Vue d'ensemble
Le chapitre arithmétique dans 𝕂[X] (où 𝕂 désigne ℝ ou ℂ) est l'un des plus élégants de la première année : il transpose terme à terme l'arithmétique de ℤ aux polynômes. Divisibilité, division euclidienne, PGCD, algorithme d'Euclide, théorème de Bachet-Bézout, théorème de Gauss, polynômes irréductibles, décomposition unique en produit d'irréductibles — chaque objet de ℤ trouve son jumeau dans 𝕂[X]. Cette fiche regroupe les 9 théorèmes incontournables, les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui distinguent une copie de niveau Mines-Ponts d'une copie moyenne.
Prérequis
- Structure de l'anneau : addition, multiplication, intégrité
- Degré d'un polynôme : et
- Notion de racine, ordre de multiplicité, factorisation
- Arithmétique de (divisibilité, PGCD, Bézout, Gauss, nombres premiers) — c'est le modèle
Tu n'as jamais vraiment digéré l'arithmétique de ℤ ? Le chapitre 𝕂[X] est l'occasion ou jamais de tout reprendre proprement, parce qu'il rejoue exactement la même partition. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font faire les deux en parallèle, en cours particuliers, et tu sors avec une vision unifiée que tu réutiliseras toute l'année.
Trouver un mentor MPSI →1. Divisibilité et division euclidienne dans 𝕂[X]
Soient . On dit que divise , noté , s'il existe tel que . On dit alors que est un diviseur de , ou que est un multiple de .
Conséquence immédiate : si et , alors . Le polynôme est multiple de tout polynôme ; tout polynôme non nul divise .
- Réflexivité : .
- Transitivité : si et , alors .
- Compatibilité linéaire : si et , alors pour tout .
- Anti-symétrie modulo scalaire : si et , alors il existe tel que . On dit que et sont associés.
Soient et . Il existe un unique couple tel que :
est le quotient, le reste de la division euclidienne de par . En particulier, si et seulement si .
Démonstration (existence par récurrence sur , unicité par différence)
Existence — par récurrence forte sur (avec ).
Initialisation. Si , on pose ; alors avec (cas particulier : ).
Hérédité. Soit de degré , de coefficient dominant ; notons celui de avec , et posons . Par construction le terme de degré s'élimine, donc . Par hypothèse de récurrence, il existe avec , . Alors :
ce qui fournit le couple cherché. C'est exactement l'algorithme posé en colonne.
Unicité. Si avec , alors . Si , le membre de gauche est de degré (intégrité de 𝕂[X]), tandis que celui de droite vérifie — contradiction. Donc , puis . □
2. PGCD, algorithme d'Euclide, Bachet-Bézout et Gauss
2.1 — PGCD : définition et algorithme d'Euclide
Soient non tous deux nuls. Le PGCD de et , noté , est l'unique polynôme unitaire tel que :
- et (c'est un diviseur commun),
- tout diviseur commun de et divise (caractérisation universelle).
De façon équivalente, est le diviseur commun de et de plus grand degré, unitarisé. Convention : n'est pas défini.
Si (par exemple via division euclidienne), alors :
Autrement dit, le PGCD est invariant par remplacement de par son reste modulo . C'est ce lemme qui rend l'algorithme d'Euclide correct.
- Effectuer la division euclidienne : avec .
- Si : = unitarisé de (= divisé par son coefficient dominant).
- Sinon : avec . Continuer.
- L'algorithme termine en un nombre fini d'étapes (les degrés des restes décroissent strictement).
- Le dernier reste non nul, unitarisé, est .
2.2 — Théorème de Bachet-Bézout polynomial
Soient non tous deux nuls. Il existe tels que :
Le couple n'est pas unique, mais on peut toujours en exhiber un explicitement par l'algorithme d'Euclide étendu.
Démonstration (Euclide étendu — algorithme constructif)
On exprime chaque reste de l'algorithme d'Euclide comme combinaison . Posons , , , . À l'étape , la division euclidienne donne ; on pose :
Une récurrence immédiate (initialisation OK, et hérédité : ) donne à chaque étape. L'algorithme d'Euclide termine en étapes sur un dernier reste non nul associé à ; on a alors . En unitarisant (division par son coefficient dominant), on obtient tels que . □
Deux polynômes (non tous deux nuls) sont premiers entre eux si . On note parfois .
si et seulement s'il existe tels que .
Sens direct : c'est Bézout pour . Sens réciproque : si et si divise et , alors , donc , donc est constant — l'unique diviseur commun unitaire est .
2.3 — Théorème de Gauss polynomial
Soient . Si et , alors .
Démonstration (Bézout + manipulation simple)
Comme , il existe par Bézout tels que . Multiplions par :
Le premier terme est multiple de . Le second est aussi multiple de car par hypothèse. Donc leur somme est multiple de . □
- Si , et , alors .
- Si et , alors (premier-avec-le-produit).
Bachet-Bézout + Gauss, c'est le combo testé partout en concours. Il tombe en oral X-ENS sur 𝕂[X], en écrit Centrale sur ℤ, et en khôlle MPSI tout l'hiver. Une séance ciblée avec un mentor Majorant et tu maîtrises les 3 variantes (entiers, polynômes, anneaux) — plus aucun blocage.
Réserver une séance ciblée →2.4 — PPCM
Soient non nuls. Le PPCM de et , noté , est l'unique polynôme unitaire tel que :
- et (c'est un multiple commun),
- tout multiple commun de et est multiple de (universalité).
