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📘 Fiche de cours · 2e année📐 MP Physique

Rétroaction et ALI

Toute l'électronique du début de MP : stabilité des systèmes d'ordre 1 et 2, rétroaction et fonction de transfert en boucle fermée, ALI idéal et modèle du premier ordre, montages suiveur, non inverseur, comparateurs simple et à hystérésis. Avec les 4 démonstrations à savoir refaire, la méthode-type d'analyse d'un montage et les pièges relevés par les correcteurs.

Fiche rédigée par les mentors Majorant — alumni Polytechnique, CentraleSupélec et Mines Paris.

6 définitions4 théorèmes4 démos à savoirMis à jour le 2026-07-03

Vue d'ensemble

L'électronique de MP tient en une idée : reboucler la sortie d'un système sur son entrée pour en contrôler le comportement. La rétroaction négative fabrique des amplificateurs stables et précis à partir d'un composant au gain énorme et mal connu — l'amplificateur linéaire intégré (ALI) ; la rétroaction positive fabrique des comparateurs à mémoire et, au chapitre suivant, des oscillateurs. Ce chapitre est un pilier des écrits (Mines, Centrale, CCINP adorent les montages à ALI) et des TP-cours. Cette fiche regroupe les 4 théorèmes incontournables, les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui font perdre des points.

Au programme MP (officiel) — Stabilité des systèmes linéaires du premier et du second ordre ; rétroaction, schéma fonctionnel, fonction de transfert en boucle fermée ; ALI : modèle idéal, gain fini du premier ordre, produit gain-bande passante, saturations de la sortie ; montages amplificateur non inverseur, suiveur, comparateur simple et comparateur à hystérésis.

Prérequis

  • Régime sinusoïdal forcé, impédances complexes et fonctions de transfert (sup)
  • Filtrage linéaire : diagramme de Bode, fréquence de coupure, bande passante
  • Circuits linéaires du premier et du second ordre (équations différentielles)
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1. Stabilité des systèmes linéaires

Définition 1.1 — Système linéaire et fonction de transfert

Un système linéaire relie l'entrée et la sortie par une équation différentielle linéaire à coefficients constants. En régime sinusoïdal forcé, il est caractérisé par sa fonction de transfert , fraction rationnelle en .

Définition 1.2 — Stabilité

Un système est stable si sa réponse libre (régime transitoire, entrée nulle) tend vers 0 quand — de façon équivalente, si toute entrée bornée produit une sortie bornée. Un système instable voit sa sortie diverger (en pratique : jusqu'à la saturation du montage).

Théorème 1.3 — Critère de stabilité des systèmes d'ordre 1 et 2 ★ À savoir démontrer

Un système d'ordre 1, , ou d'ordre 2,

est stable si et seulement si tous les coefficients du membre de gauche () sont non nuls et de même signe.

Démonstration (racines de l'équation caractéristique)

Ordre 1. La réponse libre de est : elle tend vers 0 si et seulement si , c'est-à-dire si les deux coefficients et sont de même signe.

Ordre 2. Quitte à diviser par , l'équation caractéristique est avec et . La réponse libre tend vers 0 si et seulement si les deux racines ont une partie réelle strictement négative. Or les relations coefficients-racines donnent et .

— Si les racines sont réelles, elles sont toutes deux négatives si et seulement si leur somme est négative () et leur produit positif ().
— Si elles sont complexes conjuguées, , alors : la partie réelle est négative si et seulement si (et automatiquement).

Dans les deux cas, la stabilité équivaut à et , c'est-à-dire et : tous les coefficients de même signe.

⚠ Piège — Ce critère est limité à l'ordre 2. « Tous les coefficients de même signe » est nécessaire mais pas suffisant à partir de l'ordre 3. Ne généralise jamais ce critère au-delà de l'ordre 2 dans une copie — c'est exactement le genre d'extrapolation que les rapports de jury épinglent.
📝 Lecture sur la fonction de transfert. Les racines de l'équation caractéristique sont les pôles de (zéros du dénominateur, en remplaçant par ). Système stable tous les pôles à partie réelle strictement négative. C'est la formulation qu'utilisent les sujets de concours pour discuter la stabilité d'un montage bouclé.

