutions ssi .
- Solution particulière : calcule par Euclide, remonte pour obtenir tels que , puis multiplie par pour avoir .
- Solution générale : pose , . Les solutions sont (preuve par Gauss : si avec , alors ).
4. Nombres premiers
Un entier est premier si et si ses seuls diviseurs positifs sont et . On note l'ensemble des nombres premiers : .
L'ensemble des nombres premiers est infini.
Démonstration (par l'absurde — preuve d'Euclide, IIIe siècle av. J.-C.)
Supposons par l'absurde que soit fini. Notons alors la liste exhaustive des nombres premiers. Considérons l'entier :
On a (puisque ). Tout entier admet au moins un diviseur premier (admis ici, mais démontrable par récurrence forte ou descente infinie). Donc il existe tel que .
Or (trivialement, puisque figure dans le produit). Par combinaison linéaire :
Donc , ce qui force . Contradiction, car en tant que nombre premier.
L'hypothèse « fini » est donc absurde : est infini.
Tout entier , , s'écrit de manière unique (à l'ordre des facteurs près) sous la forme :
où sont des nombres premiers deux à deux distincts et . C'est la décomposition primaire de .
Idée de preuve : l'existence s'obtient par récurrence forte sur (si est premier, terminé ; sinon avec , on applique l'hypothèse à et ). L'unicité s'obtient par le lemme d'Euclide (Prop. 3.5).
Un entier est premier si et seulement si il n'admet aucun diviseur premier vérifiant .
Justification : si avec , alors (sinon ). Tester la divisibilité par les premiers jusqu'à suffit donc à conclure.
5. Congruences modulo n et anneau ℤ/nℤ
Soit . Pour , on dit que est congru à modulo , et on note , si :
De manière équivalente : et ont le même reste dans la division euclidienne par .
Pour tout , la relation est :
- Réflexive : (car ).
- Symétrique : si , alors .
- Transitive : si et , alors .
Soient et . Si et , alors :
- Somme : .
- Produit : .
- Puissance : pour tout , .
- Combinaison linéaire : pour tous , .
La classe de modulo est l'ensemble :
L'ensemble des classes a exactement éléments. Muni des opérations et (bien définies par la compatibilité du Thm 5.3), c'est un anneau commutatif.
Soit . La classe est inversible dans si et seulement si . Le groupe des inversibles est noté .
Conséquence : est un corps si et seulement si est premier.
Soit un nombre premier. Alors pour tout :
- Forme courte : .
- Forme classique (si , c'est-à-dire ) :
Idée de preuve : dans , qui est un groupe à éléments, l'ordre de tout élément divise (théorème de Lagrange, souvent admis en MPSI). Donc , soit . On en déduit (vrai aussi quand car alors les deux membres sont ).
6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves comportant de l'arithmétique. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence — c'est le chapitre où la rigueur sur les hypothèses est la plus rentable.
7. Pour aller plus loin
L'arithmétique dans ℤ est l'infrastructure de plusieurs chapitres de spé et de domaines entiers de mathématiques. Les chapitres qui la réinvestissent directement :
- Polynômes — la division euclidienne dans imite celle de ℤ, et Bézout + Gauss s'y étendent (irréductibilité = primalité).
- Structures algébriques — est l'exemple-type d'anneau quotient ; est le groupe cyclique fini de référence.
- Cryptographie RSA (culture) — repose sur Euclide étendu, Fermat et la difficulté de factoriser un grand entier.
- Théorie des nombres en spé — théorème chinois, indicateur d'Euler — partent tous des outils de cette fiche.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu énoncer la division euclidienne de par avec la condition ?
- Sais-tu démontrer que (algorithme d'Euclide) ?
- Sais-tu calculer un PGCD chiffré (par exemple ) en moins de 90 secondes ?
- Sais-tu énoncer ET démontrer le théorème de Bachet-Bézout via l'algorithme d'Euclide étendu ?
- Sais-tu énoncer ET démontrer le théorème de Gauss à partir de Bézout ?
- Sais-tu donner un contre-exemple à « » sans l'hypothèse de coprimalité ?
- Sais-tu écrire la relation et l'utiliser dans les deux sens ?
- Sais-tu démontrer l'infinité des nombres premiers par la preuve d'Euclide () ?
- Sais-tu énoncer le théorème fondamental de l'arithmétique (existence + unicité de la décomposition primaire) ?
- Sais-tu manipuler les congruences (somme, produit, puissance) ET dire quand la simplification par un facteur est licite ?
- Sais-tu énoncer le petit théorème de Fermat dans ses deux formes et l'utiliser pour calculer ?
- Connais-tu la méthode-type pour résoudre une équation diophantienne (existence + solution particulière + générale) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Algorithme d'Euclide — égalité via égalité des ensembles de diviseurs communs
- Théorème de Bachet-Bézout — par récurrence forte sur les restes de l'algorithme d'Euclide étendu
- Théorème de Gauss — multiplier par , puis combinaison linéaire
- Infinité des nombres premiers — preuve d'Euclide par l'absurde,