Pour non nuls :
Autrement dit, le produit du PGCD et du PPCM est égal au produit divisé par son coefficient dominant. En particulier, si et sont unitaires, alors .
3. Polynômes irréductibles et décomposition en facteurs irréductibles
Un polynôme est dit irréductible sur 𝕂 si :
- ,
- les seuls diviseurs de dans sont les constantes non nulles et les associés de ( avec ).
De façon équivalente : est irréductible si (avec ) implique que l'un des deux facteurs est constant. C'est l'analogue exact d'un nombre premier dans .
Les polynômes irréductibles de sont exactement les polynômes de degré 1.
Ceci est une conséquence directe du théorème fondamental de l'algèbre : tout polynôme de de degré admet au moins une racine complexe , donc se factorise par .
Les polynômes irréductibles de sont :
- les polynômes de degré 1 : , ;
- les polynômes de degré 2 à discriminant strictement négatif : avec .
Démonstration en bref : un polynôme réel de degré se factorise dans et, comme ses racines complexes non réelles vont par paires conjuguées, on regroupe . On obtient donc des facteurs de degré 1 ou 2 — il ne peut pas être irréductible.
Tout polynôme non nul s'écrit de manière unique (à l'ordre des facteurs près) sous la forme :
où est le coefficient dominant de , les sont des polynômes irréductibles unitaires deux à deux distincts et les sont des entiers (multiplicités).
Si et (avec les mêmes irréductibles, certains exposants éventuellement nuls), alors :
C'est l'analogue exact du calcul du PGCD/PPCM d'entiers par leurs décompositions en produit de nombres premiers.
4. Relations coefficients-racines (fonctions symétriques élémentaires)
On considère ici un polynôme scindé dans 𝕂[X], c'est-à-dire écrit comme produit de facteurs de degré 1 (tous ses facteurs irréductibles sont de degré 1). Tout polynôme de est scindé ; un polynôme de est scindé sur ssi toutes ses racines sont réelles.
Soient (les racines d'un polynôme, éventuellement avec répétitions). Pour , on définit la -ième fonction symétrique élémentaire :
Cas particuliers :
- (somme des racines),
- (somme des produits 2 à 2),
- (produit de toutes les racines).
Soit un polynôme de degré , scindé, de racines (comptées avec multiplicités). Alors pour tout :
En particulier :
Démonstration (par développement de la forme factorisée)
étant scindé de racines et de coefficient dominant , . On développe le produit en choisissant dans chaque facteur soit , soit : chaque terme correspond donc à un sous-ensemble (on prend pour , sinon). Sa contribution est .
En regroupant par , le coefficient de vaut . Ainsi :
Par identification avec on obtient , soit . □
Pour , on définit la -ième somme de Newton des racines d'un polynôme scindé :
Ainsi , , , etc. Les sont des polynômes en (théorème fondamental des fonctions symétriques).
On a la relation, valide pour :
Démonstration éclair : , donc . C'est l'identité que tu utilises sans la nommer depuis le lycée pour calculer la somme des carrés des racines d'un trinôme.
- Identifier directement depuis les coefficients via Viète.
- Exprimer la fonction symétrique cible (somme des carrés, somme des inverses, somme des cubes…) en fonction de .
- Cas usuels à connaître par cœur :
- (si toutes les racines sont non nulles)
- (formule classique en oral X-ENS)
- Substituer numériquement.
5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont signalées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves d'algèbre. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence — donc beaucoup, à l'échelle d'un exercice.
6. Pour aller plus loin
L'arithmétique de est l'infrastructure de tout l'algèbre de deuxième année. Voici où tu la retrouves :
- Fractions rationnelles et décomposition en éléments simples — la DES repose entièrement sur la décomposition d'un polynôme en facteurs irréductibles dans ou .
- Réduction des endomorphismes (spé) — le polynôme caractéristique et le polynôme minimal sont des polynômes ; leur PGCD, leur factorisation, leurs irréductibles sont au cœur du théorème de Cayley-Hamilton et de la décomposition de Dunford.
- Anneaux principaux et factoriels (spé) — et sont les deux modèles canoniques d'anneau principal. Tout ce que tu fais ici se généralise.
- Corps finis et codes correcteurs (option info) — est le terrain de jeu des codes BCH, Reed-Solomon, et de toute la cryptographie post-quantique.
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Voir les stages MPSI →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu énoncer la division euclidienne dans avec les conditions d'existence et la majoration sur ?
- Sais-tu démontrer l'existence ET l'unicité de la division euclidienne ?
- Sais-tu définir (PGCD) et expliquer pourquoi on le choisit unitaire ?
- Sais-tu énoncer le lemme qui fonde l'algorithme d'Euclide ?
- Sais-tu dérouler l'algorithme d'Euclide sur deux polynômes concrets de degré ≤ 4 ?
- Sais-tu énoncer Bachet-Bézout polynomial et exhiber par Euclide étendu ?
- Sais-tu énoncer et démontrer le théorème de Gauss polynomial ?
- Connais-tu la liste exacte des irréductibles de et de ?
- Sais-tu décomposer , , dans ET dans ?
- Sais-tu écrire et à partir des décompositions en irréductibles ?
- Sais-tu énoncer Viète : et le démontrer par développement ?
- Sais-tu calculer , sans résoudre l'équation ?
Démonstrations à savoir refaire
- Division euclidienne dans 𝕂[X] — existence par récurrence sur le degré + unicité par différence et intégrité
- Théorème de Bachet-Bézout polynomial — algorithme d'Euclide étendu (suite construite par récurrence)
- Relations coefficients-racines (Viète) — développement de et identification du coefficient de