2. Rétroaction et fonction de transfert en boucle fermée

Définition 2.1 — Schéma fonctionnel d'un système bouclé

Un système à rétroaction se représente par un schéma fonctionnel à trois blocs : une chaîne directe de fonction de transfert , une chaîne de retour qui prélève la sortie, et un comparateur qui forme le signal d'erreur (rétroaction négative quand l'erreur est une différence).

Théorème 2.2 — Fonction de transfert en boucle fermée ★ À savoir démontrer

Pour une boucle à rétroaction négative de chaîne directe et de retour :

Démonstration (3 lignes, à savoir refaire les yeux fermés)

La chaîne directe donne , et le comparateur . En combinant :

📝 La propriété-miracle de la boucle. Si le gain de boucle est grand, , alors : le comportement du montage ne dépend plus que de la chaîne de retour (des résistances, précises et stables), et plus du tout du gain (énorme mais mal connu et dispersé d'un composant à l'autre). C'est la raison d'être de la rétroaction négative — et l'argument qualitatif à replacer dans toute question « quel est l'intérêt du bouclage ? ».
💡 Exemple — Ce que la boucle échange. Un ALI de gain statique et de bande passante rebouclé avec donne un amplificateur de gain et de bande passante : on a troqué du gain contre de la bande passante (cf. théorème 4.2). La rétroaction négative améliore aussi la linéarité et rend le gain insensible aux dispersions de fabrication.

3. L'ALI : modèles et régimes de fonctionnement

Définition 3.1 — Amplificateur linéaire intégré (ALI)

L'ALI (ou amplificateur opérationnel) est un composant actif (alimenté en , alimentation non représentée sur les schémas) possédant deux entrées — non inverseuse et inverseuse — et une sortie . Il amplifie la tension différentielle .

Définition 3.2 — Modèle de l'ALI idéal

Dans le modèle idéal :

  • courants d'entrée nuls : (impédance d'entrée infinie) ;
  • gain différentiel infini : ;
  • résistance de sortie nulle ;
  • sortie bornée par les saturations : (avec , typiquement 15 V).
Définition 3.3 — Modèle réel du premier ordre (gain fini)

Plus réaliste, l'ALI se comporte comme un passe-bas du premier ordre de gain différentiel :

La sortie est en outre limitée en amplitude () et en vitesse de balayage (slew rate) : ne peut dépasser quelques — d'où des sorties « triangularisées » à haute fréquence.

Proposition 3.4 — Les deux régimes de fonctionnement
  • Régime linéaire (possible seulement si la rétroaction est négative, c'est-à-dire ramenée sur l'entrée ) : la sortie n'est pas saturée et, dans la limite du gain infini, , soit .
  • Régime saturé (rétroaction positive, absence de rétroaction, ou sortie en butée) : si , si . La règle ne s'applique PAS.
⚠ Piège n°1 du chapitre — Écrire sans justification. Cette égalité n'est légitime que si (1) le montage possède une rétroaction négative et (2) on suppose le fonctionnement linéaire (sortie non saturée). La phrase attendue en copie : « la rétroaction sur l'entrée inverseuse permet un fonctionnement linéaire ; l'ALI étant idéal, donc ». Sans cette justification, les correcteurs comptent la question fausse — c'est écrit noir sur blanc dans les rapports.
📐 Méthode-type — Analyser n'importe quel montage à ALI.
  1. Identifier la boucle. La sortie est-elle reliée à (rétroaction négative → régime linéaire possible), à (rétroaction positive → régime saturé, basculements), ou à rien (comparateur → saturé) ?
  2. En régime linéaire : écrire , puis , puis traduire par un pont diviseur ou une loi des nœuds ; en déduire en fonction de .
  3. En régime saturé : partir de , calculer et chercher les conditions de basculement ( change de signe).
  4. Vérifier la cohérence : en linéaire, contrôler a posteriori ; sinon, le montage sature réellement et il faut reprendre au point 3.

4. Montages en régime linéaire

Proposition 4.1 — Suiveur et amplificateur non inverseur

Suiveur (sortie directement rebouclée sur , entrée sur ) : . Son intérêt n'est pas le gain mais l'adaptation d'impédance : il ne prélève aucun courant à la source () tout en pouvant débiter en sortie — il « isole » deux étages d'un montage.

Amplificateur non inverseur (retour sur par un pont diviseur ) : le pont donne , et , d'où :

Théorème 4.2 — Produit gain × bande passante constant ★ À savoir démontrer

Pour l'amplificateur non inverseur réalisé avec un ALI de gain réel , la fonction de transfert en boucle fermée est encore un passe-bas du premier ordre, de gain statique et de fréquence de coupure vérifiant :

Démonstration (boucle fermée sur le modèle d'ordre 1)

La formule de la boucle (théorème 2.2) avec retour résistif réel donne :

En divisant numérateur et dénominateur par :

C'est bien un passe-bas d'ordre 1, et le produit gain-bande vaut :

Il est indépendant de : diminuer le gain (en bouclant plus fort) élargit d'autant la bande passante. Pour , on retrouve .

💡 Exemple numérique (à savoir refaire). ALI de produit gain-bande . Monté en non inverseur de gain 100 : bande passante . Monté en suiveur () : . Pour amplifier un signal audio (20 kHz) d'un facteur 1000, un seul étage ne suffit pas ( seulement) : on cascade par exemple deux étages de gain , chacun de bande passante .
📝 L'intégrateur. En remplaçant la résistance de retour par un condensateur (entrée sur à travers , à la masse), la loi des nœuds en (potentiel nul, « masse virtuelle ») donne , soit : Montage utilisé pour fabriquer des rampes et des oscillateurs — mais attention, il intègre aussi les défauts (offset), d'où une dérive lente de la sortie en pratique.
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5. Montages en régime saturé : comparateurs

Proposition 5.1 — Comparateur simple

Sans aucune rétroaction, l'ALI compare ses deux entrées : si , et si . Avec une référence , la sortie bascule à chaque franchissement de par le signal d'entrée — mais un signal bruité autour du seuil fait basculer la sortie de façon erratique, d'où l'intérêt de l'hystérésis.

Théorème 5.2 — Comparateur à hystérésis (trigger de Schmitt) ★ À savoir démontrer

Dans le montage à rétroaction positive (sortie rebouclée sur par un pont , entrée sur ), la sortie ne peut prendre que les valeurs et bascule pour deux seuils différents :

Le cycle parcouru est un cycle d'hystérésis : la sortie dépend de l'histoire du signal, le montage a une mémoire.

Démonstration (analyse des basculements)

La rétroaction étant positive, le régime est saturé : . Le pont diviseur (aucun courant n'entrant dans ) impose , et .

Supposons : alors , et cet état persiste tant que , c'est-à-dire tant que . Quand franchit en croissant, devient négatif : la sortie bascule à .

Une fois : le seuil devient . L'état persiste tant que , et la sortie ne rebascule à que lorsque redescend sous .

Les deux seuils sont distincts : entre eux, l'état de la sortie dépend de l'histoire — c'est l'hystérésis. La largeur du cycle vaut ; elle immunise le comparateur contre un bruit d'amplitude inférieure à cette largeur.

⚠ Piège — Rétroaction positive ≠ régime linéaire. Un élève qui écrit sur un trigger de Schmitt perd toute la question : l'état existe mathématiquement mais il est instable (toute fluctuation est amplifiée et rebouclée en phase), donc jamais observé. Rétroaction sur = saturation et basculements, point final.
💡 Exemple — Pourquoi l'hystérésis « nettoie » un signal bruité. Signal lent + bruit de 0,5 V d'amplitude autour d'un seuil unique : le comparateur simple bascule des dizaines de fois à chaque passage. Avec et , les seuils sont à : le cycle de largeur 3 V absorbe le bruit, un seul basculement par franchissement. C'est le montage anti-rebond universel (capteurs, horloges, CAN à venir dans le chapitre échantillonnage).

6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)

Les montages à ALI figurent presque chaque année aux écrits (CCINP, Mines-Ponts, Centrale) et les rapports de jury reviennent inlassablement sur les mêmes fautes. Chacune coûte entre 0,5 et 2 points.

⚠ Erreur 1 — Écrire sans avoir identifié une rétroaction négative. C'est LA faute signalée dans tous les rapports. La justification attendue tient en une phrase : rétroaction sur l'entrée inverseuse → fonctionnement linéaire possible → ALI idéal → . Sur un montage à rétroaction positive, cette égalité est simplement fausse.
⚠ Erreur 2 — Oublier dans la loi des nœuds. Le pont diviseur qui donne n'est un pont diviseur QUE parce qu'aucun courant n'entre dans l'ALI. Si tu écris une loi des nœuds en , commence par « les courants d'entrée de l'ALI idéal étant nuls… » — sinon le correcteur ne peut pas savoir si ton équation est juste par hasard.
⚠ Erreur 3 — Confondre saturation en tension et limitation en vitesse (slew rate). La saturation écrête la sortie à (créneaux aplatis) ; le slew rate limite la pente de (sinusoïde transformée en triangle à haute fréquence). Deux phénomènes, deux signatures graphiques différentes — les sujets expérimentaux demandent de les distinguer sur un oscillogramme.
⚠ Erreur 4 — Donner un cycle d'hystérésis sans sens de parcours. Le graphe du trigger doit porter des flèches : montée → basculement à , descente → basculement à . Un cycle sans flèches (ou parcouru dans le mauvais sens) est compté faux.
⚠ Erreur 5 — Conclure « le montage est stable » parce que la sortie est bornée par . La saturation borne physiquement la sortie, mais la stabilité se juge sur le modèle linéaire (pôles / coefficients de l'équation différentielle). Un montage instable sature : dire qu'il est stable parce qu'il sature est un contresens — c'est précisément comme ça qu'on fabrique des oscillateurs à relaxation (chapitre suivant).

7. Pour aller plus loin

La rétroaction est un concept transversal : tu vas la retrouver partout dans l'année de MP et aux concours.

  • Oscillateurs électroniques — l'oscillateur quasi-sinusoïdal, c'est une boucle amenée à la limite d'instabilité (, critère de Barkhausen) ; l'oscillateur à relaxation combine un trigger de Schmitt et un intégrateur.
  • Filtrage et traitement du signal — les filtres actifs à ALI réutilisent la méthode d'analyse en régime linéaire ; le produit gain-bande fixe leurs limites fréquentielles.
  • Conversion analogique-numérique — le comparateur est la brique de base des CAN ; l'hystérésis y gère le bruit.
  • TP-cours et oraux — les montages de cette fiche (suiveur, non inverseur, trigger) sont au cœur des TP de MP et des questions d'oral expérimentales (Centrale, CCINP).
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Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir

À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.

  • Sais-tu énoncer et démontrer le critère de stabilité « tous les coefficients de même signe » pour un système d'ordre 1 ou 2 ?
  • Sais-tu pourquoi ce critère ne se généralise pas au-delà de l'ordre 2 ?
  • Sais-tu redémontrer la fonction de transfert en boucle fermée en trois lignes ?
  • Sais-tu expliquer pourquoi quand le gain de boucle est grand, et pourquoi c'est l'intérêt de la rétroaction négative ?
  • Connais-tu le modèle de l'ALI idéal (courants nuls, gain infini, saturations) et le modèle du premier ordre (, Hz) ?
  • Sais-tu justifier proprement (rétroaction négative + régime linéaire + ALI idéal) ?
  • Sais-tu retrouver le gain du suiveur et de l'amplificateur non inverseur, et expliquer l'intérêt du suiveur ?
  • Sais-tu démontrer que le produit gain × bande passante est constant, et faire l'application numérique ?
  • Sais-tu distinguer saturation en tension et slew rate sur un oscillogramme ?
  • Sais-tu démontrer les deux seuils du comparateur à hystérésis et tracer son cycle avec les flèches ?
  • Sais-tu expliquer pourquoi l'hystérésis immunise contre le bruit ?
  • Sais-tu reconnaître en 10 secondes le régime d'un montage (retour sur , sur , ou pas de retour) ?

Démonstrations à savoir refaire

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